Spiritualité Chrétienne

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Bienheureuse Marie-Louise Elisabeth de Molé

Bienheureuse Marie-Louise Elisabeth de Molé

Fondatrice des Sœurs de la Charité de Saint Louis

1763-1825

Fête le 4 mars

 


 

Une enfance heureuse

 

 

Marie-Louise-Élisabeth de Lamoignon naît à Paris le 3 octobre 1763 dans une famille de grande noblesse. Son père, Chrétien-François de Lamoignon, Conseiller d’État et Garde des Sceaux, avait épousé Marie-Élisabeth Berryer, « un des plus riches partis de Paris ». Elle est baptisée le jour de sa naissance à l’Église Saint Sulpice, leur paroisse. Au milieu de ses six frères et sœurs, elle grandit heureuse, dans un milieu chrétien soucieux de justice et de charité. Un de ses biographes note qu’elle était douée d’un esprit vif et pénétrant qui s’ouvrait sans peine à toutes les connaissances, cultivant les arts avec le même succès et le même goût. Sa grand-mère maternelle, Madame Berryer, femme de grande culture, l’initie aux valeurs chrétiennes, spécialement à l’amour des pauvres dont elle témoignera par toute sa vie. Elle la prépara à la première communion, où elle « reçut, quoique bien jeune encore, de grandes grâces de Dieu ».

 

Épouse et mère

 

 

Bien que rêvant de solitude et d’une vie de prière, le 9 février 1779, Marie-Louise-Élisabeth épouse François-Édouard Molé de Champlâtreux, celui que ses parents lui ont choisi. « Mes parents, dès l’âge de 15 ans, m’unirent à l’homme le plus vertueux comme aussi le meilleur ». Cinq enfants naquirent dans ce foyer uni mais deux moururent en bas âge, et la petite Louise, à 3 ans, ne survivra pas à la tourmente révolutionnaire. Tout en assumant les obligations de sa position, elle fit, en accord avec son mari, le choix d’une simplicité de vie et du service des pauvres qui la nomment « l’Ange des mansardes », faute de pouvoir l’appeler par son nom qu’elle taisait par discrétion et humilité. Au milieu de ses occupations mondaines, Marie-Louise-Élisabeth se sentait intérieurement appelée à entrer de plus en plus dans une intimité avec le Seigneur. « Prévenue dès ma plus tendre enfance des dons du ciel, la solitude et la retraite eurent pour moi des charmes et furent l’attrait de mon coeur ». Elle s’en ouvrit, sans doute en 1784, à l’Abbé de Pancemont alors curé de sa paroisse. Comme pour la préparer à traverser les malheurs qui l’attendaient, elle se sentit pressée par le Seigneur à faire ce qu’elle appellera « une alliance, une espèce de pacte avec la croix de Jésus-Christ pour y être attachée tout le reste de ma vie, et pour y mourir consumée de toutes les ardeurs de la charité ».

 

Dans la tourmente de la Révolution française

 

En 1789, la fureur révolutionnaire s’abattit sur les Molé de Champlâtreux. Son mari fut incarcéré trois fois, elle partagea une de ses incarcérations. Malade, elle fut libérée à demi-paralysée mais ce fut bientôt pour apprendre la mort de son mari guillotiné le jour de Pâques, 20 avril 1794. Chassée de son hôtel, elle fut jetée sur le trottoir, avec ses trois enfants Matthieu, Félicité et Louise. Elle fut secourue par un ami, Antoine-Martin de Puiseux, qui passait là et portée sur un brancard dans une mansarde de la rue du Bac à Paris. La foi de Marie-Louise-Élisabeth ne faiblit pas mais, à 31 ans, il lui fallut assumer, seule, le dénuement le plus complet et l’angoisse devant un avenir plus qu’incertain pour ses enfants dont l’aîné Matthieu n’avait que 13 ans. À l’annonce de la mort de son mari, le choc fut brutal. Le premier moment de déchirement passé, elle retrouva son énergie morale. Meurtrie et douloureuse, elle poursuivit néanmoins un itinéraire spirituel qui, sous la direction sage et éclairée de l’Abbé de Pancemont, la conduisit au pardon et à la volonté de réparer ce que le malheur des temps avait détruit dans l’individu et dans la société. Pendant cette période, tout en remplissant ses devoirs de mère, elle posa nettement, à l’Abbé de Pancemont, la question du choix d’un état de vie après que ses enfants seraient établis. Celui-ci décela en elle un charisme de fondatrice et elle accepta de sacrifier ses propres désirs de vie solitaire pour envisager de fonder à Paris un monastère alliant contemplation et service de charité. Le directeur et la dirigée entretinrent alors une correspondance suivie. Un événement viendra interrompre ce projet de fondation.

 

Arrivée à Vannes, fondation de l’oeuvre

 

En 1802, l’abbé de Pancemont fut nommé à l’évêché du Morbihan avec résidence à Vannes. De ses bureaux, il voyait, sur le port, des jeunes filles laissées à elles-mêmes ou totalement abandonnées. Il demanda à sa dirigée de le rejoindre pour une oeuvre de charité et d’éducation. Marie-Louise-Élisabeth arriva à Vannes le 19 mai 1803 avec sa mère et deux compagnes. Avec l’argent qu’elle lui avait remis, Monseigneur de Pancemont avait acheté, avant son arrivée, une maison délabrée, ancien monastère de soeurs adoratrices, ravagé pendant la Révolution et connu sous le nom de « Père Éternel ». C’est là que l’inauguration de l’oeuvre de charité - la création d’ateliers pour des jeunes filles pauvres- eut lieu le 25 mai 1803, jour de fondation de la congrégation à laquelle elle donna le nom de « Soeurs de la Charité, Filles de Saint Louis ». Elle voyait, en ce saint patron, un homme à la foi vive et tendre, ami des pauvres, serviteur de l’Église et artisan de justice et de paix. Ce même jour, elle fit profession publique des voeux de religion devant son évêque et directeur. Elle devient Soeur Saint-Louis, supérieure à vie de la nouvelle congrégation. Sous Louis XVIII, «Soeurs de la Charité de Saint-Louis» devient l’appellation officielle de la Congrégation. Mère Saint Louis organise la vie religieuse de sa communauté et reçoit de plus en plus d’enfants pauvres. Elle veille à la qualité de leur instruction et les prépare à gagner leur vie en apprenant un métier dans des ateliers nouvellement créés. Outre la lecture et de l’écriture, les fillettes apprennent à tisser la toile et à fabriquer de très belles dentelles. Aux difficultés liées à une fondation, s’ajoutent celles de l’exil, de la séparation d’avec les siens, l’incompréhension et les blâmes de certains membres de sa famille. Toute sa vie durant, ses préoccupations de fondatrice ne l’empêchèrent jamais de communier aux joies et aux difficultés familiales de ses enfants. L’implantation en Bretagne est difficile. Au début, la population ne voit pas d’un bon oeil cet évêque favorable à Napoléon et ce petit essaim de parisiennes qui viennent s’occuper des leurs. Cependant, peu à peu, la personnalité de la Fondatrice retient l’attention et sa bonté lui gagne le coeur des Bretons.

 

Mort de Mgr de Pancemont, essor de la congrégation

 

En mars 1807, la mort de Monseigneur de Pancemont fut une nouvelle épreuve, ô combien difficile. Elle connut la tentation de fuir et de tout abandonner. Mais, dès le 8 septembre 1807, répondant à la demande de Monsieur l’abbé Deshayes, curé, elle inaugura à Auray, la maison dite du « Père Éternel » similaire à celle de Vannes. En 1816, grâce à la bonne renommée de « l’oeuvre », elle se vit proposer un ancien prieuré à Pléchâtel, diocèse de Rennes pour y développer une école. En 1824, peu de temps avant sa mort, elle acquit l’Abbaye en ruines de Saint Gildas de Rhuys, pour y fonder une école mixte et gratuite. Depuis 1818, à l’éducation des enfants pauvres, elle avait adjoint l’oeuvre des retraites spirituelles. Mère Saint Louis décéda le 4 mars 1825. Elle était âgée de 62 ans. A sa mort, 56 religieuses avaient fait profession dans la Congrégation. Elle laissait quatre maisons consacrées à l’éducation des enfants pauvres et à l’oeuvre des retraites. Le 16 janvier 1986, sa Sainteté Jean Paul II l’a proclamée vénérable.

 

Des intuitions partagées

 

Pour Mère Saint Louis comme pour Monseigneur de Pancemont qui l’accompagna dans la gestation et les débuts de la Fondation, le plus important fut, à travers des oeuvres de miséricorde, de travailler à la mission de réconciliation universelle du Christ. Aimer comme le Christ a aimé, seul amour capable de régénérer et de guérir. Elle considéra toujours son oeuvre comme une collaboration à celle de Dieu et, la voulant comme telle, elle eut soin de donner à ses premières religieuses une formation humaine et spirituelle de qualité. Ses écrits ont été conservés et, par delà les mots, le style qui sont ceux du 18e siècle, ses réflexions, ses analyses, sont souvent d’actualité par la vision de Dieu, celle de l’être humain et celle de l’histoire qui les sous-tendent.

 

Mère Elisabeth a été béatifiée le 27 mai 2012, à Vannes, selon les normes demandées par le Pape Benoît XVI.

 

 

 

Messe de Béatification de Mère Saint Louis



05/06/2012
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