Spiritualité Chrétienne

Spiritualité Chrétienne

Saint Noël Pinot

Saint Noël Pinot

Prêtre martyr de la Foi

1747-1794

Fête le 31 octobre

MARTYRE DE M. NOËL PINOT, CURÉ. A ANGERS, LE 21 FÉVRIER 1794.

Noël Pinot, fils de René et de Claudine La Grois, était le dernier-né de seize enfants ; il naquit à Angers dans la paroisse Saint-Martin, le mardi 19 décembre 1747. Entré au séminaire d'Angers, il fut ordonné prêtre le 21 décembre 1771 et nommé vicaire à Bousse (aujourd'hui au diocèse du Mans) ; en 1776, vicaire à Corzé ; en 1781, aumônier de l'hospice des Incurables d'Angers dont l'emplacement est occupé actuellement par le Haras, rue Paul-Bert; le 14 septembre 1788, il prit possession de la cure ou vicairerie perpétuelle de Saint-Aubin du Louroux-Béconnais, une des cures les plus considérables du diocèse d'Angers, doyenné de Candé. La population de la paroisse était fort nombreuse et très attachée à sa foi et aux pratiques religieuses. Les revenus de la cure étaient alors considérables et constituaient le titulaire dans une véritable opulence ; M. Pinot prélevait à peine une somme minime pour ses besoins et tout le reste passait en aumônes, à tel point que le curé se refusait souvent le nécessaire.

 

M. Pinot ne connut qu'une année environ d'exercice paisible du ministère pastoral. Les événements qui se précipitaient ne permettaient guère d'illusion sur l'issue qui se préparait et qui devait procurer à tant de prêtres et de fidèles Angevins la gloire du martyre.

 

MARTYRE DE NOEL PINOT

 

Le décret de l'Assemblée nationale obligeant les évêques et les prêtres à prêter le serinent de fidélité à la constitution civile fut signifié par la municipalité du Louroux-Béconnais au clergé paroissial dans les premiers jours du mois de janvier 1791. Comme pour les autres décrets de l'Assemblée sanctionnés par le roi, celui-ci fut publié par le vicaire au prône de la grand'messe le dimanche 9 janvier. Huit jours après, le dimanche 16, la municipalité se transporta à l'église pour recevoir le serment de M. Pinot, curé, et de M. Garanger, son vicaire, le délai légal n'étant que de dix jours. D'un commun accord, on renvoya l'affaire au dimanche suivant. Le 23 janvier, la municipalité se présenta de nouveau à l'église; à l'issue de la messe elle s'avance dans le choeur pour recevoir le serment. Comme M. Pinot se confinait à dessein dans la sacristie, les municipaux s'y rendirent et l'interpellèrent de prêter serment, ce qu'il refusa à deux reprises. Le maire et ses officiers municipaux revenus au choeur y reçurent le serment du vicaire.

 

Voici le procès-verbal rédigé par la municipalité, le dimanche 23 janvier :« Conformément au décret de l'Assemblée nationale du 27 novembre 1790, qui enjoint aux fonctionnaires ecclésiastiques de prêter le serment pur et simple de veiller avec soin sur les fidèles du diocèse ou de la paroisse qui leur est confié, d'être fidèles à la nation, à la  loi et au roi, et de maintenir de tout leur pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi, — publication d'icelui ayant été faite par le sieur Mathurin Garanger, vicaire de cette paroisse, le dimanche 9 janvier à la messe paroissiale, — le dimanche suivant, 16 janvier, M. Pinot, curé de ladite paroisse, à la fin de la messe, a annoncé aux maire, officiers municipaux et notables de s'assembler dimanche prochain à l'issue de la messe pour recevoir la prestation du serment que l'Assemblée nationale exigeait d'eux. « En conséquence, nous, maire, officiers municipaux et notables, nous sommes réunis le jour indiqué au choeur, à l'effet de recevoir ledit serment. M. le Curé ne se pré-sentant point, nous, maire, officiers municipaux et notables, avons été le trouver dans la sacristie, où il nous a déclaré, d'après interpellation, s'y refuser, et y a persisté. Pourquoi nous nous sommes retirés au choeur, où M. Mathurin Garanger, vicaire de notre paroisse, a juré, en présence de la commune, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi et de maintenir de tout son pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le roi, et a signé.

M. Pinot continua son ministère avec le vicaire assermenté. Mais les événements se précipitaient. Le6février, un évêque constitutionnel de Maine-et-Loire fut nommé par les électeurs de tout le département, réunis à Angers. Le curé du Louroux voyait avec douleur ce scandale ajouté à celui donné à sa paroisse par son propre collaborateur, et le dimanche de la Sexagésime, 27 février, à l'issue de la grand'messe, il monta en chaire et prononça une courageuse allocution, au milieu des murmures des paroissiens, contre le maire qui avait grossièrement apostrophé le curé.

Les officiers municipaux dressèrent procès-verbal de l'incident et l'adressèrent aux administrateurs du département de Maine-et-Loire. Voici cette pièce, véritable réquisitoire contre le curé du Louroux : « Vous expose la commune de la paroisse du Louroux-Béconnais, que depuis qu'il a été question de la prestation du serment civique demandé aux fonctionnaires publics, le sieur Pinot, curé de ladite paroisse, n'a cessé d'intriguer pour engager les ecclésiastiques des environs à s'opposer à la loi, et à décrier tout ce qu'a fait l'Assemblée nationale. La chronique nous a appris que ses menées sourdes n'avaient eu que trop d'effets, puisque plusieurs curés reconnus auparavant pour des gens pieux et amis de la paix ont depuis manifesté ses principes.

« Le sieur Pinot n'a pas visité que ceux de son ordre. Il n'a pas craint de donner des conseils pervers jusque dans le tribunal de la pénitence. C'est après s'être assuré de la manière de penser d'un grand nombre de ses paroissiens, qu'il a cru qu'il était tenu de débiter dans la chaire de vérité ce qu'il avait dit à chacun en particulier. Se croyant sûr de sa doctrine, le sieur Pinot a choisi ce jour de dimanche, où il y avait une assemblée et par conséquent beaucoup de monde à la grande messe, pour allumer le feu de la discorde et secouer la torche du fanatisme. II a donc monté à la chaire, avant le dernier évangile. (Le vicaire avait débité un sermon au prône et lu des décrets après la communion.) Il a débuté en disant qu'on allait sans doute être surpris de l'entendre parler sur les matières qu'il allait traiter, qu'il savait bien à quoi il allait s'exposer selon les lois civiles, mais que ni les tourments ni les échafauds n'étaient capables de l'arrêter, qu'il le devait à sa conscience, au public qu'il devait instruire, et que le Dieu qu'il venait de recevoir lui commandait impérieusement de détourner le troupeau qui lui était confié du sentier de l'erreur où il allait se précipiter. Tant que les lois qu'a faites l'Assemblée nationale n'ont porté que sur le temporel, j'ai été le premier à m'y soumettre, — a-t-il dit. C'est en raison de cela que j'ai fait ma déclaration pour la contribution patriotique, que j'ai payé les impôts dont on m'a chargé. Mais aujourd'hui qu'elle veut mettre la main à l'encensoir, qu'elle attaque ouvertement les principes reconnus depuis tant de siècles par l'Eglise catholique, apostolique et romaine, mon silence serait un crime. Je dois vous avertir, tout me commande de vous instruire. Vous voulez savoir ce qui m'empêche de prêter le serment.

C'est que je ne le puis en conscience, c'est qu'il contrarie la religion. Aussi tous les évêques de France n'ont-ils pas voulu s'y soumettre. Qu'ont demandé les évêques à l'Assemblée nationale? Ils ont demandé une chose juste, ils ont demandé un concile, où toute l'Église assemblée eût déterminé les bornes qui doivent exister entre le temporel et le spirituel. Cependant cette Assemblée nationale, au mépris de tout ce qu'il y a de plus sacré, s'y est refusée. Elle a détaché la France de notre chef visible qui est le Pape, de sorte que ce dernier portera aujourd'hui le nom de chef des fidèles et n'aura aucune communication avec eux, semblable à un président que vous éliriez dans une de vos assemblées et qui, placé à la tribune, n'aurait pas la faculté de s'entretenir avec le moindre votant d'entre vous. Vous voyez donc que cela est évidemment contraire à notre religion. Dès notre plus tendre jeunesse, nous avons appris que l'Eglise frappait d'anathème le prêt à usure : aujourd'hui un décret de l'Assemblée l'autorise. Nous avions toujours considéré les voeux comme ce qu'il y a de plus sacré, et quiconque les eût ci-devant violés, eût été traité d'impie et d'apostat : cependant l'Assemblée nationale a jugé à propos de les dissoudre; elle a dit : Sortez, religieux et religieuses, et les couvents, lieux où habitaient le recueillement et la sainteté, se sont ouverts et trouvés déserts. En vacance d'un évêque — a-t-il continué — c'était le chapitre qui vaquait au spirituel : maintenant il sera confié à son premier vicaire, qui ne pourra jamais avoir aucune véritable délégation ni aucun droit sur les consciences. Pour vous convaincre davantage de tout ce que j'avance, et pour vous prouver que nous ne pouvons prêter le serment sans manquer à la religion et sans nous rendre indignes de notre saint ministère, c'est que moi qui vous parle, après avoir étudié tous les livres saints, après avoir consulté les gens les plus pieux et les plus attachés à notre religion, je verrais mon supplice préparé que je m'y refuserais. C'est ainsi que firent les premiers fidèles en se refusant aux lois injustes des rois du paganisme, c'est ainsi que nous devons faire. Enfin l'Assemblée nationale n'a pas plus de droit de donner de nouvelles circonscriptions aux diocèses et aux paroisses, ce qui ne peut regarder que le spirituel, que l'Eglise n'en aurait de vouloir faire exercer un juge de paix dans un autre canton que celui qui lui est assigné. Croyez — a-t-il dit — que si plus des deux tiers du clergé de France, et notamment celui des grandes villes où il est plus instruit qu'ailleurs, s'est refusé au serment, ce n'est pas le regret qu'il a pour les biens d'ici-bas mais la crainte de perdre son âme. Au surplus — a-t-il continué — rien ne peut m'empêcher d'être votre curé, et quand on m'en arracherait de force, je le serais néanmoins. Il a ensuite établi plusieurs points, pour démontrer que le serment ne pouvait sympathiser avec la religion, et il allait en démontrer les conséquences lorsque nous, maire et officiers municipaux, lui avons représenté qu'il prêchait le fanatisme, qu'il voulait faire égorger une famille de frères, et lui avons commandé de descendre de la chaire, ce qu'il n'a voulu faire que lorsqu'il a vu que le bruit et les murmures qui se sont élevés dans l'église l'empêchaient de se faire entendre. « Il est facile de juger quel était le but d'un tel sermon. Plusieurs menaces faites çà et là nous prouvent claire-ment qu'il s'est fait des prosélytes parmi les gens simples et méchants. Son explication est si contraire aux principes de l'union, qu'il a été dit à la sortie de la messe et dans l'église qu'il serait à propos de donner une volée de coups de trique à la municipalité et laisser le curé tranquille. « Nous ne doutons point qu'ayant vu manquer le fruit de sa scélératesse, il n'aille de nouveau parcourir la campagne, pour achever d'égarer les esprits, à l'effet de refaire un nouveau prêche dimanche prochain et se faire soutenir par ses partisans. Nous sentons combien un homme comme lui est à craindre. Il ne faut qu'une étincelle pour occasionner une combustion générale. Les têtes n'y sont déjà que trop disposées. Pour obvier à un pareil malheur, nous requérons que, ce considéré, Messieurs, il vous plaise présenter notre plainte à votre tribunal et concerter avec lui les moyens les plus propres à empêcher que les mains ne s'arment du fer du fanatisme, ce que nous prévoyons ne pouvoir se faire que par l'arrestation de ce curé incendiaire et sa constitution dans vos prisons, pour son procès lui être fait comme perturbateur du repos public et être, d'après les charges prouvées, condamné en telles peines qu'exige un tel délit. » Cette analyse informe du sermon de M. Noël Pinot, nous en montre cependant le fonds de doctrine théologique et de fermeté sacerdotale.

L'interruption du maire fit frémir de stupeur et d'indignation cette religieuse population, qui sortit de l'église indignée contre l'audacieux impie qui avait osé crier de sa place : « Descends de cette chaire, tu nous dis que c'est une chaire de vérité, et tu ne profères que des men-songes... » Rentré à la sacristie, M. Pinot dit aux enfants de choeur : « Mes enfants, restez à l'église, préparez-vous à vous confesser pendant que je vais prendre mon repas, il est probable que d'ici à longtemps vous n'aurez point de prêtre catholique qui puisse vous absoudre. Voici de mauvais jours qui viennent sur nous. » Il fit faire à l'un d'eux le lendemain sa première communion. Une seconde dénonciation fut adressée au département par le maire contre un paroissien du Louroux, nommé Rougeon, fileur de laine, demeurant au village du Haut-Tertre. « Depuis le commencement de notre sage révolution, il n'a cessé de s'en déclarer le plus implacable ennemi, non seulement par les mauvais conseils qu'il donne à un chacun, mais encore par ses pernicieux exemples. Ce particulier ne cesse d'attaquer tous les gens simples qu'il rencontre et de leur déclarer que nos représentants, tant à l'Assemblée nationale que dans les différents départements, districts et municipalités, ne sont qu'une bande de voleurs qui doivent dilapider tout ce que paie la Nation et le produit de la vente des domaines nationaux. Il détourne le public de l'esprit de la Révolution en disant que les Messieurs veulent empiéter sur les droits de la noblesse et du clergé et vexer le paysan. Il ne s'en tient pas à ces criminels propos, et plusieurs fois les gens de bien ont manqué être victimes de ses conseils pervers. En voici plusieurs occurrences non équivoques. — Tout le monde se rappelle la malheureuse affaire des 4 et 6 septembre qui est arrivée à Angers. Le même esprit d'insubordination se manifesta dans notre paroisse, à l'instigation de ce nommé Rougeon, au sujet d'une charretée de grain qui traversait notre paroisse. Le public s'opposa à son passage, et le ci-dessus dénommé déclara que quiconque l'autoriserait, il lui passerait une pique dont il était porteur au travers du corps et qu'il engageait tout le monde à en faire autant. Un grand nombre prit son parti, et la municipalité fut obligée d'avoir un dessous. Ceci se passa le 5 septembre. — Le 8 suivant, ce particulier se transporta au bourg de Bécon et réitéra les mêmes propos qu'il avait tenus le 5 en notre paroisse, ce qui occasionna une rumeur si considérable qu'un nommé Ricou, meunier, manqua en devenir la victime. Ce tumulte ne fut apaisé que par l'apparition de la maréchaussée d'Ingrandes. — Depuis ce temps, ce même particulier n'a fait que donner les plus mauvais conseils en disant que trop longtemps les Messieurs avaient été leurs maîtres, qu'il fallait que la canaille le devînt à son tour. — Il n'a pas manqué de manifester son esprit d'opposition dimanche dernier, car lorsque nous fîmes défense au sieur curé de notre paroisse de poursuivre le sermon incendiaire qu'il avait commencé, .ce particulier ameuta nombre de mauvais sujets comme lui, et les sollicita pour fondre sur la municipalité, l'expulser à coups de trique de l'église et maintenir le curé dans son prône. Heureusement la descente que fit le curé de sa chaire devança les projets hostiles de Rougeon. »



Les accents d'un civisme si pur furent entendus. La double dénonciation de la municipalité du Louroux fut lue à la séance du directoire du département, le 3 mars. M. Pierre-Marie Delaunay, procureur général syndic, demanda l'autorisation de poursuivre le curé ainsi que son paroissien, et de les dénoncer à l'accusateur public près le tribunal du district. « Malheureusement un grand nombre d'ecclésiastiques fonctionnaires publics, en dénaturant le sens et l'esprit des décrets — dit Delaunay — s'efforcent d'alarmer la foi des fidèles; ils excitent des mouvements, agitent les esprits et fomentent la division. Il est temps que la sévérité prenne la place de l'indulgence, et que la justice s'arme de son glaive pour les punir. Je requiers donc à être autorisé à dénoncer à M. l'accusateur public près le tribunal du district d'Angers



le sieur Pinot, curé de la paroisse du Louroux-Béconnais, et le nommé Rougeon, fileur de laine, perturbateurs de l'ordre et du repos public, à l'effet d'être poursuivis et comme tels condamnés suivant la rigueur des lois. » Aussitôt le directoire fait droit à sa demande, et « le procureur syndic du district d'Angers demeure autorisé à faire prêter main-forte pour l'exécution des jugements qui interviendront sur la présente dénonciation. »



Dès le lendemain 4 mars, à une heure après midi, le sieur Delaunay dénonce l'accusé, les témoins sont entendus, et à 9 heures du soir le décret d'arrestation est lancé. « La garde nationale d'Angers fut aussitôt le chercher. Il en était instruit; il aurait pu fuir. Il préféra rester chez lui et fut lui-même ouvrir la porte à la garde nationale, qui arriva chez lui au milieu de la nuit au nombre d'environ cent hommes bien armés. Quand ils allaient chercher un prêtre qui n'avait d'autres armes que son bréviaire, ils n'allaient jamais qu'ils ne fussent au moins vingt. Mais on craignait, dit-on, une révolte, et on voulait donner de l'éclat à cette capture et y accoutumer les fidèles. — Quoi qu'il en soit, il les invita à entrer chez lui et à se rafraîchir. Il avait eu soin de faire préparer quelque chose pour eux. Après avoir passé une partie de la nuit, ils le montèrent sur son cheval et le conduisirent à Angers. Ils avaient eu soin de régler telle-ment la marche qu'il pût arriver en plein jour et être vu de toute la populace. Il arriva, en effet, à midi à Angers, et traversa toute la ville au milieu de la garde nationale qui l'escortait comme si ç'eût été un prisonnier d'État. Il entendit quelques mauvais propos dans les rues. Le plus grand nombre cependant parut affligé de voir un si saint ecclésiastique, qui était connu pour tel de toute la ville qui l'avait vu naître, réduit à cet état d'humiliation. Lui seul était content et satisfait de souffrir pour sa religion



et de se voir dans le cas de la confesser publiquement . » M. Pinot comparut devant ce tribunal et fut condamné à habiter deux ans à huit lieues de la paroisse du Louroux. L'accusateur public, ne trouvant pas ce jugement assez sévère, fit appel, et M. Pinot choisit le tribunal du district de Saint-Florent-le-Vieil, séant à Beaupréau. « Il partit donc pour se rendre à Beaupréau. A son arrivée, tous les habitants de l'endroit et des environs, instruits déjà de la persécution qu'il éprouvait, s'empressèrent de lui témoigner leur respect. Chacun sortait aux portes sur son passage et le comblait de bénédictions. Il trouva un repas préparé pour lui. Il fallut cependant aller dans la prison. Des ordres de la daine du lieu avaient été donnés au régisseur du château pour le traiter honnêtement; elle eût désiré qu'il eût pu avoir la liberté de se promener dans les promenades du château, mais cela n'était pas possible, il fallait qu'il fût dans une prison. On lui prépara donc une chambre où on ne lui laissait manquer de rien ; c'était à qui lui offrirait quelque chose, tant on était jaloux de lui être utile et d'adoucir son sort. — Le moment vint où il fut obligé de paraître devant ses juges. Là comme à Angers il les dérouta par ses réponses. Le plus grand nombre voyait bien qu'il était innocent, mais on n'osait le déclarer ouvertement, on n'aurait pas été ami des Césars qui avaient juré sa perte. Tout ce qu'on put faire de moins, ce fut de ratifier la sentence du tribunal d'Angers, tout injuste qu'elle était. » Ce que devint le curé du Louroux-Béconnais après la ratification de la sentence par le tribunal de Beaupréau, M. Gruget nous le dit dans son Journal.



« M. Pinot vint à Angers, et là la liberté lui fut rendue ; mais défense lui fut faite de paraître dans sa paroisse et même à huit lieues. Il se retira aux Incurables, où il demeurait quand il avait été nommé à sa cure et dont il avait emporté les regrets. On ne tarda pas à en être instruit. On fut aussitôt avertir Mademoiselle la Supérieure de ne le pas recevoir. « Il partit donc pour Corzé, où il demeura quelque temps. Ses ennemis, qui le suivaient partout, portèrent des plaintes contre lui, et déjà on se disposait à s'en saisir de nouveau pour le remettre dans les fers. C'était dans le mois de juillet 1791. Dans ce temps-là on ramassait tous les curés et vicaires qui avaient refusé le serment et qui avaient été déplacés. Il prit donc le parti de retourner dans le pays de Beaupréau, où il avait été si bien accueilli. Il y arriva, en effet ; mais à peine arrivé, on lui écrivit qu'on le cherchait, qu'il avait été dénoncé pour avoir chanté une grande messe à Corzé et être cause que M. le curé et ses vicaires avaient rétracté le serment qu'ils avaient fait. Il fut obligé de se tenir caché pour ne point s'exposer et pour ne point exposer aussi ses amis qui le recevaient.



« Dans le mois de novembre 1791, ayant appris qu'il y avait une amnistie, il crut pouvoir en profiter pour aller consoler ses paroissiens. Il y fut en effet; mais il ne put pas y paraître en public, et voyant qu'il y avait du danger pour lui, qu'il pourrait aussi compromettre ses parois-siens qui le logeraient, il se décida à revenir dans le pays de Beaupréau, après avoir fait tout ce que son ministère exigeait de lui. Il se détermina donc à passer tout son temps dans les Mauges, allant d'une cure dans une autre. « L'arrêté du département qui enjoignait à tous les prêtres de se rendre à Angers étant survenu, il ne crut pas devoir y obéir. Il resta dans le pays et rendit aux fidèles



du canton tous les services dont ils avaient besoin. Il s'attacha particulièrement à la paroisse de Saint-Macaire, dont M. Delacroix, le véritable curé, avait été chassé pour avoir refusé le serment. « Quand l'armée catholique fit son entrée à Angers, dans le mois de juin 1793, il la suivit et se rendit de là dans sa paroisse, fit son entrée dans l'église et annonça la parole de Dieu à ses paroissiens pendant tout le temps qu'il eut la liberté de paraître publiquement. Ce fut pour lui une grande satisfaction de reparaître au milieu de son peuple, et c'en fut aussi une bien grande pour ses paroissiens qui lui étaient restés fidèles de le revoir avec eux. Il avait toujours eu cette espérance d'annoncer un jour dans son église la parole de Dieu. Ses désirs ont été accomplis, mais il ne lui a pas été possible de faire tout le bien qu'il eût voulu. Il a été forcé de mener une vie cachée au milieu de sa paroisse. Cela ne l'empêchait pas de visiter ceux ou celles qui avaient besoin de son ministère. C'est ainsi que, comme un bon pasteur, il s'exposait à donner sa vie pour son troupeau. » C'est le samedi 22 juin 1793 que M. de Scépeaux vint au Louroux avec une troupe de Vendéens. A leur approche, le curé constitutionnel Renier se cacha à son tour, mais les Vendéens allèrent piller le presbytère où il demeurait. Le curé légitime, Noël Pinot, ne tarda pas à arriver, et le lundi 24 juin, fête de saint Jean-Baptiste, qui était alors une fête chômée, il eut le bonheur de chanter la grand'messe dans son église paroissiale.



Mais cette éclaircie fut de courte durée, car aussitôt après l'échec des Vendéens sous les murs de Nantes (29 juin), la rive droite de la Loire retomba sous le joug de la Convention qui devint dans toutes ces contrées plus pesant qu'auparavant. En 1865 M. Brouillet, curé du Louroux-Bétonnais, fit une minutieuse enquête sur la vie de Noël Pinot. Voiciles détails qu'il donne sur l'existence menée par son saint, prédécesseur pendant les huit derniers mois qui précédèrent son martyre. « La paroisse du Louroux a une très grande étendue, 7.000 hectares environ, elle est la plus vaste de tout le diocèse d'Angers. La circonscription d'avant la Révolution était à peu près la même qu'aujourd'hui. Elle est assez bien arrondie. Un rayon d'environ 6 kilomètres tournant autour du point central toucherait aux extrémités, sauf dans la partie attenante à la Bretagne. Une quinzaine de villages nombreux et de vastes métairies alors peu cultivées sont semés sur toute la superficie.. Des landes immenses, des bois, des étangs lui donnaient un aspect sauvage et stérile. Aucune des sept ou huit belles routes qui la traversent aujourd'hui n'existait alors. Ses fermes, pauvres pour la plupart, ne pouvaient s'exploiter que par des routes difficiles et ne donnaient à leurs propriétaires que de faibles rendements. Les champs étaient couverts d'arbres touffus et de haies épaisses, et la circulation était difficile et fort lente. La population était toute chrétienne, dévouée à son curé, et généralement discrète et peu sympathique à la cause révolutionnaire qui troublait des habitudes religieuses profondément enracinées et qui caractérisent encore aujourd'hui cette paroisse comme toutes celles de la contrée.



« Mais comment espérer que nul ne livrerait le curé si connu de tout le monde ? Qui ne sait combien l'appât de l'argent, les excitations du vin peuvent facilement amener les plus honteuses indiscrétions, même chez ceux qui n'ont pas de mauvaises inclinations ? On ne pouvait donc compter sauver la vie de M. Pinot. Il était, d'ailleurs, résolu de s'exposer pour continuer à rendre à son troupeau chéri les services d'un pasteur dévoué. Il eût pu retourner encore dans cette Vendée qui l'avait accueilli si affectueusement et où son visage peu connu ne l'eût pas exposé à être surpris par des espions. Mais sa résolution était inébranlable et le sacrifice de sa vie était fait. Il voulait mourir au milieu de son troupeau en lui distribuant les secours de son divin ministère. « M. Pinot reprit donc les déguisements du proscrit et avisa aux moyens de se cacher dans sa paroisse en remplissant toutes les fonctions d'un curé zélé et dévoué. Il prit le costume des paysans de la contrée, et les anciens racontent qu'il s'habillait en serge grise. « M. Pinot put échapper ainsi pendant huit mois aux actives recherches qu'on faisait pour s'emparer de sa personne, depuis le mois de juin 1793 jusqu'en février 1794. Ce n'était pas la crainte de l'exil qui l'avait empêché de fuir, mais il avait voulu rester au milieu de son troupeau pour ne pas le laisser livré à des pasteurs infidèles. Il avait appris du divin Maître que le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis et il voulait imiter en tout son divin Maître. Dans le calme et la prospérité il avait imité son zèle et son dévoûment, dans les persécutions il était avide de lui témoigner son amour le plus généreux jusqu'à l'effusion de son sang. Dieu se plaît à choisir les victimes les plus pures qui doivent avoir l'insigne honneur d'être choisies pour apaiser la justice et expier les forfaits des nations.



« Son plan de conduite fut facile à dresser. Connaissant cette vaste paroisse et les familles les plus discrètes, il avisa celles où il pouvait trouver l'hospitalité la plus sûre ; et pour se dérober plus facilement aux recherches de la police municipale, il prit le parti de se cacher habituellement aux extrémités dans les lieux les plus solitaires. D'ailleurs, en rendant tous les services possibles à ses paroissiens, il pourrait aussi rendre aux paroisses limitrophes dont les curés étaient presque tous exilés ou déjà immolés, des services importants. La Cornuaille, Angrie, Villemoisan, Belligné, Vern, Bécon, l'appelaient près de leurs malades, lui apportaient des enfants à baptiser et lui amenaient des mariages à bénir. On sait que les vicaires généraux de l'évêque exilé avaient fait parvenir aux prêtres cachés comme eux les pouvoirs les plus étendus. Le bourg du Louroux et ses alentours, quoique le danger d'y être découvert fût très grand, ne fut point exclu de ses plans de résidence. « Sur tous les points de ce vaste territoire, des chefs de famille, des femmes pieuses et discrètes savaient où était caché le saint prêtre ; lorsqu'on avait besoin de son ministère on s'adressait à eux, et la nuit suivante on le faisait venir sans livrer sa résidence si les personnes qui le réclamaient n'offraient pas une sécurité parfaite. Quand les distances à parcourir étaient longues, pour ménager son temps et diminuer ses fatigues, on lui amenait un cheval, ce qui n'empêchait pas souvent que la nuit entière ne fût consacrée à ces pénibles courses. Ne perdons pas de vue que ce laborieux ministère qui ne finit qu'en février 1794, fut exercé pendant quatre mois de la plus rigoureuse saison et que les chemins d'alors étaient impraticables.



« On sait la vie que mènent nos missionnaires dans les régions persécutées. C'était la vie des prêtres cachés pendant la Révolution française. Le jour ils restaient renfermés dans les maisons solitaires, des greniers, des étables ou les réduits les plus incommodes ; ils y prenaient un peu de repos, y récitaient leurs prières et leurs offices, lisaient ou écrivaient quand ils avaient pu se procurer quelques livres. La nuit, lorsque les ténèbres avaient ajouté à la sécurité, ils remplissaient les devoirs de leur ministère. « La première moitié de la nuit était ordinairement consacrée aux confessions et relations de toutes sortes avec les gens des alentours et quelquefois des régions les plus éloignées qui avaient pu arriver discrètement vers les prêtres catholiques. Quand minuit était arrivé, on préparait tout pour la célébration de la messe. Le divin sacrifice était offert dans les maisons ou les greniers, souvent dans les étables. Quel spectacle touchant c'était de voir un pauvre prêtre persécuté comme le dernier des malfaiteurs, renouvelant les mystères divins célébrés autrefois dans les souterrains de Rome païenne, prier dans le recueillement le Dieu de Bethléem de pardonner à ce peuple égaré, autrefois si religieux, les aberrations furieuses produites par l'impiété et les sectes maçonniques ! Comme la ferveur et la simplicité de coeur des chrétiens qui l'entouraient agenouillés dans leurs pauvres demeures et sur la paille de leurs étables devait exciter son coeur à la prière, au dévouement sans bornes et à l'imitation fidèle du Dieu crucifié ! Si le simple souvenir fait encore tant de bien à l'âme chrétienne, quels effets devait produire la réalité ! Un sermon ou un catéchisme préparaient aux divins mystères et consolaient ce peuple avide de la parole de Dieu devenue rare aux jours de l'affliction. Comme la participation à la Sainte Eucharistie devait être fervente et produire dans les coeurs un accroissement de vertu et de foi !



« Ces touchantes cérémonies parachevées, chacun regagnait sans bruit à une heure encore matinale sa demeure pour prendre un peu de repos s'il était temps encore, et se livrer plein de courage à ses labeurs quotidiens . Le pieux pasteur, lui aussi, se délassait des rudes fatigues de la nuit et rentrait dans la solitude et l'obscurité de sa cachette ; après les heures de sommeil confiées à la vigilance de ses hôtes et surtout à la garde de la Providence divine, il reprenait ses prières, ses exercices de dévotion ou ses lectures destinées à retremper son âme dans son recueillement. « Sa première retraite paraît avoir été la maison de U. Lelarge, chef d'une des plus honorables familles bourgeoises de la paroisse. On trouve aux archives municipales un procès-verbal ainsi conçu : « Trois témoins déposent que vers la Saint-Jean 1793, le citoyen Lelarge a reçu chez lui l'ex-curé Pinot, mais seulement par la force et la contrainte des brigands. »



Les trois témoins n'ont point signé leur déposition, probablement ils ne savaient et leurs noms nous sont restés inconnus ; mais le fait qu'ils affirment est hors de doute. Seulement ce n'est point par la contrainte des brigands que M. Lelarge reçut chez lui le pauvre proscrit. Les témoins l'affirment dans le but de soustraire M. Lelarge aux poursuites judiciaires et par des motifs de bienveillance pour lui. Ce qui n'empêcha pas que M. Lelarge ne fût plus tard emprisonné à Angers avec 12 ou 15 autres personnes coupables du même délit. Il tomba malade dans sa prison et y mourut. M. Lelarge habitait le village de Piard. « Ce village, d'une quinzaine de feux, est situé sur la rive droite d'un étang auquel il donne son nom, à environ cinq kilomètres du bourg. Il est fort isolé. On n'y arrive, après avoir passé la chaussée de l'étang, que par un chemin de difficile accès. Cette retraite avait été bien choisie. De plus, la famille Lelarge était connue de M. Pinot par ses sentiments religieux et son dévouement. Il devait donc trouver chez elle une hospitalité des plus sûres. Les habitants du village, privés comme toute la paroisse depuis le 4 mars 1791 de leur curé, un moment assistés par son vicaire, M. Garanger, revenu de son erreur et ensuite déporté en Espagne, étaient, on le comprend, avides des secours de la religion. M. Pinot put donc remplir pendant quelques jours les devoirs de son ministère sans être trop exposé et livré aux révolutionnaires. « La maison Lelarge, quoique fort simple, constituait une petite habitation bourgeoise qui se distinguait du logement des paysans. Elle est aujourd'hui dans le même état qu'autrefois et habitée par un fermier qui cultive la petite propriété de M. Lelarge vendue vers le milieu du XIXe siècle.



« Les soirées et une partie de la nuit étaient consacrées à entendre les confessions, puis M. le curé, muni comme tous les prêtres cachés des ornements et vases sacrés pour dire la messe, offrait le Saint Sacrifice. Une table, quelquefois un coffre lui servaient d'autel, et la maison ou le grenier de chapelle. Le Saint Sacrifice fini, cette maison sanctifiée par la présence du Dieu de l'Eucharistie redevenait une demeure vulgaire, et chacun retournait à ses travaux ordinaires. « Le saint curé paraît être revenu plusieurs fois dans la maison Lelarge durant les huit mois de son séjour en a paroisse.



« Un jour il faillit y être pris et n'échappa que par une intervention miraculeuse de la Providence. Sa résidence de Piard avait été révélée à la police locale. Le matin, après les travaux de la nuit, de fort bonne heure, M. Pinot déjeunait avec M. Lelarge et ses enfants dans la pièce principale du rez-de-chaussée. Tout à coup un paysan aperçoit une troupe de gardes nationaux déboucher à l'entrée du village sur la rive droite de l'étang ; il s'empresse d'avertir. Grand émoi dans la maison. En quelques minutes on fait disparaître toutes les traces du déjeuner. M. Pinot s'enfuit au grenier, où M. Lelarge renversa sur lui une vaste panne à lessive, en terre, et redescendit à la maison avec sa femme et ses enfants. La troupe arrivait, niais tous avaient eu le temps de se remettre de leur émotion ; les périls fréquents donnaient à ces chrétiens dignes des temps de persécutions le sang-froid et le courage nécessaires au milieu des dangers. On interroge les habitants de la maison, mais aucune réponse embarrassée ne vient trahir le secret. On fait des perquisitions dans la maison, dans la cave, dans les étables, on les continue dans le grenier tout autour de la panne à lessive. On perce avec les baïonnettes un gros monceau de lin et de filasse dans lequel on soupçonnait que le curé pouvait être caché, et personne ne s'avisait de soulever cette panne, et après avoir injurié le maître de la maison on alla faire des recherches dans tout le village avant de regagner le bourg. Le temps marqué par la Providence pour le sacrifice sanglant n'était pas encore arrivé ; le bon Dieu gardait son serviteur et la récompense n'était pas encore prête : les fatigues, les angoisses et le dévoûment du prêtre devaient encore profiter à plusieurs et sanctifier l'homme de Dieu.



« Nous savons qu'il a fait aux Foucheries un assez long séjour. C'est une grande métairie aux limites de la paroisse vers Belligné, à 7 ou 8 kilomètres du bourg et perdue dans les bois. Il administra aussi les sacrements et remplit comme à Piard toutes les fonctions du ministère pastoral. De plus, il y fit faire la première communion à douze jeunes gens. L'un d'eux, mort en 1865, nous en a fait le touchant récit à plusieurs reprises et encore dans les derniers mois qui précédèrent sa mort. En 1792 et 1793 il n'y en avait pas eu ; c'était un amer chagrin pour les familles et un grand malheur pour la jeunesse. Nous n'avons que peu de détails. M. Pinot fit pendant plusieurs nuits le catéchisme, enseignant sommairement le petit nombre de vérités essentielles pour s'approcher de l'Eucharistie et de la Pénitence, ce qui fait supposer que M. Pinot dut séjourner pendant un certain temps dans cette contrée éloignée du bourg. Là, c'était une grange qui servait de chapelle, le nombre de ceux qui venaient assister aux offices était plus considérable qu'ailleurs parce qu'on y trouvait plus de sécurité. Cette cérémonie d'une première communion dans la grange des Foucheries dut être bien touchante pour le pauvre curé proscrit et pour les paroissiens. L'auditoire ne se composait pas seulement de ces jeunes gens, mais d'un bon nombre de grandes personnes avides plus que jamais de la parole de Dieu devenue si rare dans cette pauvre France. C'était toujours la nuit qu'on se réunissait dans ces lieux solitaires. On se groupait autour des prêtres, on apportait quelques chaises ou des bancs pris dans chaque ménage pour les plus âgés et les chefs de famille, la jeunesse s'asseyait sur la paille des étables, et dans un religieux silence on y écoutait avidement l'enseignement divin. Les confessions, la messe et les prières ferventes suivaient après minuit ces sermons familiers mais brûlants de l'amour de Dieu. — La nuit marquée pour l'admission de ces pauvres gens au banquet divin arriva bientôt. Ce fut une scène digne des catacombes romaines au temps des martyrs. Le temple, si semblable à l'étable de Bethléem, avait été préparé sans doute avec un soin particulier. pour cette touchante cérémonie. L'autel aura été une pauvre table de métairie ornée avec un soin particulier. Enfin le moment solennel arrivé, le Saint Sacrifice commençait, les douze jeunes gens étaient rangés près de l'autel, leurs parents et les habitants du voisinage placés derrière eux priaient dans le recueillement et la ferveur. De cette pauvre grange s'élevaient vers le ciel des soupirs embrasés mêlés de beaucoup de larmes. Avant de distribuer à ces jeunes chrétiens le corps de Jésus-Christ, le vieux pasteur leur adressa une exhortation pour exciter davantage leurs pieux sentiments comme il se pratique en pareille circonstance. La communion des fidèles suivit celle des jeunes communiants, puis d'ineffables actions de grâces, des désirs et de fermes résolutions ; l'assistance se retira ensuite dans le silence pour rentrer chacun chez soi et prendre un peu de repos jusqu'à l'heure du travail.



« Quoique la contrée des Foucheries offrît à M. Pinot plus de sécurité, il n'y prolongeait son séjour que le temps nécessaire à l'accomplissement des devoirs de son ministère et le bien des âmes. « Le village de Lasseron, sur les limites de l'Anjou et de la Bretagne, connu surtout par les combats des contrebandiers contre la gabelle, lui donna aussi l'hospitalité. Trois de ses habitations appartenaient à la paroisse du Louroux. Le curé s'y trouvait encore sur son territoire et pouvait rendre à la paroisse de Belligné d'importants services. Il y disait la messe dans une chapelle de secours qui desservaient autrefois les moines de Pontron pour faciliter aux habitants des alentours l'assistance à la messe le dimanche. « De Lasseron, M. Pineau revenait à Quintonnay ; on montre la boulangerie dans laquelle il disait la messe à la Grange, à la Pinellière, à la Roterie, etc., etc. Sur tous les points il trouvait des amis dévoués et sûrs, qui veillaient le jour et la nuit pour éviter les surprises. On lui recommandait sans cesse la plus grande prudence et les précautions les plus vigilantes dans ses courses près des malades et ses changements de cachettes. Il répondait toujours : « Oh ! j'ai confiance dans mes paroissiens, je n'en connais point qui veuille me trahir, je les crois au contraire prêts à me cacher et à se sacrifier pour moi. »



« Les recherches de la police se ralentissaient par moments, d'autres fois elles devenaient très actives. Des détachements de soldats bu de garde nationale parcouraient le pays, et tout en recherchant le curé ou les aristocrates ils pillaient les fermes, enlevaient le pain, les volailles et tout ce qui pouvait tenter leurs convoitises, outrageant les femmes et les filles, semant partout les menaces et les insultes. Aussi on s'enfuyait à leur approche, puis on se cachait dans les bois, on y passait avec quelques approvisionnements des jours et des nuits. « Lorsque le pauvre curé n'avait pas de guides durant les longues soirées et les nuits glaciales de l'hiver, il allait seul. Dans les derniers temps qui précédèrent son arrestation, il fut mandé près d'un mourant au village de la Ménantais, paroisse de la Cornuaille, alors du diocèse de Nantes. Il se mit en route par d'horribles chemins. Exténué de fatigues et de besoin, il entra à la ferme de la Censie. On s'empressa de sécher ses vêtements et sa chaussure et de lui donner de la nourriture en lui témoignant les plus affectueux sentiments. Il y répara un peu ses forces et reprit sa course, craignant d'arriver trop tard auprès du moribond. Le père Cottenceau, dont le petit-fils exploite encore la métairie, et l'un des voisins voulurent l'accompagner pour le ramener ensuite en un lieu sûr après les fatigues d'une nuit entière passée dans ce laborieux ministère. « M. Pinot visita également les Foresteries et le sautres fermes de cette région, les villages situés du côté d'Angrie, de Vern et de la Poueze. Partout l'homme de Dieu réconciliait les pécheurs, affermissait les faibles par ses exhortations et la nourriture eucharistique, et dirigeait leurs pensées vers le ciel, unique consolation des opprimés et de tous ceux qui souffrent.



« A la Touche il faillit être pris, sa cache avait été vendue. Quelques instants avant la visite domiciliaire, la femme Gilot fut heureusement avertie. Tout allait être minutieusement fouillé, maison, greniers, étables. Dans son inquiétude, la pensée lui vient de cacher le pauvre curé proscrit dans le râtelier où mangeaient ses boeufs elle met vite du foin, le curé se couche dessus, une autre brassée est étendue sur lui de manière à le couvrir entièrement ; le côté du mur seul laissait libre sa respiration. La garde nationale fouilla, en effet, partout, mais personne n'eut l'idée de chercher dans le foin que mangeaient les bestiaux, pour y trouver le curé réfractaire. Les perquisitions, les menaces n'avaient pu faire découvrir celui que la Providence entourait de sa paternelle protection. « M. Pinot, qui ne voulait laisser aucune partie de sa paroisse sans secours, affrontait tous les dangers. Il porta la hardiesse jusqu'à habiter le centre du bourg. Il avait trouvé une maison sûre, des amis dévoués, et dans leur maison une cachette difficile à trouver. Cette maison est actuellement l'Hôtel de la Boule d'Or; elle était alors habitée par la famille Barreau, dont les descendants en sont encore propriétaires. Nous avons souvent visité cette petite chambre lorsque Mme Briau-Barreau et sa fille Mlle Lucie Briau l'habitaient encore. On conserve avec vénération dans la famille une petite table à l'usage de M. Pinot, lorsqu'il était caché dans cette honorable famille. Lorsqu'on l'emmena à Angers pour le faire mourir, il trouva sur la place la jeune Marie Barreau qui devait être plus tard Mme René Briau et lui donna comme un témoignage d'affection et de reconnaissance envers sa famille son chapelet. Mite Lucile ea mourant l'a donné à M. Brouillet, curé du Louroux .



Dans le bourg aussi on admettait près de M. Pinot les personnes sûres qui avaient besoin de son ministère, mais on veillait avec de plus grandes précautions parce que les traîtres et les espions y étaient plus nombreux et que les indiscrétions étaient fort à craindre. « Quand il avait pourvu aux besoins spirituels d'une contrée, il fuyait vers une autre pour y porter aussi le secours de son ministère.



« Il fut caché souvent aussi à la Glenaie, chez le père Lequeux. De là, il se dirigeait dans tous les alentours conduit souvent par les mêmes affidés, parmi lesquels on peut citer au premier rang le père Aubry du Houssais-Quinzé. Le père Lequeux, de la Glenaie, qui avait souvent caché le vénérable curé, fut lui-même pour cet office de charité dénoncé et conduit en prison à Angers, où il mourut de maladie et de privations. Son fils, mort en 185. (?) dans un âge avancé à la Glenaie, racontait que le vénérable curé Pinot lui avait fait souvent le catéchisme dans les longues soirées d'hiver, lorsqu'il était caché chez son père. Nous ne pouvons nous rappeler sans attendrissement les paroles qu'il nous répétait durant sa dernière maladie. Il disait en pleurant et répétait fréquemment : « Oh ! que c'était un bon pasteur, M. le curé Pinot, que c'était un bon pasteur ! et des larmes abondantes coulaient de ses yeux au souvenir du saint confesseur et de ses infortunes. « Une scène émouvante se passa au village de la Haye dans les dernières semaines du séjour de M. Pinot au Louroux. Marie Perrot, de la Sennerie, âgée de 72 ans, pauvre et honnête fille, raconta à M. le curé du Louroux que son père qui habitait le village de la Haye dans l'hiver de 1794 tomba gravement malade d'une fluxion de poitrine. Il était dans le plus grand danger. On alla chercher M. Pinot pour lui administrer les sacrements. Au milieu de la nuit, le saint curé arriva en toute hâte. Les personnes de la maison qui veillaient le malade et le conducteur appelé Plaçais sortirent à la porte pendant la confession du malade. — Un révolutionnaire exalté, espion de la municipalité, le seul de ce grand village, était aux aguets, présumant qu'on ne laisserait pas mourir Perrot sans appeler M. Pinot. Voyant pendant la nuit quelques personnes à la porte du malade, il alla converser avec eux avec une apparence amicale cachant ses mauvais desseins. Il entendit le bruit d'un homme qui se mouchait dans la maison et demanda qui était là. On lui dit : « C'est le malade qui fait ce bruit. » Puis l'espion se retira, mais pour épier de son grenier tout ce qui se passerait. — M. Pinot voyant son malade en grand danger proposa de dire la messe dans sa maison pour lui donner le saint viatique. Sa femme le pria de n'en rien faire, en lui disant : « Monsieur le curé, il y a un méchant homme dans le village qui épie tout ce qui se passe : il va vous arriver malheur. » Le curé insista à plusieurs reprises, disant qu'il n'y avait personne parmi ses parois-siens qui voudrait le livrer ; il ne leur avait fait et ne voulait leur faire que du bien. Enfin il fut décidé qu'il irait dire sa messe aussitôt après minuit à Chanteloup, à un kilomètre environ. Il offrit dans une étable à mou-tons le divin sacrifice et apporta le saint viatique à son malade.



« La nuit s'avançant et l'éveil étant donné dans cette contrée, M. Pinot dut changer de cachette et s'en alla à la Milandrie, chez Plaçais, dont la petite-fille mariée à Petiteau habite encore la métairie qu'exploitait son grand-père. Ce fut une sage précaution, car dès ce jour même la municipalité instruite de tout faisait faire des recherches actives à la Haye et aux alentours pour découvrir le saint curé. Ces faits se passèrent une quinzaine de jours avant l'arrestation chez la mère Peltier, où M. Pinot avait pris domicile en quittant la maison Plaçais. « Il est impossible de signaler toutes les courses apostoliques et les diverses pérégrinations de l'homme de Dieu durant le temps qu'il demeura caché dans sa paroisse. Nous sommes à trop grande distance de ces persécutions, puis une partie des familles qui l'ont abrité dans leurs métairies solitaires ont disparu du Louroux ou bien ont négligé de transmettre leurs traditions. Nous ne pouvons donc que mentionner quelques-unes de ses stations. Une histoire plus détaillée aurait offert à la paroisse du Louroux surtout bien des circonstances intéressantes, mais il eût fallu la faire aussitôt après le rétablissement du culte catholique. Déjà plus de 72 ans se sont écoulés depuis la mort de M. Pinot, comment retrouver la trace de tous ses pas ? »



Le curé du Louroux-Béconnais fut arrêté le dimanche 9 février 1794 et conduit d'abord au bourg. Il y subit le même jour un premier interrogatoire de la part du juge de paix Bidon. Voici le procès-verbal rédigé par ce magistrat : « Aujourd'hui 21 pluviôse l'an II de la République une et indivisible, nous, François-Marie Bidon, juge de paix du canton du Louroux-Béconnais, district d'Angers, ayant été requis de nous transporter au bourg du Louroux pour y interroger un individu arrêté par une patrouille de notre garde nationale, nous nous y sommes transporté de suite, où étant en notre chambre d'audience, assisté du citoyen Livenais, notre greffier ordinaire, nous avons sommé le citoyen Grandin, commandant de ladite patrouille, de nous représenter ledit prévenu, lequel étant en notre présence et interpellé de dire ses nom, âge et profession, a dit s'appeler Noël Pinot, âgé de 47 ans, curé du Louroux-Béconnais.



« Interpellé ce qu'il était devenu depuis la Saint-Jean dernière, où il était venu publiquement dire la messe au Louroux : a dit que pendant près de deux mois il avait été errant sur la commune du Louroux-Bétonnais, qu'il avait dit la messe en plusieurs endroits.« Interpellé chez qui : a dit qu'il ne nommerait personne. « Interpellé s'il avait dit la messe chez Mathurin Lequeux, de la Glenaie : a dit qu'il l'avait dite chez lui. « Interpellé s'il n'avait pas envoyé chercher la citoyenne Thouin pour y assister: a dit que non, qu'il avait seulement envoyé faire des compliments et savoir de ses nouvelles. « Interpellé s'il n'avait pas été chez le père Robert, de la Touchardaie, pour le détourner d'être patriote ; a dit qu'il était allé chez lui pour lui expliquer la loi de l'Evangile. « Interpellé pourquoi il avait cherché à dire du mal et prêché contre les citoyens Pequignot et Virot, anciens religieux de Pontron : a dit qu'ils avaient donné le scandale en prêtant serment, et qu'il voulait détromper le peuple. « Interpellé à qui étaient tous les ornements nécessaires pour dire la messe, qui avaient été trouvés avec lui : a dit qu'il les reconnaissait pour être à lui. « Interpellé où il les avait pris : a dit qu'il y avait plus d'un an qu'il les avait pris dans le Poitou, mais qu'il ne se ressouvenait pas du nom de la commune. « Interpellé s'il n'avait pas acheté la veste qu'il avait, dans la commune du Louroux : a dit qu'il ne nommerait jamais personne.« Interpellé s'il avait été chez Augereau, de Chante-loup : a dit qu'il n'avait rien à répondre, qu'il était décidé à ne charger personne. « Interpellé s'il y avait longtemps qu'il se retirait dans la maison où il a été pris, chez la veuve Peltier : a dit qu'il n'y était entré que d'aujourd'hui, que la femme n'y était pas, qu'il s'était caché dans un coffre en entendant la garde. « Interpellé s'il s'y était retiré d'autrefois : a dit que non. « Interpellé s'il avait suivi les armées et s'il n'avait été à Chateau-Gontier : a dit n'avoir jamais suivi les armées. « Lecture à lui faite de sa déposition et requis de signer y a satisfait. « N. PINOT. »



Séance tenante le citoyen Bidon rend son jugement, dont voici les termes : « Sur ce, nous, juge de paix du canton du Louroux-Béconnais, d'après l'interrogatoire ci-dessus, mandons et ordonnons que le nommé Noël Pinot, se disant curé du Louroux, sera conduit par la force armée au Comité révolutionnaire d'Angers, et que la veuve Peltier, sur l'assertion de tous les citoyens qui assurent qu'elle n'a jamais été réfractaire à la loi, et que ce n'est que d'aujourd'hui que ledit Pinot a été chez elle, ordonnons qu'elle sera relâchée provisoirement ; et ordonnons que les chasuble, calice, petits bondieux et autres joujoux de cette espèce seront aussi transportés audit Comité. » Le lendemain 10 février le juge de paix remit à Grandin la pièce suivante : « De par la loi. François-Marie Bidon, juge de paix du canton du Louroux-Béconnais, mandons et ordonnons au citoyen Grandin, capitaine de la garde nationale du Louroux, de conduire au Comité révolutionnaire à Angers le nommé Noël Pinot, prêtre réfractaire et ci-devant curé du Louroux, convaincu d'avoir fomenté la guerre civile dans ladite commune et excité à la révolte plusieurs habitants de la commune, pendant plus de deux mois qu'il se tenait caché dans ladite commune, et autres faits à sa charge, qui sont portés dans son procès-verbal d'interrogatoire fait par nous. Requérons tout dépositaire de la force publique auquel le présent mandat sera notifié, de prêter main-forte pour son exécution en cas de besoin. » Muni de ce passe-port, le citoyen Grandin conduisit le prévenu à Angers et le fit comparaître le même jour, 10 février, devant le Comité révolutionnaire, qui tenait ses séances à l'évêché. Les membres du Comité (2) se contentèrent des pièces qu'on leur remit, et ne procédèrent point à un nouvel interrogatoire. Le secrétaire inscrivit son nom sur le registre officiel du Comité (3), puis dans la soirée M. Pinot était incarcéré à la Prison Nationale, au bas de la place des Halles. Le vendredi 21 février, le confesseur de la foi fut interrogé par la Commission militaire, dont les séances publiques se tenaient dans l'ancienne chapelle des Dominicains (aujourd'hui la gendarmerie nationale). Voici son interrogatoire, conservé en original aux Archives de la Cour d'appel d'Angers :

Liberté ou la Mort



« Cejourd'hui 3 ventôse l'an II de la République française une et indivisible, nous, vice-président et membres composant la Commission militaire établie près l'armée de l'Ouest, réunis dans le lieu ordinaire de nos séances publiques, dans la salle des ci-devant Jacobins de la commune d'Angers, avons fait extraire des maisons d'arrêt de cette commune le prévenu ici présent, que nous avons interrogé ainsi qu'il suit. « A lui demandé ses nom, âge, qualité et demeure : a répondu s'appeler Noël Pinot, né à Angers, paroisse Saint-Martin, domicilié au Louroux, prêtre réfractaire, ci-devant curé de ladite commune du Louroux, âgé de 47 ans. « A lui demandé pourquoi il ne s'est pas conformé à la loi relative à la déportation et concernant les prêtres non assermentés 1 : a répondu parce qu'il voulait instruire sa paroisse, dont Jésus-Christ qui est Dieu l'avait chargé. « A lui demandé où sont les preuves de la mission dont il dit avec impudence avoir été chargé par Jésus- Christ : a répondu que les preuves de la mission sont la juridiction que l'Eglise lui avait donnée dans la paroisse du Louroux, et que l'Eglise seule pouvait lui ôter.



« A lui demandé depuis quel temps il s'était retiré au Louroux et ses environs : a répondu depuis un an à peu près. « A lui demandé ce qu'il a fait pendant le temps qu'il était dans sa commune : a répondu qu'il expliquait la doctrine de la religion chrétienne, qui est la seule véritable et celle que l'on veut détruire. « A lui demandé chez qui il s'est caché dans ladite commune du Louroux : a répondu qu'il se cachait dans les granges, maisons et autres lieux. « A lui demandé s'il pouvait en nommer quelques-unes : a répondu qu'il ne voulait charger aucun de ses paroissiens. « A lui observé que puisqu'il se dit un ministre de la vérité, il est étonnant qu'il ne sache pas que si c'est un crime de ne pas montrer au grand jour les vertus sociales, c'en est un plus grand encore de ne pas dénoncer les fauteurs et les traîtres qui s'opposent au bonheur public en transgressant les lois sans lesquelles la société ne saurait exister: a répondu qu'il ne les croit pas coupables. « A lui demandé pourquoi il n'a pas prêté son serment : a répondu parce que sa conscience ne lui permettait pas de le prêter. « A lui demandé si ses réponses contienneut vérité et s'il sait signer : a répondu oui, Monsieur, et a signé. « N. PINOT. »



Immédiatement après cet interrogatoire, la Commission militaire le condamna à la peine de mort par le jugement suivant : « Sur les questions de savoir si Noël Pinot, né à Angers, ci-devant curé du Louroux-Béconnais, prêtre réfractaire, est coupable : 1° d'avoir eu ses correspondances et intelligences intimes avec les brigands de la Vendée ; 2° d'avoir refusé de se soumettre à la loi du serment et à celle de la déportation relative aux prêtres insermentés ; 3° d'avoir, étant caché au Louroux et environs, secoué impudemment et constamment toutes les torches du fanatisme pour allumer le feu de la guerre civile et faire couler des flots de sang ; 4° et enfin d'avoir provoqué au rétablissement de la royauté, à la destruction de la liberté, de l'égalité, bases fondamentales du bonheur et de la gloire de la République française ; « Considérant qu'il est évidemment prouvé que Noël Pinot est coupable de tous les délits ci-dessus à lui imputés ; « Considérant aussi que ce n'est qu'à l'instigation hypocrite et perfide des prêtres non assermentés que sont dus tous les malheurs de la Vendée et la mort de plus de cent mille républicains dans cette contrée ; « Considérant que par l'ensemble de ces délits il a provoqué à l'établissement de la royauté, à l'asservisse-ment du peuple français et à la destruction de la République ; « La Commission militaire le déclare atteint et convaincu de conspiration envers la souveraineté du peuple français, et en exécution de la loi du 9 avril 1793, le condamne à la peine de mort ; et sera le présent jugement exécuté dans les 24 heures. « Et enfin, en exécution de la loi du 19 mars 1793, la Commission militaire déclare les biens dudit Noël Pinot acquis et confisqués au profit de la République. « Et sera le présent jugement imprimé et affiché. « Ainsi prononcé, d'après les opinions, par Joseph Roussel, vice-président, Jacques Hudoux, Gabriel Morin, Marie Obrumier et Charles Vacheron, tous membres de la Commission militaire établie près l'armée de l'Ouest par les représentants du peuple, en séance publique tenue à Angers le 3 ventôse l'an II de la République française une et indivisible et démocratique.



Le registre des jugements de la Commission militaire donne le procès-verbal de l'exécution du curé du Louroux : « Et ledit jour, 3 ventôse, l'an second de la République française, nous président et membres composant la Commission militaire établie près l'armée de l'Ouest par les représentants du peuple français, sommes transportés sur la place du Ralliement de cette commune, pour être présents à l'exécution du jugement rendu contre Noël Pinot, prêtre réfractaire, laquelle exécution a eu lieu sur les quatre heures de relevée. » Trois jours après sa mort, les Affiches d'Angers publiaient le compte rendu de l'exécution : « Noël Pinot fut de tous les fanatiques les plus acharnés celui qui, le premier, a provoqué la rigueur des lois. Déjà au mois de mars 1791 il avait été condamné par un jugement du tribunal d'Angers à six ans de fers pour avoir prêché dans l'église du Louroux, dont il était curé, les principes les plus anticonstitutionnels et les plus propres à égarer ses paroissiens, qui le livrèrent eux-mêmes à la vindicte nationale, tant ils étaient courroucés de son incivisme. Mais malheureusement les hommes de sang et de son caractère avaient corrompu une partie de notre département, et par un appel au tribunal de Beaupréau, il en fut quitte pour un simple bannissement de deux années. — Il n'a pu cependant échapper au glaive de la loi qui l'a atteint. Il a été repris dans sa paroisse, couché dans une huche sur ses habits sacerdotaux, dont on l'a revêtu et avec lesquels il a été exécuté. » Ce passage dit assez la haine que les patriotes avaient vouée à M. Pinot et leur satisfaction de le voir enfin tombé sous le couteau de la guillotine.



01/11/2007
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