Spiritualité Chrétienne

Spiritualité Chrétienne

Vie de Saint Abraham et de sa nièce Sainte Marie

 Saints Abraham l'ermite et Marie

+ au 4e siècle

Commémorés le 29 Octobre


Saint Abraham avait un frère qui, en mourant laissa une fille unique âgée de sept ans seulement. Ses amis la voyant ainsi orpheline la menèrent aussitôt à son oncle qui la fit mettre dans la cellule voisine de la sienne; il y avait entre les deux une toute petite fenêtre, au travers de laquelle il lui enseignait le psautier et l'Écriture sainte. Elle passait avec lui plusieurs heures de la nuit à louer Dieu. Elle chantait des psaumes avec lui. Elle s'efforçait de l'imiter dans ses mortifications et s'avançant avec joie dans cette sainte manière de vivre, elle se hâtait de remplir son âme de toutes sortes de vertus. Ce très saint homme, de son côté demandait sans cesse pour elle à Dieu de ne pas permettre que son esprit s'engageât dans les affections de la terre. Et son père lui ayant laissé une très grosse somme d'argent, ce fidèle serviteur de Jésus Christ avait aussitôt ordonné de donner cet argent aux pauvres et aux orphelins. Elle priait aussi continuelle-ment son oncle de prier Dieu pour elle, afin qu'elle fut délivrée de toutes mauvaises pensées et des pièges que le démon tend sans cesse aux hommes pour les perdre. Ainsi, elle demeurait ferme dans l'observation des règles qu'elle avait embrassées et le saint homme était ravi de la voir avancer avec tant de promptitude et de courage dans toutes les vertus chrétiennes. Elle vécut vingt ans avec lui de cette sainte manière comme un agneau sans tache et une très chaste colombe. Mais le diable transporté de fureur contre elle, mit en oeuvre tous ses artifices pour la faire tomber dans ses filets afin de pouvoir au moins par là, affliger son bienheureux oncle.


Un moine qui ne l'était que de nom venait souvent voir cette sainte fille sous prétexte de tirer profit de ses entretiens; et la regardant au travers de sa fenêtre, il fut transporté d'une passion déréglée et se mit à désirer un lieu où il pourrait l'entretenir plus commodément. Il n'épargna aucune ruse pour amollir sa fermeté par la douceur de ses paroles, afin de la faire renoncer à ses chastes paroles. Il se passa un an de temps avant qu'il put venir à bout de son dessein. Finalement, la malheureuse fille ouvrit la fenêtre de sa cellule, alla le trouver, et par un crime déplorable perdit avec lui cette pureté qui aurait dû lui être mille fois plus chère que sa vie.


Ayant commis un si horrible péché, elle en demeura tellement effrayée que déchirant son cilice et se meurtrissant le visage de coups, l'excès de son affliction la portait jusqu'à vouloir se tuer elle-même. Étant ainsi accablée de douleur et ne sachant dans une telle agitation d'esprit à quoi se résoudre, elle soupirait et fondait en larmes de voir qu'elle n'était plus ce qu'elle était auparavant et elle disait souvent en jetant de fort grands cris : "Je vois bien que dès cette heure, je me dois considérer comme morte. J'ai perdu tout le temps que j'ai passé dans une sainte vie et toutes les peines que j'y ai souffertes. Toutes ces larmes que j'ai répandues dans mes prières ! Toutes ces veilles que j'ai employées à chanter les louanges de Dieu me sont maintenant inutiles. J'ai irrité mon Seigneur et mon Maître et me suis donné la mort à moi-même. Hélas, misérable que je suis, pourrais-je trop pleurer mon malheur, quand j'aurais en moi la source de toutes les larmes du monde ? J'ai comblé l'esprit de mon saint oncle d'une affliction insupportable. Dans la confusion où est mon âme, je me vois couverte d'infamie d'avoir commis un si grand crime; et je suis maintenant le sujet de la risée des démons. Pourquoi vivre davantage puisque je suis dans une extrême misère ? Hélas, qu'ai-je fait ? Dans quel malheur me suis-je engagée ? Comment mon esprit s'est-il rempli de tant de ténèbres ? Je suis tombée sans m'en apercevoir. J'ai perdu l'honneur sans y prendre garde et je ne saurais dire comment il est arrivé qu'un épais nuage ait environné mon coeur, que j'aie pu ignorer ce que je faisais. Où me cacherai-je ? Où irai-je ? Et en quel abîme me jetterai-je. ? Que sont devenue toutes les instructions de mon très saint oncle, et les charitables avis d'Ephrem, son intime ami, son compagnon dans la vie solitaire par lesquels ils m'exhortaient à demeurer toujours vierge et de conserver mon âme pure pour mon époux immortel, me disant si souvent : "Souviens-toi que comme Il est très saint, Il est aussi très jaloux". Hélas ! que ferai-je ? Je n'ose pas seulement à cette heure regarder le ciel, sachant que je ne suis pas moins morte devant Dieu que devant les hommes. Et comment, pécheresse que je suis, et plongée dans la fange de l'impureté, oserais-je encore retourner à cette fenêtre pour parler à mon oncle ? Et quand je serais assez hardie pour y aller, n'en sortirait-il pas une flamme qui me dévorerait à l'instant ? Il vaut donc mieux, puisque je suis déjà morte, et qu'il ne me reste plus aucune espérance de salut, que je m'en aille dans un autre pays où personne ne puisse me reconnaître. Ayant pris cette résolution, elle s'en alla aussitôt dans une autre ville, où après avoir changé d'habit, elle s'arrêta dans une hôtellerie.


Cette fille s'étant perdue de la sorte, saint Abraham eut en dormant une telle vision. Il lui semble voir un dragon cruel et épouvantable et dont le regard était hideux, qui faisait en sifflant un bruit terrible et qui venant de sa caverne jusque dans sa cellule et qui trouva une colombe qu'il engloutit et puis s'en retourna dans son antre. Le saint s'étant réveillé avec une merveilleuse tristesse se mit à pleurer amèrement, croyant que cela signifiait que le diable allait provoquer une grande persécution contre l'Église de Dieu, qui porterait plusieurs personnes à renoncer à la foi, ou que cette même Église était menacée d'un schisme. Et alors, s'étant jeté à genoux, il fit cette prière : "Seigneur, toi qui connais toutes les choses à venir, et qui as tant d'amour pour les hommes, tu sais ce que cette vision signifie". Deux jours après, il vit encore la nuit, en songe, ce même dragon venir de la même sorte dans sa cellule et il lui sembla que ce monstre ayant mis la tête sous ses pieds, il la lui avait écrasée, et qu'ayant trouvé dans son ventre cette colombe qu'il avait dévorée il l'en avait retirée toute vivante. S'étant éveillé, il appela diverses fois sa nièce qu'il croyait être dans se cellule en disant : "Ma fille Marie, - car il la nommait ainsi -, d'où vient que durant ces deux jours tu as été si paresseuse à chanter les louanges de Dieu ?" Voyant qu'elle ne répondait pas et qu'il y avait deux jours qu'il ne l'avait entendue chanter des psaumes selon sa coutume, il reconnut que son songe la regardait très assurément. Alors, jetant de grands soupirs et fondant en larmes commença à dire : "Hélas, malheureux que je suis, un loup très cruel a ravi ma brebis et ma fille est devenue captive." Il éleva ensuite la voix et dit en continuant de pleurer : "Jésus Christ Sauveur du monde, ramène ma chère brebis et fais-la rentrer par ta grâce dans ta sainte bergerie, afin que ma vieillesse ne descende point avec douleur dans le sépulcre. Ne méprise pas, mon Dieu, ma prière, mais fais-moi voir promptement les effets de ta Miséricorde et retire ma fille encore vivante de la gueule de ce dragon." Ces deux jours qui lui avaient été révélés en songe furent accomplis par le cours de deux années, que sa nièce, comme si elle eut été dans le ventre du cruel dragon, passa dans une vie débordée, sans que durant tout ce temps ce saint homme se ralentît jamais dans les prières qu'il faisait pour elle.


Au bout des deux ans ayant appris où elle était et la vie qu'elle menait, il pria l'un de ses amis de l'aller trouver et de s'enquérir avec grand soin de toutes choses. Celui-ci y étant allé et l'ayant informé exactement de la vérité, comme ayant même vu sa nièce, il apporta ensuite à ce saint homme qui l'en avait prié, un habit de cavalier, et lui amena un cheval. Alors, ayant ouvert sa porte, il sortit et prit cet habillement de soldat avec un de ces grands chapeaux que l'on n'ôte point de la tête, et qui lui couvrait une partie du visage et prenant de l'argent, monta à cheval et s'en alla rapidement, se déguisant de la sorte pour n'être point reconnu. Et de même que ceux qui veulent reconnaître le pays et les places de leurs ennemis, s'habillent comme eux afin de n'être pas remarqués, ainsi, le saint prit l'habit de son ennemi afin de le vaincre. Admirons donc, mes très chers frères, ce second Abraham. Il est vrai que le premier étant allé au combat contre quatre rois et les ayant vaincus, délira Lot, son neveu de captivité. Mais cet autre Abraham va faire la guerre contre le diable et après l'avoir mis en fuite ramènera sa nièce avec un triomphe encore plus illustre.

Étant arrivé au lieu que son ami avait dit, il alla loger dans cette hôtellerie, et jetait les yeux de tous côtés pour voir s'il n'apercevrait point sa nièce. Enfin, après avoir passé des heures entières sans en pouvoir trouver l'occasion, il dit à l'hôte en sou-riant : "Mon maître, j'ai appris que vous avez ici une fort jolie fille, et je serais bien aise de la voir si vous le trouviez bon." Cet homme considérant sa barbe blanche et le voyant cassé de vieillesse, et ne se pouvant imaginer qu'il désirât de la voir pour aucun mauvais dessein lui répondit : "Il est vrai, monsieur, comme on vous l'a rapporté, qu'elle est d'une beauté incroyable (car en effet sa beauté semblait aller au delà de tout ce qu'il y a de plus parfait dans la nature). Abraham lui demanda son nom et sut qu'elle s'appelait Marie. Sur quoi il lui dit avec un visage riant : 'Je vous prie de me la faire voir, et que je puisse aujourd'hui souper avec elle, car selon ce que j'en appris, c'est une personne fort accomplie." L'hôte l'appela et étant venue en habit de cour-tisane, quand son saint oncle la vit en cet état, il pensa mourir d'affliction, mais il cacha sous son visage gai la douleur qu'il avait dans l'âme et avec une fermeté généreuse retint les larmes qui voulaient sortir de ses yeux, de crainte que si sa nièce l'eût reconnu, elle n'eût eu recours à la fuite dans l'étonnement où la mettrait sa présence.


Lorsqu'ils se furent assis pour la collation, cet homme admirable commença à railler et à se jouer avec elle. Sur quoi, se levant, elle l'embrassa par derrière la tête mais sentant en l'embrassant cette odeur si douce que donne la pureté de l'abstinence, elle se ressouvint du temps qu'elle la pratiquait et comme si quelque dard lui eût percé le coeur, elle jeta un grand soupir, elle commença à pleurer, et ne pouvant retenir la violence de son sentiment le fit éclater par ces paroles : "Hélas ! misérable que je suis !" L'hôte, fort étonné lui dit : "D'où vient, mademoiselle Marie, que vous avez poussé tout d'un coup de si grands soupirs ? Il y a aujourd'hui deux ans que vous êtes céans sans que je vous aie jamais vu soupirer, ni entendu dire une seule parole qui témoignât la moindre tristesse et ainsi je ne sais ce qui a pu main-tenant vous arriver." Elle répondit : "O que je serais heureuse si j'étais morte il y a trois ans !" Sur cela le bienheureux vieillard pour n'être point reconnu lui dit avec une visage serein : "Lorsque nous sommes dans la joie, vous nous venez ici conter nos péchés."

Le saint donna de l'argent à l'hôte et lui dit : "Je vous prie, mon maître, de nous apprêter parfaitement bien à souper afin que je puisse faire bonne chère avec cette fille, car je suis venu de bien loin pour l'amour d'elle."


Après qu'ils eurent fait grande chère, la fille le convia d'entrer dans sa chambre pour s'en aller coucher : "Allons, lui dit-il, et étant entré il vit un lit élevé sur lequel il s'assit aussitôt avec un visage extrêmement gai.


Puis la fille voulant l'aider à se déshabiller, il la pria de bien fermer la porte auparavant. Ce qu'ayant fait et puis étant revenue, il lui dit : "Mademoiselle Marie, approchez-vous s'il vous plaît." Lorsqu'elle se fut approchée, il la prit par le bras comme s'il eût voulu l'embrasser et ôtant ce grand chapeau qui lui couvrait une partie du visage, et joignant ses larmes à ses paroles, lui dit : "Ma fille Marie, ne me connais-tu point ? Mon enfant, ne suis-je pas celui qui t'a nourrie ? Que t'est-il arrivé, ma fille ? Pourquoi as-tu eu si peu de confiance en moi ? Et pourquoi en m'abandonnant ainsi m'as-tu comblé d'une douleur insupportable, car qui est sans péché, sinon Dieu seul ?"


Après ces paroles, elle demeura entre ses mains aussi immobile qu'une pierre, tant elle se trouva également touchée de confusion et de crainte. Alors, le saint homme en pleurant toujours continua de la sorte : "Tu ne me réponds point, ma fille, tu ne me dis pas un seul mot, toi qui es une partie de moi-même ? N'est-ce pas pour l'amour de toi que je suis venu ici ? Je prends sur moi ton péché, j'en rendrai compte à Dieu pour toi au jour du Jugement et je satisferai pour toi à sa justice."


Il continua jusqu'à minuit à la consoler avec semblables paroles accompagnées d'abondantes larmes. Enfin, cette pauvre fille s'étant un peu rassurée lui dit en pleurant : "Ma confusion est si extrême que je n'ai pas la hardiesse de vous regarder. Et comment pourrais-je adresser mes prières à Dieu, m'étant souillée dans la fange de tant d'impuretés ?" Le saint homme lui répondit : "O ma fille, je me charge de ta faute et veux bien que Dieu m'en demande compte au lieu de toi. Crois-moi seulement et tu en conviens. Retournons dans notre heureuse solitude. Garde-toi bien, ma fille, de te défier de la Miséricorde de Dieu, car quand tes péchés seraient arrivés à un tel comble qu'ils égaleraient la hauteur des montagnes, sa Clémence est infiniment élevée au-dessus de toutes choses. N'as-tu pas lu, autrefois, avec moi, que cette femme qui était dans l'impureté s'étant approchée de notre Sauveur qui est la Pureté même, ne Le souilla pas, mais au contraire, fut purifiée par Lui. Elle lava avec ses larmes, dit l'évangile, les pieds de Jésus et les essuya de ses cheveux."

Elle lui répondit : "Si vous croyez, mon oncle, que je puisse faire pénitence et que Dieu veuille la recevoir pour satisfaction de mes péchés, j'obéirai à ce que vous me commanderez. Marchez devant, je suivrai votre sainteté et je baiserai la trace de vos pas en reconnaissance de ce que votre extrême compassion pour moi vous a fait faire afin de me retirer du gouffre de l'impureté." En achevant ces paroles, elle se prosterna à ses pieds et pleura tout le reste de la nuit en disant : "Mon Seigneur et mon Dieu, que puis-je faire pour reconnaître tant d'effets que je reçois de ta Bonté et de ta Miséricorde ?"


Le jour commençant à paraître, le bienheureux Abraham lui dit : "Lève-toi, ma fille et partons pour retourner en nos cellules." Elle lui répondit : "J'ai quelque argent et quelques hardes, que vous plaît-il que j'en fasse ?" Il lui dit : "Laisse-les ici, puisque tu les tiens du démon."

S'étant levés, ils sortirent, il la prit sur son cheval et comme le pasteur qui a retrouvé la brebis qu'il avait perdue la rapporte avec joie sur ses épaules, ainsi ce saint homme rempli de contentement dans son coeur faisait son voyage avec sa nièce.


Lorsqu'ils furent arrivés en leurs cellules, il l'enferma dans celle où il demeurait auparavant qui était la plus reculée et se mit en l'autre. Marie s'étant revêtue d'un cilice persévérait avec humilité dans les larmes et elle mortifiait son corps par les veilles et par les travaux les plus austères de la pénitence. Elle élevait continuellement sa voix à Dieu avec modestie et repos d'esprit. Elle pleurait ses péchés avec une ferme espérance de pardon et ses prières continuelles étaient accompagnées de tant de sagesse qu'il n'y a point de coeur de marbre qui n'eût été touché en entendant ses cris et ses plaintes.


Et Dieu tout miséricordieux et qui ne veut point la mort des pécheurs mais seulement qu'ils se convertissent, fut si pleinement satisfait de la grandeur de sa pénitence qu'après qu'elle y eût passé trois ans, Il redonna à sa prière, la santé à plusieurs personnes. Car les peuples ayant beaucoup de con-fiance en son secours allaient vers elle et ressentaient l'effet des prières qu'elle faisait à Dieu en leur faveur.


Le bienheureux Abraham ayant encore vécu dix ans et vu l'admirable pénitence de sa nièce, en rendit des grâces infinies à Dieu et mourut en paix à l'âge de soixante-dix ans; après en avoir passé cinquante avec une extrême dévotion, une parfaite humilité de coeur, et une charité non feinte, dans l'étroite observance des règles de la vie solitaire.


Nous écrivons ceci pour la consolation et pour l'édification de tous ceux qui se veulent engager avec joie dans une vie sainte et afin de rendre à Dieu la gloire et les louanges qui Lui sont dues puisque par sa grâce, Il nous donne avec tant d'abondance tout ce qui nous est nécessaire.


Aussitôt qu'il eût rendu l'esprit pour passer à une meilleure vie, presque toute la ville s'assembla. Chacun s'approchait avec dévotion de ce corps qui avait vécu dans une si extrême pureté et emportait ce qu'il pouvait de ses habits, sachant qu'il y avait beaucoup de bénédiction et tous les malades qui les touchèrent furent guéris à l'heure même.


Marie vécut encore cinq ans après lui et persévéra toujours dans une austérité incroyable, passant les jours et les nuits dans les plaintes et les larmes continuelles. Elle priait Dieu avec tant de ferveur que plusieurs personnes qui, en passant l'entendaient pleurer et soupirer, pleuraient et soupiraient avec elle et lorsqu'elle s'endormit du sommeil des saints pour passer de la terre au ciel, tous ceux qui virent la splendeur qui reluisait sur son visage glorifièrent le Nom du Seigneur.


Hélas, mes très chers frères, ces deux saints dont je viens d'écrire la vie ayant l'esprit détaché de toutes les préoccupations du siècle et ne pensant qu'à aimer Dieu, nous ont quittés pour aller vers Lui avec une pleine confiance et moi qui étais si mal préparé pour rendre compte à ce souverain Juge, suis encore demeuré dans le monde; où l'hiver de ma vie s'approche et où une tempête épouvantable me trouvera dénué de toutes sortes de bonnes oeuvres.


Je tremble de frayeur lorsque je pense en moi-même comme quoi j'offense Dieu tous les jours et fais tous les jours pénitence. Je détruis en certaines heures ce que j'édifie en d'autres. Je dis le soir, je me convertirai demain, et quand le matin est venu, je passe le soir sans m'humilier. Je redis encore le soir d'après, je passerai la nuit en prières et demanderai à Dieu avec larmes qu'il Lui plaise de me pardonner mes péchés, mais alors que la nuit est venue, je me laisse accabler par le sommeil. Ceux qui ont reçu des talents en même temps que moi, travaillent sans cesse pour les faire multiplier, afin de mériter d'en être loués et de commander à dix villes au lieu que par ma paresse, j'ai caché le mien dans la terre et voici mon Seigneur et mon Maître qui s'approche, ce qui me glace le coeur de crainte, ne sachant quelle excuse Lui alléguer de tout le temps que j'ai passé dans une telle négligence.


Toi, mon Dieu, qui seul es sans péché, prends pitié de moi. Sauve-moi, toi qui seul es tout clément et tout miséricordieux, car excepté Toi, qui es le Père tout-puissant et ton Fils unique qui s'est fait homme pour nous, et le saint Esprit qui vivifie toutes choses, je n'en connais et n'en crois point d'autre. Souviens-Toi donc de moi, Toi qui as tant d'amour pour l'homme. Retire-moi de cette prison, de mes iniquités, puisqu'il est également en ton Pouvoir et de m'avoir fait venir dans le monde lorsqu'il T'a plu et de m'en faire sortir lorsqu'il te plaira. Sou-viens-Toi de moi qui n'ai d'autre protection que Toi. Sauve-moi ce pauvre pécheur et que cette même grâce dont Tu m'as favorisé et qui dans cette vie a été tout mon appui, tout mon refuge et toute ma gloire, me couvre sous ses ailes ce jour terrible et épouvantable, car Tu sais, Seigneur, Toi qui pénètre le secret de coeurs et des pensées des hommes, qu'il y a plusieurs méchancetés auxquelles je ne me suis pas laissé aller, que je n'ai pas marché dans les voies de ceux qui scandalisaient leur prochain, que j'ai méprisé la vanité de ces impudents qui font gloire de leurs vices et que je ne me suis jamais engagé dans la défense des hérétiques. Je reconnais néanmoins, qu'il n'y a rien de moi en tout cela, mais que je ne l'ai fait seulement que par l'assistance de ta grâce qui a illuminé mon âme et que c'est par cette même grâce que je te supplie, mon Dieu, de me faire part de ton royaume et de daigner répandre tes saintes bénédictions sur moi, ainsi que Tu les as répandues sur tous ceux qui T'ont été agréables, puisque c'est Toi Père, Fils et saint Esprit, qu'on doit louer, adorer et glorifier dans tous les siècles des siècles. Amen.

 



15/01/2009
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 683 autres membres