Spiritualité Chrétienne

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La servante de Dieu Luisa Piccarreta 02 suite III

La Servante de Dieu Luisa Piccarreta 02, suite (III)

 

Prédilection de Luisa pour les Capucins. P. Salvatore de Corato et Luisa Piccarreta

Le Père Capucin Salvatore de Corato, était imprégné du charisme de Luisa. Il fit sa connaissance lorsqu'il était élève au Séminaire de Giovinazzo (en troisième et seconde). Le Père Salvatore venait passer ses vacances chez nous. Durant ses promenades dans les allées du potager, il me parlait toujours de Luisa et m'expliquait comment avait mûri sa vocation de Capucin. C'était un très bon Capucin, de bonne famille, et extrêmement gentil. Il avait une délicatesse d'âme qu'il était rare de rencontrer chez d'autres frères. Sa vocation de Capucin et de prêtre fut une vocation tourmentée et plein d'embûches. Orphelin de père et de mère, il fut élevé par une tante qui le conduisait souvent chez Luisa la Sainte. Cette dernière avait de la sympathie pour lui et s'attardait volontiers à lui parler. Un beau jour elle lui dit: "Le Seigneur veut que tu sois prêtre", mais l'enfant n'attacha pas beaucoup d'importance à ce qu'elle disait. Devenu un beau jeune homme, riche et courtisé par toutes les filles, il entra dans la marine et voyagea beaucoup. Durant ses longues traversées, qui duraient parfois des mois, le brillant jeune homme prenait plaisir à rester sur le pont, contemplant l'étendue infinie de la mer et du ciel étoilé. Il se rappelait alors des paroles de Luisa: "Le Seigneur veut que tu sois prêtre".

En danger de mort, il invoquera Luisa dans ses prières: "Luisa, si tu veux que je sois prêtre, sauve-moi!". Le hasard voulut que la plupart de ses compagnons moururent et que lui, par un étrange destin, fut sauvé. Il quittera alors sa carrière pour rentrer à Corato. Là, il eut une longue entrevue avec Luisa qui lui conseilla d'entrer chez les Capucins tout en lui disant qu'il aurait rencontré de très grandes difficultés. Le Seigneur aurait mis sa vocation à dure épreuve. Son admission ne fut en effet pas facilement acceptée, contestée par ceux qui étaient chargés de la formation des élèves, sous prétexte de son âge, déjà avancé par rapport aux autres élèves, de son passé dans la marine, certainement plein de vices, et du fait surtout qu'il provenait d'une famille aisée et qu'il aurait trouvé beaucoup de difficultés à suivre une règle qui, en soi, était déjà fort stricte. Les lettres de présentation de l'archiprêtre, Don Clemente Ferrara, et de Don Andrea Bevilacqua qui l'avait accompagné personnellement au noviciat de Montescaglioso, ne servirent à rien.

Le maître des novices et le supérieur rejetèrent son admission. Ils allèrent jusqu'à lui refuser l'accès au couvent. Ainsi, trois jours durants, le pauvre homme resta sur le pas de la porte, dans l'attente d'une réponse du P. Provincial auquel se seraient probablement adressés le supérieur et le maître des novices. Les paroles de Luisa se réalisèrent totalement. Finalement admis chez les Capucins, le P. Salvatore renonça généreusement à tous ses biens de famille et se lança dans ses études de formation le préparant au sacerdoce. Après son ordination, il voulut se rendre chez Luisa pour y célébrer une messe d'action de grâce. Ses récits finissaient toujours par: "Luisa est entrée dans mon cœur et dans ma vie, je la sens si proche, comme si elle voulait encore me parler". Et d'ajouter: "Je suis convaincu de ne pas vivre encore longtemps, car Luisa a hâte de m'emmener au Paradis". Et il disait ces mots en souriant. Un sourire indéchiffrable qui paraissait venir du ciel.

Le Père Salvatore fut utilisé par ses supérieurs comme éducateur et directeur dans nos petits séminaires. Tout le monde l'appréciait et l'aimait. Ses qualités spirituelles et humaines enrichissaient l'exercice de son ministère sacerdotal. Sa santé, plutôt précaire depuis son entrée dans les Ordres, fut un signe de la Volonté de Dieu qui le fit grandir dans la souffrance pour son Royaume. Lorsque je lui demandai s'il était permis de lire les écrits de Luisa condamnés par le Saint-Office, il me répondit non et me dit: "Luisa appartient tout entière à l'Eglise, laquelle nous dit souvent de renoncer également aux bonnes choses. Souviens-toi que tout ce que l'Eglise accomplit est la Volonté de Dieu qui lui seul juge si le moment est venu. Le monde n'est peut-être pas encore mûr pour recevoir et comprendre cette grande sainte. Je crois que d'ici peu ce sera le Seigneur Lui-même qui l'élèvera aux honneurs des autels". Le P. Salvatore mourut le 3 septembre 1956, à l'âge de 41 ans.

Un repas bien étrange

Je n'avais pas cinq ans quand j'ai commencé à aller chez Luisa Piccarreta. J'y accompagnais ma Tante Rosaria. Plus tard, il m'arriva assez souvent d'apporter à Luisa des paniers de fruits frais que mon père cueillait pour elle sur nos terres. Il était fréquent que ma tante et moi-même soyons retenus pour déjeuner par les Piccarreta. Luisa ne mangeait pas avec nous car elle restait, alitée, dans sa chambrette. C'était là qu'on lui apportait les quelques grammes de nourriture qu'elle réussissait à ingurgiter quotidiennement. Pris par la curiosité, un jour - un dimanche - je me mis à observer l'assiette qu'on lui préparait, contenant tout son repas. Le dimanche était un jour où nous mangions des pâtes courtes en forme de disques concaves, dénommées "orecchiette", accommodées avec une sauce tomate à base de viande hachée. L'assiette destinée à Luisa ne contenait que cinq ou six "orecchiette" et trois ou quatre grains de raisin. Ma tante vit mon étonnement et me jeta un coup d'œil amusé et indulgent. Elle m'interpella pour me dire: "Va donc porter son déjeuner à Luisa". De plus en plus surpris, je portais l'assiette jusque dans la chambre de Luisa, qui était alitée. Elle avait cessé son travail de dentelle aux fuseaux et on lui avait mis une table de malade sur les genoux, avec un napperon. Elle y déposa avec soin l'assiette que je lui tendais. Elle me regarda intensément avec ses grands yeux, mais sans rien dire. Elle pris ensuite un grain de raisin et me le mit dans la bouche. Quand elle commença son étrange repas, je sortis de la chambre pour rejoindre les autres à table. Je n'étais pas plus tôt assis que nous entendîmes le son d'une clochette. Ma tante se leva aussitôt, se saisit d'un plateau et monta immédiatement dans la chambre de Luisa. Instinctivement je l'y suivis et je fus donc le témoin involontaire d'un phénomène qui me laissa perplexe. Luisa rendit, intacte, toute la nourriture qu'elle avait avalée. La chose la plus étrange est qu'elle ne sembla pas du tout incommodée comme il est usuel dans ces cas-là. Ma tante ôta la table de malade des genoux de Luisa, la posa dans un coin, ferma les persiennes, tira les rideaux qui isolaient le lit et me dit: "Allons-nous en, Luisa doit prier". De retour à la maison, je voulus tout raconter à ma mère, mais elle ne s'en montra pas du tout étonnée, disant qu'elle était au courant de ce phénomène depuis longtemps. Luisa, de fait, ne mangeait pas et ne buvait pas, elle ne vivait que grâce à la volonté divine. Cela dura presque soixante-dix ans, avec quelques vicissitudes. Pour obéir à ses confesseurs, elle était obligée de manger au moins un fois par jour, même si elle devait tout rendre après.

Une privation manquée

Un dimanche matin, j'étais chez Luisa quand elle m'appela pour me dire: " Aujourd'hui, c'est dimanche et tu mangeras de la viande. N'oublies pas d'en laisser un peu pour l'Enfant Jésus ". Je le lui promis mais, à peine sorti de chez Luisa, j'oubliais ma promesse de laisser un peu de ma part pour l'Enfant Jésus. Je rappelle qu'à l'époque manger de la viande était un privilège et que ce privilège n'avait lieu que les dimanches et jours de fêtes et en portions toujours congrues. Je mangeais donc tranquillement ma viande, oublieux de mes promesses du matin. Luisa, toutefois, ne les avait pas oubliées. Je n'étais pas plus tôt arrivée chez elle l'après-midi qu'elle me dit: " Tu as oublié ta promesse à l'Enfant Jésus ". J'en restais tout interdit, incapable de me justifier. Ma tante Rosaria vint à mon secours en disant: " Il est petit, il ne peut pas comprendre ! ". Je compris pourtant que Luisa n'était pas satisfaite de cette réponse.

La prophétie

Ma famille était très pieuse et désirait que l'un d'entre nous se fit prêtre. Du côté de mon père, ma famille était riche en prêtres et un cousin de ma mère était même vicaire général du diocèse de Salerne, alors dirigé par Mgr Balducci, Evêque Monterisi. Ma mère et mon cousin s'écrivaient, mais nous ne l'avions jamais vu en personne. Je me souviens uniquement du fait que ma mère en parlait avec enthousiasme. Les yeux de la famille se tournaient vers sur mon frère Agostino. C'était un enfant ordonné, bien élevé, studieux, réservé: l'idéal pour en faire un prêtre. Ma tante fut ravie quand mon frère exprima son désir d'entrer au séminaire. Quant aux commentaires de notre curé, Don Cataldo Tota, de vénéré et sainte mémoire, ils furent hautement élogieux. On prépara donc son trousseau. Ma tante lui fit de ses mains un surplis orné de dentelle. Tout était prêt pour son entrée au séminaire de Bisceglie. Pourtant, cela ne se fit pas, et mon frère n'entra pas au séminaire à cause de Don Andrea Bevilacqua, professeur d'Agostino au collège, qui conseilla de lui laisser finir ses études secondaires jusqu'au brevet, ce qui lui aurait permis d'entrer directement au grand séminaire de Molfetta sans passer par le petit séminaire dont le niveau d'études, selon Don Andrea, n'était pas suffisant pour lui fournir un bagage approprié. Notre tante en fut très contrariée et commenta amèrement la nouvelle à Luisa en disant: " Après tout l'argent que nous avons dépensé, Agostino ne va plus au séminaire ".

Il faut reconnaître que jusqu'alors Luisa était restée muette et indifférente face à ce projet. Agostino allait souvent chez elle et elle en connaissait les intentions. Toutefois, jamais elle ne lui avait prodigué un mot d'encouragement alors qu'elle le faisait usuellement avec les autres garçons qui exprimaient leur désir d'entrer au séminaire. Une fois que ma tante continuait à s'en plaindre, moi présent, Luisa répondit: " Rosaria, Rosaria... Cesse de te substituer à la volonté de Dieu ! C'est le Seigneur qui ne veut pas ". Se tournant alors vers moi, elle ajouta: "Occupe-toi donc de lui ! C'est lui que le Seigneur veut, pas l'autre ". Rosaria en fut éberluée, mais Luisa ajouta: " Oui, lui, le rebelle de la famille ! ". De fait, à l'époque, j'aimais vivre dans la rue. J'étais très remuant et je m'entourais d'enfants défavorisés. Mes compagnons de jeux faisaient systématiquement l'école buissonnière, allaient nu-pieds dans les rues et étaient imprégnés de l'odeur des poules, des moutons et des lapins qui vivaient avec eux dans leurs maisons. Je n'étais donc pas brillant à l'école et je jetais ma famille de moyenne bourgeoisie - ma mère était maîtresse d'école et mon père était fonctionnaire - dans le désespoir le plus total.

Je n'accordais pas d'importance particulière aux paroles de Luisa. Il me fallait encore un an avant de finir l'école primaire. De nombreux problèmes sociaux s'accumulaient sur nos têtes: la chute du fascisme, l'occupation allemande, les études étaient interrompues, la nourriture se faisait rare. J'oubliais totalement ces paroles de Luisa. Après sa mort, le 4 mars 1947, il arrivait par contre souvent à ma tante Rosaria d'y penser. Elle commença à me jeter des regards interrogateurs, comme si elle voulait discerner des signes précurseurs de ma vocation. Plus tard, à la grande surprise générale, moi, Peppino, le gosse le plus turbulent de tout le quartier de via Andria, entrait au séminaire, et pas dans n'importe quel séminaire diocésain, mais au Séminaire séraphique des Frères Mineurs Capucins de Barletta. Nous étions en 1948, Luisa était morte depuis un an. Connaissant mon caractère, beaucoup crurent que mon séjour au séminaire allait être bref, et que j'allais n'y faire que des bêtises comme à mon accoutumée. Certains allèrent jusqu'à critiquer ma mère qui aurait malgré tout permis mon entrée au séminaire. Le temps démentit ces vilaines prévisions et le village commença à croire aux dires de ma tante qui racontait à tout le monde, pleine de fierté, que Luisa avait prophétisé ma vocation. Avec opiniâtreté, elle répétait que: " Peppino deviendra prêtre parce que c'est la volonté de Dieu, et Il l'a dit par la voix de Luisa ".

Une mer agitée

Plusieurs années se sont écoulées. Mon père et ma mère sont morts prématurément. Notre famille nombreuse s'est éparpillée, trois frères se sont mariés, une sœur habite Trieste, une autre Bologne, mon frère est en Suisse. Notre maison est restée vide, uniquement habitée par notre tante Rosaria à qui nous en avons laissé la jouissance. J'étais désormais étudiant en théologie au Collège d'études supérieures de Santa Fara. J'avais reçu les ordres mineurs et le diaconat. Pendant l'été, l'ensemble des étudiants se rendait au couvent de Giovinazzo. Surplombant la mer, c'était un endroit idéal où passer l'été. De plus, le grand séminaire y était installé. Une fois, au mois d'août, nous nous rendîmes sur la plage. La mer était plutôt agitée. Imprudemment, un étudiant alla se baigner mais, immédiatement, il fut englouti par les flots. Deux de mes compagnons et moi-même, très bons nageurs, nous nous lançâmes à son secours mais la tempête fit que nous fûmes emportés par les vagues qui nous jetaient contre les rochers et nous poussaient sans cesse vers le large. Luttant contre la mer, à demi assommé, je méditais sur la mort et pensais: " C'est fini, je ne réussirai plus à être prêtre ! ". J'invoquais alors Luisa en disant: " Luisa, toi qui étais une sainte, aide-moi ! " et je me laissais aller. Je sentis brusquement que mon corps était saisi par les mains de mes confrères et je fus tiré au sec avant d'être définitivement englouti par les flots. Sorti de l'eau, j'étais tout sanglant et lacéré, mais bien vivant. Luisa m'avait sauvé et elle avait sauvé mes trois autres compagnons d'infortune. La nuit, je vis Luisa en rêve. Elle me regardait de ses deux grands yeux, restés gravés dans ma mémoire, mais elle ne me dit rien. Etait-ce un rêve prémonitoire ou du délire ? Quoi qu'il en soit, j'eus une forte fièvre les jours suivants, mais je m'en remis. L'année suivante, j'étais prêtre. Je fus ordonné par l'Archevêque de Bari qui, à l'époque, était Mgr Enrico Nicodemo, en l'église des Père Capucins de Triggiano, le 14 mars 1964.

CHAPITRE SIX

Prophétie de la pourpre

Le Cardinal Cento - de vénérée et sainte mémoire ! - était également très proche de Luisa Piccarreta. Il venait la voir régulièrement, dès les débuts de son sacerdoce. Ma tante me parlait souvent du Cardinal Cento qu'elle continuait à appeler simplement le Père Cento ou Don Cento, même après qu'il eût été créé Cardinal. Tant et si bien qu'au début je n'avais pas réalisé que le père Cento et le Cardinal Cento ne faisaient qu'un. C'est en prenant un jour, des mains du facteur, une lettre timbrée du Vatican et ornée de l'emblème cardinalice, que je compris finalement qui était ce Père Cento dont ma tante me parlait si souvent. Je lui demandais alors pourquoi elle parlait d'un cardinal avec tant de familiarité et elle me répondit: "Je connaissais bien le Père Cento, il était un frère pour moi. Chaque fois qu'il venait voir Luisa à Corato, c'était moi qui l'accompagnait chez l'archiprêtre, à l'évêché de Trani. Je lui ai fais visiter Corato à plusieurs reprises. C'était un homme gai, qui aimait plaisanter; quand il disait sa messe, on aurait dit un ange. J'étais jeune quand j'ai connu le Père Cento et nous avons souvent mangér ensemble chez Luisa, avec Angelina. Une fois il m'a raconté que Luisa lui disait souvent "que j'aurais été teint de pourpre" mais - commentait-il en riant - "je ferai de mon mieux pour éviter de me faire déguiser comme pour le mardi-gras". Un jour pourtant, je vis le Père Cento bien sombre, il ne plaisantait plus et ne prononça que quelques mots. C'était quand Luisa fut condamnée. Malgré la censure du Saint-Office, le Père Cento ne cessa pas de venir la voir. Quand, une fois, je lui ai demandé pourquoi, à son avis, ce désastre s'était-il produit, il me répondit sèchement: "Je vous en prie, Rosaria, ne parlons pas de cela, c'est nous qui en souffrons le plus" puis, après un long silence, il ajouta "ce sont là de terribles épreuves que le Seigneur nous envoie"". Comme on le sait, le Père Cento a joué un rôle important à la Curie romaine.

Ma tante a continué ses contacts épistolaires avec lui et il semblerait que le Cardinal ait fait jouer toute son influence pour que le corps de Luisa soit ôté du cimetière pour être inhumée dans l'église même de Sainte-Marie-la-Grecque. Je dois dire que j'ai commis une grande omission: je n'ai pas conserver la correspondance entre ma tante le Cardinal Cento. A la mort de ma tante, en effet, ses enfants débarrassèrent la maison et jetèrent tout ce qui, à leur avis, n'avait aucune importance, dont notamment les lettres du Cardinal Cento. Il s'agit d'une grande perte. Ces informations auraient donné du poids à ce que j'ai exposé jusqu'ici et nous aurions pu connaître la pensée du Cardinal Cento sur Luisa Piccarreta. Il faudrait faire des recherches dans les archives de la famille du Cardinal pour récupérer ce matériel.

Guérison d'un évêque

En 1917, le nouvel Archevêque de Trani, Mgr Regime, sans doute influencé par la partie du clergé qui non seulement n'accordait aucun crédit à ce qui arrivait à Luisa Piccarreta mais lui manifestait même ouvertement son hostilité, le nouvel Archevêque de Trani, donc, avait promulgué un décret très rigide à l'égard de cette servante de Dieu: il y interdisait aux prêtres de fréquenter sa maison et d'y célébrer la sainte messe, alors que ce privilège avait été accordé à Luisa par Léon XIII puis confirmé par Pie X en 1907. Le décret prévoyait que cette disposition soit lue dans toutes les églises du diocèse.

Voici les faits: Alors qu'il apposait sa signature sur le "fameux décret", Mgr Régime fut soudainement pris d'une paralysie partielle. Quand les prêtres autour de lui le secoururent, il leur fit comprendre par ses signes qu'il voulait être conduit chez Luisa. Ma tante décrit ainsi ce curieux épisode: "Il était environ onze heure quand nous entendîmes le bruit d'une voiture s'arrêtant devant la porte de Luisa. Je suis sortie sur le balcon pour voir de qui il s'agissait et je vis trois prêtres, dont l'un était nettement soutenu par les deux autres. Luisa me dit: "Ouvre la porte, c'est l'Evêque". C'était vrai, derrière la porte se trouvait Mgr Regime soutenu par deux prêtres - probablement son Vicaire et le Greffier de la Curie de Trani -. L'Evêque balbutiait des mots incompréhensibles. On l'accompagna tout de suite dans la chambre de Luisa. C'était la première fois qu'il s'y rendait. Dès qu'elle le vit, cette Servante de Dieu lui dit: "Excellence, bénissez-moi". L'Evêque leva le bras comme si rien ne s'était passé. Il lui donna sa bénédiction. Il était complètement guéri. Mgr Regime resta dans la chambre de Luisa, à huis clos, pendant environ deux heures. A la surprise de tous, notamment celle des prêtres présents, il en sortit souriant. Il donna sa bénédiction aux personnes présentes et s'en alla."

On essaya de garder le secret pour le grand public. Tant qu'il resta à Trani, Mgr Regime rendit souvent visite à Luisa avec qui il s'entretenait de choses spirituelles. Le clergé conçut une sainte crainte de l'événement et le saint confesseur de Luisa, le Père Gennaro Di Gennaro, put continuer son ministère avec une plus grande sérénité. Même Annibale Maria Di Francia intensifia ses visites à la Servante de Dieu après cet événement.

CHAPITRE SEPT

Luisa et les enfants de Corato

Les vieilles femmes de Corato, encore dans mon enfance, affirmaient avec force que lorsque Luisa sortait de chez elle, la nuit, dans une voiture fermée pour ne pas être vue, les gosses de Corato déguerpissaient en voyant arriver sa voiture et criaient: " Voici Luisa la Sainte... ". Luisa ne pouvait sortir que la nuit parce que les autorités ecclésiastiques en avaient décidé ainsi pour éviter les rassemblements et les risques de manifestations fanatiques. Une fois par an, en général en été, Luisa se transférait ailleurs afin que l'on puisse procéder à l'entretien extraordinaire de sa maison: passage des murs internes à la chaux, changement du bourrage des paillasses, lavage et cardage de la laine des matelas. Les familles aisées de Corato se disputaient l'honneur de recevoir Luisa, dont notamment les familles Capano, Cimadomo, Padroni Griffi, Azzariti et d'autres. Elles envoyaient une voiture chercher Luisa. A l'occasion de ces transports, effectués dans le secret, il arrivait que les enfants de Corato, dûment inspirés, se réunissent dans les rues pour annoncer le passage de Luisa: " Sortez tous, c'est Luisa la Sainte qui passe!". Et les habitants sortaient tous sur le seuil de leurs portes, une lanterne à la main. Un jour, je sus que mon père s'était souvent joint aux autres gosses du village lors des ces rassemblements nocturnes, fêtant Luisa qui passait. Désormais adulte et étudiant chez les Capucins, je demandais une fois à mon père: "Quelqu'un vous prévenait au préalable?". "Non - me répondit-il - quelque chose parlait en nous et nous savions que ce soir-là la voiture de Luisa devait passer".

Le soldat manqué

Divers événements et certains revers financiers firent que notre famille, autrefois plutôt aisée, tomba pratiquement dans l'indigence. Différents malheurs nous frappèrent: mort de deux sœurs de ma tante, paralysie partielle de leur père, émigration du frère aîné en Argentine pour y chercher fortune. En fin de compte, toutes nos propriétés furent vendues ou hypothéquées. Il ne restait plus que mon père - Francesco - le cadet, pour gérer les biens familiaux et reprendre en mains le destin familial, il n'avait plus qu'un four à bois. La première Guerre mondiale était déclarée et Francesco fut appelé sous les armes. Leur mère pressait Rosaria de parler avec Luisa. C'était la seule, selon elle, en mesure de résoudre leur triste situation. Rosaria faisait semblant de ne pas entendre jusqu'au jour où sa mère, usant la manière forte, lui dit: " Si tu ne parles pas aujourd'hui même avec Luisa, dès demain je t'interdirai d'aller chez elle et tu resteras à la maison pour t'occuper du ménage ". Rosaria s'en fut chez Luisa, le visage sombre. Ce fut Luisa qui l'appela: " Pourquoi ne me dis-tu rien ? Cela fait longtemps que je suis au courant. Dis bien à ta mère que Francesco ne partira pas ". Et il en fut ainsi... Quand mon père alla se présenter, il avait un tel œdème au cou qu'il passa en révision. L'œdème était sans douleur et, sur le trajet de son retour à la maison, disparut. Ce phénomène se reproduisit trois ans de suite, jusqu'au moment où il fut définitivement réformé. Cet épisode me fut confirmé par mon père qui disait, en accompagnant par des gestes son dialecte de Corato " Ched femn ma fatt vdai caus nov " (Cette femme m'a fait connaître de nouvelles choses). En faisant marcher son four à bois, mon père réussit à redresser, du moins en partie, les finances de notre famille.

La résurrection d'un enfant

Cet épisode étonnant m'a été raconté par Mlle Benedetta Mangione alors qu'elle était très âgée. Elle avait le même âge que Rosaria et, comme elle, faisait partie du groupe de jeunes filles qui allait chez Luisa apprendre à faire la dentelle aux fuseaux. Voici le récit qu'elle me fit: " Un matin de 1920 ou 21, alors que j'étais chez Luisa après avoir entendu la sainte messe célébrée par son confesseur, le Père Gennaro Di Gennaro, une jeune femme bouleversée se présenta chez la Servante de Dieu. Poussant des cris de désespoir, elle déposa sur les genoux de Luisa son nourrisson mort, puis elle s'agenouilla à la tête du lit, pleurant toutes les larmes de son corps. Tous les présents étaient figés, stupéfaits, et Rosaria essayait de la relever. Les mots qu'elle utilisait me firent comprendre qu'il s'agissait de l'une de ses parentes. Luisa ne s'impatienta pas. Elle se mit à caresser l'enfant déposé sur ses genoux et s'adressa à la mère: "Qu'y a-t-il Serafina ? Reprends donc Luigi et donne-lui le sein, il a faim ! Ce disant, elle remis le nourrisson dans les bras de sa mère. " Rosaria l'accompagna hors de la pièce et l'exhorta à rentrer chez elle, ce que la jeune femme fit sans attendre. Mlle Mangione, à l'instar de tous ceux qui assistaient à la scène, restèrent convaincus qu'ils avaient assisté à un résurrection. Toutefois, comme ils savaient que Luisa ne voulait pas que certaines choses se sachent, ils n'en parlèrent jamais. Rosaria ferma les rideaux du lit et fit sortir tous les gens de la pièce , leur disant que Luisa devait se recueillir en action de grâce pour la communion qu'elle venait de recevoir. Le confesseur de Luisa ne prononça pas un mot, et s'en fut avec la mère du nourrisson. Quelques jours après ces faits, Rosaria dit à Angelina en parlant de son frère et de sa belle-sœur: " Il faut que ces deux-là cessent d'aller à l'opéra, sans quoi ils finiront tous les deux en prison ". Voici les faits ce cette mort présumée du nourrisson en question.

Francesco Bucci et Serafina Garofalo, mes parents, étaient jeunes mariés et nourrissaient tous deux une passion pour l'opéra où ils allaient dès qu'ils le pouvaient. Ils eurent un fils qu'ils appelèrent Luigi. Un soir, on jouait (il me semble) Rigoletto à l'Opéra de Corato. La tentation fut telle qu'ils installèrent confortablement leur enfant dans son berceau et s'en allèrent. Quand ils rentrèrent - c'était presque l'aube - l'enfant s'était retourné dans son berceau et avait suffoqué. Pris de panique, Francesco s'enfuit de Corato alors que Serafina, en proie au désespoir, enveloppait son nourrisson dans une couverture et se rendait chez Luisa. Jamais personne ne parla jamais de cet épisode à la maison. Pourtant, il arriva qu'une fois ma mère parla d'un nourrisson ressuscité mais, sans doute en raison d'un sentiment de culpabilité, elle ne dit pas de qui il s'agissait. Tout ce que je peux en dire c'est que ma mère portait un amour viscéral à l'aîné de ses enfants et qu'elle nourrissait une vénération sans borne pour Luisa la Sainte, au point qu'il en parlait souvent. Mon frère aîné, Luigi, portait également une grande vénération à Luisa. De fait, en 1938, après la condamnation de Luisa, Rosaria vint chez nous et voulut y brûler tout ce qui avait appartenu à Luisa. Mon frère, alors âgé de 18 ans (il attendait d'être appelé au service militaire), s'insurgea. Même quand il lui fut dit que ceux qui n'obéissaient pas à l'Eglise finissaient en enfer, il répondit: " J'irai en enfer, mais personne ne brûlera cela " et, par précaution, il rangea tout ce qui avait appartenu à Luisa dans un coffret qu'il emporta avec lui. Actuellement ces objets se trouvent chez ma belle-sœur, Rita Tarantino. Elle et ses enfants les conservent soigneusement.

Isa Bucci et Luisa Piccarreta

La maison de Luisa était fréquentée par mes sœurs Luisa, Maria et Gemma et par mes frère Agostino et Luigi, ainsi que par moi, le plus petit de la famille, Giuseppe, surnommé Peppino. Nous avons tous donné nos témoignages écrits sur Luisa Piccarreta, mais nous n'en avons donné que l'essentiel, par une sorte de pudeur. Pourtant, moi du moins, je connais d'autres choses qui se racontaient en famille. Ma sœur aînée, Luisa, était celle qui fréquentait le plus souvent la Servante de Dieu. Elle n'y allait pas pour apprendre à faire de la dentelle, mais simplement parce qu'elle était la nièce de Rosaria. Il lui arrivait souvent d'aider Angelina et tante Rosaria dans la maison et elle avait beaucoup de familiarité avec Luisa. C'est elle qui veilla Luisa, la nuit, durant sa dernière maladie. Quand le médecin confirma que Luisa était morte, c'est elle qui prit l'initiative de lui faire sa toilette mortuaire, de l'habiller et d'essayer de l'étendre sur son lit de mort. Voici ce qu'elle raconta à son retour à la maison: " Luisa une fois morte, un climat entre la vénération et la crainte se créa. Personne n'osait la toucher. Rosaria et Angelina, en sanglots, avaient été éloignées de la chambre. J'ai essayé de l'allonger sans y parvenir. Les jambes se levaient ou sa bouche s'ouvrait comme si elle avait voulu dire: "Laissez-moi en paix". J'ai donc proposé à sa nièce, Giuseppina, et aux personnes présentes de la changer tout de suite, avant que ne s'installe la rigor mortis. Nous nous y sommes employées. Nous l'avons ensuite transportée dans une pièce voisine où nous avions dressé une sorte de catafalque entièrement tendu de blanc. C'est alors que, fort étonné, je me rendis compte en la transportant que Luisa ne pesait presque rien. Ceci expliquerait donc pourquoi, à chaque fois que je voyais ma tante Rosaria la prendre et la déposer sur la chaise roulante pour refaire son lit, tout avait l'air facile. Nous plaçâmes sur la poitrine de Luisa une sorte de bavoir où était brodé le mot "FIAT" et on lui mit sa croix de tertiaire dominicaine". Ma sœur plia la chemise qu'elle venait d'ôter à Luisa et la porta à Rosaria qui lui dit: " Emporte-la à la maison ". C'est ma sœur Gemma qui l'a actuellement. La croix des tertiaires dominicaines que Luisa portait sur son lit de mort lui fut ôtée le jour de son enterrement. Ma tante Rosaria l'a ensuite toujours portée. C'est maintenant moi qui en suis le possesseur et je la conserve pieusement.

Gemma Bucci et Luisa Piccarreta

Quand nous étions petits, nous fréquentions tous la maison de Luisa, en particulier mes sœurs qui y allaient pour apprendre l'art de la dentelle aux fuseaux. Petite et menue, ma soeur Gemma avait presque le même âge que moi. Presque tous les jours, elle accompagnait volontiers Rosaria chez Luisa. Toutes deux l'aimaient beaucoup. C'est Luisa qui avait suggéré à mes parents de m'appeler Giuseppe et de changer le nom de ma sœur, Giuseppina, en Gemma. C'est ce qu'ils firent: on me donna le nom du père terrestre de Jésus et ma sœur, âgée de deux ans au moment de ma naissance, ne fut plus connue que sous le nom de Gemma, même si elle conserva son nom de Giuseppina à l'état civil. Gemma entrait et sortait sans problème de la chambre de Luisa. Luisa aimait sa vivacité et la chargeait de ramasser les épingles qui tombaient par terre. Il arriva un jour que ma sœur se cacha sous le lit de Luisa, sans doute pour faire une farce à notre tante. Elle se retrouva le témoin involontaire d'un phénomène mystique. Sur sa table de chevet, Luisa tenait un petit Jésus sous une cloche de verre. A un certain moment, ma sœur sentit quelque chose de bizarre. Un grand silence était tombé sur la pièce, on n'entendait même plus les jeunes dentellières travaillant dans la pièce à côté. Gemma sortit de dessous le lit et vit que le petit Jésus s'était animé, que Luisa l'avait pris dans ses bras et l'embrassait à plusieurs reprises. Gemma ne se souvient pas combien de temps dura cette scène, elle resta immobile, contemplant l'événement puis, sans que plus rien d'étrange ne se produise, tout rentra dans l'ordre. Rosaria entra dans la chambre, comme d'habitude, et Luisa faisait de la dentelle. Ma sœur ne me parla jamais de cet épisode quand nous étions petits. Elle gardait jalousement ce secret dans son cœur. Je ne le sus qu'après son témoignage lors du procès diocésain de canonisation (témoignage acquis au dossier). Je suis convaincu que Luisa a toujours veillé sur ma sœur Gemma et j'ai été le témoin d'une grâce particulière qu'elle lui a faite.

A l'occasion de son second accouchement, l'incapacité du médecin et de ses assistants fit que ma sœur risqua de mourir. On lui lacéra l'utérus, ce qui lui provoqua une terrible hémorragie. Le médecin sortit de la salle d'accouchement pour dire à la famille ces mots terribles: "L'enfant est sauvé, mais pour la mère, il n'y a plus rien à faire ". Tout le monde éclata en sanglots, pourtant l'image de la chemise de Luisa me revint en mémoire. Je me précipitais à Corato dans notre maison familiale, je réveillais la tante Rosalia au cœur de la nuit et lui racontais ce qui se passait, en lui demandant de me prêter la chemise de Luisa. En pleurs, elle la sortit de la commode et nous repartîmes immédiatement pour l'hôpital de Bisceglie. Nous demandâmes à une infirmière de mettre la chemise de Luisa sous la tête de Gemma, ce qui fut fait sans plus attendre. Le Chef de clinique était parti. Quelques minutes plus tard, son assistant nous appela et nous dit: " Si vous m'en donnez l'autorisation, je l'opère tout de suite ". L'autorisation fut donnée, malgré l'observation du mari de Gemma: " Opérez-la si elle est inconsciente, sinon il est inutile de la faire souffrir plus longtemps ".

Un ami de mon beau-frère, infirmier à l'hôpital psychiatrique de Bisceglie se présenta. Il fit don de six litres de son sang pour la transfusion. L'opération réussit et Gemma fut sauvée. Rosaria ne douta pas de l'intervention de Luisa en l'occurrence. Gemma raconte: " Le chirurgien était en train d'opérer et j'ai vu Luisa aux pieds de la table d'opération avec mon enfant dans ses bras: "Lui, il est destiné au Paradis, toi, par contre, tu vivras longtemps". Je ne sais comment mais j'étais consciente d'avoir la chemise de Luisa sous la tête. ". Le lendemain, l'enfant fut mystérieusement atteint par une bronchite aiguë. J'eus juste le temps de le baptiser avant qu'il ne mourut. Toute la famille considéra cet épisode comme un miracle véritable. A l'époque, on ne parlait pas encore de canonisation et on ne pensa donc pas à recueillir les témoignages du chirurgien et des infirmiers qui, eux aussi, étaient convaincus qu'un miracle avait sauvé ma sœur, son cas clinique étant unique et inexplicable.

CHAPITRE HUIT

Une guérison

Une voisine raconte un épisode qui se produisit en 1935. Sa belle-sœur, qui avait une tumeur au cerveau, était en train de mourir. Le mari et deux des fils avaient été appelés sous les armes pour la conquête de l'Ethiopie et il ne restait plus qu'une fille à la maison, Nunzia. La famille possédait de nombreux hectares de terrain. Nunzia demanda à Rosaria d'avoir une entrevue avec Luisa, dans l'espoir d'une guérison. Rosaria, attendrie par cette requête, lui promit de l'aider et en parla à Luisa qui lui répondit: " Il est inutile qu'elle vienne me voir car je suis incapable de faire des miracles et, même si elle ne vient pas, je prierai quand même le Seigneur pour elle. Donne-lui plutôt ce message: à Sainte-Marie-la-Grecque, on fait les Quarante Heures. Qu'elle aille prier le Seigneur et qu'elle Lui demande les grâces dont elle a besoin, mais recommande-lui de le faire avec beaucoup de foi ". La jeune fille reçut le message avec déception, elle aurait préféré avoir un contact direct avec Luisa pour lui parler de ses problèmes. Rosaria s'en aperçut et lui dit: "Vas donc faire ce que t'a dit Luisa!". Rosaria connaissait bien Luisa et elle savait interpréter ses paroles. La jeune fille se rendit donc à l'église et s'agenouilla devant le Très Saint Sacrement, laissant libre cours à sa douleur. Deux heures plus tard, elle rentra chez elle. Mais une impression de trop grand silence régnait dans la maison: une de ses parentes, qu'elle avait laissée là pour s'occuper de sa mère durant son absence, était sortie. Nunzia entra donc dans la chambre de sa mère et se trouva face à un spectacle affreux. Sa mère baignait dans une mare de sang. Il y en avait partout. Devant ce désastre, la jeune fille poussa un cri de douleur, croyant sa mère morte. Pourtant l'incroyable se produisit: sa mère se réveilla de son état léthargique et lui demanda, étonnée, pourquoi avait-elle poussé un tel cri. La tumeur s'était vidée et, de la tête jusqu'alors enflée, tout le liquide s'était évacué par le nez, se répandant sur le lit. Elle était guérie! Dans les jours suivants, Nunzia se rendit chez Luisa avec sa mère pour la remercier. La Servante de Dieu ne les reçut toutefois pas, leur faisant dire qu'elle n'était pas au courant de la grâce reçue, qu'elle n'avait rien à y voir: " Qu'elles aillent donc remercier le Seigneur qui leur a fait la grâce!"

Des chevaux capricieux

En 1970, alors que j'étais Curé-Adjoint de la paroisse de l'Immaculée à Barletta et Assistant local et régional de la Jeunesse franciscaine, après la Messe du dimanche de 10h00, réservée aux jeunes, alors que j'ôtais les parements sacrés, une certaine Mme Livia D'Adduzzio entra dans la sacristie. Elle m'avait entendu citer le nom de Luisa Piccarreta dans mon sermon et elle venait me dire qu'elle était originaire de Corato et qu'elle avait connu Luisa dans sa jeunesse. Je m'intéressais immédiatement à ce qu'avait à me dire cette femme, tertiaire franciscaine et fidèle paroissienne. Son mari, Savino D'Adduzzio, était un grand bienfaiteur du couvent. Il avait financé les inscriptions que le père Ugolino da Belluno avait réalisé dans le sanctuaire. La famille D'Adduzzio était très riche. Elle possédait de nombreux terrains mais les époux, Savino et Livia, n'avaient pas eu d'enfants.

Je fixais donc un rendez-vous avec Mme D'Adduzzio pour enregistrer ses souvenirs sur la Servante de Dieu et, le lendemain matin, dès 9h, j'étais chez les D'Adduzzio. Ils habitaient non loin de la paroisse, à environ cinquante mètres, dans une rue qui donnait sur la via Milano. Mme D'Adduzzio connaissait bien la vie que menait Luisa et les phénomènes qui l'accompagnaient. Il y en avait que j'ignorais complètement. Elle me dit qu'elle avait également bien connu ma tante et la sœur de Luisa, Angelina. Elle avait même assisté à l'enterrement de la Servante de Dieu. Elle parlait avec enthousiasme et, parmi les nombreu faits qu'elle me raconta, un phénomène concernant des chevaux piqua ma curiosité. Je n'en avais jamais entendu parler. Je me fis répéter plusieurs fois l'épisode en prenant des notes. Voici son témoignage: " En 1915, j'avais dix ans et j'étais allée avec ma mère à l'église de Sainte-Marie-la-Grecque pour assister aux Quarante Heures. Alors que nous écoutions la réflexion sur l'Eucharistie du prêtre, nous entendîmes un grand bruit qui venait de l'extérieur. Un homme criait "Hue! hue!" et on entendait son fouet claquer. Saisis par la curiosité, tous les enfants qui se trouvaient dans l'église sortirent, suivis du prêtre et de quelques fidèles. Deux chevaux attelés à une voiture fermée étaient devant l'église, mais ils étaient agenouillés. Le prêtre comprit tout de suite de quoi il en retournait et, s'agenouillant à son tour, déclara: "C'est Luisa la Sainte qui adore l'Eucharistie de Jésus!". Nous nous agenouillâmes tous à notre tour, en silence. Après un long moment, le prêtre ouvrit la porte de la voiture. Il adressa quelques mots à Luisa et, tout de suite, les chevaux se relevèrent et la voiture s'éloigna. Nous rentrâmes alors dans l'église et le prêtre reprit son exhortation. ". Après son récit, je lui posai quelques question: " Etait-elle sûre que c'était bien Luisa qui se trouvait dans la voiture ? Pourtant, à ma connaissance, elle ne sortait jamais de chez elle ". " C'est vrai - me répondit-elle - elle ne sortait que très rarement et toujours le soir, uniquement par hygiène, pour permettre que l'on puisse battre les matelas de paille ou de laine et en faire sortir les parasites, en particulier les puces et les punaises qui sont choses courantes en milieu rural ". "Comment pouvez-vous affirmer que les chevaux s'agenouillèrent pour permettre à Luisa d'adorer l'Eucharistie de Jésus?". "Je peux dire que tous crurent à un miracle et que le phénomène fit le tour de tout Corato. Certes, beaucoup n'y crurent pas. Les prêtres, en particulier, continuaient à dire que Luisa n'avait rien à voir avec cet incident, que cela avait été un simple caprice des chevaux qui, d'une manière fortuite, s'étaient arrêtés devant l'église de Sainte-Marie-la-Grecque et que Luisa ne se trouvait pas dans la voiture". Je lui posais une dernière question: "Et vous, êtes-vous sûre que Luisa se trouvait dans la voiture?". "Tout à fait sûre - me répondit-elle -. J'ai vu Luisa de mes propres yeux quand le prêtre a ouvert la porte de la voiture et lui a parlé. Il me semble que le prêtre en question était Don Gennaro Di Gennaro". "Mais n'était-ce pas le prêtre que l'évêque avait nommé pour être le confesseur de Luisa?". "Je ne sais pas, je sais simplement qu'il s'agissait d'un saint homme que tout Corato avait en estime et qu'il avait reçu une grâce par l'intermédiaire de Luisa". C'est sur ces mots que notre entrevue se termina.

Le cénacle de via Panseri

En 1943-44, ma famille habitait via Pansieri, où elle exploitait un four à bois qui marchait très bien. Non loin du four habitait ma tante Nunzia, une sœur de ma mère qui, restée veuve, avait convolé à nouveau avec un autre veuf, un cultivateur que nous appelions zi'Ciccil. En face de chez ma tante habitait une famille extrêmement pauvre avec beaucoup d'enfants. Ils ne possédaient qu'une vache. Ils vivaient de la vente du lait de cette vache et de quelques expédients, genre vols à la tire, etc. La femme s'appelait Maria, mais tout le monde la surnommait Marietta la vachère. Cette famille avait une particularité: les gens de la rue se réunissaient avec elle autour d'un grand feu. Un vieil aveugle y venait avec sa mandoline pour chanter des épisodes sur les événements, présents et passés, qui avaient marqué la vie de Corato. Il ravissait tout le monde. Quel dommage que les magnétophones, à l'époque, n'existaient pas. On aurait pu enregistrer ces improvisations ! Il chantait ainsi des faits qui avaient eu lieu et qu'il mettait en beaux refrains. Dans son genre, c'était un rhapsode, un Homère en miniature. Il passait ainsi du religieux au tragique, de l'exemplaire à l'héroïque, comme l'histoire de cette mère qui s'était faite tuer pour sauver son fils que poursuivaient les Garibaldiens. J'avais entre neuf et dix ans, et j'aimais me rendre à ce cénacle avec ma tante. Je me souviens que je m'asseyais sur les genoux du fils aîné de Marietta, qui répondait au nom de Pasquale. Un soir de grand froid, l'aveugle chanta la légende de Luisa la sainte. Il la décrivait comme une grande héroïne, vivant entre ciel et terre, au milieu des anges et des saints. Deux épisodes m'impressionnèrent particulièrement: Jésus qui lui parle tout en traînant Sa Croix sur son dos, et l'épisode de la ferme Torre Disperata, avec l'Enfant Jésus jouant et courant dans un champ de blé en tenant la piccirella (la petite Luisa) par la main. De retour chez moi, je le racontais à ma mère qui m'interdit de fréquenter ultérieurement cette famille. Elle reprocha également à ma tante Nunzia de m'y avoir emmené. Quant à ma tante Rosaria, qui avait entendu toutes ces choses sur le compte de Luisa, elle fut bouleversée et demanda à mon père de rappeler le vieil aveugle pour le prier d'effacer Luisa la Sainte de son répertoire. Pour ma tante, c'était une profanation. Plus tard, une fois adulte, il m'est souvent arrivé de repenser à ce vieil aveugle. Si nous avions eu la possibilité d'enregistrer ces chants sur Luisa, nous serions actuellement en possession d'un poème entier sur la Servante de Dieu. Une chose est certaine, Luisa avait tellement marqué Corato, que tous la considéraient comme une héroïne de sainteté.

Guérison d'un cheval

A Corato, en particulier les soirées d'hiver, il arrivait souvent que plusieurs familles se retrouvent devant un même feu pour écouter les personnes âgées raconter leurs mémoires. C'était passionnant! La plupart des événements contés, tirés du passé ou du présent, parlaient de Luisa la sainte. C'est au cours d'un de ces cénacles populaires que j'entendis raconter l'épisode de la guérison du cheval. C'est un très vieil homme (presque centenaire) plein de verve qui, joignant le geste à la parole, le raconta. Voici son récit:" Dans ma jeunesse, nous habitions via delle Murge, près de chez Luisa la sainte. J'étais un tout jeune homme quand un grand malheur frappa la pauvre famille de Luisa: on trouva un matin leur cheval moribond dans l'étable. Le père de Luisa, Nicola, appela le vétérinaire qui lui conseilla de vendre tout de suite le cheval au boucher pour en tirer quelque chose, la pauvre bête n'ayant plus longtemps à vivre. Cette histoire plongea toute la famille Piccarreta dans l'angoisse, car, pour eux, ce cheval représentait un précieux outil de travail. La famille Piccarreta n'était pas riche et ses seuls revenus venaient du travail du père. Nicola hocha désespérément la tête et dit: " Comment vais-je faire maintenant ? Comment vais-je pouvoir donner à manger à mes cinq filles ? " Le père Piccarreta travaillait dans une ferme dénommée Torre Disperata. Il était logé avec sa famille dans des locaux que le propriétaire mettait à leur disposition. Tous les membres de la famille et leurs voisins s'étaient réunis dans l'étable. La seule absente était Luisa, à l'époque âgée de quatre ans. Elle était très attachée à ce cheval et sa maman n'avait pas voulu qu'elle descende dans l'étable pour lui éviter l'émotion. Pourtant, la petite fille fit tant qu'elle finit par y descendre. J'étais présent quand elle y arriva. Luisa s'approcha du cheval et lui caressa la tête en l'appelant par son nom: " Ne meurs pas, je t'aime ". A ces paroles, le cheval se leva. Le vétérinaire put constater que la fièvre était tombée et que le cheval avait retrouvé toute sa forme ! La maman de Luisa, Rosa, prit sa fille dans ses bras et l'éloigna en murmurant "Ma fille, ma fille". Tout le monde était éberlué et pendant longtemps tout le quartier de via delle Murge ne parla que de l'affaire du cheval guéri. Une vieille prophétisa: "Le doigt de Dieu est sur cette petite, vous verrez, tout Corato restera envoûté par les choses qu'elle fera"". C'est sur ces paroles que se termina le récit du vieil homme presque centenaire.

Un fiancé soldat

Je connaissais une très vieille femme, appelée du nom de Maria Doria, qui racontait que sa mère, du même âge que Luisa, passait ses étés dans une ferme non loin de celle de Torre Disperata où habitait la famille Piccarreta. Cette dame connaissait bien les phénomènes qui avaient marqué l'enfance de Luisa. Sa mère les lui avait racontés sans lésiner sur les détails. Enfant, en effet, sa mère jouait avec Luisa et ses sœurs, avec lesquelles elle était intime. A plusieurs reprises, elles avaient remarqué que Luisa jouait avec un jeune inconnu. Au début, elles croyaient qu'il s'agissait d'un enfant en vacances dans l'une des maisons voisines. La chose curieuse est qu'il ne jouait qu'avec Luisa, et jamais très longtemps. Après quoi il disparaissait. Les sœurs et les petites amies de Luisa lui demandaient qui était ce garçon, mais elle se limitait à sourire sans répondre. Une fois, à la question malicieuse qu'on lui posa: " C'est ton fiancé ? ", elle répondit " Oui !". Peu à peu, elles comprirent qu'il s'agissait d'un phénomène surnaturel: c'était l'Enfant Jésus qui se manifestait sous les traits d'un jeune garçon. Ce phénomène se produisait chaque fois que Luisa était assaillie par les forces du mal. Jésus lui apparaissait pour la consoler de ce qu'elle avait subi. Une fois, on la retrouva enroulée en spirale autour des barres de fer de son lit et il fallut appeler le forgeron pour l'en libérer. Le plus curieux est qu'elle n'eut pas même un bleu.

Une autre fois, on la trouva attachée à un clou du plafond, utilisé généralement pour suspendre les aliments. Luisa se libérait normalement de ces phénomènes en allant prier la Vierge Marie dans le creux d'un grand tronc de mûrier, qui existe encore. Une autre fois encore, sur un monticule proche de la ferme un incendie se déclara tout à coup. Le père et la mère de Luisa, sachant que leur fille aimait particulièrement cet endroit, se précipitèrent pour éteindre l'incendie. Inutilement. Ils trouvèrent leur fille tranquillement assise sur un rocher, le visage tourné vers le ciel. Et aucune trace de flamme sur elle.

Il arrivait souvent que Luisa se mette à contempler le soleil, même en plein midi, sans que cela semble gêner ses yeux. Ma tante Rosaria me confia un jour que ce phénomène dura jusqu'à sa mort. De fait, quand on parcourt ses écrits, on voit que Luisa considérait le Soleil comme un astre privilégié, qu'elle rapportait à la Sainte Trinité. Les années passèrent, Luisa était désormais connue de tout Corato. La première Guerre mondiale battait son plein. Le frère de Maria Doria était engagé, et se trouvait en garnison en Sicile. Dans une lettre, il annonçait ses fiançailles avec une jeune sicilienne. Leur mère en fut désespérée. Son garçon s'était auparavant fiancé à une jeune fille riche de Corato, un "bon parti". Ces fiançailles avaient été décidés par les parents, comme c'était l'usage à l'époque. Leur mère pleurait: " Mon pauvre fils, on l'a envoûté, c'est la mafia qui entre chez moi ! ". La Sicile était à l'époque sous la coupe du bandit Giuliani.

Un jour, elle demanda à Maria Doria d'aller voir Luisa et de lui dire qu'elle était la fille aînée de son amie d'enfance, et elle lui recommanda de faire bien attention à ce que Luisa lui aurait dit. Maria Doria s'en fut chez Luisa à via Maddalena. Elle lui présenta les bons souvenirs de sa mère, ce qui fit très plaisir à Luisa. La conversation tourna autour de l'époque où, enfants, elles jouaient ensemble à la ferme de Torre Disperata. Luisa brusquement s'interrompit: " Que de prières et que de mortifications là-bas ! ". Puis, remerciant la jeune fille de sa visite, elle la pria de dire à sa mère de prier beaucoup, comme jadis à la ferme, et de faire tous les exercices de dévotion qui ne doivent jamais être abandonnés si l'on veut que soit accomplie la volonté de Dieu. Puis, à brûle-pourpoint, regardant la jeune fille elle lui dit: " Pourquoi donc es-tu triste ? ". La jeune fille raconta l'annonce des fiançailles de son frère et les préoccupations de leur mère. Luisa répondit: " Comment peut-elle savoir si cette deuxième fiancée est moins bien que la première ? Qu'elle prie le Seigneur, et son cœur trouvera sa consolation ".

Maria Doria rapporta le toute à sa mère qui s'exclama: " Dieu soit loué, mon fils est sauf ! ". En effet, elle vint très vite à savoir que la jeune sicilienne était de bonne famille, très dévote, et que deux de ses oncles étaient prêtres. Son frère finit donc par se marier en Sicile et son ménage fut très heureux, pour le plus grand bonheur de leur mère.

 

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22/01/2008
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