Spiritualité Chrétienne

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Le serviteur de Dieu Marie-Antoine de Lavaur 03

Marie Antoine de Lavaur

Le Saint de Toulouse


Quand Toulouse s'éveilla, ce matin grisâtre "d'hiver, une rumeur courait portée on ne sait par quelles ondes , dans les rues sur le trottoirs, sur le "boulevard, à la porte des églises: "Le Père Marie Antoine est mort...Notre Saint nous a quittés!.. Des mains "se joignaient après avoir esquissé un signe de Croix, les yeux se mouillaient. Cette nouvelle prenait l'allure d'un deuil général. Et tout comme au Moyen Age, un grand élan de foi et d'Amour passa sur la ville. Alors, une "étrange procession s'organisa, sans un mot d'ordre, sans un appel. Ménagères, travailleurs, mendiants, "prêtres, séminaristes, médecins, avocats, mariniers de la Garonne et du canal, pensionnats, tous ceux qui "l'ont connu et vénéré, tous ceux qu'il a aidés et secourus, ceux même qui l'ont injurié et calomnié, ridiculisé, "se dirigeaient en groupes, vers le Couvent de la Côte Pavée..." Le saint est mort, le saint est mort !" ...!

C'est ainsi que Marguerite Dufaur ouvre ce Numéro de La revue du Rosaire qui lui sera consacré. Tout le peuple de Toulouse est là, puisque les capucins de Toulouse, comme tous les religieux, avaient été obligés de quitter la France, eux avaient émigrés en Espagne. Seul le Père Marie Antoine et frère Rufin, étaient restés dans ce couvent, construit 40 ans plus tôt. Quelle police aurait pu l'en déloger..? Il avait écrit à Émile Combes son compatriote, Président du Conseil, une lettre restée célèbre, lui demandant "comme faveur, quand il l'aurait expulsé de son Couvent, de lui ouvrir au moins les portes de ses prisons"

Léon Clergue est né à Lavaur le 23 décembre 1825 de parents profondément chrétiens. Il avait de la famille à Toulouse et vint faire ses études au petit séminaire de l’Esquille. Il y fit déjà preuve d’esprit d’entreprise et d’un grand amour pour les pauvres. Chargé avec un camarade de servir de guide au Père Eugène de Potriès, un capucin espagnol venu à Toulouse voir les possibilités d'une nouvelle implantation de l'Ordre en France, il fut très frappé par sa gentillesse, ses pieds nus et son austérité. Ordonné prêtre le 21 septembre 1850 il fut nommé vicaire à Saint Gaudens. Là il fit des merveilles de charité. Mais de plus en plus convaincu de sa vocation religieuse, il se rendit à Marseille où venait de s’ouvrir le noviciat des Capucins. Il prit le nom du saint franciscain universellement invoqué, joint à celui de la Vierge Marie, et il devint le frère Marie-Antoine. Sa profession eut lieu le 15 juin 1856.



Ses supérieurs ne tardèrent pas à lui confier le soin d’établir les Capucins à Toulouse. Le couvent de la Côte Pavée fut fondé en 1858. Il devint son havre jusqu’à sa mort en dépit des persécutions qu’il eut à endurer. Son prestige eut souvent raison des spoliateurs. Il fallait construire grand, afin de pouvoir faire de cette maison, une Maison de formation pour les jeunes qui déjà s'annonçaient. Une fois le terrain trouvé et acheté, pendant les travaux de construction, il ne demeura pas inactif. Un hangar qu'on lui avait prêté dans le voisinage, lui servait de chapelle, et sa prédication y faisait déjà des merveilles. Il visitait les bouges et les mansardes, et n'hésitait pas à y suivre un jour un ivrogne qui chantait "Père Capucin confessez ma femme", réussissant à confesser et la femme malade et le moqueur lui-même.

Les difficultés et les épreuves spirituelles, ne manquaient pas, mais il faisait une confiance indéfectible à l’inspiration de Dieu, puisée dans la prière, il devint vite le prédicateur populaire de missions, pendant une cinquantaine d’années d’apostolat. On a du mal aujourd'hui à imaginer ce que pouvait représenter une Mission. C'était un "événement" dans la vie d'un village ou même d'une ville de cette époque. Sans aucun autre moyen de communication, c'était pour leurs habitants, une manière de se regrouper qui était à la portée de tous. Pratiquants ou non venaient à la mission, un moyen de sortir de son isolement, qui devenait occasion de découvrir l'Évangile et de retrouver la pratique des sacrements. Aprés la tourmente révolutionnaire, elles furent pour les paroisses, le grand moyen de retrouver leur dynamisme.



En effet les missionnaires avaient, chacun une manière très personnelleet dynamique de s'adresser au peuple. Par ailleurs ils profittaient de l'événement pour créer des groupements qui continueraient de se réunir, la mission terminée. Nombre de paroisses dans le Sud-Ouest possèdent une statue ou une croix, souvenir d’une mission donnée par le Père Marie Antoine. Dans les différents récits des faits rapportés par ses biographes, le pittoresque ne le cède en rien à la foi, ni à une ardente charité. Il fut le prédicateur recherché et l’animateur des grands pèlerinages.

Pionnier des Pèlerinages de Lourdes



"Si les apparitions eurent lieu du 11 février au 16 juillet 1858, "l'Église ne parlait de ces faits miraculeux qu'avec sa prudence coutumière, mais en dépit de cette prudence, les affirmations sincères de Bernadette, sa pure naïveté de petite fille, l'assurance de ses réponses aux questions précises, insidieuses même qu'on lui posait, ébranlaient, jour après jour les esprits les moins crédules. La Vierge s'était réellement montrée à cette enfant privilégiée. Le Capucin partit pour Lourdes."Il était loin de se douter, lors de ses premiers voyages dans la cité mariale, que dans très peu d'années, il deviendrait un des animateurs, un des prédicateurs les plus appréciés des grands pèlerinages, le confesseur réclamé par les grands pécheurs, et le directeur spirituel de ceux que sa parole avait convertis.

"Sa première visite date de 1862. D'une lettre qu'il écrivit de cet endroit privilégié, j'extrais ces quelques passages:" Marie est là, visible encore... ." On y respire le parfum qu'elle a laissé dans cette sainte vallée, dans cette grotte, et sur ces riantes collines : il semble, la voir et entendre sa voix, quand on voit et qu'on entend la petite bergère qui a eu le bonheur d'être visitée par elle dix huit fois. "En grandissant, cette angélique enfant, conserve toute sa sublime et sainte simplicité, elle est là, sur les lieux, comme une fleur tombée du ciel, ou plutôt du cœur même de Marie, pour être le témoin perpétuel et toujours sensible du miracle des apparitions. Elle m'a dit tout simplement :"J'ai vu Marie, oh ! qu'elle était belle ! Pendant les trois premiers jours, elle ne faisait que sourire sans me parler, mais le suivant, elle ouvrit ses bras, puis joignit ses mains sur son cœur" ( et elle me faisait les mêmes gestes que la Vierge.



"Quand on n'a pas entendu ces choses on n'a pas connu Marie. Non, la petite paysanne aux vêtements rapiécés, au grossier capulet qui s'est agenouillée mains jointes, pieds nus devant la Grotte, ne raconte pas une histoire. ! "Le Père ne manquait pas une occasion d'aller à Lourdes ou d'y conduire des pèlerins. Désormais Lourdes fut sa vallée, son oasis céleste, son petit paradis. Tout lui était prétexte. A-t-il clôturé une mission ? L'épilogue est un pèlerinage à la grotte de Massabielle. Le but à atteindre donne des forces au Père. Ce n'est pas une paroisse isolée qu'il aurait voulu conduire à Lourdes... mais dix... vingt paroisses qu'il vient d'évangéliser. Tels sont les premiers pas du capucin vers la Grotte.

Ses sermons à Massabielle il les prêche, non en orateur, ni en philosophe, mais en fervent chrétien, en fils qui aime et vénère sa mère, qui a le souci des âmes et qui est disposé, pour les sauver, à tous les sacrifices. Il n'est pas défendu, même aux religieux, de trouver quelques joies parmi les sacrifices. Le Père en fut comblé aux pieds de la Madone. Le mardi de la Pentecôte en l'an 1872. Il conduisit à Lourdes 1.200 pèlerins de Saint Gaudens, ses premiers paroissiens, toujours en bonne place dans son cœur. Un peu plus tard, c'est Lavaur, sa ville natale qu'il amène aux pieds de Marie... 880 personnes, réparties en deux trains ! "Lavaur, la meilleure ville de France" écrit-il quelque part. Sans cesse sur la brèche, chantant, priant, confessant, il devint le moine le plus populaire des pèlerinages.

Beaucoup de ceux qui allaient à Lourdes avaient entendu parler de lui, sans le connaître cependant. Dès leur arrivée dans la ville mariale, ils se préoccupaient de savoir si le Père Marie Antoine était là, et où on pouvait le trouver. Où ? partout... À la Grotte, au Rosaire, au confessionnal, aux piscines, à l'hospitalité des malades... Là où d'instinct il sentait sa présence nécessaire. Sans cesse dérangé, sollicité... Et la nuit ? Ah la nuit ..! souvent agenouillé, les bras en croix devant la Grotte. C'étaient là ses bonnes heures. Mais plus souvent encore, dans un confessionnal assiégé dès 8 heures du soir, jusqu'à plus de minuit...

Il attendait plusieurs fois l'an ces journées de Lourdes comme une largesse magnifique que la Vierge lui faisait. "Le Père Marie Antoine est à Lourdes", informait le Journal de la Grotte . Inutile donc de savoir qui serait désigné pour prendre la parole....Il paraît, monte dans une chaire qu'il improvise et de sa voix rajeunie, il parle de l'amour de Marie, de son amour universel, de son amour particulier pour chaque région représentée à cette heure ici. Les lyonnais, les landais, et en particulier les toulousains qui couronnent chaque année les poètes qui chantent Marie.

Un jour, à l'un de ses sermons assiste un religieux dominicain. Il écoute admire et s'écrie, s'adressant aux prêtres qui l'entourent : "Voilà comment nous devrions prêcher". S'avançant vers le prédicateur, il lui prend la main, la serre avec affection. "Je suis le Père Monsabré, dit-il, et je tiens à vous avouer que je n'ai jamais éprouvé, en face de mon auditoire de Paris, le même plaisir que là, tout à l'heure à vous écouter". Il prêchera 97 pèlerinages : c'est à dire qu'il prend en charge les pèlerins dès leur arrivée, il prêche à la grotte, aux piscines, dans les églises, et il confesse jusqu'à épuisement ". Après avoir instauré à Rocamadour, la fête nocturne de la procession aux flambeaux, où "quelques étoiles du ciel semblent s'être posées sur la terre", il voulut l'inaugurer à Lourdes. C'était en 1863, vers 9 heures du soir, une vingtaine de personnes priaient devant la Grotte.

A peu prés autant de cierges brûlaient aux pieds de la Vierge. Tout était silencieux, "Il faut que ces cierges marchent et chantent", se dit le capucin..! Aux mains des pèlerins, tous ces flambeaux dessinèrent un demi cercle au chant de l'Ave Maris Stella". Le lendemain c'était une centaine de cierges, puis des milliers et des milliers"... Qui prétendrait compter aujourd'hui les milliards de cierges qui se sont succédés, en ces lieux pour rendre hommage à Marie !.. À lui revient l'honneur, sans avoir prévu son extension future, la seconde des cérémonies de Lourdes, la procession du Saint Sacrement. Dirigeant la prière des fidèles, il se retourna vers la custode qu'on rapportait au Rosaire, après une cérémonie à la Grotte, et, dans sa foi vive, lança les acclamations et les supplications des malades de l'Évangile. On imita cette pratique pour l'amplifier, on fit un cortège à Jésus-Hostie, qui est devenue l'imposante procession de l'après-midi de Lourdes.

Pionnier des pelerinages de Lourdes, c'est certainement à ce titre que Mgr. Shœpfer lui offrit la statue de Notre Dame de Lourdes, qui avait été placée sur l'autel provisoire de la Basilique du Rosaire en 1889. Elle se trouve aujourd'hui à N.Dame du Pech. " Pionnier des pèlerinages de Lourdes, le Père Marie Antoine,le saint de Toulouse" . . titrait à juste titre, la "REVUE DU ROSAIRE" de Juin 1968. Tout le numéro lui était consacré.

Mais sur la fin de sa vie il voulut donner à sa ville natale un lieu de prière à Marie, c'était en réalité un rêve trés ancien !: "Notre Dame de Consolation au Pech de Lavaur ". Un sommet gracieux , qui se dresse en pleine campagne à quelques minutes de Lavaur et qu'on appelle Le Pech, bien isolé et bien visible de toute la région. Jamais cependant il n'en eut les moyens; mais un jour, il apprit que le monticule était à vendre, un bienfaiteur se présenta pour l'acheter et le projet si longtemps envisagé entra en exécution. Il y a tout lieu de penser que les difficultés ne manquèrent pas !

Mais enfin la chapelle s'édifia, dominée par un clocher élégant, que couronne l'image de la Madone bénissant la contrée. Au dessus du maître-autel de la chapelle, une statue hiératique, trés ancienne, offerte au P.Marie Antoine, à la fin d'une mission à Vicdessos, en Ariège. Notre Dame de Consolation était son nom, et ce vocable convenait parfaitement à la situation du Père dans ces dernières années de sa vie. Un nom dont il aimait appeler sa mère..! Retiré au couvent de Toulouse, il vivait en ermite avec un frère laïc. Tous ses frères ayant été expulsés par les lois anticléricales de 1901, les Capucins de la Province de Toulouse étaient en exil en Espagne...Le “Saint de Toulouse” s’endormit dans le Seigneur le 7 février 1907. Comme cela fut dit en commençant, ses obsèques furent triomphales et sa tombe a toujours été entourée de vénération. Sa cause de béatification a été introduite à Rome, le 12 août 1949. Marguerite Dufaur termine en nous disant que cet homme de Dieu repose toujours dans la chapelle de ce couvent des capucins, qu'il avait fondé à Toulouse au 33 Côte Pavée, dans une petite chapelle que la piété populaire continue à orner de ses plus belles fleurs.-...Si depuis 1999, les capucins ont échangé leur couvent avec ceux des Pères Carmes,qui avaient besoin, pour leurs étudiants d'un couvent plus spacieux, ils vous accueilleront en cette église qui est devenue la leur. Et les Capucins, qui les ont remplacé: 2 Rue d'Aquitaine, seront heureux d'évoquer avec vous la mémoire de leur aîné.

Par ailleurs Notre Dame de Consolation au Pech près de Lavaur, a trouvé une nouvelle jeunesse, et vous accueillera avec joie. En effet, en 1980, aprés 20 ans d'abandon, l'église et le parc ont été remis en état par les paroissiens de Lavaur, un terrain attenant a été acquis et sert de parking. Depuis, pèlerins et groupes reprennent les chemins de ce sanctuaire marial. Pour répondre à la demande des groupes, un complexe d'accueil a été organisé en octobre 1987. Dans un parc ombragé de deux hectares, un chemin de croix a été aménagé dans les allées.  La chapelle restaurée permet la présence de 200 personnes pour les célébrations. Une grande salle polyvalente: abri en cas de mauvais temps, réfectoire équipé de cuisine et sanitaire, pour permettre conférences et réunions diverses. D'autres salles peuvent faciliter l'accueil de petits groupes.



Texte extrait du site www.capucinstoulouse.com






23/10/2007
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