Spiritualité Chrétienne

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Le Bienheureux Frédéric et Amélie Ozanam

 Le Bienheureux Frédéric et Amélie Ozanam

Enflammés de charité


L’Église fête le 9 septembre le bienheureux Frédéric Ozanam. Le fondateur des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul est plus connu que son épouse, Amélie, et son œuvre a occulté leur mariage. Une histoire d’amour passionnée, qui les a conduits à une charité toujours plus grande.


Mariage pluvieux, mariage heureux ? La pluie tombe à torrents, ce mercredi 23 juin 1841, sur le pavé lyonnais. Il est 10 h du matin, et Frédéric Ozanam, 28 ans, épouse Amélie Soulacroix, 21 ans, en l’église Saint-Nizier. Amélie porte un «costume de mariée tout simple, selon son caractère», décrit sa mère, avec un voile de tulle, immense, sans dentelle, et une couronne de roses, de fleurs d’oranger et de jasmin tressés. Le marié offre un visage régulier, volontaire. Des sourcils fins encadrent des yeux bleus dont héritera leur fille Marie. «Elle est grande, elle est sublime, pieux époux, la mission que Dieu vous confie !», s’exclame l’abbé Alphonse Ozanam, frère du marié, qui reçoit leur consentement. Paroles prophétiques ! Pourtant, le mariage n’était pas leur tasse de thé. Ni à l’un, ni à l’autre. «Le mariage n’est souvent que de l’égoïsme à deux», écrit à 25 ans Frédéric à l’un de ses amis. À cause de cette «fatalité du ménage», il juge que la plupart des jeunes chrétiens, auparavant si généreux, négligent les «bonnes œuvres» dès qu’ils se glissent la bague au doigt. Quant à Amélie, elle vit très heureuse au sein d’une famille aimante. Mais elle voit tant de femmes soumises et malmenées en ménage qu’elle se montre peu pressée d’emprunter cette voie. Avec trois amies, elle fonde même par plaisanterie « la sainte alliance de celles qui ne veulent pas se marier». Plus sérieusement, elle écrit : «Je me voyais bien fille, à m’occuper de mon petit frère Théophile.» Celui-ci est malade et paralysé des jambes. C’était compter sans cette rencontre du 31 décembre 1839. Le jeune professeur à la chaire de droit commercial est présenté au recteur de l’Académie de Lyon, Monsieur Soulacroix. Sa fille Amélie laisse «Théo», étendu sur son lit, ouvrir le cadeau qu’on vient de lui offrir. Témoin de la scène, Frédéric est bouleversé par cette attention et la grande affection qui unit le frère et la sœur. Plus tard, il écrira à sa fiancée : «Ce fut alors, Mademoiselle, que tout fut consommé pour moi. […] Dans celle qui jusqu’ici ne m’était qu’une jeune et aimable étrangère, je vis ma compagne tutélaire des années futures». Sitôt reçu (premier !) à l’agrégation de lettres, il demande sa main, le 21 novembre 1840.


«… toute l’ardeur de mes désirs»


D’emblée, le couple Ozanam est rayonnant d’amour, et le restera jusqu’au bout. Frédéric se montre éperdument amoureux de sa femme. Cinq jours après son mariage, il écrit à son meilleur ami François Lallier : «Je me laisse être heureux, je ne compte plus les moments ni les heures, le cours du temps n’est plus pour moi, que m’importe l’avenir ? Le bonheur dans le présent, c’est l’éternité, je comprends le Ciel». Et il tient à témoigner de ce bonheur, à une époque où certaines unions bourgeoises, de convenance ou d’intérêt, ne suscitent pas toujours la communion des cœurs. Frédéric «fleurit» sa femme le samedi soir, «afin que les visiteurs du dimanche vissent bien, quand ils viendraient, qu’il y avait chez nous quelque chose qui ne se flétrissait pas», témoignera-t-elle. Et le 23 de chaque mois, il lui offre un bouquet, pour fêter le jour anniversaire de leur mariage. En son absence, il le fait par l’intermédiaire de leur fille Marie. Juste avant sa mort, il enverra même cueillir pour Amélie une branche de myrte. Les tourtereaux n’ont rien d’un couple éthéré. «Quand vous me permettrez un doux embrassement, écrit le fiancé, vous sentirez à mes lèvres tremblantes toute l’ardeur de mes désirs.» Mariés, ils s’embrassent à tout bout de champ, se disent leur amour dans des termes attendrissants : «J’ai rêvé de toi toute la nuit, et t’ai fait les plus douces caresses, nous causions avec toute sorte d’épanchements ». Amélie répond à son «Fred» : «Tu es le meilleur des maris», «je pense à toi constamment. Je t’aime tendrement et t’embrasse de tout mon cœur». Pétillante, la jeune femme révèle un humour communicatif. «Tout s’est terminé par une partie de whist, lui raconte-t-elle, où Monsieur Beaulieu et moi avons triché d’une manière indigne. Mais comme le vice n’est pas toujours puni, nous avons gagné.» Et elle ne méprise pas les apparences : «Je voudrais bien te voir dans ton costume neuf. Dimanche, j’ai étrenné ma belle robe rose».


Malgré les souffrances, leur foyer rayonne


Ils entretiennent des amitiés nombreuses et fidèles. Ils séjournent à l’étranger : lune de miel en Italie, année à Rome en 1847 pour les études de Frédéric, voyages en Suisse, en Angleterre. Ils ne vivent pas pour autant sur un nuage. L’époque est tourmentée : crise économique, chômage, révolution de 1848, barricades à Paris, épidémie de choléra… Eux-mêmes sont touchés par la maladie, le décès de nombreux proches. Amélie subit deux fausses couches, en 1842 puis en 1843 ; elle manque mourir de la première. Avant la naissance de Marie, elle reste allongée neuf mois et ne pose quasiment pas les pieds par terre. Lors d’un voyage à Auray, elle décrit ces femmes qui, espérant un enfant, viennent implorer sainte Anne. Pour sa part, elle conclut : «Nous rentrerons sans petits Bretons.» En 1846, Frédéric souffre d’une hémorragie. Peut-être est-il devenu stérile, effet possible de la tuberculose. Bien que désirant une famille nombreuse, ils resteront parents d’un enfant unique. Cependant, leur foyer rayonne. Loin de ce qu’ils redoutaient célibataires, leur sollicitude conjugale s’ouvre aux plus démunis. À l’âge de 20 ans, l’ardent apôtre avait fondé la Société de Saint-Vincent-de-Paul avec cinq autres étudiants, sous la houlette d’Emmanuel Bailly. Le dimanche, Frédéric rend visite aux familles qui lui sont confiées. Il reçoit aussi les pauvres et n’hésite pas à les faire asseoir dans ses beaux fauteuils. Les Ozanam versent le dixième – parfois jusqu’au sixième – de leurs revenus aux pauvres. Leur descendante Raphaëlle Chevalier-Montariol souligne qu’«ils commencent par prévoir cette part. Les pauvres n’ont pas les restes ni les miettes. Frédéric assure que lorsque le don est fait d’avance, il est plus léger». La charité d’Amélie, moins connue, n’est pas en reste. En 1849, quand la misère devient effroyable à Paris, la jeune maman visite des familles dans le besoin, dans le quartier Mouffetard, avec une amie. Elle cherche des fonds pour l’Œuvre des faubourgs. Avec Zélie, sa mère, elle réussit à placer une adolescente de 15 ans, afin d’éviter qu’elle partage le lit de son père. Elle fait partie des quêteuses pour la Société de Saint-Vincent-de-Paul, et s’engage dans l’Œuvre du Bon-Pasteur, qui tente de tirer des jeunes filles – souvent des paysannes venues de province – de la prostitution.


«Le plus grand don de Dieu, la paix du cœur»


Le mal de Frédéric empire. Tous savent sa fin proche. «Me laisserez-vous la douceur de vieillir auprès de ma femme et achever l’éducation de mon enfant ?» supplie-t-il par écrit, au cours des dernières semaines de sa vie terrestre. Comment s’arracher à cet amour humain, à sa petite fille de 8 ans, à la vie, lorsqu’on a 40 ans ? Amélie raconte ses derniers temps, dans une maison louée au bord de la mer, près de Livourne : «Je ne puis exprimer la douceur et la paix qui régnaient dans notre demeure désolée […] Un de ces soirs où nous étions si tristes et si calmes, je lui demandais quel était le plus grand don de Dieu, il me dit que c’était la paix du cœur, que sans cette paix on pouvait tout posséder sans être heureux, qu’avec elle on pouvait supporter les plus dures afflictions et l’approche de la mort». Il meurt le 8 septembre, à Marseille. «Je restai à genoux près de lui, priant à haute voix et voulant à ces moments suprêmes faire avec lui notre dernier sacrifice.» Amélie a 32 ans. Elle vivra encore quarante-deux ans. De sa souffrance et de ses larmes, peu de témoignages ; nous ne pouvons que les imaginer, au vu de ses craintes passées. Lorsqu’elle entreprend de rassembler et classer les courriers de son mari, elle précise : «Je voudrais pouvoir écrire encore pour ma fille, mais cela remue si profondément toutes les douleurs de mon âme, que je crains de ne pas en avoir la force. » Elle espère simplement que le récit d’une vie « toute remplie de la pensée de Dieu» incite quelques jeunes âmes à l’imiter. Elle sera largement exaucée jusqu’à nos jours, à travers les huit cent mille membres des Conférences, présents dans cent trente pays. Belle fécondité pour ce couple que l’amour mutuel n’a pas rendu sourd à la détresse de ses frères.


Sur les traces des Ozanam

Frédéric et Amélie ont habité Paris, mais ont gardé à Lyon «les racines du cœur». Retour sur ces lieux de mémoire. Cent soixante-sept ans après le mariage de Frédéric et Amélie à l’église de Saint-Nizier, même temps maussade sur la capitale des Gaules. Dans la Saône se reflètent les façades de style florentin, colorées : roses, jaunes, ocres. Aujourd’hui rénovées, sans doute étaient-elles grises à l’époque. Les fiancés ont passé leur enfance et leur jeunesse entre les bras des deux fleuves. Frédéric Ozanam fréquente le Collège royal – l’actuel lycée Ampère, dans le IIe arrondissement –, où habitait la famille du recteur de l’Académie de Lyon, le père d’Amélie, dans un appartement de fonction. Le docteur Ozanam et sa famille logeaient à quelques rues de là, rue Pizay. Au numéro 5 se dresse un bâtiment défraîchi. Au-dessus du porche en pierre de taille, une plaque gravée indique «Frédéric Ozanam (1813 – 1853), historien et littérateur, fondateur des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul, vécut dans cette maison». La porte de bois sombre, ouverte et couverte de tags, donne aujourd’hui sur un «bouchon» lyonnais et une discothèque.


En conversion permanente


Soudain, deux jeunes à la tignasse blonde surgissent de l’arrière-cour et se dirigent vers leurs vélos. Osera… osera pas… «Bonjour, connaissez-vous les Ozanam ?» Ils éclatent de rire. «Je suis séminariste, explique le plus grand, qui porte une croix en olivier et une médaille, et lui est archi catho.» En école d’architecture à Lyon, l’«archi catho», Sixte loue une chambre dans cet immeuble. Yeux bleus, vêtu d’un polo orange, Brice, lui, est un ancien élève de Stanislas, à Paris, où Frédéric enseigna. Il se souvient vaguement d’une anecdote retenue d’une soirée «Ozanam» à l’aumônerie : «Un sale type vient lui demander de l’argent, arguant qu’il avait trois gosses. Sachant que c’était faux, Frédéric le vire. Mais après en avoir discuté avec sa femme, il lui court après et lui en donne».

Le séminariste y voit une charité intelligente «qui agit au-delà de l’instinct. Il ne pense pas sur un plan purement humain, mais s’élève au niveau chrétien». Il reprend : «Ozanam est en conversion permanente, c’est ça qui est beau. Il commet des erreurs, mais il le reconnaît et les répare, grâce à sa femme. Il faut canoniser des couples ! Car chacun peut s’identifier à eux». Après le Vélov’ lyonnais, le Vélib’ parisien. Quelques coups de pédale suffisent à retrouver les traces des Ozanam. Ils ont vécu dans un mouchoir de poche, l’actuel VIe arrondissement, autour du jardin du Luxembourg. Frédéric, professeur à la Sorbonne, y rencontre des étudiants ; leur fille Marie, alias «Nini» ou «Bichette», y fait ses pâtés de sable. Ils sont paroissiens à Saint-Sulpice, où Marie est baptisée et où elle se mariera. Au 38 de la rue Saint-Sulpice, une plaque rappelle : «Ici, le 23 avril 1833, Emmanuel Bailly, Frédéric Ozanam et cinq étudiants de ses amis fondèrent la Société de Saint-Vincent-de-Paul». Frédéric donne des conférences aux ouvriers dans sa crypte et recevra dans cette église monumentale des funérailles officielles. Une fois veuve, Amélie habitera rue de Vaugirard, puis rue Saint-Simon.


Au cimetière Montparnasse, à l’ombre d’une allée d’érables


C’est au cimetière Montparnasse qu’est enterrée Amélie, avec ses parents, son frère Théophile, et ses descendants. Neuf heures du matin, 25° à l’ombre. Dans l’enceinte, le vacarme de la circulation se tamise. Le caveau n’est pas indiqué sur le guide des sépultures. Comment le retrouver parmi les trente-cinq mille tombes ? Un jardinier interrompt son travail et s’éponge le visage avec un grand mouchoir. Ce Guadeloupéen traduit les indications cryptées qui mènent à la tombe de la famille Soulacroix. Très sobre, en pierre de Bourgogne, elle se dresse à l’ombre d’une allée d’érables. Ici repose, ignorée du public, l’épouse de Frédéric Ozanam. Jusque dans la mort, Amélie laisse la première place à son mari. La propre femme de Pierre, l’ouvrier prévenant, est décédée à 35 ans. Il hausse les épaules : «Le nombre d’années n’est rien. Voyez ces enfants qui n’ont vécu qu’une journée. Ce qui compte, c’est l’amour». Sans le savoir, il résume la vie de ce couple qui ne vécut que douze ans sur terre ensemble.


Sous la chapelle des Saints-Anges


Le tombeau ne les a pas réunis : Frédéric est enterré dans la chapelle des Carmes, à huit cents mètres de là. En semaine, le jeune ménage qui habitait 16, rue de Fleurus, venait à la messe dans cette chapelle des Carmes alors tenue par des dominicains, dont leur ami Lacordaire. Ils en ont connu la façade actuelle, rénovée au XIXe siècle. La visite rassemble une dizaine de personnes. La guide bénévole porte le badge «Art, culture et foi». Sa voix emplit aisément l’église. Arrivée au milieu de la nef, cette quinquagénaire volubile entraîne vers une chapelle latérale à droite. Avec son stylo laser, elle désigne la peinture du plafond qui représente le couronnement de la Sainte Vierge, entourée d’angelots dorés et sculptés. Sans doute est-ce ici qu’Amélie eut la prémonition du décès de son mari. À l’été 1852, avant de partir en cure pour les Pyrénées, elle prie pour la guérison de Frédéric : «Levant les yeux à Dieu, vers une chapelle alors celle des anges gardiens [...], je vis écrit sur la paroi gauche : “Ici repose Antoine-Frédéric Ozanam”. C’était comme la confirmation de mon malheur entrevu si clairement». Elle n’imagine pas alors qu’elle obtiendra pour lui une sépulture, précisément sous cette chapelle des Saints-Anges.


«Pour que nous puissions avancer paisiblement vers notre vocation…»


Une vingtaine de marches mènent à la crypte, où une sensation de fraîcheur et d’humidité saisit. La sobriété de la chapelle tranche avec le décor baroque de l’église : une salle carrée, voûtée, aux murs et au carrelage blancs. Sur l’un des pans, se trouve le tombeau de marbre gris et blanc. Une fresque contemporaine du Bon Samaritain, aux couleurs chaudes, l’entoure. Placé sur un pupitre, un livre recueille les intentions de prière des visiteurs. Écrites en anglais, en espagnol, en français… L’une d’elles, datée de juin 2008, s’adresse au bienheureux Frédéric : «Pour que nous puissions avancer paisiblement vers nos vocations respectives. Si le mariage chrétien est cette vocation, intercède pour nous afin que, comme toi, nous fondions de saints foyers, rayonnants de l’amour de Dieu pour chaque homme».


«Des amoureux accomplis»

Entretien croisé de Xavier Lacroix, théologien, et de Raphaëlle Chevalier-Montariol, descendante des Ozanam, qui a passé douze ans à retranscrire leur correspondance.


Frédéric est l’arrière-grand-père de votre grand-mère paternelle. Connaissez-vous quelques petits défauts à vos aïeux ?


R. C.-M. – Heureusement qu’ils ne sont pas héroïques, autrement personne ne pourrait les atteindre ! Dans ses lettres, Frédéric se dit impatient et emporté. Amélie est un peu coquette. Elle n’hésite pas à dresser des portraits ironiques. J’aime à remplacer le terme de «saint» par celui de «témoin». Beaucoup recherchent la perfection – ce qui est inhumain, voire dangereux : on risque de prendre la place de Dieu.


Que s’apportent-ils ?


R. C.-M. – Frédéric a un caractère très anxieux. Les décès de ses parents l’ont beaucoup affecté. Il soigne sa dépression en s’appuyant sur sa femme, l’amitié et l’hyperactivité. Amélie lui apporte une stabilité affective qui lui permet de s’épanouir. Tous deux se montrent très attentifs à la croissance tant humaine que spirituelle de l’autre.


X. L. – Ils se transforment mutuellement. À lui, l’intellectuel un peu désincarné, elle enseigne l’attention aux petites choses de la vie – la fête, les tenues – et une certaine légèreté. Avec lui, celle qui reconnaissait «n’être pas si pieuse» accède à l’abandon à la volonté de Dieu. Ils manifestent un bel exemple d’enrichissement mutuel. Dans un couple heureux, chacun apprend à l’autre des choses nouvelles.


Ils manifestent un amour profond, presque juvénile parfois…


X. L. – Ils réunissent bien les trois principales composantes de l’amour : eros, philia et agapè – le désir, l’amitié fondée sur la parole et la charité. Leur lien s’est tissé par la parole, une parole de vérité. «Je te prie de ne me rien cacher et de me dire tout sans crainte», demande la jeune épouse. Ils éprouvent l’un envers l’autre une vraie tendresse, sensible, incarnée. Et ils ont bien évidemment été ouverts à la charité, c’est-à-dire à l’amour qui vient de Dieu et s’ouvre à plus large qu’eux.


R. C.-M. – Ils forment un couple d’amoureux rare, spontané, très «nature». C’est un bonheur que de faire connaître ces amoureux. Ils bouleversent l’image de «cathos coincés» que trop de gens se font des époux chrétiens.


Ils avaient une haute opinion du mariage ?


X. L. – Frédéric emploie le terme de «vocation», une notion d’avant-garde pour l’époque. Récemment encore, ce terme – qui signifie «appel» – était réservé aux vocations religieuse et sacerdotale. Or Frédéric, lorsqu’il rencontre Amélie, interprète son émotion comme une réponse à un appel. Il trouve une comparaison biblique : «Je crus entendre ces paroles qui, dans l’Écriture sainte, sont dites pour le jeune Tobie : N’hésitez plus car elle vous fut destinée dès l’éternité, elle marchera avec vous dans le même chemin et le Seigneur miséricordieux vous sauvera l’un par l’autre».

Qu’est-ce qui vous a marqué chez eux ?

R. C.-M. – Frédéric affiche une humilité à toute épreuve. Dès qu’il s’emporte, il se repent, demande pardon à sa femme, à ses beaux-parents. Jamais il ne s’attribue le mérite de ce qu’il entreprend. Il vit dans l’humilité et non dans l’héroïsme.


X. L. – J’admire ce qu’Amélie a apporté à son époux. Il a beaucoup appris d’elle : à parler en vérité, à s’abandonner, à apprécier les joies de chaque jour, à goûter la paix. À son ami François Lallier, parrain de Marie, il écrit avec poésie : «La science dessécherait jusqu’à la moelle de nos os sans ces tendresses qui pénètrent comme une éternelle rosée».


Devant l’épreuve, comment réagissent-ils ?

R. C.-M. – Ils réagissent comme nous, voilà ce qui me plaît ! La souffrance leur reste «en travers de la gorge». Ils ne comprennent pas, ils espèrent un miracle, notamment lors de l’agonie de Théophile, le petit frère d’Amélie. Miracle qui ne vient pas, ou différemment, car il meurt apaisé.

Cette absence de «merveilleux» autour des Ozanam trace un chemin spirituel capital pour notre époque, avide de spectaculaire ou de grands signes du Ciel. Eux croient sans avoir vu. Ils cherchent la face du Christ, non dans les prodiges, mais dans le visage de leurs frères souffrants.


En quoi offrent-ils un modèle de spiritualité conjugale ?

X. L. – Ils offrent un bel équilibre entre l’institutionnel, le sentimental et le spirituel. Leur amour conjugal est une authentique expérience spirituelle, non seulement individuelle mais partagée.

Dans le mariage cohabitent trois vies : celle du «je» et celle du «tu», qui continuent et doivent se développer. Certaines unions s’en tiennent là : deux vies parallèles, juxtaposées, où l’échange en profondeur est mince. La troisième vie, à construire, est celle du «nous», qui est mise en commun à tous les niveaux de l’être : affectif, sexuel et spirituel. Frédéric et Amélie ont pleinement connu ce «nous conjugal», à la convergence de tout l’être.

Oraison Liturgique de la Fête du Bienheureux Frédéric Ozanam


Dieu qui as suscité le Bienheureux Frédéric Ozanam, brûlant de Ton Esprit de Charité pour promouvoir des associations de laïcs en vue d'assister les pauvres: accorde-nous de suivre, à son exemple, Ton Commandement d'Amour pour être un ferment dans le monde où nus vivons. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.


Prière pour demander la canonisation du Bienheureux Frédéric Ozanam


O Dieu, qui as mis l'amour des pauvres au Cœur du Bienheureux Frédéric Ozanam et de soulager ses compagnons et qui leur inspiras de fonder une société pour soulager les misères spirituelles et temporelles de nos frères souffrants, daigne bénir cette oeuvre de Charité et d'apostolat, et, s'il être dans Tes desseins que le Bienheureux Frédéric Ozanam soit canonisé par l'Eglise, nous Te supplions de manifester par des faveurs célestes son crédit auprès de Toi. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 



04/11/2008
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