Spiritualité Chrétienne

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Saint Silouane de l'Athos

 Saint Silouane de l'Athos

1866-1938

Fête le 24 septembre


« Le Saint Esprit unit tous les hommes, et c’est pourquoi les Saints nous sont proches. Lorsque nous les prions, alors, par le Saint Esprit, ils entendent nos prières et nos âmes sentent qu’ils prient pour nous. » Saint Silouane.

C’est en 1987, à la veille de la célébration du millénaire du baptême de la Rouss et du cinquantième anniversaire de son départ vers Dieu, que le Patriarcat œcuménique de Constantinople a canonisé notre saint Père Silouane l’Athonite.
Qui était ce moine, si proche de nous dans le temps et surtout proche du cœur de nombreux chrétiens de notre époque, qui nous a été donné par Dieu comme un modèle pour nos générations ? Qui est ce saint que l’acte de canonisation reconnaît comme « maître apostolique et prophétique de l’Eglise et du peuple chrétien » ? Que Dieu, par ses prières, nous donne de mieux connaître la vie de ce « témoin de l’Amour divin. »
Un jeune paysan russe
Syméon Antonovitch Antonov est né en 1866 au sein d’une famille paysanne du village de Chovsk dans la province de Tambov, à environ 500 km au sud-est de Moscou. Dans sa jeunesse, il a été particulièrement marqué par la grande piété de son père à propos de laquelle il reviendra à plusieurs reprises dans ses écrits. « Je ne suis pas parvenu à la mesure de mon père. Il était tout à fait illettré. Même quand il disait le Notre Père, qu’il avait appris à force de l’entendre à l’église, il en prononçait certains mots de travers. Mais c’était un homme plein de douceur et de sagesse. »
Syméon ne va que pendant deux hivers à l’école car il aide son père dans ses travaux agricoles. Il devient un jeune homme de grande taille et très vigoureux. Déjà, à dix-neuf ans, il songe à la vie monastique mais son père lui refuse la permission d’aller au monastère des Cryptes à Kiev avant qu’il n’ait fait son service militaire. Peu à peu le souvenir de ce premier appel et l’ardeur de sa prière s’estompent. Il reprend les rencontres avec ses camarades, boit de la vodka et joue de l’accordéon. Il s’éprend d’une jeune fille. Un matin, son père lui reproche doucement sa chute : « Mon petit, où étais-tu hier soir ? Mon cœur me faisait mal. », paroles qui résonnent fortement dans son âme. Son impressionnante force physique est la cause d’un grand péché pour lequel il se repentira longuement. Un après-midi, provoqué par le cordonnier du village, il le frappe si violemment à la poitrine que celui-ci tombe lourdement sur le dos et reste immobile. Syméon pense l’avoir tué. Mais après une demi-heure il peut se relever et il reste finalement en vie après deux mois de maladie.
Dieu va intervenir une deuxième fois dans la vie de Syméon. Alors qu’il était dans un léger sommeil après s’être comporté de manière impure, il voit un serpent pénétrer en lui par sa bouche. En proie à un violent dégoût, il se réveille et entend une voix d’une beauté et d’une douceur extraordinaire lui dire : « Tu as avalé un serpent en rêve et cela te répugne. De même, je n’aime pas voir ce que tu fais. » Syméon a la profonde conviction que c’est la voix de la Mère de Dieu qu’il a entendue et que c’est en raison de l’état d’impureté dans laquelle il se trouvait qu’il ne l’a pas vue. Toute sa vie, il rendra grâce à la Mère de Dieu : « Maintenant, je vois combien le Seigneur et la Mère de Dieu ont pitié des hommes. Pensez donc, la Mère de Dieu est venue des Cieux pour m’instruire, moi qui n’étais qu’un jeune homme plongé dans le péché. » A partir de ce moment sa vie s’infléchit de façon décisive et il commence à se repentir profondément de son passé. Il prend la ferme résolution de devenir moine après son service militaire.
Il accomplit celui-ci à Saint-Pétersbourg et une anecdote nous permet de saisir son état d’esprit à cette époque. Un soir, il va au restaurant avec des camarades et, tandis que ceux-ci devisaient gaiement, il restait silencieux. Comme on lui demande à quoi il pense, il répond : « Nous écoutons de la musique et nous nous amusons, alors que pendant ce temps, au Mont Athos, on célèbre les vigiles ; les moines vont prier pendant toute la nuit. Eh bien ! Qui de nous, au Jugement Dernier, donnera une meilleure réponse, eux ou nous ? » A la fin de son service militaire, il se rend chez saint Jean de Cronstadt pour lui demander ses prières et sa bénédiction avant de partir pour la Sainte Montagne.
A l’Athos, au monastère de Saint-Pantéléimon
Syméon a vingt-six ans quand il arrive au monastère russe de Saint-Pantéléimon, en 1892. A l’époque il compte environ 2000 moines et c’est le plus grand des vingt monastères de l’Athos. Le jeune novice s’abandonne trop rapidement à la joie d’être parvenu à ce havre de salut et la tension de son repentir perd son intensité. Il fait l’expérience de l’assaut des tentations, en particulier celle de retourner dans le monde et de se marier. Il prend alors la décision irrévocable : « Je mourrai ici pour mes péchés ». Selon la tradition du monachisme orthodoxe, il entre dans vie de prière par l’apprentissage de l’invocation du Nom de Jésus : « Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur. » Il prie avec une grande ferveur, de toute son âme, car il est plongé dans la détresse. Trois semaines plus tard, il reçoit le don de la prière perpétuelle alors qu’il se tenait devant l’icône de la Mère de Dieu. Désormais la prière ne cessera plus de jaillir de son cœur. Mais le frère Syméon était loin de mesurer la grâce exceptionnelle dont il avait été l’objet.
Il reçoit comme « obédience » de travailler au moulin du monastère en assurant le transport journalier d’un grand nombre de sacs de farine. Il prie beaucoup mais il est en proie aux pensées d’orgueil et de vanité : « Tu mènes une vie sainte : tu t’es repenti, tes péchés te sont pardonnés ; tu pries sans cesse ; tu remplis bien ton obédience. » Une terrible lutte va s’engager dans son cœur et elle durera quinze années. Les démons avec lesquels il engage le dialogue, commencent à lui apparaître. Alors que l’intensité de sa prière ne se relâche pas et que son ascèse est extrême, les assauts démoniaques augmentent. Il dort, assis sur un tabouret, une heure et demie à deux heures par jour, par fraction de quinze à vingt minutes, et vit dans la plus grande frugalité.
Ce combat se déroule pendant plusieurs mois et les forces et le courage du novice commencent à faiblir. Un jour, en fin d’après-midi, il est complètement désespéré et pense : « Dieu est inexorable, on ne peut pas le fléchir. » Pendant près d’une heure, il reste dans les ténèbres infernales de ce désespoir. Un peu plus tard, pendant les Vêpres, il a la vision du Christ vivant et tout son être est rempli du feu de la grâce du Saint Esprit. Ce fut l’événement le plus important de la vie du Frère Syméon. Il fit l’expérience de la douceur infinie de l’amour divin et son esprit fut transporté dans la contemplation au-delà de toute image et concept. Témoin de l’amour de Dieu, Saint Silouane dans ses écrits insistera toujours sur le fait que c’est par le Saint Esprit qu’il a vu Dieu et reconnu le Seigneur.
Après cette vision et l’expérience de sa propre résurrection, le jeune Syméon vit dans un état de grande félicité. Cependant la perception de la grâce diminue, bien qu’il n’ait rien changé à sa vie d’ascèse. Il éprouve le sentiment de la perte de la grâce et de l’éloignement du Seigneur. Il en donnera  un vibrant témoignage dans « Les lamentations d’Adam ». Plongé dans la perplexité et l’incompréhension, il cherche une réponse. Un starets qu’il consulte lui explique que, bien qu’il prie sans cesse, il ne sait pas « garder son esprit » et surtout le dépouiller de toute imagination. Néanmoins il lui fait part de la surprise que lui cause son avancement spirituel.
Le combat pour conserver la grâce divine
Celui qui est devenu le moine Silouane en 1896, à 30 ans, va s’atteler à l’exploit spirituel de retrouver consciemment la grâce perdue. Il entreprend la lutte ascétique contre les pensées, et tout particulièrement contre la pensée d’orgueil que l’expression de l’étonnement du starets n’avait fait que renforcer en lui. Par l’exercice de cette vigilance intérieure il devient un grand témoin du cœur véritable de l’ascèse monastique orthodoxe.
Il devra alors faire face à de fréquentes variations de son état spirituel, avec des alternances de visite et de perte de la grâce. Mais ces changements lui permettront d’acquérir la vigilance et la sobriété de l’esprit, jusqu’à parvenir au véritable discernement spirituel concernant l’action de la grâce. Ainsi il apprend à reconnaître comment acquérir la grâce et quelles sont les causes de sa perte. Dans l’effort pour l’acquisition de la prière pure, la lutte contre les démons reprend. Une nuit que ceux-ci l’empêchent de prier, il interroge le Seigneur sur ce qu’il doit faire et reçoit cette réponse dans son âme : « Les orgueilleux ont toujours à souffrir ainsi de la part des démons. » Demandant alors comment faire pour que son âme devienne humble, il entend cette réponse dans son cœur : « Tiens ton esprit en enfer, et ne désespère pas. » Ainsi c’est le Seigneur lui-même qui lui indique la voie vers la prière pure.
Ce dialogue a lieu quinze ans après la vision du Seigneur vivant. Elle marque une étape très importante dans la vie de Silouane. Alors s’est éclairée véritablement la cause de la perte de la grâce. Son âme n’a pas supporté la grandeur du don et elle est tombée dans l’orgueil. « Tenir son esprit en enfer », dans la conscience aiguë de son péché lui permet d’anéantir la pensée d’orgueil. « Ne pas désespérer », car la mort à soi-même conduit, par la foi, au salut et à la résurrection avec le Christ. Tandis que lui est révélé existentiellement que l’orgueil est le germe de mort, cause ultime de notre séparation d’avec Dieu, il fait l’expérience de l’incommensurable humilité du Christ, inséparable de son amour. Il comprend que tout l’effort ascétique doit tendre à acquérir l’humilité du Christ « doux et humble » (Mt, 11, 29). Bien que désormais il n’éprouve plus l’insupportable sensation de la perte de la grâce comme auparavant, saint Silouane devra encore lutter pendant quinze années pour repousser instantanément tout mouvement du cœur susceptible de l’éloigner.
Expérience de la prière et enseignement de saint Silouane
Cette nouvelle révélation et approfondissement dans la connaissance de Dieu entraînent une évolution parallèle dans la prière de saint Silouane qui s’immerge toujours plus profondément dans la prière pour le monde entier et pour l’ « Adam total », c'est-à-dire l'humanité entière. Ayant fait l’expérience de la douceur infinie de l’Amour divin, il éprouve une grande souffrance pour les hommes qui ne connaissent pas Dieu et implore : « Seigneur miséricordieux, écoute ma prière. Fais que tous les peuples de la terre te connaissent par le Saint Esprit. » Profondément enraciné dans la tradition patristique, saint Silouane insiste toujours sur le fait que c’est le Saint Esprit qui nous introduit à la connaissance existentielle de Dieu. En même temps, dans la profondeur de son cœur, il fait l’expérience de la consubstantialité du genre humain et assume la vie de toute l’humanité dans sa prière : « Notre frère est notre propre vie. »
Un point capital de l’enseignement de saint Silouane, qui est lié à sa prière embrassant toute la création et l’ensemble du genre humain, est son insistance sur l’amour des ennemis. L’archimandrite Sophrony écrit : « Le témoignage central de toute sa vie est que l’amour des ennemis est absolument indispensable pour la connaissance des mystères divins. Il affirmait catégoriquement que celui qui n’a pas d’amour pour ses ennemis n’a pas encore vraiment connu Dieu. »
Le starets Silouane a reçu le grand schème en 1911. Devenu un des économes du monastère, et amené à s’occuper d’une équipe d’ouvriers pouvant aller jusqu’à deux cents personnes, la lourdeur de sa charge ne l’a pas empêché de devenir un homme d’une intensité de prière exceptionnelle et de parvenir aux sommets de la sainteté. Son départ vers Dieu s’effectua dans une grande sérénité dans la nuit du 24 septembre 1938.

La sainteté du starets Silouane est restée cachée à son entourage et ne sera révélée qu’à un nombre limité de personnes. C’est seulement à la fin de sa vie qu’il rédigera quelques écrits qui laisseront transparaître, avec des mots d’une extrême simplicité, l’intensité de sa relation avec Dieu. Mais lorsque son disciple, le Père Sophrony de bienheureuse mémoire, les publiera, ceux-ci trouveront un remarquable écho auprès de beaucoup d’âmes assoiffées de salut. C’est ainsi que nous rendons grâce à Dieu pour saint Silouane dont le rayonnement s’étend sur le monde entier pour lequel il a tant prié.

 

Texte extrait du site http://ndjasg.club.fr/index.html

 



07/11/2007
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