Spiritualité Chrétienne

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Vénérables Louis et Zélie Martin

 Louis et Zélie Martin

Un mariage d'amour

Fête le 13 juillet


Louis et Zélie Martin ont été déclarés Vénérables par Jean Paul II le 26 mars 1994. S'ils sont prochainement béatifiés, ce n'est pas pour avoir été les parents de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, Patronne des Missions, Docteur de l'Eglise, c'est uniquement et simplement parce qu'ils ont vécu l'Envangile avec passion, chacun pour leur part.


Moi, disait Zélie Martin, j'aime les enfants à la folie, j'étais née pour en avoir… Pourtant , ce foyer aurait pu ne jamais exister. Louis à 20 ans, était en Suisse pour un apprentissage en horlogerie. Il découvrit le plus haut monastère d'Europe : l'Ermitage du Grand Saint Bernard des Chanoines Réguliers de Saint Augustin, secours des alpinistes perdus dans les vallées. Le prieur fut formel : pas de connaissance de latin, pas de postulat au monastère. Déçu, Louis retourna dans la plaine d'Alençon et devint horloger.


De son côté , Zélie Guérin qui souhaitait être admise chez les Sœurs de Saint Vincent de Paul d'Alençon, rencontra la supérieure. Celle-ci ne reconnut pas là une vocation . Zélie décida alors de faire l'école dentellière pour s'initier à l'art redoutable de précision du Point d'Alençon, « chef d'œuvre collectif ». En 1853, à vingt deux ans, elle s'installe , avec sa sœur Elise, comme « fabriquante de Point d'Alençon » avec des ouvrières à domicile qui lui apportent leurs travaux qu'elle assemble. Il faut aussi trouver des clients, répondre à leurs commandes et tenir son « bureau » dans leur maison, rue Saint Blaise. L'horloger a épôusé la dentellière le 13 juillet 1858 en la cathédrale Notre Dame d'Alençon, à minuit, selon la tradition. Il se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ». Ainsi finissent les contes qui émerveillaient nos enfances.


Un conte idyllique


Il faut lire les lettres de Zélie (il en reste 218) qui s'étalent de 1863 à 1877, année de sa mort. Rééditées dans la « Correspondance Familiale », elle' suivent la vie ordinaire de cette famille au rythme de ses naissances, de ses deuils, traversant la guerre de 1870, des crises économiques , des joies familiales surtout, mais s'achevant brutalement par un drame : la mort de Zélie, à 46 ans, d'un cancer, laissant Louis responsable de cinq filles mineures : Marie, Pauline, Léonie, Céline, Thérèse.


En fait, les neuf enfants eurent comme premier prénom Marie. On les distinguait par le prénom suivant. Comment s'étonner de ce que Thérèse ait pu écrire : «… les maternelles préférences de la Reine du Ciel pour notre famille » (Ms A, 2r°).



Après la mort de Zélie, Louis , sous la pression de son beau frère, Isidore Guérin, pharmacien, à l'ombre de la Cathédrale Saint Pierre de Lisieux, accepta de s'arracher à son milieu, ses amis, pour le bien de ses filles ; leur éducation fut facilitée par l'amitié familiale du foyer guérin qui avait lui-même deux filles, les cousines Jeanne et Marie. C'est ainsi qu'il y a eu une Thérèse de Lisieux.


Une famille ordinaire…peu ordinaire !


Les Martins à Alençon ? Une famille commes les autres. Des artisants commerçants : un horloger qui travaille seul, monte et répare les mobtre durant 21 ans., 17 rue du Pont Neuf. Il aide sa femme au pkan adminostratif , elle qui travaille sans relâche au « Pont d'Alençon ». Contrairement à ce que l'on a souvent dit à leur sujets, les Parents Martin, n'étaient pas des bourgeois assez fortunés, mais bel et bien des artisants , des commerçants, qui ont travaillé durement pour obtenir le patrimoine qu'il avaient.


Leur vie de famille qui grandit régulièrement est un de leurs centre d'attention. Leurs loisirs sont simples, familiaux. Zélie et Louis ont perdus quatre enfants de mortalité infantile : Marie-Hélène, Marie-Joseph, Marie Jean-Baptiste, Mélanie-Thérèse, terrible réalité en ce XIXe siècle.


Ce qui est moins ordinaire, c'est la place que Dieu tient dans leur vie personnelle et communautaire. Peu de paroissiens de l'église Notre Dame e'Alençon vont tous les jours à la messe de 5 heures 30, dite « Messes des Ouvriers ». Dieu est le premier en tout. La prière familiale est bi-quotidienne, rythmée par la liturgie et l'Angélus. Noêl , le Carême et Pâques, le mois de mai, mois de Marie, le 15 août ont une place centrale dans cette vie. Cela marque profondément les enfants. Les messes , les vêpres, les complies, les missions, avec des sermonts souvent très longs, rassemblent la famille à l'église.


Louis Martin respecte srupuleusement l'arrêt du travail du dimanche, préférant perdre toute clientèle, ainsi que les jeûnes rigoureux prescrits par l'Eglise, en Avent et en Carême. La spiritualité de Zélie est marquée par celle de la Visitation, où sa sœur , devenue Sœur Dsithée, est entrée en 1858. Tertiaire de l'Ordre des Clarisses, elle a aussi des affinités avec Saint François d'Assise. De sa jeunesse qui n'a pas été heureuse (sa mère était très rude de caractère), elle a gardé un fond d'inquiétude et de crainte, non sans lien avec l'ambiance de l'époque. Sa vie profonde est l'union à Dieu dans le quotidien d'une mère de famille de 5 enfants avec le souci de Léonie, plus difficile que les autres, des parents âgés et de jeunes bonnes campagnardes qui lui apportent souvent plus de soucis que d'aide efficace.


Deson désir de vie monacale, Louis Martin a gardé le sens de l'intériorité, de la prière personnelle, pour tout dire, de la contemplation. Il aime les pèlerinages et participe à plusieurs dont ceux de Chartres , de Lourdes, de Notre Dame des Victoires… Son passe-temps favori est la pêche. Il est aussi bon joueur de billard. Il retrouve ses amis d'Alençons au Cercle Catholique et participe à l'Adoration Nocturne. Toute la famille est inscrite à l'Archiconfrèrie de la Sainte Face de Tours, dont on le sait, l'image de la Sainte Face, voile de Véronique, exposée par Monsieur Dupont dans son salon, marquera Thérèse qui prendra le nom de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face, et qui lui dédiera plus tard des lignes d'une beauté extraordinaire.


On pourrait craindre qu'un tel foyer soit un éteignoir. D'après l'avis des filles qui y ont vécu, il n'en était rien : il y avait de l'ambiance, de la gaieté , des ejux, des fêtes, des sorties en famille. Ces chériens ne se sont pas encapuchonnés dans leur piété. « Celui qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne saurait aimer Dieu , qu'il ne voit pas. » (1 Jean 4, 20)


Ils vivent, sans bruit , une charité concrète dans laquelle ils s'engagent physiquement : ainsi Zélie, malgré ses craintes, aidera deux petites filles terrorisées par deux fausses religieuses. Il lui faudra alors témoigner jusqu'àu commissaire de Police. Louis reccueille un épileptique rencontré à la gare et s'occupe de le faire soigner. De même pour des sortes de SDF de l'époque. On n'hésite pas à inviter à la table familiale des « clachards » rencontrés dans la rue. On visite les vieillards. On apprend aux enfants à honorer le pauvre et à le traiter comme un égal. Thérèse en sera à jamais marquée.


La mère foudroyée


Louis et Zélie vivront une Passion chacun à sa manière. Lorsqu'en 1876, Zélie apprend qu'elle à un cancer inopérable qui ne lui laisse aucune chance, Louis est « anéanti », la panique saisit sa maisonnée.


Avec un courage héroïque, Zélie affrontera la mort, travaillant jusqu'au bout, allant chaque matin à la Messe jusqu'à la fin. Un pèlerinage à Lourdes, rempli d'incidents déplorables, ajoutera encore à ses souffrances. Son souci , c'est l'avenir de ses cinq filles. Elle s'inquiète surtout pour « la pauvre Léonie ». Elle quittera les siens le 28 août 1877.


Le père humilié


La Passion de Louis sera d'un autre ordre. A partit de novembre 1877, il vivra en rentier dans la maison des Buissonnets , louée à Lisieux. Il acceptera de donner successivement toutes ses filels à Dieu : Pauline , en 1882 ; Marie, en 1886 ; Léonie, qui fera plusieurs essais de vie religieuse et sera définitivement Visitandine à Caen en 1899 ; enfin sa petite Reine, Thérèse en 1888, Céline, quand à elle entrera au Carmel en 1894.


Sa santé ébranlée se dégradera de plus en plus jusqu' à une crise grave qui nécessitera une hospitalisation immédaite à l'Asile du Bon Sauveur de Caen. Nous l'appellerons aujourd'hui Hôpital Psychiatrique. Mais en 1889, les bonnes gens disent plutôt « asile de fous » . Voilà le vénérable patriarche au milieu de plus de 500 malades de toutes sortes. Il est devenu le matricule 14449. L'homme estimé et respecté a sombré dans la pire déchéance. « Il a bu à la plus humiliante des coupes », écrita Thérèse (Ms A, 73 r°) . La majorité des docteurs ont diagnostiqué une artériosclérose cérébrale , avec une insuffisance rénale avec des poussées d'urémie. Les bail des Buissonnets a été résilié. Trois filles sont carmélites.


Non guéri, Louis Martin est rendu à la famille Guérin qui le loge près d'elle à Lisieux, assisté jour et nuit par Céline. Il passe des vacances dans la propriété de la Musse dont les Guérins ont hérité. Il est comme un petit enfant , qui demande perpétuellement assistance. Il meurt le 29 juillet 1894 et est enterré au cometière de Lisieux .


Louis avait offert en 1888 l'autel de la Cathédrale Saint Pierre de Lisieux, sa paroisse, lorsque le Curé voulait avoir une souscription. Thérèse commentera : « papa venait d'offrir un autel à Dieu, ce fut la victime choisie pour y être immolé avecl'Agneau sans tache » (Ms A, 71 v°).


Relisant la vie de sa famille à la lumière de l'Amour Miséricordieux en 1896, Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face écrira, évoquant le jour de sa prise d'habit au Carmel où elle était au bras de son « Roi chéri » :


« La journée du 10 janvier fut le triomphe de mon Roi. Je le compare à l'entrée de Jésus à Jérusalem, le jour des Rameaux ; comme celle de notre Divin Maître, sa gloire d 'un jour fut suvie d'une passion douloureuse, et cette passion ne fut pas que pour lui seul ; de même que les douleurs de Jésus percèrent d'un glaive le Cœur de Sa Divine Mère, ainsi nos cœurs ressnetirent les souffrances de celui que nous chérissions le plus tendrement sur la terre… Je me rappelle qu'au mois de juin 1888, au moment de nos premières épreuves , je disais : « Je souffre beaucoup, mais je sens que je puis encore supporter de plus grandes épreuves. » Je ne pensais pas alors à celles qui m'étaient réservées… Je ne pensais pas que le 12 février , un mois après ma prise d'habit, notre père chéri boirait à la plus amère, à la plus humiliante de toutes les coupes…


Ah ! de ce jour là, je n'ai pas dit pouvoir souffrir encore davantage !!!… Les paroles ne peuvent exprimer nos angoisses , aussi je ne vais pas essayer de les décrire. Un jour, au Ciel, nous aimeront à nous parler de nos glorieuses épreuves, déjà ne sommes-nous pas heureuses de les avoir souffertes ?… Oui, les trois années du martyre de Papame paraissaent les plus aimables, les plus fructueuses de toute notre vie, je ne les donnerais pas pour toutes les extases et les révélations des Saints, mon cœur déborde de reconnaissnace en pensant à ce trésor inestimable qui doit causer une sainte jalousie aux Anges de la Céleste Cour… ». (Ms a, 73 r°)


Le 26 juillet 1897, tout proche de sa mort, Thérèse, vivant elle-même une « Passion  physique et spirituelle », écrira à l'Abbé Bellière un résumé de l'histoire de sa famille. Elle commence ainsi : « Le Bon Dieu m'a donné un Père et une Mère plus dignes du Ciel que de la terre… » (LT 261) . Louis Martin , peu de temps avant de tomber malade, écrivait en 1888 à ses trois filels carmélites : «  Je tiens à vous dire, mes chères enfants, que je suis pressé de remercier et de vous faire remercier le Bon Dieu, car je le sens, notre famille, quoique très humble, a l'honneur d'être au nombre des privilégiés de notre Adorable Créateur. »

Louis et Zélie Martin reposent conjointement au chevet de la Basilique de Lisieux, ou , leur tombeau ne cesse de recevoir la visites d'innombrables pèlerins, venant honorer leur fille, leur demander des grâces. Le 25 mai 2002, à la suite du miracle du petit Petro Chiliro d'une très grave maladie pulmonaire incurable destiné à le faire mourir, ce miracle , reconnu par Rome, a permis la Béatification des Parents de Sainte Thérèse , étant le deuxième couple béatifié conjointement par l'Eglise. Leur Béatification devrait avoir lieu courant 2005-2006.


 

Texte de Mgr Guy Gaucher paru dans Feu et Lumière N° 230, juillet-août 2004

 



15/10/2007
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