Spiritualité Chrétienne

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Vie de Sainte Rita de Cascia 4e partie

 Vie de Sainte Rita de Cascia, 4e partie

 

Troisième partie, dans la Gloire

Chapitre XX, Glorification

A mesure qu'une âme s'humilie Dieu l'exalte, et Rita, qui s'était abaissée à l'extrême, eut, à peine expirée, le commencement de son exaltation sur la terre. L'empreinte que la mort laisse sur la face d'un cadavre éveille la frayeur. Le corps de Rita, consumé par la longue et douloureuse maladie, avec cette plaie fétide au front, aurait dû effrayer encore davantage; mais Dieu ne le permit pas. Son visage prit un air de douceur et de beauté ineffables. De la plaie du front, le suintement infectieux disparut, elle se rétrécit, se cicatrisa et devint semblable à une gemme éclatante. Au moment où Rita expira, écrivent les Bollandistes, on entendit la cloche du monastère, sans que personne ne la toucha, sonner trois fois et, comme il est permis de le croire, par la main des anges. Une lumière inattendue resplendit dans la chambre, et dans tout le monastère il se répandit l'odeur d'un parfum céleste. Ce parfum, que non pas en ce seul instant seulement l'on sentit autour de cette dépouille bénie, fut une compensation que Dieu accorda à sa fidèle servante pour l'infection qu'elle avait supportée et fait supporter pendant tant d'années, et la preuve que cette âme élue était déjà entrée dans la gloire. Le transport du corps dans l'église fut un vrai triomphe ; toutes les autorités y participèrent ainsi qu'une foule immense. Ce ne fut pas une cérémonie funèbre, mais un cortège triomphal. Et quand les fidèles purent contempler ce visage qui avait été pâle, émacié, répugnant à cause de la plaie du front, rajeuni comme en ses plus belles années, si éclatant qu'il paraissait plus vivant que jamais; quand ils virent l'horrible plaie changée, pour ainsi dire, en un rubis; quand, pendant un certain temps, il se répandit le céleste parfum qui avait rempli la cellule de la sainte, tous se persuadèrent qu'elle était au ciel et très puissante auprès de Dieu. Elle fut, précédant les décrets de l'Église, canonisée par la voix du peuple. Le P. Vanutelli écrit que les faits extraordinaires qui se produisirent après la mort de Rita furent si nombreux que les autorités, aussi bien ecclésiastiques que civiles, décidèrent de ne pas donner de sépulture au saint corps de Rita, aussi bien conservé, et qui répandait une odeur suave dans toute l'église, et voulurent qu'il restât à la vénération publique en un lieu convenable. Alors on fit faire un cercueil de cyprès, pas trop haut et sans couvercle, on le recouvrit intérieurement d'une étoffe rouge qui sortait extérieurement comme un drap mortuaire pour tenir le corps de la sainte soulevé au-dessus du cercueil. Il fut ainsi placé dans l'oratoire intérieur du monastère, sous la table d'un autel portatif. Il resta là, à la vénération publique, jusqu'à son transfert à l'église en l'année 1595. C'est ainsi qu'on le représente dans le tableau que l'on voit actuellement à Sainte-Rita, à Cascia, sur l'autel dédié à Notre-Dame du Bon-Conseil. Dans le petit oratoire où la sainte avait si souvent profondément médité et contemplé la Passion du Christ, devant l'image de ce Crucifix d'où avait jailli l'épine qui lui avait transpercé le front, le corps de Rita reposa donc pendant de longues années. Et ce lieu devint un véritable sanctuaire où les gens affluaient pour parler avec elle comme si elle était en vie, assurés que son esprit du haut du ciel les écoutait et que celle qui avait connu la douleur aurait compassion de leurs infirmités. La sainte continue encore à exaucer les âmes qui recourent à elle avec foi en sa puissante intercession. Nous rappelons ci-après un fait arrivé en l'année 1933 et recueilli dans l'Osservatore Romano. « Une famille de Ceylan reçoit le baptême dans le sanctuaire de Sainte-Rita. « Par l'intercession de sainte Rita une famille de l'île indienne de Ceylan est passée au catholicisme. Trois années avant le fait (en 1930), Mme Anne de Livera parcourut la "Vie de sainte Rita", et subitement il naquit dans son cœur un vif désir d'abandonner la secte protestante et d'embrasser la vraie foi. Quand elle fit part de son projet, son père lui supprima immédiatement les subsides qu'il lui donnait pour son entretien et pour élever ses deux enfants et une fille adoptive. Elle plaça alors les enfants dans une école catholique, et elle entreprit elle-même l'étude de la vraie foi. « Combien émouvante est la lettre qu'elle envoya à la supérieure des Augustines de Cascia, lui annonçant son intention d'être baptisée dans le sanctuaire de Sainte-Rita. « Chère Mère, « Je suis une pauvre femme avec deux enfants, un garçon et une fille, et, de plus, une orpheline que j'ai adoptée. Nous fûmes élevés dans l'Église anglicane. Depuis des années nous supportons de cruelles peines que l'on ne peut décrire. Mais Dieu eut pitié de nous et nous envoya sainte Rita pour sauver nos âmes.  «Pendant longtemps je fus sans argent, sans amis, sans maison; Dieu seulement prit soin de nous. Sainte Rita nous accorda une grâce après l'autre. Elle m'a obtenu actuellement l'argent nécessaire pour venir à Cascia accomplir mon voeu d'être baptisée, confirmée et pouvoir communier dans la maison qu'elle a habité. Je n'ai pas beaucoup, mais suffisamment cependant pour satisfaire mon vif désir. « J'avais désiré, étant enfant, me rendre en Angleterre, mais depuis que je connais sainte Rita mon unique et ardent désir est de venir à Cascia, dans la maison où vécut la sainte. Je désire marcher où elle-même a marché, dans la maison où elle s'agenouillait pour la prière, je désire m'agenouiller avec les enfants et adorer avec sainte Rita le Roi des rois; je désire voir la chambre où est son autel et dormir où elle dormait; et si cela n'est pas possible, je désire y rester en prières nuit et jour. « Je n'ai qu'une espérance et qu'un désir actuellement : c'est de servir Dieu dans le couvent de Cascia, où sainte Rita le servit pendant quarante ans. Par amour de sainte Rita, voudriez-vous avoir pitié de nous, et me laisser venir à vous avec mes enfants et l'orpheline ? « Nous désirons ardemment aimer, servir Dieu et lui obéir, comme à fait, pendant de longues années, sainte Rita. » Aucun commentaire à ces simples mais combien sublimes paroles !... En effet, après vingt-cinq jours de voyage, la famille indienne est venue à Cascia, où elle à complété sa longue et soigneuse préparation par l'acte solennel, la faisant passer des ténèbres à la lumière. C'est le P. Louis Campelli, Augustin et recteur du sanctuaire de Sainte-Rita qui coopéra à cette oeuvre ultime. C'est dans le recueillement de l'église de Sainte-Rita, à l'autel contenant le corps odoriférant de la sainte, que s'accomplit cet acte solennel. S. Exc. Mgr Péroni, venu expressément de Norcia, reçut l'abjuration du protestantisme et donna le baptême sous condition ; il leur administra la confirmation ; ensuite il célébra la messe, distribuant la sainte communion aux nouveaux catholiques. Dans un discours approprié, il expliqua la signification de la cérémonie et il invita tout le monde à rendre les plus vives actions de grâces au Dieu Tout-Puissant qui, par l'intermédiaire de ses saints, opère de si éclatants prodiges. Et comme couronnement et pour compléter la joie de leurs cœurs, il parvint aux heureux protégés de sainte Rita la bénédiction du Saint-Père. En parlant de la glorification de sainte Rita nous ne pouvons ici passer sous silence un phénomène qui apparut après sa mort et qui dure encore. Rappelons-nous qu'autour du berceau de Rita enfant apparut un essaim d'abeilles blanches ! Les abeilles réapparaissent après sa mort, mais elles sont noires. Elles sont un peu plus grandes que les abeilles communes; elles portent sur le dos comme un velouté d'un rouge sombre et elles n'ont ni dards ni antennes. L'auteur Tardi, duquel nous prenons ces renseignements, ajoute que ces abeilles sont singulières par leur antiquité, puisque n'étant pas prolifiques, elles remontent au temps de la sainte. Elles sont singulières par leurs habitudes, car elles restent renfermées pendant onze mois environ; elles avancent ou retardent leur sortie selon l'avance ou le retard de la semaine de la Passion et se retirent toujours dans l'octave de la fête de la sainte. Singulières enfin par la stabilité de leur demeure, parce que, généralement, les autres abeilles essaiment facilement changeant d'habitation; celles-ci, depuis tant de siècles, ne se sont jamais éloignées du vieux mur de l'antique monastère. Aux pèlerins qui visitent le sanctuaire de Cascia, on montre, dans les murs qui entourent la petite cour du monastère, les trous qui abritent ces petites gentilles amies de sainte Rita. On rappelle à ce sujet que l'une de ces abeilles, renfermée dans un petit vase de cristal, fui expédiée au Souverain Pontife Urbain VIII, qui était désireux de les voir. Après avoir entouré le corps de l'abeille d'un petit fil de soie, le Pontife la laissa libre et, de Rome, l'abeille retourna à son poste au monastère de Cascia.

Chapitre XXI: Le culte de Sainte Rita


Nous avons déjà vu comment Rita fut en odeur de sainteté, spécialement dans les dernières année de sa vie. Retirée du monde comme ses compagnes, elle devait encore s'isoler de celles-ci, à cause de l'horrible plaie qu'elle portait au front, marquée du sceau de son Dieu crucifié, son unique amour, son unique espérance. Mais le peuple chrétien, plus qu'à l'infection de la plaie, faisait attention au suave parfum de sa vertu, et quand sa belle âme, purifiée et élevée par la douleur, fut dans les splendeurs divines; quand son corps, martyrisé et déformé par la souffrance et la longue maladie, apparut rajeuni; quand l'horrible plaie du front se changea en un ardent rubis; quand, au lieu de l'odeur cadavérique, son corps inanimé répandit un parfum de paradis, aucune force humaine ne put retenir le torrent de fidèles accouru pour la vénérer. Sainte Rita, par un privilège singulier, ne fut jamais ensevelie, et jusqu'à présent ne s'est pas effectuée pour elle la sentence qui frappe tous les fils d'Adam : Tu es poussière et tu retourneras en poussière. Nous avons dit plus haut que la dépouille de Rita fut placée dans une bière de cyprès et déposée sous l'autel de l'oratoire du monastère; cette bière, peu d'années après, brûla, et, s'il faut l'en croire, par une chandelle allumée qui tomba dessus. Cependant, la dépouille de la sainte resta prodigieusement intacte. Il lui fut alors préparé un nouveau cercueil plus convenable, dont Corrado Ricci donne la description ci-après : Le sarcophage est en bois de peuplier recouvert de noyer. Il fut confectionné par un menuisier de Cascia, Cesco Barbari, dévot de la sainte, et qui par son intercession avait été guéri d'une maladie grave. Les peintures sont attribuées à Antoine de Norcia. On voit, de profil, les figures de la Madeleine, le Christ mort et de Rita en costume de religieuse Augustine, avec la plaie au front et l'épine sur la main droite relevée. Sur le couvercle, il y a, à nouveau, la figure de Rita, mais non pas en entier, comme dans beaucoup de tombeaux en marbre du temps, et le corps repose sur un coussin d'étoffe fleurie, comme l'on voit parfois pour les funérailles avec, à côté, une longue inscription en vers se rapportant à sa vie, à sa plaie et à sa mort. Les mains sont jointes et reposent sur son sein, les pieds sont nus et sur le front rayonne la plaie comme une gemme enchâssée. Dans la bière est peinte une figurine (nue dans le haut) pour exprimer, selon l'iconographie ancienne, l'âme de Rita montant au ciel sur un voile blanc tenu par deux anges. Rita fut donc canonisée par le peuple avant de recevoir cet honneur de l'Église. L'évêque de Spoleto, suivant l'usage d'alors, remontant aux temps apostoliques et qui dura plus ou moins jusqu'au pape Urbain VIII, permit que l'on rendit à Rita un culte public et privé, et la dévotion à la sainte des impossibles ne tarda pas à se répandre et à prendre de grandioses proportions. Dieu même prit soin de ratifier ce culte par les merveilleux miracles qu'il opéra à l'intercession de la sainte. Nous en indiquerons quelques-uns. Nous avons dit plus haut que le corps de Rita ne fut jamais enseveli et que, jusqu'à présent, il n'a pas connu la corruption. Il faut noter encore qu'il ne s'est pas momifié et qu'il n'a pas noirci comme celui des autres saints, mais il est comme le corps d'une personne venant à peine de mourir. Au contraire, après la mort disparut l'aspect souffrant et cadavérique qu'il avait dans les derniers temps de la maladie. A la reconnaissance du corps, faite à l'occasion de la béatification, c'est-à-dire environ deux cents ans après la mort, les délégués délivrèrent la déclaration suivante que nous donnons traduite du latin : " Dans la bière il y a le corps de la servante du Seigneur précitée, vêtue de l'habit monacal de l'Ordre de Saint-Augustin, lequel paraît aussi intact que si ladite servante de Dieu fût morte récemment. Nous voyons parfaitement la chair blanche, en aucune partie corrompue, et il y a le front, les yeux avec les paupières, le nez, la bouche, le menton et toute la face aussi bien disposée et entière comme une personne morte ce même jour. On voit également les mains de ladite servante de Dieu blanches et intactes, et l'on peut parfaitement compter les doigts avec les ongles, et semblables à ceux des personnes à peine mortes. De même pour les pieds. » Or, un cadavre qui pendant des siècles se conserve à l'abri de la corruption, bien qu'on n'en ait pas retiré les viscères et sans qu'il ait été embaumé, est une chose que la science, malgré tous les progrès dont elle peut se vanter, n'a pu, jusqu'à maintenant, expliquer. Et de même, elle ne pourra expliquer comment la plaie du front ait pu se cicatriser instantanément, immédiatement après la mort, tandis que, naturellement, il devait en advenir le contraire. Et de même encore, le parfum suave qui, de temps en temps, s'exhale de la dépouille bénie, inanimée, ne provient certainement pas d'une cause naturelle, comme des personnes sérieuses et dignes de la plus grande estime ont pu le constater à diverses reprises au cours des siècles, et ont affirmé que le fait ne provenait d'aucune mystification. Mais le fait le plus merveilleux du corps de sainte Rita, c'est que, de temps en temps, il se meut de diverses manières. Les actes authentiques de la béatification et de la canonisation l'attestent, d'après les témoignages répétés et sérieux depuis l'année 1626 jusqu'en 1893, sans compter ceux plus récents, recueillis pour sa canonisation, faite par Léon XIII en 1900. Les témoins dignes de foi jurent d'avoir vu la sainte ouvrir les yeux, tourner la tête vers le peuple, se soulever jusqu'au couvercle du cercueil se mouvant avec tout le corps, remuant également les mains et les pieds. Ces mouvements furent observés spécialement pendant les visites faites par les évêques et les supérieurs de l'Ordre; quelquefois pendant l'élévation de la messe, ou pendant les calamités publiques. Il est à noter, parmi les autres faits, que la sainte ouvrit les yeux le 16 juillet 1628 pour apaiser un tumulte pendant que Cascia et Rome célébraient la fête de sa béatification. Le procès régulier de ce fait est conservé dans les archives de l'archevêché de Spoleto. Les faits exposés ci-dessus sont un miracle continuel par lequel Dieu se complaît à glorifier sa fidèle servante. La religion catholique n'a certainement pas besoin de ces faits inexplicables à la science pour démontrer son origine divine; ce sont des attestations humaines, mais, pour les nier, il faudrait anéantir l'histoire, laquelle narre les faits humainement certifiés et ne les discute pas. Mais comme pour les narrer il faut des preuves certaines, et dans notre cas ces preuves existent, ainsi, pour nier il ne suffit pas de dire : ce sont des choses impossibles ! Parce que, justement, puisque cela est, c'est possible; sinon aux hommes, à Dieu. Nous voulons des preuves physiques, certes, et non de subtils sophismes. Mais continuons notre récit, parce que celui qui s'est mis en tête de ne pas croire à ce qui ne lui plaît pas finit par douter même de sa propre existence, et la raison humaine arrive à un point tel qu'elle rejette orgueilleusement la lumière de la révélation divine. Les grâces accordées par Dieu par l'intercession de sainte Rita sont innombrables et on peut dire continuelles. Nous en rapporterons une seule, accordée en 1450 et narrée par les Bollandistes. Un enfant de onze ans était mort à Cascia : il s'appelait Biagio et était fils d'Antoine Massei. La mère de l'enfant le prit dans ses bras, le porta devant la bienheureuse Rita, et l'enfant ressuscita. Ainsi Dieu glorifiait sa fidèle servante. L'Église, après de minutieuses recherches et l'examen attentif des faits miraculeux, approuva solennellement, selon la règle prescrite par le pape Urbain VIII, le culte que l'on rendait déjà à la sainte et accorda la messe propre en son honneur. Sa vie fut narrée, à différentes reprises, par des auteurs italiens, espagnols et belges, et sa dévotion se répandit en très peu de temps dans l'Ancien et le Nouveau Monde.


Chapitre XXII: Diffusion du culte de Sainte Rita


Le nom des impies qui ont fait beaucoup de bruit en ce monde, ainsi qu'il est effacé du livre de vie au ciel, s'évanouit aussi de la terre comme le son qui se dissipe. Mais celui qui vécut seulement pour Dieu et chercha l'humilité de l'effacement, comme le saint qui, pendant sa vie, était peu connu et abandonné, perdu, pour ainsi dire, dans la multitude, à peine a-t-il pris son envol vers le ciel que Dieu pense à le glorifier sur la terre, maintenant sa grande promesse : Celui qui s'humilie sera exalté. La vie de notre sainte avait été des plus humbles et cachée; vie vécue dans un petit bourg accroché sur les monts, puis clôturée dans les grilles d'un monastère, enfin reléguée en une cellule lointaine, en dehors même de la société des autres Sœurs Qui pouvait s'occuper de Rita ? Et cependant à peine la sainte a-t-elle expiré qu'elle resplendit de gloire, et son nom, franchissant les monts et les mers, se répandit petit à petit sur toute la terre. Son culte, commencé immédiatement après sa mort, brilla d'une nouvelle splendeur lorsque le pape Urbain VIII en approuva la messe propre, et il atteignit son apogée lors de la canonisation de la sainte, qui fut faite, comme nous l'avons déjà dit, en l'année 1900. Après l'Italie, l'Espagne et le Portugal la connurent et en diffusèrent la dévotion dans leur patrie et dans leurs nombreuses colonies, l'Amérique latine et les Philippines. Son nom fut donné à de nouveaux pays créés par des émigrants, et dernièrement plusieurs églises furent érigées à son nom même dans les États-Unis du Nord. Ce qu'il faut faire remarquer, c'est l'impulsion de charité chrétienne que sainte Rita, si aimante des pauvres, suscita dans les âmes généreuses en Espagne, et, en ces dernières années, en Italie même, qui fut toujours si riche d'institutions charitables. Peu après la canonisation de sainte Rita, c'est-à-dire en 1901, le P. Sauveur-Font, de l'Ordre des Augustins, instituait la Société des œuvres de charité de Sainte-Rita, qui comprend des dames, même de la haute aristocratie, qui recueillent des offrandes et confectionnent de leurs mains des vêtements pour les pauvres. Cette pieuse société se développe en France et en Italie et s'inspire des exemples de sainte Rita, qui, si elle fut pauvre des biens de ce monde, fut riche par le cœur et par la vertu, à tel point qu'elle se privait presque du nécessaire pour secourir l'indigence des malheureux. D'autres saintes furent également de grandes bienfaitrices, mais on voit que l'exemple de sainte Rita produit une impression plus profonde parce que, chez elle, sa bonté ne pouvait être séparée du sacrifice qui, uni aux douleurs aiguës qu'elle a toujours éprouvées dans son corps et dans son esprit, l'auréolent d'une considération toute particulière. Les dames inscrites à l'Action catholique ont un devoir tout particulier d'imiter sainte Rita dans cette branche de l'apostolat que l'on appelle « Action sociale »; secourir, prendre soin des malheureux, procurer des places honnêtes aux jeunes servantes, les surveiller, les conseiller et les aider de toute manière. La question sociale qui, depuis plusieurs années, travaille les peuples et menace de mettre tout en ruine ne peut se résoudre par la lutte violente des classes, mais par le retour à l'esprit de l'Evangile qui est l'esprit de foi, de justice et de charité. Pendant que les démagogues, avec des paroles retentissantes et de folles promesses, allument dans le cœur des ouvriers la soif des richesses et la lutte des classes, les femmes qui vivent l'Evangile doivent s'adonner, comme Rita, à éteindre le feu de haine, à défendre les principes chrétiens par la parole, par les œuvres, par l'exemple constant et patient au sein de leurs familles et dans leurs paroisses. Si, en agissant ainsi, elles vont au-devant des luttes et des peines, à l'exemple de sainte Rita qu'elles méditent leur Crucifix. En lui seul est l'espérance de paix et de salut.

Chapitre XXIII: Pieuses et aimables coutumes

Sainte Rita ne survit pas seulement dans les œuvres de charité. La dévotion envers elle se manifeste également dans le culte que l'on a pour sa mémoire. Nous avons parlé de la vie miraculeusement épanouie, en vertus d'héroïque et persévérante obéissance, d'un rameau sec et stérile que Rita arrosa pendant un très grand laps de temps. La supérieure du monastère de Sainte-Rita nous écrit à la date du 21 novembre 1932 : « La vigne prodigieuse de sainte Rita subsiste, robuste, dans le jardin du monastère, portant chaque année des raisins très doux. La vigne merveilleuse n'a jamais été renouvelée, et c'est le même rameau desséché qui germa miraculeusement après avoir été arrosé pendant une année par sainte Rita, par obéissance. Ses feuilles séchées se réduisent en poudre pour les distribuer aux infirmes. Ainsi Dieu se complaît à glorifier celle qui lui fut semblable dans la douleur, dans la patience et dans la charité, en communiquant aux feuilles mêmes de la vigne miraculeuse une vertu surnaturelle. Rappelons-nous également la rose que la sainte se fit apporter au cœur de l'hiver de son jardinet de Roccaporena. Cette plante fut déracinée et portée au monastère de Cascia; elle s'élargit en un magnifique buisson; elle se conserve encore, et les feuilles de ses roses sont distribuées comme de précieuses reliques. Enfin, le 22 mai, si l'on se trouvait à Cascia, dans l'église intitulée autrefois Sainte-Marie-Madeleine, et appelée actuellement Sainte-Rita, on assisterait à un gentil spectacle. La foule accourt dans l'église, portant en main des bottes de roses de toutes couleurs que le prêtre bénit solennellement. La même cérémonie à lieu, le 22 mai, fête de la sainte, dans presque toutes les églises et chapelles où existe le culte de sainte Rita. Ces roses sont ensuite portées aux malades, soit chez eux, soit dans les hôpitaux, et traversent même les océans, obtenant de Dieu, par l'intercession de sainte Rita, des guérisons inespérées.


Conclusion


Notre récit est terminé; ce fut un travail de recherches diligentes pour donner des renseignements certains, avec l'unique souci de vérité, sans ce langage enthousiaste propre du panégyrique, qu'une telle vie aurait pu cependant mériter. Mais nous espérons que, comme nous, qui, lisant et écrivant, avons appris non seulement à connaître, mais encore à aimer, à vénérer et à invoquer l'humble, douce et suave figure de la belle créature bien-aimée du Seigneur, celui qui lit apprenne à la connaître et à l'invoquer. Combien y a-t-il ici-bas de misères pour lesquelles nous ne voyons pas de remède ! Combien de moments de découragement et même de désespoir ! Sainte Rita nous apprend à espérer contre toute espérance en ce Dieu qui peut tout et qui nous a fait les plus grandes promesses. Dieu ne nous abandonne pas; c'est notre foi qui diminue; nous nous préoccupons davantage, et souvent exclusivement, des choses de cette vie, qui cependant doit finir, oubliant les droits de Dieu et les avantages de notre âme qui ne mourra jamais; nous cherchons, en priant, à amener Dieu à faire notre volonté et nous ne songeons pas à faire la sienne. N'oublions pas la sentence du divin Maître, que nous donnons comme conclusions de notre humble travail : "Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera, donné par surcroît " ! La route qui conduit à l'éternelle gloire et à la félicité est dure parce qu'elle exige le sacrifice de soi-même par amour de Celui qui s'est donné entièrement à nous; mais l'exemple des saints démontre que la chose est possible, si à la grâce du bon Dieu, qui ne manque jamais à celui qui la cherche sincèrement et qui dévotement l'implore, s'ajoute de notre part la bonne volonté. Les âmes qui sont arrivées à comprendre que l'essence de la perfection chrétienne est la charité, et que la charité est de suivre avec la plus grande perfection possible la loi divine en suivant les exemples de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ont cherché et aimé le renoncement et le sacrifice d'elles-mêmes. "Aime à vivre caché", dit le livre de "l'Imitation de Jésus-Christ" , "et à être compté pour rien". Elles ont compris la force de la parole divine. "Celui qui veut venir après moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix sur ses épaules et qu'il me suive". Le pur et parfait amour ne pense pas à la récompense promise et au châtiment qui le menace, il sert Dieu parce qu'il mérite tout notre amour. Toutefois, nous croyons, et il est humain de le penser, que même les saints, ou tout au moins la majeure partie d'entre eux, n'ont pas perdu de vue leur propre personnalité et l'aspiration à la parfaite félicité qui consiste dans la vision béatifique, et même qu'ils n'aient éprouvé aussi un désir implicite de voir, à la fin, triompher la justice. Nous en avons une preuve dans le livre de l'Apocalypse, dans lequel l'apôtre Jean décrit les saints martyrs qui invoquent la justice pour leur sang versé injustement. La justice doit être faite, et Nôtre-Seigneur la fera en son temps, lui qui a été constitué, par le divin Père, Juge des vivants et des morts. Ce sera alors le triomphe de Dieu, de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ et des saints qui vécurent pour lui, et l'extrême confusion des méchants, des rebelles, des jouisseurs, des pécheurs obstinés. Dans le grand jour, le jour grandement amer du jugement, dit le Saint-Esprit (Livre de la Sagesse, ch. v), les justes, avec une grande constance, se tiendront devant ceux qui les affligèrent et les accablèrent de peines. Et ceux-là, à cette vue, seront agités d'une peur horrible et demeureront stupéfaits à la vue soudaine et inattendue de la gloire de ceux-ci. Et, touchés de repentir et soupirant douloureusement, ils diront en eux-mêmes : "Ceux-ci sont ceux que nous regardions, autrefois, comme un objet de dérision et de mépris. Insensés, nous considérions leur vie comme ridiculement stoïque et leur fin misérable. Et voici que maintenant ils sont comptés parmi les enfants de Dieu et au nombre des saints. Donc, nous avons perdu la voie de la vérité, et la lumière de la justice ne brille pas pour nous, et le soleil de l'intelligence ne se lève pas pour nous. Nous nous sommes fatigués dans la voie de l'iniquité et de la perdition, suivant les mauvaises routes et nous ne connaissâmes pas la voie du Seigneur. A quoi nous servit l'orgueil ? Et quel profit nous a donné l'ostentation des richesses ? Toutes ces choses se fondirent comme une ombre et comme un messager qui passe. Ou comme une nef qui vogue sur les ondes agitées dont on ne peut trouver trace quand elle est passée, ni le sillon ouvert par sa carène sur les flots; ou comme l'oiseau qui, volant dans l'air, ne laisse aucun signe de ses mouvements, mais seulement la secousse des ailes avec lesquelles il fend l'air léger et rompt avec force l'atmosphère qui est son chemin; il bat de l'aile et s'envole, et il ne laisse derrière lui aucun signe de son voyage; ou comme une flèche lancée à un point déterminé : l'air traversé rapidement se replie sur lui-même, et on ne connaît même pas le passage de la flèche. Ainsi, venus au monde, à peine nés, nous cessâmes bientôt de vivre et nous ne montrâmes aucun signe de vertu et nous nous sommes consumés dans notre méchanceté." C'est ainsi que raisonnent dans l'enfer ceux qui ont péché ! Parce que l'espérance de l'impie est comme un flocon de laine emporté par le vent; et comme la légère écume qui est dissipée par la tempête; et comme la fumée qui est dispersée par le vent; et comme le souvenir d'un étranger qui passe, qui ne s'arrête qu'un jour. Mais les justes vivront éternellement, et leur récompense est entre les mains du Seigneur, et ils ont toute la sollicitude du Très-Haut. A cause de cela ils remporteront la couronne et un beau diadème du Seigneur, parce que Il les recouvrira de sa droite et avec son bras saint il les défendra. Nous devons considérer la vie présente comme un voyage vers l'éternité ; les malheurs et les douleurs comme un moyen d'expiation pour nos péchés et pour la purification de notre âme qui se perfectionne dans la douleur comme l'or se purifie dans le creuset, en réparation des offenses que Dieu notre bon Père reçoit de tant de fils méconnaissants et ingrats, et comme le principal moyen pour nous rendre semblables à Jésus Crucifié. Dieu recevra pour élus dans le ciel ceux qu'il trouvera semblables à l'image de son divin Fils. Si nous ne regardons pas ainsi, avec les yeux de la foi, les événements de ce monde, ils nous paraîtront un nœud inextricable; les voies mystérieuses de la divine Providence ne nous paraîtront que paradoxes et contradictions et nous courrons le péril de perdre non seulement la paix du cœur, mais encore la foi, le plus grand, le plus nécessaire des trésors que Dieu nous a donné et qui est la base de notre sanctification.

 



22/12/2008
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