Spiritualité Chrétienne

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Vie de Sainte Claire par Thomas de Celano 4e partie

 Vie de Sainte Claire par Thomas de Celano, 4e partie


Deuxième partie: la Canonisation et les Miracles


Ici commence le second opuscule sur Madame Sainte Claire, concernant les miracles accomplis après sa mort et sa Canonisation.


Chapitre premier
De la canonisation de Madame Sainte Claire.


Peu après la mort de Madame Sainte Claire, il semblait déjà que tout le monde attendît sa canonisation. Le pape commença donc à traiter la question avec les cardinaux et chargea des personnes prudentes et discrètes d'examiner les miracles et aussi toutes les choses merveilleuses de sa vie. L'affaire fut menée avec diligence : l'on reconnut que la vie de la glorieuse vierge resplendissait de la pratique très parfaite de toutes les vertus, en conséquence, que Claire jouissait certainement delà félicité éternelle, et que les miracles quelle avait faits depuis sa mort confirmaient cette certitude. Le pape convoqua donc le collège des cardinaux, les archevêques et évêques, la compagnie des clercs et autres religieux, un grand nombre de docteurs et beaucoup d'hommes nobles et puissants. Le Souverain Pontife, ayant exposé la vie et les œuvres de Madame Sainte Claire, demanda à l'Assemblée son avis; tous furent favorables et déclarèrent légitime que l'on glorifiât sur la terre celle que Dieu avait déjà couronnée dans le ciel. En conséquence, deux ans après la mort de sainte Claire le Souverain Pontife Alexandre IV convia tous les prélats et les clercs : après un beau sermon, il inscrivit au milieu de l'allégresse universelle le nom de Claire au canon des Saints, il ordonna que sa fête fût célébrée solennellement dans toute l'Eglise militante et lui-même la célébra le premier avec toute sa cour. Toutes ces cérémonies s'accomplirent en la cité d'Anagni, dans l'église principale, en l'an de l'Incarnation 1255, première année du pontificat de Messire Alexandre IV, pape. Louange et gloire soient rendues à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Amen.


Chapitre 2
De la translation du Corps de Madame Sainte Claire.


Cinq années après les faits que nous venons de narrer, l'église étant achevée, et l'autel érigé en l'honneur de sainte Claire ayant été consacré, le susdit vicaire de Jésus-Christ, Messire Alexandre IV, pape, ordonna la translation du très pur corps de la vierge. Seulement, pour que la dite translation fût faite avec plus de révérence et d'honneur, il envoya un privilège ainsi conçu : « Alexandre, pape, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses vénérables frères les évêques des diocèses de Pérouse, Spolète et Assise, salut et bénédiction apostolique. « Attendu que, la veille de la prochaine fête de saint François, le sacré corps de la bienheureuse Claire se doit transférer sous l'autel principal de l'église, édifié en son honneur, afin que cette translation se fasse plus dévotement, nous vous enjoignons par la présente lettre, avec notre autorité apostolique, d'y assister en personne et de donner au peuple la parole de Dieu très solennellement, puis, nous vous autorisons à octroyer le jour de cette fête la même indulgence que celle qui est accordée en la fête de saint François. « Donné à Subiaco le 9 septembre, en la septième année de notre pontificat. Deo grattas. Amen. »


Chapitre 3
A propos des miracles que fit Madame Sainte Claire.


Voici les preuves merveilleuses de la sainteté de Madame Sainte Claire, car les miracles témoignent que les œuvres de la vie ont été bonnes et parfaites. Sans doute saint Jean-Baptiste n'en fit aucun qui soit connu, nous ne pouvons cependant admettre que tous les saints qui en firent soient au-dessus de lui. La vie de Madame Sainte Claire suffirait donc à établir sa sainteté, mais le peuple a plus grande foi et dévotion aux saints du ciel quand il voit les miracles que Dieu accomplit par eux. Pendant que sainte Claire vivait corporellement, elle fut pleine de vertus et de grands mérites. Après sa mort elle fit connaître le bonheur dont elle jouissait par de nombreux miracles ; il y en eut tant que nous devrons en omettre beaucoup.


Miracles


I. — Délivrance d'un enfant qui était possédé.


Un enfant de Pérouse, nommé Jacobino, avait un diable dans le corps. Parfois il se jetait désespéré dans le feu ; à toute heure il se heurtait en se jetant durement à terre, d'autres fois il se cassait les dents en mordant les pierres avec violence, souvent il se déchirait Rudement la tête, à tel point que son corps était inondé de sang. Il se tordait la bouche et rejetait sa langue au dehors ; il tombait fréquemment, s'entortillait et se tordait tellement Des membres qu'il se mettait en paquet et que sa tête se trouvait alors entre ses genoux. Deux fois par jour le malheureux en Tant était pris de ces crises, deux personnes ne suffisaient pas à le tenir, ni à l'empêcher d'arracher ses vêtements. Aucun médecin ne connaissait de remède à cette maladie. Son père, qui avait nom Guidalotto, n'ayant pas recueilli auprès des hommes de salutaire conseil pour guérir une telle infortune, s'adressa hautement à sainte Claire d'Assise, disant : « — O Madame Sainte Claire, vierge très sainte, je te recommande mon fils, je te prie, douce sainte, de rendre la santé à mon enfant. » Il répétait cela avec foi et humilité, puis il emmena son fils au sépulcre de la sainte et le déposa dévotement sur la tombe de la très pure vierge. Or l'enfant fut subitement guéri et ne se ressentit plus jamais de son mal.


II. — Guérison de plusieurs autres possédés.


Une dame, nommée Alexandrine, de la Fratta, dans l'évêché de Pérouse, était possédée d'un très mauvais démon. Celui-ci l'avait prise à tel point sous sa puissance qu'il la faisait parfois voler comme un oiseau et se poser sur un très haut rocher, au bord du Tibre. D'autres fois, on la voyait monter jusqu'à la cime des arbres les plus élevés et, descendant le long des branches les plus légères, s'arrêter sur les rameaux flexibles qui pendaient au-dessus du fleuve. Elle se livrait à ces exercices sans aucune peine et paraissait au contraire y prendre plaisir. Mais il advint pour ses péchés que son côté gauche fut paralysé et une de ses mains perdue. Elle avait essayé plusieurs fois de se faire guérir par des médecins, mais les remèdes ne réussissant pas, elle vint sur la tombe de sainte Claire avec grande dévotion et foi parfaite, se recommandant à elle et invoquant ses mérites. Or, il arriva que la main contractée s'ouvrit et s'assouplit, le côté paralysé se ranima, et elle fut complètement délivrée de la possession du démon. Une autre femme du même bourg, fut en ce même temps possédée d'un démon et tourmentée de mille douleurs; on la conduisit devant le tombeau de sainte Claire et elle fut délivrée de tous ses maux.


III. — Guérison d'un furieux.


Il arriva qu'un jeune Français qui faisait partie de la cour pontificale fut pris, pendant le retour de ladite cour en Italie, d'une maladie qui le rendit furieux. Il en était si fortement atteint qu'il avait perdu l'usage de la parole; son corps devenu monstrueux était sans cesse agité de telle sorte, que non seulement personne ne pouvait s'en rendre maître, mais qu'il donnait des coups violents à ceux qui essayaient de le calmer. Un jour, on le lia vigoureusement avec des cordes malgré ses résistances, puis ses concitoyens le portèrent de force sur une civière en l'église de Sainte-Claire; là, on le déposa sur la tombe de la bienheureuse. Soudain, grâce à la foi de ceux qui le portaient, il fut délivré de sa maladie.


IV. — Guérison d'un épileptique.


Valentin, de Spello, était si atteint et tourmenté d'épilepsie que sept fois par jour il tombait comme mort en quelque lieu qu'il se trouvât; de plus, il avait une jambe contractée et ulcérée de sorte qu'il ne pouvait pas facilement marcher. On mit ce malheureux sur un âne et on le mena au sépulcre de la glorieuse vierge ; il demeura deux jours et trois nuits couché sur sa tombe. Le troisième jour, sans que personne l'eût touché, on entendit dans sa jambe un craquement qui fit grand bruit et incontinent elle fut parfaitement guérie. Et toutes les autres maladies de ce Valentin disparurent également.


V. — De la guérison d'un aveugle.


Un petit enfant de Spolète, nommé Jacobello, fils d'Apoline, âgé de douze ans, avait été frappé de cécité, de sorte qu'il ne pouvait aller nulle part sans un guide, sous peine d'être exposé à tomber dans des précipices. Un jour l'enfant qui le conduisait l'ayant laissé seul un instant, il tomba si malheureusement qu'il se cassa un bras et se fit une blessure à la tête. Or, une nuit que Jacobello dormait près du pont de Narni, il vit en songe une dame qui lui dit : « — O Jacobello, pourquoi ne viens-tu pas vers moi à Assise pour être guéri ? » L'enfant se leva le matin tout ému et courut raconter à deux autres aveugles sa vision. Ils lui répondirent: « — Nous avons bien entendu dire qu'en Assise est morte une dame et que la main de Dieu opère beaucoup de miracles sur son tombeau; des choses merveilleuses y arrivent continuellement, car, par ses mérites, elle rend la santé à ceux qui vont la visiter. » Ayant entendu cela, le petit Jacobello, écartant toute paresse, prit incontinent le chemin de la cité d'Assise. Le soir il arriva à Spolète où il coucha et, dans la nuit, il eut une seconde vision semblable à la première, qui le confirma dans la certitude qu'il recouvrerait la vue. Le lendemain, il se remit bien vite en route ; le désir de recevoir une telle grâce l'aurait fait courir s'il avait pu. Il atteignit enfin Assise, mais telle était la foule autour du mausolée de sainte Claire qu'il ne pouvait en approcher, ce dont il eut une grande peine. Alors, avec beaucoup de foi, il s'étendit au dehors près de la porte, mettant une pierre sous sa tête pour oreiller ; il se désolait néanmoins de ne pouvoir entrer. Peu à peu il s'endormit, et voici que, pour la troisième fois, il ouït la voix des visions précédentes qui lui disait: « — O Jacobello, Dieu te guérira si tu peux entrer à l'intérieur. » L'enfant, se réveillant, commença tout en larmes à prier les gens de le laisser passer, il criait très fort : « — Par pitié, je vous prie de me frayer un chemin, afin que je puisse approcher de la sainte tombe. » On lui laissa la route libre et tout de suite il se dépouilla de ses vêlements, enleva ses chaussures et entoura son cou d'une corde, puis, avec grande humilité et respect, il toucha le sépulcre de la glorieuse vierge Claire. Soudain, pris d'un léger sommeil, il entendit la voix delà Bienheureuse qui lui dit: « — Lève-toi, tu es guéri. » Jacobello se leva promptement: il était parfaitement guéri et voyait la lumière, grâce aux mérites de sainte Claire. Plein d'une vive joie, il remercia Dieu et invita la foule à louer et bénir avec lui le Dieu tout-puissant en reconnaissance de tant d'œuvres merveilleuses.


VI. — Comment un citoyen de Pérouse recouvrit l’usage de la main.


Un citadin de Pérouse, nommé Buongiovanni di Martino, était allé avec ses concitoyens combattre les Folignati. Au cours d'une grande bataille, un jet de pierre lui brisa la main de telle façon que personne ne put la guérir et qu'il dépensa beaucoup d'argent en médecins et en remèdes, sans résultat. Voyant qu'il n'y avait plus rien à faire et qu'il devait la porter dans un bandeau, il décida de la faire couper afin de n'être plus encombré de ce poids. Mais, à ce moment, il entendit narrer les merveilles et les miracles que Dieu opérait par sa servante Claire. Plein de foi, il se recommanda à elle, il lui promit de visiter son tombeau et de lui offrir la reproduction d'une main en cire. Peu après, il accomplit cette promesse avec grande dévotion, il déposa la main de cire sur la tombe, lui-même demeura quelque temps sur la dite tombe, et, soudain, comme il sortait de l'église, sa main fut parfaitement guérie.


VII. — Comment Madame Sainte Claire guérit un jeune homme contrefait.


Un jeune garçon de Bettona, nommé Pierre, était atteint depuis trois ans d'une consomption si grave que la souffrance et la langueur semblaient l'avoir complètement desséché. Une douleur aux reins très violente l'avait contrefait de telle sorte qu'il marchait péniblement courbé sur un bâton. Son père, plein de sollicitude; avait consulté tous les médecins, spécialement ceux qui possédaient l'art de redresser les os; il aurait donné tout son bien pour guérir son fils qu'il aimait tendrement; personne ne put le soulager; les médecins lui assurèrent que le mal était incurable. Ce que voyant, le pauvre père se tourna vers Madame Sainte Claire et lui demanda son aide. Il porta le jeune homme devant les précieuses reliques de la sainte et le coucha sur sa tombe, mais bien peu de temps, car tout à coup Pierre se leva sain et redressé. Alors le père remercia Dieu et demanda aux gens qui venaient visiter le sépulcre de remercier avec lui et de louer Notre-Seigneur et la glorieuse Claire.


VIII. — Guérison d'un enfant boiteux.


Dans la ville de San Chirico, du diocèse d'Assise, vivait un enfant de dix ans qui était né boiteux. Il avait une jambe trop grêle, et, quand il marchait, il se tordait en jetant les jambes et les pieds de travers; lorsqu'il tombait, il ne se relevait qu'à grand'peine. Sa mère l'avait plusieurs fois voué à saint François et son état ne s'était pas amélioré. Apprenant les miracles merveilleux que Dieu faisait par sainte Claire, cette pauvre femme porta son enfant au tombeau de la sainte et y demeura quelques jours avec grande dévotion; au bout de peu de temps, les os de l'enfant se mirent à croître dans les jambes et tous les membres du corps reprirent leur forme naturelle; il s'en alla complètement guéri. Ce que saint François n'avait pas voulu accorder à tant de prières, sa fille et fidèle disciple le fit par la vertu de Dieu.


IX. — Guérison d'un enfant impotent.


Un citadin de Gubbio, qui se nommait Jacques di Francesco, avait un enfant de cinq ans lequel n'avait jamais pu marchera cause dune grande faiblesse des jambes. Son père en pleurait souvent et en concevait une grande affliction, car c'était chose affreuse à voir en sa maison. Il avait de la honte que son enfant fût toujours assis par terre, marchât à tâtons dans la cendre et la poussière comme les animaux. Quelquefois ledit enfant s'accrochait aux bancs pour se relever sans pouvoir y parvenir; il désirait se redresser et marcher, mais la nature lui refusait la faculté de le faire. Son père et sa mère le vouèrent alors à sainte Claire et promirent à la glorieuse vierge que l'enfant serait « son homme » et lui appartiendrait si elle le guérissait. Sitôt que ce vœu fut prononcé, la douce sainte guérit« son homme »; l'enfant se redressa et marcha très facilement. Le père et la mère, bien joyeusement, menèrent ensemble leur fils au tombeau de Claire; ils remercièrent Dieu et consacrèrent leur enfant à Madame Sainte Claire.


X. — Guérison d'une femme qui était courbe.


Une femme du bourg de Bevagna, nommée Plenaria, était depuis longtemps malade des reins et toute contractée, de sorte quelle ne pouvait marcher sans le soutien d'un bâton, et même, avec celui-ci, elle ne pouvait se redresser, car elle était si courbée que sa tête se trouvait tout près du sol. Un vendredi, elle se fit porter sur le tombeau de sainte Claire et lui adressa avec foi et dévotion beaucoup de prières, lui demandant sa guérison. Elle obtint vite ce qu'elle souhaitait. Le lendemain, - qui était un samedi, elle fut subitement guérie et retourna à pied chez elle, louant et remerciant Dieu et Madame Sainte Claire.


XI. — Guérison d'une jeune fille qui avait des scrofules.


Une jeune fille de Pérouse souffrait depuis longtemps d'une inflammation de la gorge, elle avait des écrouelles ; on lui comptait vingt glandes autour du cou, de sorte qu'elle semblait avoir la gorge plus grosse que la tête. Sa mère l'avait souvent menée à sainte Claire, suppliant cette douce vierge de guérir la jeune fille. Celle-ci ayant veillé toute une nuit auprès de la tombe, voilà qu'elle se mit à transpirer abondamment et les écrouelles commencèrent à s'amollir, puis à s'en aller tout doucement et peu à peu. Le mal s'évanouit si complètement, par les mérites de Madame Sainte Claire, qu'il n'en resta pas trace.


XII. — Comment Madame Sainte Claire arracha diverses personnes aux loups.


Des loups cruels et féroces jetaient la terreur dans la région d'Assise et tentaient de dévorer les habitants. Or il y avait en ce pays une femme nommée Buona, elle était native du mont Galliano, dans le diocèse d'Assise, et possédait deux fils. Les loups lui en mangèrent un; elle n'avait pas fini de le pleurer qu'avec la même férocité ils se jetèrent sur le second. Voici comment : Tandis que la pauvre femme était assise dans sa maison, préparant les choses nécessaires à sa famille, un loup se rua sur son petit garçon qui était au dehors, prit sa tête entre ses dents et l'emporta en courant vers la forêt pour le dévorer. Des hommes qui se trouvaient dans les vignes, entendant la voix et les cris de l'enfant qui appelait au secours, se précipitèrent vers sa mère et lui dirent: « — Regarde bien si tu as ton fils, car nous avons entendu des pleurs et des cris d'enfant. » La mère désolée s'aperçut alors que son second fils avait été enlevé par le loup, aussi commença-t-elle à crier très fort vers le ciel, remplissant l'air de clameurs et d'appels désespérés. Avec une voix douloureuse, elle invoquait la vierge Claire, disant: « — Oh! Sainte de Dieu, glorieuse Claire, je te supplie, rends ce fils à sa malheureuse mère ! O très gracieuse Sainte, rends-moi mon fils, car si tu ne me le rends, j'irai me jeter dans l'eau pour me noyer. » Les voisins qui s'étaient mis à courir après le loup trouvèrent l'enfant dans la forêt, abandonné de la bête cruelle; un chien était auprès de lui et léchait ses blessures, car le loup féroce, après l'avoir blessé à la tête, afin de l'emporter plus facilement avait pris le petit garçon par les reins qui gardaient les marques de ses morsures et elles n'étaient pas petites. La mère, quand elle vit revenir son fils vivant avec les gens qui étaient partis à son secours, comprit que sainte Claire l'avait écoutée. Bien joyeuse, elle s'en alla en compagnie des voisins visiter et remercier la sainte. Elle montrait à quiconque le désirait les blessures de l'enfant et rendait grâces à Madame Sainte Claire. Une jeune fille du bourg de Canara s'assit un jour dans un champ et une femme avait mis sa tête sur ses genoux, afin de se faire coiffer. Soudain voici qu'un loup féroce cherchant une proie courut vers elles deux. La jeune fille, pensant que c'était un chien, n'eut pas peur, elle continua de coiffer sa compagne. La bête cruelle, avec une horrible férocité, se jeta sur elle, prit toute sa tête dans sa gueule et l'emporta dans la forêt pour la dévorer. A cette vue, la femme qu'elle était en train de coiffer se redressa épouvantée, et, la recommandant à sainte Claire d'Assise, se mit à crier : « — Sainte Claire, au secours ! vite, au secours, car je te recommande cette enfant. » O merveille ! aux cris de cette femme, l'enfant, s'adressant au loup, lui dit : « — Voleur! oseras-tu me porter plus loin, maintenant que je suis recommandée à Madame Sainte Claire ? » A ces paroles le loup, honteux et confus, posa doucement la fillette par terre et s'enfuit en hâte comme un voleur.


Deux récits miraculeux tirés du Livre de Messire Barthélémy de Pise.


I. — Comment Madame Sainte Claire sauva les Pisans d'un naufrage.


Bien que les miracles que le Dieu tout-puissant opéra par les mérites de Madame Sainte Claire soient innombrables, il en est un que je veux raconter ici, car il me fut narré par un de ceux mêmes qui en furent l'objet. Un grand nombre d'hommes de la cité de Pise, qui faisaient voile vers la Sardaigne, essuyèrent en mer, pendant une nuit ténébreuse, une violente tempête ; le navire s'étant ouvert par le fond, tous ceux qui s'y trouvaient, constatant qu'il était perdu, se recommandèrent tout en larmes à la glorieuse Vierge Marie et à beaucoup de saints. N'obtenant rien et voyant la mort imminente, ils appelèrent sainte Claire d'Assise à leur secours et la supplièrent en gémissant de les sauver, lui promettant que, s'ils échappaient à ce péril, ils iraient pieds nus et en chemise, la corde au cou, avec un cierge d'une livre à la main, de Pise à Assise, visiter son sanctuaire. A peine avaient-ils formulé ce vœu, que ces hommes distinguèrent dans le ciel trois lumières : l'une se posa à la proue du navire, l'autre à la poupe, la troisième descendit dans la cale, et l'ouverture du bâtiment par laquelle l'eau entrait se referma, la mer se calma et le vent devint propice. Quant aux trois lumières, elles ne quittèrent pas le navire. On arriva pendant la nuit au port d'Oristano. Dès que les voyageurs furent descendus à terre et les marchandises débarquées et en sûreté, les trois lumières s'éteignirent et le navire fut englouti dans la mer. De retour à Pise, ces hommes accomplirent avec grande dévotion le vœu qu'ils avaient fait à Madame Sainte Claire.


II. — Des merveilles opérées par le voile de Madame Sainte Claire.


La seconde chose merveilleuse que je veux narrer est connue de toute la ville de Florence. Après la mort de Madame Sainte Claire, son voile fut envoyé, comme elle l'avait ordonné, au moutier de Monticelli, à Florence, par sa sœur Agnès. On le déposa auprès du manteau de saint François qui se trouve dans ledit monastère. Ce voile est demeuré comme neuf; il est tout entier, sans défaut ni tache et parfaitement noir, ce qu'on estime miraculeux, car la couleur des autres s'altère très vite. Il opère quantité de prodiges et guérit spécialement les enfants atteints de léthargie ou d'autres maladies cérébrales, lorsqu'il est déposé sur leur tête. Tous les ans, deux cents environ recouvrent la santé, et ce n'est pas nouveau, puisque le prodige dure depuis plus de cent trente années. Le Dieu tout-puissant fit beaucoup d'autres miracles en divers points du monde par les mérites de la sainte vierge Claire. Le souci d'être bref m'empêche de les écrire.

Fin



26/03/2009
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