Spiritualité Chrétienne

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Le Bienheureux Marie-Jean Joseph Lataste

 Le Bienheureux Marie-Jean Joseph Lataste

Fondateur des Dominicaines de Béthanie

 

 

Si Lacordaire mit toutes ses forces au rétablissement de l'Ordre, il le fit sans trop se préoccuper des moniales ou des tertiaires - sauf exception comme pour les dominicaines de Langres et celles du Puy. Il est vrai qu'il est de nouveau fondateur avec la congrégation enseignante. Mais les frères qui entrèrent à sa suite virent bien l'enjeu apostolique de nouvelles congrégations plus adaptées aux besoins de la société industrielle engendrée par les révolutions du XIXe siècle. L'aventure la plus audacieuse a été mise en oeuvre par le père Lataste.

Bordelais d'origine, né en 1832, Alcide Lataste a très tôt le désir de devenir prêtre mais sa famille, voulant éprouver sa vocation, commence par la contrecarrer. Le jeune homme devient fonctionnaire des Contributions mais se dévoue aux Conférences Saint-Vincent-de-Paul où il développe les " fourneaux économiques " pour donner à manger aux plus démunis. En 1855, la mort, à quelques semaines de distance, de sa soeur - entrée chez les Filles de la Sagesse -, puis de celle qui était presque sa fiancée, joue un rôle dans sa décision de devenir religieux. Non sans avoir hésité entre carmes, prémontrés et dominicains, il choisit de devenir prêcheur.

Après de grandes épreuves de santé, il fait partie en 1859, comme frère étudiant, de la première équipe de dominicains envoyés par Lacordaire pour relever le couvent de Saint-Maximin. C'est là qu'il médite pour la première fois sur " l'innocence de Madeleine recouvrée dans les larmes et dans l'amour ". Après son ordination en 1863, il est envoyé au couvent de Bordeaux et commence à prêcher intensément, selon les formes en usage, en particulier sur l'adoration perpétuelle de l'Eucharistie. Il s'adresse à des publics divers. C'est ainsi qu'il est convié à annoncer la Parole de Dieu aux détenues de la prison de Cadillac. Cette prédication de septembre 1864 est décisive.

Devant l'expérience du pardon et de la miséricorde divine accordés à ces femmes, anciennement prostituées, criminelles ou voleuses, le père Jean-Joseph Lataste a l'intuition qu'il faut aller au-delà de ce que permettent les couvres fondées jusqu'alors pour donner un " refuge " aux anciennes détenues. Il faudrait créer une communauté contemplative où les femmes repenties puissent être accueillies parmi les soeurs, sans que rien ne les distingue les unes des autres, leur passé restant dans le secret de Dieu.

C'est précisément ce point, déterminant, novateur et généreux, qui va créer le plus de difficultés. Lorsque le père Lataste, avec l'autorisation de ses supérieurs, lance dans le public une brochure Les Réhabilitées, pour exposer son projet, la réaction des bien-pensants est parfois sévère. Ainsi un certain abbé Girard écrit dans une revue, avec une certaine véhémence qui blessera le père Lataste, sa difficulté à admettre cette " promiscuité entière qui appelle indistinctement à tous les emplois les repenties et les vierges qui se dévouent à leur conversion ". Peut-on forcer les vierges à se dépouiller " du moyen le plus efficace pour moraliser, consacrer et sanctifier: leur bonne réputation " - Pourquoi Madeleine veut-elle " rabaisser Marthe à son niveau ".

Malgré de nombreuses difficultés, le père Lataste réussit à fonder la congrégation qui, justement prend le nom de Béthanie. Son ancien prieur de Bordeaux lui envoie deux soeurs de la Présentation de Tours qui découvrent en arrivant qu'on les attend pour commencer... L'une d'elles, soeur Bernardine, bientôt mère Henri-Dominique, a toutes les qualités pour devenir cofondatrice : cette femme remarquable accepte ainsi de se mettre sous la direction d'un prêtre dix ans plus jeune qu'elle. Les relations de confiance, la compréhension profonde, les échanges épistolaires si fréquents pendant trois ans, sont tels que la congrégation est bien lancée à la mort du père Lataste, le 10 mars 1869. Pourtant les épreuves ne lui ont pas été épargnées : la réticence de ses supérieurs dominicains qui le " laissent " s'occuper de son oeuvre mais en lui fixant un délai, les protestations des soeurs dominicaines enseignantes qui craignent pour leur réputation d'être assimilées à d'anciennes pécheresses, les fatigues des incessantes prédications alors que la turberculose le mine.

Après la mort du père Lataste, mère Henri-Dominique réussit, par sa ténacité et son amour de l'ordre dominicain, à obtenir l'aide spirituelle de ses frères. La protection du père Jandel, maître de l'ordre y contribue grandement. La nouvelle congrégation de Béthanie sera officiellement rattachée à l'ordre en 1888 et mère Henri-Dominique la dirigera jusqu'à sa mort en 1907.

(Source : Quilici, Alain; Bedouelle, Guy. Les frères prêcheurs autrement dits Dominicains. Le Sarment/Fayard, 1997)

 

Texte extrait du site www.op.org

 

Pour approfondir

//biblio.domuni.org/articlestheo/compassion

//dominicainesbethanie.com

 

 



21/01/2008
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