Spiritualité Chrétienne

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Vie de Saint Viateur 2/2

 Vie de Saint Viateur (suite et fin)

 

Chapitre 6

L'appel de Dieu

 

Saint Viateur est appelé à une plus grande perfection. Il est seul mis en confidence du secret de Saint Just. Il répond à cette invitation de circonstances qui relève le mérite de son sacrifice. Son bonheur en rejoignant son évêque.

 

Saint Viateur s'exerçait ainsi à la pratique de toutes les vertus qui font les saints lecteurs, lorsqu'il plut à Dieu de l'appeler à une plus haute perfection encore, et voici en quelle occasion. Un homme avait, dans un accès de frénésie, blessé et tué à Lyon plusieurs personnes et, pour échapper à toutes poursuites, il s'était réfugié dans une église qui jouissait du droit d'asile, (probablement celle des Machabées). Le peuple furieux s'assemble en foule pour arracher le coupable du saint asile et le mettre en pièces. Saint Just touché de compassion pour ce malheureux, que la folie avait porté au crime, s'opposa longtemps à la multitude, que cette résistance exaspérait de plus en plus et qui menaçait de mettre le feu à l'église, ce qui entraînait non seulement la ruine de l'édifice mais assurait encore la mort du meurtrier. Après avoir exigé du gouverneur, et sous serment, la promesse qu'il ne serait fait aucun mal à cet infortuné, l'évêque Just remit le coupable à l'autorité civile qui venait de s'engager à le mettre en sûreté. L'assassin ne fut pas plus tôt hors du lieu saint, que le peuple, tout entier à sa colère, se rua sur lui et le massacra impitoyablement. Ce tragique événement pénétra le pieux et doux pontife d'une douleur profonde et, se regardant devant Dieu comme coupable de la mort de cet homme, il prit dès lors la résolution d'aller expier cette prétendue faute dans les déserts de la Thébaïde.

 

Il médita longtemps ce projet qui devait lui permettre d'expier ce qu'il se reprochait comme un crime; mais il ne lui était pas facile de se dérober à l'affection d'un peuple qui le vénérait comme un saint et qui l'aimait comme un père. Enfin il crut le moment venu. En 381, à la suite du Concile d'Aquilée, auquel il assista en qualité de légat de toutes les Gaules et où se trouvèrent réunis trente-deux évêques ayant à leur tête saint Ambroise, archevêque de Milan et docteur de l'Eglise, il crut le moment venu de réaliser son dessein. Après avoir rempli les devoirs de sa charge dans cette auguste assemblée, il profita du moment où il se trouvait éloigné de Lyon pour se retirer secrètement dans les vastes déserts de l'Orient.

 

Au lieu donc de retourner dans sa ville, il s'arrêta à Tournon sous prétexte de visiter sa famille (22) qui y résidait et qui y tenait un rang distingué. Cependant il confia son secret au jeune Viateur, dont il connaissait toute la discrétion et l'invita même à le suivre dans la solitude, lui donnant la ville d'Arles pour rendez-vous (23). La confiance que le saint évêque mettait dans son Lecteur ne fut pas trompée. Car Viateur se mit de suite en voie de répondre à un appel si honorable, mais qui devait toutefois lui imposer les plus pénibles sacrifices. En effet, il fallait renoncer au paisible ministère qu'il remplissait avec tant de bonheur dans l'église primatiale et s'exposer à toute les fatigues d'un long et pénible voyage. Il fallait aussi tourner le dos aux charges et aux dignités ecclésiastiques que semblait déjà lui promettre son mérite prématuré, pour se cacher au fond d'une solitude, où l'attendait dès l'aurore de sa vie, un oubli éternel.

 

Il eût de plus a vaincre un sentiment bien naturel à son âge, a savoir le renoncement à ses parents et l'éloignement de sa patrie. Ceux qui ont eu a faire pour Dieu ce grand sacrifice peuvent seuls se faire quelque idée de ce qu'il en coûta au jeune Viateur, pour tout quitter afin de suivre Jésus-Christ, en imitant l'exemple de son saint évêque. Ce qui dut rendre son sacrifice plus pénible encore, ce furent les circonstances qui accompagnèrent son départ ; car il lui fallait renoncer à son office, sa patrie, à ses amis, à ses parents dans le plus grand secret, ce qui devait aggraver le poids et le priver de consolations toujours tristes, mais si confortantes des adieux. Lorsqu'on s'arrache aux douceurs de la patrie et à la tendresse de bons et vertueux parents pour suivre Jésus Christ dans des pays lointains, afin de lui gagner des âmes, cet acte héroïque excite toujours chez les chrétiens fervents un très vif intérêt et un enthousiasme entraînant, qui ne contribue pas peu à soutenir le courage des hommes de Dieu. Il n'en saurait être de même quand on quitte son pays en fugitif et que l'on se refuse même le bonheur d'embrasser une dernière fois des parents chéris.

 

On peut juger de là jusqu'à un certain point ce qu'il en coûta à Saint Viateur pour tout abandonner, afin de ne plus vivre que pour Jésus Christ. Mais si la nature dut livrer un terrible assaut à son cœur, il fut puissamment soutenu dans son généreux dessein par une pensée de foi bien consolante. C'est qu'il partait pour l'Egypte en marchant sur les traces du Sauveur qui, de nuit et dans le plus grand secret, alla se réfugier dans le même pays dont il bénit toutes les solitudes pendant son séjour sur cette terre idolâtre.

 

Dans cette circonstance admirable de la vie de saint Amateur, il y a de grands exemples pour tous ceux que le Seigneur appelle à sa suite pour la gloire de son Divin Père et de sa sainte religion. Ainsi notre jeune Viateur n'eut pas plus tôt connu la volonté du Ciel par la bouche de celui qui le représentait sur la terre qu'il se mit en devoir de l'accomplir. En conséquence il quitta secrètement Lyon et alla rejoindre saint Just à Arles, selon les ordres qu'il en avait reçus. Il est aisé de se figurer la joie du saint vieillard (24), quand il vit son jeune disciple animé d'un si grand dévouement, comme aussi il est tout naturel de se représenter la joie pure et délicieuse du jeune Lecteur en voyant son évêque qui, plus que jamais, devait être sur la terre son unique père. Il est bien connu qu'en de semblables rencontres, les joies spirituelles sont d'autant plus suaves que les sacrifices qu'il a fallu faire ont été plus grands et qu'on les a fait de meilleur cœur. C'est ainsi que dans les adorables desseins de Dieu Saint Viateur méritait par son sublime sacrifice, à ceux qui devaient, quinze siècles plus tard, se mettre sous sa protection la grâce de quitter aussi eux, leurs parents et leur patrie afin d'imiter son parfait détachement.

 

Chapitre 7

Saint Viateur dans le désert de Scété

 

Il part avec Saint Just pour l'Egype. Son arrivée dans la Thébaïde. Ses progrès dans les vertus religieuses. Eloge qu'en fait l'Eglise. Saint Viateur est un modèle de perfection religieuse.

 

Saint Just, qui n'avait de secours et de consolations à attendre que de son cher disciple, partit avec cet enfant qui devait lui être un soutien (25), une force dans le voyage. Sans retard il se mit en route pour l'Orient, car, outre qu'il avait hâte de s'ensevelir dans la solitude, il avait à craindre que, si l'on venait à découvrir son projet, on ne parvint à l'empêcher de l'exécuter. Nos deux saints s'embarquèrent donc sur un bateau à destination de l'Orient. Le voyage fut long et dangereux : on ne connaissait point alors toutes les voies de communication que la divine Providence a ouvertes aux nations modernes, et la Méditerranée, qu'il leur fallait traverser, était alors comme aujourd'hui célèbre par ses tempêtes et ses naufrages. Viateur se montra digne de son nom; il fut un bon Voyageur par sa patience, son courage, sa ferveur et surtout par la piété avec laquelle il s'efforça de procurer tous les soulagements possibles au saint vieillard, qui cachait sous le déguisement d'un habit ordinaire une si grande dignité et une si haute vertu. Cette tendre charité est même l'objet d'un éloge spécial dans l'office qui lui est dédié.

 

Arrivés en Egypte, nos deux voyageurs se hâtèrent de gagner les déserts de la Thébaïde; car Dieu étant l'unique but de leur voyage, ils ne s'amusèrent pas à satisfaire une vaine curiosité. Ils ne s’arrêtèrent dans aucune ville de cette célèbre contrée pour y voir les monuments de l'antiquité profane. Ils pouvaient d'ailleurs craindre d'être rencontrés quelque part par des marchands de Lyon, qui allaient faire le commerce dans ces pays lointains. Ainsi le voyage qui pour tant d'autres est un sujet de dissipation, quelquefois, une cause de relâchement dans les exercices de piété, fut pour le jeune Viateur un nouveau moyen de sanctification. La raison en est toute simple : c'est qu'il voyageait pour Dieu, en compagnie d'un saint et sous la protection des Anges gardiens. Ce sera toujours la règle des Viateurs. Autrement ils se trouveraient compris dans cette sentence de L'Imitation de Jésus-Christ : « On se sanctifie rarement en voyageant beaucoup », surtout s'ils voulaient tout voir, tout entendre, tout visiter, principalement quand la règle et le Supérieur le défendent.

 

En se présentant à Scété (26), l'un des nombreux monastères qui remplissaient les déserts de la Thébaïde, Saint Just cacha soigneusement son nom, son origine, sa condition, son rang élevé: car tout son attrait était pour la vie cachée et la pratique de l'humilité (27), sa vertu chérie. Dégagé des soins multiples attachés à la sollicitude pastorale d'une grande Eglise, il se donna tout entier et avec une ferveur angélique (28) aux exercices de la vie religieuse. La pénitence et la contemplation étaient toute son occupation et faisaient ses délices. Saint Viateur fut en toutes choses son parfait imitateur, et c'est le témoignage qu'en rendent les historiens qui, pour faire son éloge, disent qu'il fut le confident intime de son saint évêque, son compagnon inséparable de voyage (29), sa grande consolation sur une terre étrangère et son fidèle imitateur dans la solitude.

 

Il n'y a donc pas à s'étonner s'il fit de si rapides progrès dans le sentier de la perfection. La sainte Eglise Romaine chante en l'honneur de Viateur les hymnes qu'elle a composées pour tous les saints confesseurs. Comme c'est elle qui les a tous élevés avec une bonté de mère et qui, après les avoir sanctifiés sur la terre, les a introduit dans le Ciel, elle ne saurait se tromper en honorant leur mémoire. Car si une mère de famille connaît si bien ses enfants en vivant avec eux dans l'intimité maternelle, il faut convenir que l'Eglise doit avoir de ses saints une connaissance plus claire et plus détaillée. Nous serons donc heureux de l'entendre louer, notre saint solitaire : « Ce saint solitaire fut doux, humble, prudent et chaste pendant qu'il était dans ce lieu de pèlerinage. Il regarda comme de l'ordure les vains plaisirs et les fausses richesses de la terre. Il foula aux pieds les artifices du démon et remporta de brillantes victoires sur le cruel prince de l'enfer. Il se distingua par une foi ardente et se montra soigneux et fervent dans les exercices de la perfection. Il mortifia son corps par le jeûne et toutes sortes d'austérités qui lui ont mérité de s'asseoir à la table du roi des deux, pour s'y nourrir des aliments les plus délicieux. Cet homme saint, pour avoir méprisé le monde et triomphé des choses terrestres, s'est acquis dans le Ciel des richesses immortelles. C'est le Seigneur lui-même qui a conduit ce juste dans les droits sentiers et qui lui a montré le royaume des cieux ».

 

Ce portrait est si naturel parce qu'il est tiré des mains de l'Eglise, que l'Esprit-Saint inspire dans ses chants sacrés. On y reconnaît parfaitement le pieux Lecteur de l'antique Eglise de Lyon, le fervent solitaire de la Thébaïde, le sévère pénitent du désert, le vrai sage enfin qui, à la fleur de l'âge, avait déjà acquis une sainteté consommée. D'où il est facile de conclure pour tous, mais principalement pour les Clercs Catéchistes, que la vie de Saint Viateur est pleine d'intérêt parce qu'on y trouve un parfait modèle de toutes les vertus religieuses. Car il fit profession dans son monastère d'une pureté vraiment virginale, d'une pauvreté absolue et d'une obéissance aveugle. Rien donc de plus édifiant que la vie de ce jeune homme très saint, rien de plus capable d'embraser d'une sainte ardeur dans la pratique du bien, ceux qui se sont consacrés à Dieu sous sa puissante protection.

 

Chapitre 8

Mort de Saint Viateur

 

Derniers moments de Saint Just. Affliction de Saint Viateur. Mort précieuse de Saint Viateur. Le corps de Saint Just et celui de Saint Viateur transportés à lyon, sont déposés dans le même tombeau.

 

Voici que Saint Just touchait à ses derniers moments. Il avait à ses côtés Antiochus, prêtre de Lyon, qui était venu le rejoindre dans la solitude et son fidèle Lecteur. Sur le point de quitter cette terre d'exil, il est éclairé d'une céleste lumière, comme autrefois Jacob mourant dans ce même pays, entouré de sa nombreuse famille, il annonça, dans un esprit prophétique, à ses deux disciples ce qui devait leur arriver après sa mort. Il prédit au premier qu'il retournerait dans sa patrie et qu'il deviendrait évêque de Lyon, ce qui s'accomplit en effet. Quant à Viateur, il fondait en larmes auprès de la couche de son saint évêque. La seule pensée qu'il allait perdre un si bon maître, un père si tendre, le consternait; il déplorait son malheureux sort et faisait tristement entendre ces paroles douloureuses: « Seigneur ! Pourquoi m'abandonnez-vous? » Cette plainte de l'infortuné jeune homme peut être comparée à celle de Saint Laurent qui, ne pouvant se séparer du Saint Pontife Sixte, lui disait avec une sainte ardeur: « O mon Père ! Où allez-vous sans votre fils? O prêtre saint ! Où allez-vous sans votre diacre ? Vous n'aviez jamais coutume d'offrir le sacrifice sans votre ministre ».

 

La prière de Saint Viateur ressemblait trop a celle de saint Laurent pour ne pas mériter d'être exaucée de la même manière, et Saint Just ressemblait trop à Saint Sixte, pour ne pas faire à son Lecteur la même réponse que faisait à son Diacre ce vénérable Pontife. Ainsi donc tout ému et attendri des soupirs qui s'échappaient du cœur de cet enfant chéri, Just lui dit: « Ne vous troublez point, mon fils, comme si vous étiez privé de toutes consolations, car dans peu vous me suivrez ». A ces paroles prophétiques, Viateur ne doute pas que sa mort soit très prochaine, et en rendant ses derniers devoirs de piété filiale au saint vieillard (30) qui vient de le laisser orphelin, il se réjouit de pouvoir bientôt suivre dans la céleste patrie celui dont il s'est fait le compagnon inséparable, dans ce lieu de pélerinage. En effet peu de jours (31) après le décès de son vénéré père, il passa à une meilleure vie pour aller partager le bonheur de celui dont il avait si courageusement partagé les souffrances. Cette mort arriva le 21 octobre 389, jour où elle est marquée au martyrologe romain. Celle de saint Just avait eu lieu le 2 septembre précédent: on voit que la prophétie avait eu son parfait accomplissement. On peut donc appliquer à ces deux justes les touchantes paroles de l'Ecriture Sainte: « La mort des Saints est précieuse devant le Ciel ».

 

Saint Just a pour dernière consolation d'annoncer à son cher disciple que bientôt il le suivrait dans la bienheureuse éternité, et il expire entre ses bras. Saint Viateur, en récompense de son attachement, de son respect pour son évêque, a le bonheur d'entendre de sa bouche mourante, l'heureuse nouvelle que sous peu la mort lui ouvrirait le ciel. Puis il ferme les yeux à celui qui vient de le quitter, c'est vrai, mais pour quelques jours seulement, car il meurt bientôt dans les transports de la charité. Saint Just et saint Viateur ayant été inséparables à la vie et à la mort, il convenait que leurs dépouilles mortelles le fussent aussi. Il est croyable que leurs corps furent déposés en Egypte dans le même tombeau par les religieux de leur solitude qui, ayant enfin été instruits de ce qu'était saint Just, avaient conçu une haute idée de sa sainteté. Quoi qu'il en soit, dès que les habitants de Lyon eurent appris la mort de leur bienheureux évêque, et de son pieux Lecteur, ils voulurent avoir leurs corps au milieu d'eux. Ils envoyèrent donc une députation en Egypte pour chercher ce précieux dépôt, qu'ils reçurent avec une profonde vénération. Toutes les démonstrations qui eurent lieu dans cette solennelle occasion, prouvent que les Lyonnais conservaient à leur bon pasteur après sa mort, l'amour qu'ils lui avaient porté de son vivant. D'ailleurs, chaque ville ambitionne, avec raison, le bonheur de posséder les restes précieux de leurs saints évêques (32).

 

Quant à Saint Viateur il ne pouvait pas être séparé de Saint Just, son corps fut donc transféré en même temps que celui de Saint Just et il eut une large part du triomphe et de la gloire décernés au pontife. Leurs corps rapportés en grande pompe, reçus avec des transports d'allégresse furent déposés dans l'Eglise des Machabées (33) qui a pris, depuis, le nom de Saint Just. Il ne suffisait pas, dans les desseins de la Providence, que ces deux saintes âmes jouissent au Ciel du même bonheur, il fallait encore que leurs cendres reposassent dans le même tombeau et reçussent les mêmes honneurs. L'épitaphe qui se lisait sur le sépulcre de ces deux grands saints témoigne assez que l'on ne pouvait louer saint Just sans faire une mention honorable de saint Viateur. C'est pour cela que nous croyons devoir la rappeler ici, comme un monument de tendresse paternelle et de piété filiale (34):

 

« Hic Patris antiqui condigno nomine Justi In spe perpetuae; quiescunt pignora vitae. Membra beata satis, quae semper dedita Christo Per varios semet cruce confixere labores, Ut melius celere rapiantur in aera nube, Cum coelo adveniens Judex effulserit ipse. Hic fuit egregius primum levita Viennae, Inde gregem Domini doctrina insignis et actu, Conspicuus praesul Lugduni pavit in urbe. Post anachoreticae vitae flammatus amore, Longin quae AEgypti sitiens deserta petivit, Quo senibus sacris pietatis foedere junctus Cum miram extremo clausisset lumine vitam, Plebis amore suae; patriam revocatus ad urbem, Cum Viatore pio Chiisti tumulatur ad aram, Ut quos pervigili vivens pietate nutrivit recibus foveat per secula natos » (35).

 

« Ici reposent dans l'éspérance de la vie éternelle les restes d'un père nommé à bon droit Justus, restes heureux qui, toujours consacrés au Christ et à la croix, se consumèrent de travaux divers, afin d'être plus rapidement enlevés au ciel, lorsque le souverain Juge, paraissant dans les airs, brillera sur les nuées. Il se distingua d'abord parmi les lévites de Vienne. Parvenu à l'épiscopat, on le vit paître le troupeau du Seigneur dans la ville de Lyon, où ses actes et sa doctrine le rendirent célèbre. Puis, vivement épris pour la vie des anachorètes, il alla se réfugier dans les déserts brûlants de l'Egypte lointaine. Il s'unit par des liens sacrés aux Pères de ces déserts et termina au milieu d'eux sa vie admirable. L'amour de son peuple ayant ramené son corps à Lyon, il fut inhumé avec celui du pieux Viateur au pied de cet autel, afin que ce pontife ne cesse de protéger de ses prières les enfants que, pendant sa vie, il nourrissait avec une affection paternelle ». (Traduction du R. P. Gouilloud, S. J.).

 

Chapitre 9

Reliques de Saint Viateur

 

Profanation de ces saintes reliques. Fruits de la dévotion qu'on leur porte.

 

Les restes de saint Just et de Saint Viateur, déposés avec grand honneur dans l'église des Macchabées (depuis Eglise Saint Just) et entourés d'un culte extraordinaire, furent précieusement conservés jusqu'au XVI e siècle. A cette époque, (36) les calvinistes s'étant emparés de la ville de Lyon, portèrent des mains sacrilèges sur tout ce qui faisait l'objet de la piété catholique. Ils profanèrent toutes les reliques qui tombèrent en leur pouvoir : de ce nombre furent les corps de saint Just et de saint Viateur que la richesse de leur tombeau désignaient particulièrement à l'impiété de ces sectaires. Cette fois encore ces deux saints eurent un sort commun.

 

Cependant on put soustraire à la fureur des nouveaux vandales la tête de saint Just qui se conserve précieusement dans l'Eglise primatiale. Quant à saint Viateur, une partie assez considérable de son corps fut préservée de la rage des calvinistes et gardée avec soin dans l'église collégiale de Saint Just, jusqu'à la première révolution française. Les impies de ce temps d'horreurs ne se montrèrent pas mieux que les hérétiques du XVIe siècle. La cupidité se portait sur tout ce qui pouvait avoir quelque prix et l'irréligion profana tout ce qui était saint. Par une inspiration du ciel, le sacristain de l'Eglise de Saint Just enleva à temps les reliques de Saint Viateur et les confia à M. l'abbé Caron, prêtre. Celui-ci voyant un jour prier dans cette église le Révérend Père Querbes, fondateur des Clercs Paroissiaux ou Catéchistes de Saint Viateur, voulut lui remettre le dépôt sacré dont il était comme le gardien, considérant que ce riche trésor devait tout naturellement appartenir à l'association des jeunes Clercs, qui faisaient profession de servir la religion et l'éducation sous le nom et la protection d'un si grand saint. Ce don inattendu fut accepté avec une vive reconnaissance et, depuis cette époque, tout ce qui reste du corps de Saint Viateur est conservé à Vourles, chef-lieu de la congrégation.

 

C'est ainsi que par une disposition toute admirable de la Providence, la maison-mère de l'Institut qui est chargée de propager l'esprit de son patron a été mise en possession de ses ossements sacrés. Et parce que l'esprit des saints s'imprègne dans tout ce qui a été sur la terre à leur usage, comme l'odeur du baume s'attache au vase qui le renferme, il s'exhale de ces saintes reliques une vertu salutaire qui se fait sentir de tous ceux qui s'en approchent avec dévotion. Cette vertu odoriférante est l'esprit même de piété, d'innocence, de charité et de mortification qui anima Saint Viateur, pendant tout le temps qu'il fut sur cette terre d'exil. Et en effet, son âme béatifiée se rend présente partout où il y a des parcelles de son corps, pour entendre les ferventes prières que lui adressent ceux qui vénèrent ses reliques. C'était la pieuse pensée de Saint Vincent de Paul quand il priait devant le corps d'un Saint, il se figurait toujours l'âme de ce saint reposant avec bonheur dans ce corps qu'elle avait animé et sanctifié. Il s'est fait des distributions des reliques de Saint Viateur dans les diverses maisons de l'Institut : on les y vénère avec une grande piété en leur rendant un culte solennel. Dieu attache à ces parcelles sacrées les mêmes grâces et la même vertu qu'au corps tout entier, pourvu que ce soit avec la foi la plus vive et l'amour le plus confiant qu'on en approche pour leur rendre l'honneur qui leur est dû.

 

Chapitre 10

Pratiques pour honorer Saint Viateur

 

En terminant une vie si intéressante, il nous reste à indiquer quelques pratiques propres à honorer Saint Viateur. Nous le ferons en peu de mots.

 

1° Ne passer aucun jour sans adresser à Saint Viateur quelques prières, celles surtout qui sont en usage dans la Congrégation (On les trouvera à la fin de ce petit volume), afin de se procurer le mérite de la communion des saints. 2° Avoir souvent dans la bouche et plus encore dans le cœur cette courte invocation: « Saint Viateur, priez pour nous ». 3° S'unir de cœur et d'âme à ce saint Patron à chaque action, désirant faire toutes choses avec la même perfection que lui. 4° Observer la règle avec une ferveur toujours nouvelle, la regardant comme imprégnée de l'esprit de saint Viateur. 5° Célébrer sa fête avec une tendre piété; et pour cela, la faire précéder d'une bonne neuvaine et la faire suivre d'une bonne octave. 6° Faire, avec une amoureuse confiance, des neuvaines ou triduum en son honneur chaque fois qu'on a quelques grâces particulières à demander. Conseiller cette pratique aux autres, surtout aux enfants de l'école; c'est le moyen de répandre bien vite sa dévotion. 7° Dans ces divers exercices de neuvaines ou de triduum, lire, chaque jour, une partie de sa vie et s'en bien pénétrer pour la mettre en pratique: chanter quelques hymnes, psaumes ou cantiques, mais surtout imiter ses vertus. 8° Inspirer sa dévotion à tous, mais spécialement à ses élèves. 9° Travailler sans relâche à conserver dans le cœur des enfants le trésor de l'innocence, en les éloignant de toutes occasions dangereuses, et en les fortifiant par les instructions et les sacrements. Leur inspirer à cette fin, une tendre dévotion à l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie et à la médaille qui en est le signe. 10° Préparer ainsi, dans chaque école, de bons sujets pour fournir le Juvénat dont il est question dans les Statuts : lequel ne peut manquer d'être une pépinière de bons sujets, qui seront bien plus susceptibles des formes religieuses qu'ils devront prendre. 11° Vénérer, par tous les moyens possibles, les reliques de Saint Viateur: ne les exposer qu'avec pompe et solennité, les faire baiser avec religion par les enfants et les jeunes gens des écoles et des collèges, en certains jours de grandes fêtes. 12° Placer ses statues et images dans les chapelles, classes, cours et jardins de manière à pouvoir facilement les voir, les saluer, les baiser et leur rendre les autres devoirs de la religion. 13° Enfin et surtout imiter les vertus dans lesquelles il a particulièrement excellé, à savoir: l'innocence de vie, la pureté de moeurs, le zèle pour le culte divin, la dévotion, la piété au service du saint autel, l'application au chant, aux cérémonies de la liturgie sacrée, le détachement des parents et l'attachement filial, parfait aux supérieurs ecclésiastiques, l'amour de la retraite et du silence, l'attrait pour la mortification, l'application à s'instruire de l'Ecriture Sainte et des devoirs de la religion et toutes les autres admirables vertus que l'on a pu remarquer en lui dans le cours de cette histoire.

 

Mandement de Monseigneur l'Evêque de Montréal

Concernant la Fête de Saint Viateur

 

Ignace Bourget,

Par la grâce de Dieu et du Saint Siège Apostolique, Evêque de Montréal, etc, etc.

 

A mes chers frères les Clercs Paroissiaux ou Catéchistes de Saint Viateur. Salut et Bénédiction en Notre Seigneur Jésus-Christ Comme il a plu à Notre Saint Père le Pape Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, dans ses Lettres Apostoliques en forme de Bref, en la date du 21 septembre 1838, de vous approuver comme institution religieuse pour répandre l'instruction chrétienne dans les plus petites provinces et missions, et de vous mettre sous la protection spéciale de saint Viateur, Confesseur et Lecteur de la célèbre et antique Eglise de Lyon. Comme aussi il nous paraît convenable de déterminer comment vous devez célébrer la fête de ce Saint Patron dans notre diocèse où l'on suit le rite romain, et où fort heureusement vous vous êtes établis avec l'autorisation du révérend Père Querbes, votre vénérable fondateur et Supérieur majeur. Et comme, enfin, il ne peut résulter que de très salutaires avantages pour vous et vos élèves de la dévotion à ce Saint Protecteur, laquelle il importe souverainement de répandre et de propager dans tout notre diocèse; A ces causes, le Saint Nom de Dieu invoqué, nous avons réglé, statué, ordonné, réglons, statuons et ordonnons ce qui suit :

 

1° La fête de Saint Viateur, Confesseur, sera célébrée le vingt-et-un octobre de chaque année, sous le rite de fête double de première classe, avec octave (37), et conformément aux Rubriques concernant les fêtes patronales, dans toutes les maisons de la société établies dans notre dit Diocèse. 2° Tous ceux de la dite société, qui seront dans les ordres sacerdotaux, feront l'office et diront la messe de ce Saint, en se conformant aux rubriques générales du Bréviaire romain. 3° L'oraison et les leçons de l'office seront du Commun d'un Confesseur non pontife, marqués in primo loco dans le Bréviaire romain et la messe y sera conforme (38). 4° Pendant l'octave, les leçons du Ier nocturne seront celles de l'Ecriture occurrente, et celle du II e nocturne se prendront au même commun en récitant ad turnum celles qui seront marquées in primo et in secundo loco, celles du IIIe nocturne seront toujours celles de l'homélie du jour de la fête. Il en sera de même à la messe qui se répétera toute l'octave; 5° L'on chantera une fois par semaine, dans toutes et chacune des chapelles de la congrégation, un salut solennel pour la conversion de l'Angleterre (39). Ce sera le jeudi, ou le jour de congé de la semaine que se donnera cette bénédiction du Saint-Sacrement. 6° L'on suivra en chantant le salut l'ordre prescrit au Romain, tel qu'établi dans le diocèse, mais on y chantera toujours le psaume Miserere avec le verset et l'oraison qui se trouvent au Processional dans l'ordre du salut pour implorer la divine miséricorde (Salut de la neuvaine de Saint François Xavier).

 

Sera le présent mandement lu et publié en Chapitre dans la maison des Clercs Paroissiaux de Saint Viateur de l'Industrie (40), le premier dimanche après sa réception et conservé dans les archives de la Congrégation. Donné à Saint Bonet de Vourles, en la fête de Saint Viateur, le vingt et-un octobre, mil huit cent cinquante-cinq sous notre seing et sceau et le contre-seing de notre secrétaire pro tempore.

 

+ Ignace, Ev. de Montréal.

 

Par Monseigneur, Hugues-Marie Favre.

 

Nous nous permettons de reproduire la lettre touchante dont Mgr Bourget voulut bien accompagner l'envoi de ce Mandement et de la vie de saint Viateur. Entre mille autres preuves, on aura un nouveau témoignage de l'infatigable sollicitude, de la tendre et paternelle affection avec lesquelles ce zélé Pontife veillait sur tous les enfants confiés à ses soins, puisqu'il daignait s'intéresser si vivement et avec une si grande bonté aux plus humbles d'entre eux tous. Publier ces traits de haute bienveillance, c'est aider à faire bénir et chérir encore la mémoire déjà tant vénérée de cet illustre Prélat, et satisfaire à la dette de profonde reconnaissance qui lui est due.

 

Lettre de Monseigneur Bourget au Révérend Père Etienne Champagneur, fondateur, et alors Supérieur Provincial des Clercs de Saint Viateur en Canada.

 

Vourles, le vingt-deux octobre 1855.

 

Mon cher Père,

J'ai eu le grand bonheur de célébrer ici avec vos pères et vos frères la fête de votre bienheureux Patron. Il me semble qu'il a daigné me traiter comme étant de la famille, et qu'il n'y a pas ici de différence dans la distribution de ses immenses largesses, entre les siens et moi qui cependant ne suis pour lui qu'un étranger. A la vérité je me suis occupé de ses élèves du Canada du meilleur cœur possible, et c'est sans doute parce que je me suis présenté à lui pour vous, et en votre nom, qu'il a bien voulu m'entendre. Au reste je lui ai bien promis de vous aider de mon mieux à remplit votre belle mission parmi nous, et c'est bien aussi ce que je voudrais faire pour votre propre avantage et pour celui des nombreux enfants du diocèse qui vous sont confiés.

 

En y réfléchissant sérieusement, je me suis convaincu que si vous n'avez pas été engloutis dans les furieuses tempêtes qui se sont élevées contre vous, vous le devez à la puissante médiation de votre glorieux Patron. Dans cette vue, j'ai pensé que, par devoir et par reconnaissance, nous devions tous travailler à répandre sa dévotion dans le diocèse.

 

C'est d'abord ce qui m'a porté à vous adresser le mandement ci-joint, dans lequel j'ai réglé tout ce qui concerne la célébration de la fête que nous avons tous tant de raisons d'honorer et de faire honorer en tous lieux et par toutes sortes de personnes. Mais comme cet admirable Saint n'est guère connu que de nom dans le diocèse, j'ai cru devoir profiter de quelques jours de loisir, pour recueillir les monuments historiques et les traditions qui le concernent, afin d'en écrire l'histoire et de l'envoyer par les deux frères (41) qui s'en vont à Montréal pour y tenir l'école des sourds-muets. J'espère que Dieu voudra bien verser sa bénédiction sur ce petit travail pour qu'il puisse contribuer à l'édification et à l'encouragement de vos bons frères.

 

Le lendemain de la fête, je suis allé au cimetière avec tous les frères qui, avant de se séparer, ont coutume, comme vous le savez, d'aller prier sur la tombe de leurs chers défunts. Ce beau spectacle de la charité fraternelle ne pouvait manquer de me toucher et de m'attendrir. En priant pour ceux des frères dont les corps reposent dans ce lieu sacré, je me suis transporté en esprit à Saint André (42), pour y recueillir tant de bons souvenirs qu'a laissés notre cher Frère Fayard avec sa dépouille mortelle. Il m'a semblé que son âme venait s'unir à celle de ses frères vivants et trépassés, pour faire l'acte le plus touchant de la communion des saints. Tout ce qu'a fait cet excellent Frère, dans notre Canada, à Berthier surtout et à Saint André, me revenait à l'esprit; le zèle qui l'animait en faisant l'école, le merveilleux changement qui s'opérait chez les enfants qui lui étaient confiés, les belles fêtes et cérémonies pompeuses qu'il a dirigées, l'ascendant qu'il avait obtenu sur les populations entières, l'amour des parents qu'il s'était concilié si heureusement, la confiance des personnes qu'il avait gagnée au plus haut degré, les larmes que fit couler de tous les yeux le P. Thibaudier (43) quand il annonça que son frère, qu'il aimait tant, était dangereusement malade, enfin sa parfaite régularité et ses vertus religieuses se peignaient à mon imagination sous des couleurs bien vives, pendant que je priais pour vos frères dans le cimetière de Vourles.

 

Il me semble que vous devriez envoyer à votre vénéré Père Querbes une notice sur ce bon Frère Fayard, pour bien faire connaître en France ce qu'il a fait en Canada. On en serait à coup sûr très édifié, et il en résulterait cet autre bien, savoir que vous resserreriez de plus en plus les liens qui vous attachent à la maison-mère, car plus il y aura d'intimes rapports entre vous et vos frères de France, et plus vous serez forts dans l'accomplissement de vos devoirs religieux. Je salue et bénis très affectueusement vous et tous vos pères et frères du Canada, et me recommande instamment à vos ferventes prières. Veuillez bien aller saluer pour moi Monsieur le Grand Vicaire (44) et le prier de ne pas m'oublier dans ses mémento. Je recommande à Dieu de le conserver encore bien des années et de bénir toutes ses entreprises et, entre autres, son couvent. Je suis, etc.

 

+ Ig. Ev. de Montréal.

 

Lectio IV

In 2° nocturno off. S. Viatoris, clercici Lugdunensis

 

Viator, Lugdunensis Ecclesiae Lector, a sancto Justo, Pontifice suo, ob summas virtutes multum dilectus, eidem in AEgyptum secedenti cornes accessit Hune sanctus senex peregrinationis solatium admisit : et in AEgypto per annos aliquot, quibus ibi vixit, asseclam habuit. Moriens Justus, et vicem suam lugentem Viatoremsolatus est, dicens : Non turberis, fili, non multo post me sequeris. Paucis revera post sancti Justi obitum diebus, eum secutus est Viator, non peregrinationis jam et exilii, sed beatitatis cornes. Ejus reliquiae, una cum sancti Justi sacris exuviis Lugdunum allatae, in Ecclesia Machabaeorum summo honore candita sunt.

 

Leçon IV

IIe nocturne de l'Office de Saint Viateur, Clerc de Lyon

 

Viateur, Lecteur de l'Eglise de Lyon, tendrement aimé de saint Just, son évêque, à cause de ses vertus éminentes, voulut se faire son compagnon quand celui-ci se retira en Egypte. Le saint vieillard daigna le recevoir comme la consolation de son exil, et pendant les quelques années qu'il vécut en Egypte, Viateur s'attacha à sa suite. Comme Just était sur le point de mourir, Viateur se désolait et déplorait son malheureux sort, alors Just le consola en lui disant : mon enfant, ne vous inquiétez pas, quelques jours encore et vous me suivrez. En effet peu de jours après, Viateur le suivit, non plus, cette fois, comme le compagnon de son pèlerinage et de son exil, mais comme l'associé de son éternelle félicité. Ses reliques, transportées à Lyon avec les restes sacrés de Saint Just, furent déposées avec grand honneur dans l'Eglise des Macchabées.

 

Prières à Saint Viateur

En usage dans l'Institut des Clercs Paroissiaux, ou Catéchistes de Saint Viateur

 

Saint Viateur, priez pour nous.

 

Souvenez-vous, ô Saint Viateur, que vous avez été choisi pour être le protecteur, le guide et le modèle de cette petite société qui a l'honneur de porter votre nom. Daignez, par votre protection puissante, nous obtenir l'accomplissement de ces paroles de bénédiction, prononcées sur cette société naissante par le Vicaire de Jésus-Christ : « Croissez et multipliez-vous ». Faites, bien-aimé Patron, que croissant en nombre pour étendre le règne de Jésus-Christ dans les âmes, nous croissions plus encore dans les vertus propres à notre sainte vocation. Nous vous en conjurons, ne nous abandonnez pas dans nos nécessités. Encouragés par vos exemples et fortifiés par une continuelle assistance de vos prières puissions-nous, après avoir imité votre zèle dans l'enseignement de la doctrine chrétienne, et pour le service du saint autel, mériter, ainsi que nos parents, nos bienfaiteurs et nos amis, de vous être réunis dans la céleste patrie, afin d'y chanter éternellement les miséricordes du Seigneur. Ainsi soit-il.

 

Vu et approuvé

De Serres, Vicaire général.

Lyon, le 19 septembre 1864.

 

Prière à Saint Viateur

 

Saint Viateur, qui avez tout quitté, parents et amis, pour suivre Jésus-Christ, obtenez-nous de mourir au monde et à nous-même, de pratiquer l'obéissance et la chasteté si chères au Cœur de Jésus, afin qu'après avoir exercé ces vertus pendant notre jeunesse, nous demeurions fidèles à Dieu jusqu'à la mort pour mériter de règner un jour avec vous dans le ciel. Ainsi soit-il.

 

Nous accordons 40 jours d'indulgence à ceux qui réciteront cette prière.

+Edouard Chs. Ev. de Montéal.

Joliette, 14 octobre 1883.

 

Notes

 

(1) Vourles est un joli petit village situé à trois lieues au sud de Lyon, sa population est aujourd'hui de 8oo âmes. (2) Indiculus .S S. Lugd. (3) « Sanctissimi juvenis » comme l'appelle le martyrologiste Adon et comme le désigne l'auteur de la « Vita Sancti Justi » (prolixior). (4) Les clercs de Saint-Viateur ont la garde de ce sanctuaire béni comme sacristains: cinq d'entre eux s'y emploient dans des travaux incessants. (5) Ce qui s'observe dans le diocèse de Montréal dans toutes les chapelles de l'Institut des Clercs de Saint Viateur, par ordonnance particulière de Mgr Bourget: pratique que son regretté successeur, Mgr Fabre, a daigné approuver et que nos Seigneurs les évêques des diocèses où se trouve la congrégation ont bien voulu reconnaître et autoriser. (5) Ce qui s'observe dans le diocèse de Montréal dans toutes les chapelles de l'Institut des Clercs de Saint Viateur, par ordonnance particulière de Mgr Bourget: pratique que son regretté successeur, Mgr Fabre, a daigné approuver et que nos Seigneurs les évêques des diocèses où se trouve la congrégation ont bien voulu reconnaître et autoriser. (6) Saint Alpin était évêque de Lyon à la mort de Saint Just et de Saint Viateur, c'est lui qui reçut leurs saintes dépouilles et les déposa avec honneur dans l'église des Macchabées. (7) Par une décision du chapitre de 1895, la Direction générale de l'Institut des Clercs de Saint Viateur, avec l'autorisation de S. G. Mgr Coullié, archevêque de Lyon, et l'agrément de S. E. le cardinal Richard, archevêque de Paris, a été transférée à Paris, 15, rue du Niger, où réside le Supérieur général depuis 1896. (8) Puer egregiae indolis, « enfant d'un caractère excellent », dit en parlant de lui, l'auteur de la « Vita prolixior S. Justi », développé par Surius et reproduit par les Bollandistes. (9) Sanctissimi juvenis, « le très saint jeune homme », dit ailleurs le même auteur. « Multum dilectus... Ob summas virtutes », « très aimé (de Saint Just son évêque) à cause de ses vertus éminentes », dit la légende du Saint au jour de sa fête, le 21 octobre. (10) Sanctissimi juvenis.(11) Voici ce qu'on lit dans la première leçon du 11 nocturne ; « Viator, Lugdunensis ecclesiae Lector, a sancto Justo, Pontifice suo ob summas virtutes multitum dilectus », « Viateur, lecteur de l'Eglise de Lyon, fut très aimé de saint Just, son évêque, à cause de ses vertus éminentes ». (12) Le nom de Saint Viateur est mentionné deux fois, le 2 sept, en annonçant la fête de Saint Just, et le 21 octobre, fête de S. Viateur. (13) Elle venait, pour bien dire, d'être approuvée par Lettres Apostoliques de N. T. S. P. le Pape Grégoire XVI, en 1818. (14) Le mot latin viator veut dire voyageur. (15) « Hic solus beatissimum senem vestigiis insecutus est », « Il (Viateur) fut seul à suivre les traces du saint vieillard ». (Vita prolixior S. Justi). De son côté, le R. P. Gouilloud S. J., dans son excellent Ouvrage « Deux grands évêques de Lyon », dit: « Du reste, Viateur s'était associé en tout à la position de son maître », {Chapitre VIII, page 137) et plus bas, il ajoute plus expressément: « Et, sans se lasser, il (saint Just) s'avançait dans les voies ouvertes par Macaire à ses disciples, marchant sous le regard de Dieu et de ses anges aussi sous ceux de Viateur qui, en récompense de son pieux dévouement à son maître, bénéficiait plus que personne du spectacle de ses vertus ». (id.) « Ille sanctus adolescens tam itineris quam virtutis suae particeps », « Ce saint jeune homme imitateur de sa vertu et son compagnon de voyage." (Vita prolixior. 7-2). (16) « Ut augeat vobis gratiam perfectionis aeter uae ». Ex Pont. de ord, Lect. (17) Le Juvénat des Clercs de Saint Viateur est établi à Outremont, près Montréal, depuis le 8 décembre 1896. (18) Selon la décision du chapitre général tenu en 1870, on exige maintenant deux ans de noviciat, savoir: un an à la maison du noviciat et un an de probation dans l'emploi de l'enseignement. (19) La pieuse association venait d'être fondée quand elle fut reconnue d'utilité publique, par une décision du conseil royal de l'Instruction publique (France) en date du 8 août 1829; le 10 janvier 1830, une ordonnance royale de Charles X sanctionnait l'appprobation précédente. C'est le 21 octobre 1835, en la fête de saint Viateur, que les membres du nouvel Institut prononcèrent, pour la première fois, les trois voeux de religion. (20) Par une lettre du 20 décembre 1805, Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans, daignait appeler l'OEuvre de SaintViateur « l'une des plus chrétiennement populaires de notre époque ». (21) La Légende est une lecture de règle, à faire le matin et le soir: elle comprend trois livres, l'Ancien et le Nouveau Testament, le Catéchismes du Concile de Trente et l'Imitation de Jésus-Christ. (22) Cette opinion, partagée par plusieurs écrivains, notamment par le Père Gaultier, S. J. dans sa Chronologie, est contredite par le R. P. Gouilloud, S. J. et parle P. Stilting; d'après ces derniers Saint Just serait parti de Lyon même. (23) « Ac jam inter Arelatem atque Massiliam, supra littus maris posito, et navim conscendere parato superveniens, non sine admiratione ejus, se obtulit ». « Et déjà Just était parvenu entre Arles et Marseille; comme il était sur le rivage de la mer et prêt à monter dans le bateau, Viateur survenant s'offrit au pontife à la grande admiration de celui-ci. (Vita prolixior). (24) « Justus avait dépassé soixante quinze ans ». R. P. Gouilloud, S. J. (25) « Solatium peregrinationis », dit la leçon du bréviaire dans l'office du Saint. (26) « Il (Just) se rendit donc à Scété avec Viateur » R. P. Gouilloud, S. J. (27) Ut suppresso nomine et honore, humilitatis summae exercere opus posset », « afin que, cachant son nom et sa dignité il put s'exerce dans la pratique de la plus profonde humilité ». (Vita Prolixior). (28) « Cum aliquot annis in eremo angelis proximam vitam egisset », « Après avoir mené pendant quelques années une vie qui ressemblait à celle des anges ». (Vita Brevior). (29) « Sanctus adolescens tam itiniris quant virtutis suae participeps », « Ce saint adolescent participa à sa vetu comme à son voyage » (Vita Prolixior). (30) Just était âgé de plus de quatre-vingt-cinq ans, selon le R. P. Gouilloud, S. J. (31) S'il faut en croire un hagiographe, Viateur serait mort sept jours après saint Just (Petrus de Xatalibus, lib. IX, 90) qui mourut le 2 septembre. Il paraît probable que la mort de Viateur arriva le 21 octobre 389. (32) « Antiochus Lugdunum reversus eorum pretiosam in conspectu Domini promulgavit », Antiochus étant revenu à Lyon publia leur mort précieuse aux yeux du Seigneur ». (Brev. lugdunense, die 16a octobris). (33) Eglise peu distante de l'ancienne voie romaine qui conduisait à Narbonne, et ainsi nommée par allusion aux nombreux martyres qui venaient d'être immolés à cet endroit avec saint Irénée, leur pasteur. Edifiée par Saint Zacharie, elle fut reconstruite sur de plus grandes proportions vers la fin du IVe siècle. Elle venait à peine d'être terminée lorsque les corps de Saint Just et de Saint Viateur arrivèrent à Lyon. C'est là que furent déposés ces restes précieux. Sidoine Apollinaire dit que c'était une basilique très vaste, « basilica capacissima », entourée de nombreux portiques, « cincta diffusis porticibus ». (34) On l'attribue avec assez de vraisemblance au Diacre Florus (IX e siècle), mais quelques-uns la font remonter au Ve siècle. (35) Voir cette épitaphe dans les Bollandistes, Acta sanctorum, (29 septembris). (36) En 1562. (36) En 1562. (37) En 1870, Notre Très Saint Père le Pape Pie IX a daigné exaucer la supplique adressée par le Très Révérend Père Favre, deuxième supérieur général, à la Sacrée Congrégation des Rites et a élevé la fête de Saint Viateur, fixée au 21 octobre, au rit double de première classe avec octave. (38) Par le même décret de 1870, signé par Son Eminence le Cardinal Patrizi, Préfet de la Sacrée Congrégation des Rites, les Clercs de Saint Viateur peuvent ajouter à l'office et à la messe du commun les oraisons et les leçons du IIe nocturne propres au diocèse de Lyon. (39) Le pieux et vénérable Evêque, devançait en quelque sorte les voeux de notre grand Pontife Léon XIII, et il voulait continuer en Canada, par les Clercs de Saint Viateur, les traditions de l'Eglise de Lyon. (40) Aujourd'hui Joliette, du nom de son fondateur. (41) C'étaient les Frères. M. J. Young et N. Damais. (42) Comté d'Argenteuil, Canada, le 26 mars 1854, était décédé sur cette paroisse, où il enseignait, le Fr. Augustin Fayard, compagnon du vénéré Père Champagneur, fondateur de la province canadienne. Arrivé au pays en 1847, I e Fr. Fayard s'était vite acquis la réputation d'un saint. Ses restes mortels reposèrent longtemps à Saint André; ils furent transportés à Joliette et inhumés dans le cimetière de la Communauté, après un service solennel, le 1er août 1882. (43) Clerc de Saint Viateur alors Curé de St-André d'Argenteuil, décédé à Joliette, le 23 novembre 1862. (44) Monsieur Antoine Manseau, curé de Joliette, coopéra très efficacement, avec l'honorable Barthélémy Joliette, à l'arrivée puis à l'établissement des Clercs de Saint- Viateur, à Joliette, alors l'Industrie. Il fut le soutien et l'un des plus insignes protecteurs de l'oeuvre naissante. Il mourut le 7 avril 1866, à l'âge de 79 ans, après 52 ans de sacerdoce. Ses restes reposent sous l'église paroissiale de Joliette.

 

 



24/04/2012
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