Spiritualité Chrétienne

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Sainte Maria Goretti

Sainte Maria Goretti

Vierge et Martyre

1890-1902

Fête le 6 juillet


Maria Goretti nous fait entrer de plain-pied dans la voie royale de la sainteté catholique romaine, où la grâce pénètre la vie de toute une société devenue d’Église, l'Église, dans laquelle la joie de la grâce, les fruits de la grâce, se cueillent tout naturellement dans le catéchisme et sont vécus au quotidien avec une perfection toute divine !


Notre jeune martyre naquit le 16 octobre 1890 à Corinaldo,  petit village de la campagne italienne, dans la Province d’Ancône, à peu de distance de Lorette. Ses parents, Luigi et Assunta Goretti, qui étaient des époux exemplaires, donnèrent naissance à six enfants. Mais bientôt, la gêne s’installa dans cet humble foyer. Le revenu d’un modeste champ n’était plus suffisant pour entretenir la famille croissante. Contraint par la nécessité, Luigi Goretti prit donc la décision d’émigrer dans la région de l’Agro Romano où il était facile de trouver du travail pour les pauvres gens. Il abandonnait ainsi l’air salubre dont les monts voisins enivraient sa ville natale pour se transférer avec sa famille dans cette région monotone et triste des Marais Pontins, terre marécageuse infestée par la malaria.


Comme si cela ne suffisait pas, la famille Goretti fut dans l’obligation de partager sa maison avec les Serenelli. Entre les deux familles, le contraste était total. Dans celle des Serenelli, un père brutal et buveur et son fils, orphelin de mère, qui a fait son éducation parmi les marins débauchés du port de Torrette. Chez les Goretti, la piété et la crainte de Dieu, une immense patience et un courage que rien ne rebute. Et, en exemple à tous, “ Marietta ”, qui était l’ange de consolation de la famille. Hélas, la première récolte n’avait pas encore mûri que Luigi était terrassé par la maladie impitoyable. Il rendit le dernier soupir le 6 mai 1900, à l’âge de quarante ans, après avoir reçu le réconfort des sacrements. Luigi avait été pauvre toute sa vie, et pauvre il demeurait dans la mort. Mais Jésus-Christ, Père des pauvres, l’accueillit dans son Ciel de gloire d’où il allait pouvoir continuer à diriger sa famille, selon les desseins de Dieu qui ne sont pas les nôtres.

Et ce fut alors un concours de générosité entre la mère et sa fille. Assunta au travail des champs parmi les journaliers pour arriver à nourrir ses six orphelins et Maria à la maison. Petite maîtresse de maison veillant à tout, supportant tout du caractère impossible du vieux Serenelli et consolant sa mère, plus pauvre encore après deux années de travail épuisant. Si parfois les larmes coulaient, Maria consolait sa mère de son mieux : « Maman, ne pleurez pas ! Courage ! De quoi avez-vous peur ? Le bon Dieu ne nous abandonnera pas. Nous devenons grands, il suffit que le Seigneur nous donne la santé. La Providence nous aidera, nous nous en sortirons, nous nous en sortirons ! »

« À une heure déjà avancée, il était temps de prendre du repos. Mais auparavant, Maria, fidèle à sa résolution, s’agenouillait au pied de son lit et égrenait un dernier chapelet pour le repos de l’âme de son papa chéri. » Admirable mère, admirable enfant !


En mère de famille exemplaire, Assunta ne s’excusait pas de la pauvreté pour négliger ses devoirs d’éducatrice. Elle nous raconte cet épisode survenu avant la Première Communion de Maria :

« Une jeune fille qui se préparait comme elle à la Première Communion, mais plus âgée qu’elle, parlait un jour avec un jeune homme tandis que Marietta puisait de l’eau à la fontaine voisine. La conversation n’était pas correcte et ma fillette en resta scandalisée. Rentrée à la maison, elle me raconta tout, s’étonnant que sa compagne se prépare à sa première communion de cette manière. Je la grondai : « Et toi, Marietta pourquoi es-tu restée à la fontaine à écouter ?

– Tant que mon broc n’était pas rempli, maman, comment pouvais-je faire ?

– Tâche que ce qui t’est entré par une oreille en sorte par l’autre. Vois-tu, ma fille, ce dont tu t’étonnes chez les autres, les autres pourraient s’en étonner chez toi si tu te conduisais mal.

Oh ! maman ! plutôt mourir que de parler comme cela. »

Assunta ne pouvait pas supporter l’impureté. Et Maria comme sa mère eut préféré mourir que de pécher.

Mais la pénible promiscuité des Serenelli imposée à cette sainte famille ajoutait à toutes leurs souffrances une menace permanente. L’assassin lui-même dira, un jour, l’extrême pudeur et pureté qui régnait dans cette famille, humble et craignant Dieu, ôtant toute vraisemblance aux calomnies qu’il n’avait pas craint de proférer contre Maria au cours de son procès : « Maria, rapporte Alessandro dans ses souvenirs, était instruite des rudiments de la religion et souvent, je l’ai vue, suivant les suggestions de sa maman, se transformer en maîtresse de ses frères et sœurs pour leur enseigner les prières. Tous les soirs, ils disaient le chapelet en commun et moi aussi j’y prenais part. Je l’ai connue toujours bonne, obéissante, pieuse, sérieuse et non pas légère et volubile comme les autres filles ; dans la rue, elle allait modestement et se hâtait d’exécuter les instructions qu’elle avait reçues. Elle était toujours gaie et prompte à obéir. Elle se contentait des vêtements que lui confectionnait sa maman. Elle était modeste. Elle portait des vêtements longs et même dans les plus chaudes heures de l’été, elle ne se mettait pas à l’aise. Quant à moi, j’avais des journaux ou des périodiques illustrés, mais jamais je n’ai remarqué qu’elle se soit attardée à les regarder par curiosité. Jamais je ne l’ai vu commettre d’actes contre la pureté. J’avais une très grande estime de sa correction. »


Un serpent tapi dans l'ombre


« Un jour, brutalement, comme elle était seule à la maison, assise à sa couture, Maria comprit qu’existait un danger, tapi dans l’ombre comme un serpent. « Une main posée sur le dossier de sa chaise lui révéla tout à coup la présence d’Alessandro tandis qu’à son oreille parvenait le murmure de propos séducteurs qui la firent bondir sur ses pieds, indignée, le rouge au front. « Alessandro, cria-t-elle, je n’écouterai pas ! » « Son innocence fit qu’elle ne comprit pas vraiment le sens des paroles entendues, mais quelque chose en elle l’avertit du danger. Alessandro, quant à lui, vit aussitôt qu’il n’arriverait pas à la séduire par la flatterie. Alors, furieux, il lui interdit d’en rien dire à sa mère, sur un ton si dur et si sévère que Maria en resta terrorisée. » Chapitre admirable que celui de la Première Communion de Maria. C’est d’abord Assunta avec ses scrupules : Marietta n’avait pas les douze ans requis. Aurait-elle assez de respect pour le Saint-Sacrement ? comprendrait-elle ce qu’elle allait faire ? L’archiprêtre don Signori dissipa le trouble d’Assunta  en disant : « Confiez-la à la Madone, placez-la sous son manteau et n’ayez plus aucune crainte ! » Le matin du grand jour, Maria, selon la noble coutume presque liturgique, s’approcha de sa maman et lui demanda pardon de tous les manquements qu’elle avait pu commettre. Tout en accordant pardon et bénédiction, sa mère lui dit à l’oreille : « Va en faire autant auprès des Serenelli. » Fallait-il que la mère soit sûre de la force d’âme de son enfant pour lui imposer pareille humiliation !


« Alessandro, je te demande pardon.

Pardon, mais pardon de quoi, tu n’as rien fait ! »

Avec un courage invincible, Maria l’aborda de nouveau au sortir de l’église et l’avertit : « Alessandro, pense à ce que tu fais ! »


Nous entrons alors dans un mystère de grâce et de miséricorde : l’enfant prédestinée n’a plus en pensée que le salut de celui qui perd son âme. C’était dans ces sentiments qu’elle avait fait sa première communion, comme une fiancée s’offrant à son unique Époux pour la rédemption d’Alessandro. Elle mourra, vierge et martyre, violemment et douloureusement tuée par celui-ci, en pardonnant à son assassin, et demandant en grâce de l’avoir auprès d’elle en Paradis.


Configurée à Jésus-Crucifié

Ouvrons le chapitre de sa mort où notre petite martyre reproduit les traits de la Passion de Notre-Seigneur et tout particulièrement celui du pardon héroïque à son assassin. Nous y voyons le Père Signori, aumônier de l’hôpital tenu par les frères de Saint-Jean-de-Dieu assister Marietta dans ses derniers moments : « Choisissant un moment où il était seul, il s’approcha du lit. Il contempla ce visage toujours serein en dépit des stigmates de la douleur et de l’expression d’une souffrance plus profonde qu’on ne la rencontre d’ordinaire à cet âge. Le Père connaissait le bon cœur de Maria, sa docilité, sa loyauté, son obéissance exemplaire. Il avait devant lui, dans ce corps virginal massacré, la preuve de la fidélité absolue de Maria à son Sauveur. Spectateur émerveillé de ce prodigieux dévoilement de vie spirituelle, don Signori pensa qu’il était temps avant tout, de savoir dans quelles dispositions était ce pauvre cœur meurtri vis-à-vis de son assassin. C’était au prêtre à conduire doucement cette âme sur le chemin évangélique du pardon des offenses. Avant sa Première Communion, sur le conseil de sa mère, Maria avait demandé pardon pour ses fautes. Avant sa dernière Communion, sur le conseil de sa Mère l’Église, représentée par ce bon prêtre, Maria n’allait-elle pas pardonner à son tour ?


  Marietta, murmura-t-il, Notre-Seigneur va bientôt venir en toi dans la Sainte Communion.

Elle écoutait, très attentive, les yeux ouverts. Il lui prit délicatement une main et la tint dans les siennes.

–  Rappelle-toi, Maria, comment Jésus mourut sur la croix, comment Il pardonna à ses ennemis. Rappelle-toi sa particulière miséricorde pour le larron repentant et la promesse qu’il lui fit : “ Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis. ” Et toi, Maria, ajouta-t-il, pardonnes-tu à ton assassin de tout ton cœur ?

Surmontant toute hésitation et toute répugnance, elle renouvela résolument son pardon.

  Oui, répondit-elle. Oui, pour l’amour de Jésus, je lui pardonne, et je veux qu’il vienne lui aussi avec moi dans le Paradis.

Le Père Signori admira en silence ce pardon sublime. La grâce divine avait opéré des merveilles de mysticisme dans l’âme de cette petite fille héroïque. Non loin de là, dans cette même ville de Nettuno, au premier étage de la gendarmerie, Alessandro subissait aussi un interrogatoire. Mais il se refusait absolument à livrer quelque explication de son crime et répondait obstinément à toutes les questions :

  Je ne me souviens pas.

Sans perdre de temps, don Signori disposa la chambre de Maria pour la venue de l’Hôte divin. La nouvelle du pardon accordé au meurtrier s’était vite répandue dans l’hôpital et, à nouveau, les gens entraient et maintenant déposaient des fleurs au pied du lit et sur le lit lui-même. Ils présentaient à Maria des crucifix et des images de la Sainte Vierge que l’enfant baisait avec tendresse et dévotion.

  Est-ce vrai, Marietta, lui demandait-on, que tu pardonnes à celui qui t’a tuée ?

  Oui, répondait-elle simplement. J’espère que Dieu lui aussi lui pardonne, parce que moi, je lui ai déjà pardonné. (…)

Puis, rompant un silence impressionnant, elle dit soudain :

  Portez-moi plus près de la Sainte Vierge !

  Où, Marietta ? demandèrent sœur Aurelia  ainsi que d’autres assistants qui ne voyaient personne. Où est la Sainte Vierge ?

  Est-il possible que vous ne la voyiez pas ? reprit-elle très surprise. Elle est si belle !... toute lumière, toutes fleurs ! Approchez-moi plus près de la Sainte Vierge !

Assunta revint enfin et entra dans la chambre. La vue des fleurs qui ornaient la pièce et le lit même la toucha au cœur. Tant d’événements consolants s’étaient déroulés en son absence ! Les religieuses s’empressèrent de lui raconter avec quelle ferveur sa fille avait souhaité devenir Enfant de Marie, avec quelle générosité héroïque elle avait pardonné à son assassin et avec quelle piété elle avait reçu la Sainte Communion et l’Extrême-Onction. À ces nouvelles, Assunta fut bouleversée. Une ineffable consolation inonda son cœur maternel. Elle vit, au cou de sa fille, la médaille des Enfants de Marie. Oui, Maria avait toujours été une enfant de Marie, depuis sa consécration à la Vierge lors de son baptême, jusqu’à son dernier jour de vie sur la terre.


«  J’avais remarqué plusieurs fois au cours de la journée, rapporta Assunta, que ma petite fille tenait son regard fixé vers le cadre de la Madone, qui était au mur de sa chambre. » (…) L’aumônier s’approchait de temps en temps de Maria, pour lui suggérer quelques brèves invocations. Mais dévorée par l’excès de ses souffrances qu’aucun allégement n’était venu apaiser depuis vingt-quatre heures, elle perdit bientôt connaissance et commença à délirer. Son visage prit alors une expression de terreur que sa mère ne lui avait jamais vue, sa voix, un son qu’elle n’avait jamais entendu. Que vas-tu faire, Alessandro ? s’écria-t-elle. Tu iras en enfer ! Jusque dans son inconscience, son esprit revivait l’instant effroyable de son martyre. Puis elle ajouta : Teresa ! et fixa son regard sur sa mère, sans la reconnaître. La religieuse prit la main de l’enfant et lui dit : Teresa n’est pas ici. Maria laissa retomber sa tête sur l’oreiller et expira aussitôt, calmement. L’aumônier, qui était sorti peu auparavant, entendit des pleurs provenant de la chambre. Il revint vite et s’exclama : Je n’aurais jamais cru qu’elle allait mourir maintenant ! C’était le dimanche 6 juillet 1902, à 15 h 45, en la fête du Très Précieux Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Notre petite martyre n’avait pas encore atteint ses douze ans. Elle sera béatifiée le 27 avril 1947 et canonisée par le Pape Pie XII, le 24 juin 1950.

Les voies suaves de la Miséricorde Divine


Nous allons voir maintenant Assunta compléter en son cœur de chair ce qui manquait à la Passion de Maria. Et ce sont ces deux âmes n’en faisant plus qu’une qui opéreront le miracle de la conversion d’Alessandro. Ce fut d’abord le pardon prononcé dans la salle d’audience, au terme du procès : « En ce qui me concerne, Monsieur le président, je lui pardonne du fond du cœur. » Mais il fallut encore qu’Assunta impose ce pardon à la foule exaspérée : « Et alors, si Jésus-Christ ne vous pardonnait pas non plus ? » Condamné à la réclusion pour une peine de trente ans, Alessandro fut conduit en Sicile et interné dans le pénitencier de Noto. Peu à peu l’état d’esprit du détenu s’améliora. Mais comment pourrait-il changer radicalement, se convertir et retrouver, par le repentir sincère de son crime, l’amitié de Dieu et de ses frères ? Maria elle-même y veillait. Elle avait son plan de “ vengeance évangélique ”. Une nuit de l’année 1910, Dieu permit qu’Alessandro eût un songe singulier : « Ce fut la seule fois où je rêvais de Maria Goretti. Je rêvais que Maria, toute vêtue de blanc, cueillait, dans un jardin où je me trouvais, des lys d’une blancheur éclatante qu’elle m’offrait l’un après l’autre. Lorsqu’elle me les remettait, ils se transformaient en autant de lumignons allumés comme des cierges. Puis elle disparut. »

De son côté, Alessandro, n’était plus le même ; ce songe versa dans son âme le désir d’entrer dans de meilleures dispositions. Il se sentit renouvelé par une impulsion que le portait au bien. Il comprit bientôt que Dieu avait déjà mis tout en œuvre pour le sauver par égard pour le sacrifice de Marietta. Il demanda publiquement pardon dans une lettre qu’il écrivit à l’initiative de l’évêque de Noto : « Je regrette doublement le mal commis parce que j’ai conscience d’avoir enlevé la vie à une innocente qui, jusqu’au dernier moment, a voulu maintenir sauf son honneur, se sacrifiant plutôt que de céder à mes volontés. Je déteste publiquement le mal que j’ai fait et j’en demande pardon à Dieu d’abord, et ensuite à cette pauvre famille désolée, et j’ose espérer que, moi aussi, je pourrai obtenir le pardon.» Dès lors, il accepta sa peine en esprit de pénitence, et de réparation, et quelques années plus tard, il voulut aussi réparer les calomnies proférées contre Maria au tribunal : « La pauvre petite, elle était innocente comme l’eau et mes calomnies auraient empêché sa canonisation ; c’était comme si je l’avais tuée une seconde fois. » Alessandro sortit de prison en 1929 et c’est longtemps après, en 1934, qu’il rencontra Assunta chez le curé de Corinaldo dont elle était la servante, et lui demanda pardon pour que son expiation soit véritablement complète... « Un jour, au cœur de l’hiver 1934, raconte Assunta, on le vit tourner dans les rues du pays, s’asseoir en solitaire sur le petit mur qui entourait le parvis de Saint-Augustin, puis venir à la cure de l’archiprêtre et toquer à la porte. J’allais ouvrir : c’était lui.

Le cœur miséricordieux d'Assunta s'était laissé toucher...

 Assunta, dit-il, les yeux baissés, me reconnaissez-vous ?

Oui, mon enfant.

Me pardonnez-vous ?

Mon fils, Dieu t’a pardonné, Marietta t’a pardonné... je te pardonne, moi aussi !...


« Et je lui entourai le cou de mes bras... « Une fois monté dans la maison, il demanda pardon aussi à mes enfants. C’était Noël. Nous allâmes recevoir la Communion ensemble, l’un à côté de l’autre. »

« J’étais heureux, dira Alessandro, il me semblait, après tant de temps écoulé, avoir retrouvé ici sur terre l’affection de ma pauvre maman. » Comment ne pas penser une nouvelle fois au Christ disant à sa Mère : « Femme, voici ton fils. » « Aucune voix de s’éleva contre Alessandro. L’horreur que beaucoup d’habitants de Corinaldo avaient ressentie à la seule évocation de son nom se dissipa comme un mauvais rêve. On avait vu la mère de Maria et l’assassin repenti prier ensemble et s’agenouiller en cette nuit de Noël pour recevoir l’Enfant-Dieu, le Rédempteur du monde. Les cœurs s’étaient embrasés au feu dévorant de l’héroïque charité de Mamma Assunta. Désormais,  Alessandro menant une vie pénitente et obscure à l’ombre d’un monastère, sera comme un enfant, bien simple, mais toujours avec la pensée qu’il n’a pas assez expié sa faute, ne laissant passer aucune occasion de manifester son repentir, à Maria d’abord, dans la prière, et encore dans son Testament spirituel : « Le 5 mai 1961. « Je suis vieux, ayant presque quatre-vingts ans et suis proche de ma fin. En regardant le passé, je reconnais que dans ma première jeunesse, j’ai pris une mauvaise route : la route du mal qui m’a conduit à la ruine. Je voyais, à travers la presse, les spectacles et les mauvais exemples, que la majeure partie des jeunes suivaient cette route sans y réfléchir. Et moi non plus, je ne m’en souciais pas. « J’avais tout près de moi des personnes croyantes et pratiquantes, mais je ne m’en préoccupais pas, aveuglé par une force mauvaise qui me poussait dans la voie du mal. « À l’âge de vingt ans, je commis le crime passionnel dont aujourd’hui je suis horrifié à son seul rappel. Maria Goretti, aujourd'hui sainte Maria Goretti, fut le bon ange que la Providence avait mis sur mes pas. Ses paroles de reproche et de pardon sont encore imprimées dans mon cœur. Priez pour moi, intercédez pour moi, son assassin. « Il s’ensuivit trente ans de prison. Si je n’avais pas été mineur, j’aurais été condamné à vie. J’acceptai la sentence méritée et j’expiai ma faute, rasséréné. Maria fut vraiment ma lumière, ma protectrice. Avec son aide, je me conduisis bien et cherchai à vivre honnêtement, quand la société m’a accepté à nouveau comme un de ses membres. « Les fils de saint François, les frères mineurs des Marches, avec une charité séraphique, m’ont accueilli parmi eux, non comme un serviteur mais comme un frère. Je vis avec eux depuis 1936. « Et maintenant, j’attends sereinement le moment d’être admis à la vision de Dieu, d’embrasser à nouveau les êtres qui me sont chers, d’être proche de mon ange protecteur et de sa chère maman, Assunta. « Que ceux qui liront cette lettre de moi veuillent tirer l’heureux enseignement de fuir le mal, de suivre le bien, toujours, depuis l’enfance. Qu’ils pensent que la religion et ses préceptes ne sont pas une chose dont on peut faire l’économie, mais que c’est le vrai réconfort, la seule voie sûre en toutes circonstances, même les plus douloureuses de la vie. Pax et Bonum, la Paix et le Bien ! »


La conversion d’Alessandro par la médiation de Maria et d’Assunta indissociablement, est le chef-d’œuvre de la grâce, de la prière médiatrice, du sacrifice et du pardon. Au pied de la croix, Assunta a véritablement engendré Alessandro une seconde fois, le mot est venu tout naturellement aux lèvres de son enfant : « J’ai retrouvé l’affection de ma pauvre Maman », comme si Marietta lui disait : « Fils, voici ta mère. » Et on le voit accourir au chevet d’Assunta mourante, comme le fils qu’il était devenu, et repassant inlassablement les grâces dont il avait été favorisé.  Ce fut précisément le 7 octobre 1954, veille de sa mort, qu’Assunta avait lucidement et pieusement reçu les derniers sacrements et avait communié. Je veux aller près de Marietta ! avait-elle dit, d’une faible voix. Et tandis que le jeune prêtre qui l’assistait lui avait renouvelé la sainte absolution, elle avait répété par trois fois, d’une voix toujours faible mais distincte : Sainte Maria Goretti, prie pour moi !

 



14/08/2009
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