Spiritualité Chrétienne

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Saint Michel Garicoïts

Saint Michel Garicoïts

Le Saint de Betharram

1797-1863

Fête le 14 mai

 

Le dernier Saint Basque

 

Béatifié en 1923 par le Pape Pie XI, Michel Garicoïts sera canonisé le 6 juillet 1947 par le serviteur de Dieu Pie XII. Ce Prêtre est le dernier Basque sanctifié par l’Eglise Catholique pour sa vie exemplaire, son esprit missionnaire et ses qualités exceptionnelles de charité. Des centaines de Souletins et de Bas-Navarrais viennent chaque année au mois d’août en procession jusqu’à sa maison natale pour le prier et lui rendre hommage. Saint Michel Garicoïts n’eût pas la trempe d’un François-Xavier ou d’un Ignace de Loyola, ses compatriotes Basques comme lui, mais il appartient à la même race pyrénéenne de ceux qui n’hésitaient pas à voir loin tout en gardant les jambes solidement plantées dans le sol. Et, contrairement aux Saints Ignace et François-Xavier qui coururent le monde, Michel Garicoïts ne quitta jamais des yeux les crêtes pyrénéennes. On l’a surnommé « le Saint des Trois B » car les Basques, les Béarnais et les Bigourdans revendiquent chacun une part du prestige ce grand homme. De fait, s’il est né Basque, il a fondé sa Congrégation en Béarn, à Lestelle-Betharram mais à la limite des Hautes-Pyrénées dont il a toujours attiré des admirateurs. D’ailleurs aujourd’hui, beaucoup de visiteurs viennent prier devant sa châsse à Lestelle-Bétharram souvent en complément de leur pèlerinage à Lourdes, qui est situé à une quinzaine de kilomètres de là.

 

Chaque année, le dernier mercredi du mois d’août, des centaines de fidèles se succèdent dans la petite chapelle Saint Michel Garicoïts à Saint-Just-Ibarre, dans les Pyrénées Atlantiques. Une messe est dite à 6 h 30, une autre suit à 8 h 00 et une troisième à 10 h 30. Il y a encore quelques décennies, en ce lieu, les pèlerins venaient se confesser dès le lever du soleil, en souvenir des vertus de celui qui fut appelé en langue Basque « l’Aphez Saindua » qui passait des journées entières au confessionnal. L’après-midi est occupé par l’Office des Vêpres, suivies d’un chemin de croix qui se termine à la Maison Natale de Saint Michel. Cette ferme, « Garacoetxea », qui veut dire « la maison d’en haut » a donné son nom à la famille qui l’habitait comme le veut la coutume Basque. Les lieux n’ont pas beaucoup changé depuis que le jeune Michel y gardait les troupeaux, à l’exception du crépi blanc de la maison régulièrement renouvelé. Les bonnes volontés paroissiales entretiennent l’intérieur qui apparaît toujours lustré et appliqué pour le pèlerinage.

 

Plus encore que ses prédécesseurs , les très nobles Ignace de Loyola et François Xavier, Michel Garicoïts force en effet l’admiration. Ce fils de paysan pauvre, illettré jusqu’à l’âge de quinze ans, élevé dans la crainte religieuse héritée des préjugés du Jansénisme et à l’enfance employée comme domestique, va fonder une congrégation malgré les réticences de son Evêque ! Il est vrai que, dès l’âge de dix ans, le jeune Michel parle de sa vocation de Prêtre, même s’il est comme tous les autres enfants batailleur, un peu chapardeur et rusé. Un de ses jeux consiste par exemple à faire le mort, en gardant un troupeau, et à attirer un des nombreux vautours qui tournoient dans le ciel estival du Piémont Navarrais. Lorsque le rapace s’approche, il fonce sur lui pour l’épouvanter et le chasser en hurlant !

 

Si le milieu familial de Michel Garicoïts est modeste, en revanche il hérite les solides vertus chrétiennes de ses parents. Arnaud Garicoïts et gratianne Etchéberry ont en effet abrité, et caché sous leur toit, des prêtres poursuivis sous la Révolution Française. D’autre part, sa mère lui apprend à lire dans les Psaumes et dans ses premiers jeux, il s’amuse à imiter les gestes du Prêtre en disant la Messe ! Le terrain de la Foi et même de la sainteté semble donc fertile. Il en donne très vite la confirmation, au point qu’à 11 ans, le Curé du village d’Ibarre, impressionné par sa connaissance du Catéchisme, le propose pour la Première Communion. Mais sa père, influencée par des traces de Jansénisme comme tant de Basque à cette époque, refuse sous prétexte qu’il pourrait commettre un sacrilège sans le savoir.

 

Le Curé de Saint Palais, alerté par la grand-mère de Michel, décide la famille Garicoïts à laisser l’adolescent suivre sa vocation. Il a 16 ans quand il va aux cours du Collège de Saint Palais où il prend pension chez des fermiers qui l’avaient déjà employé comme domestique avant que le Curé ne l’héberge au presbytère. Il apprend le Français qu’il ne sait pratiquement pas, mais aussi le Latin (il sera très vite le premier en thème !) et il montre toujours une dévotion exceptionnelle. A l’âge de 18 ans, il part à Bayonne, encore une fois comme domestique, mais cette fois à l’Evêché car nul ne peut lui payer ses études. Il en profite néanmoins pour suivre des cours et il peut enfin entrer au grand séminaire d’Aire-sur-l’Adour (actuel centre Jean Sarrailh), à l’âge de 21 ans.

 

Un exemplaire éveilleur de conscience

 

Une fois ordonné Prêtre dans la Cathédrale de Bayonne en 1823, Michel Garicoïts suivra un chemin exigeant et sans concession qui le mènera jusqu’à un véritable état de sainteté reconnu de son vivant. Sa Foi rayonne dès ses premiers sermons de Vicaire (à Cambo-les-Bains) au point qu’il n’était pas rare de voir ses paroissiens fondre en larmes, en écoutant ses prêches à la Messe dominicale ! D’ailleurs, à peine un mois après son arrivée à Cambo-les-Bains, les paroissiens de plusieurs communes alentours viennent suivre la Messe dans son église. Tout aussi appréciées, ses confessions attirent rapidement beaucoup de monde. On y fait même la queue jusqu’à deux heures de l’après-midi. Le ministère de Michel Garicoïts à Cambo ne durera que 21 mois, mais il aura marqué profondément les esprits. Quand il quitte cette paroisse, il n’y a plus de bals populaires dans le canton, les cabarets sont vides le dimanche matin et on prétendit que la bonne conduite des habitants fut exemplaire pendant des années !

 

Après cette forte expérience paroissiale, le destin de Michel Garicoïts commence à se dessiner car l’Evêché a déjà noté ses extraordinaires qualités de directeur de conscience et d’éveilleur de Foi. Le voilà maintenant nommé au grand séminaire de Betharram comme professeur de philosophie, en 1825. Huit ans plus tard, il prend la tête de ce séminaire mais se retrouve seul dans la grande bâtisse ! En effet l’Evêque de Bayonne veut contrôler de très près la formation des futurs Prêtres car le Diocèse de Bayonne avait été un bastion du Jansénisme ; les élèves partirent donc à Bayonne. L’exigence voire même l’intransigeance du Père Michel Garicoïts est telle en effet que son Evêque, Monseigneur d’Astros enverra plus tard le Père Deplace inspecter son enseignement lorsqu’il disposera de son réseau d’écoles. Le Père Deplace est un Jésuite, c’est-à-dire qu’il fait partie de l’ordre qui combattit le plus fermement les Jansénistes. Il ne put que constater l’orthodoxie des cours délivrés à Betharram, mais l’anecdote illustre bien l’obsession de la hiérarchie envers cette hérésie, deux siècles après son éclosion sur les bords de l’Adour.

 

 

Fondateur d’une congrégation religieuse

 

Nous sommes en 1832 et tout va aller très vite dans la fondation du groupe des « Prêtres du Sacré Cœur de Jésus de Betharram ». Sa devise, F.D.V. en initiale, implique obéissance et humilité (Fiat Voontas De « Que la Volonté de Dieu soit faite »). Homme d’action et de mission, le Père Michel installe une école sur les bords du Gave : en 1840, il y reçoit déjà 200 élèves et fonde des établissements scolaires à Orthez, Mauléon et Pau. Parallèlement, sa réputation de sainteté lui attire des visiteurs illustres. On raconte que Napoléon II aurait fait le déplacement à Betharram après que l’Evêque d’Auch, Monseigneur de Salinis, lui eût dit qu’à son avis « le meilleur directeur de conscience de France se trouve au pied des Pyrénées ». En tous cas, plusieurs Evêques vinrent à Betharram demander des conseils ou des avis au Père Garicoïts dont la sainteté ne faisait plus de doute pour tous ceux qui l’approchaient. Il faut dire qu’à plusieurs reprises, des personnes l’avaient surpris en lévitation alors qu’il célébrait la Messe. Cela se savait et se répétait.

 

D’ailleurs, l’afflux et le renouveau considérable que connut le pèlerinage de Notre Dame de Betharram au milieu du 19e siècle tient particulièrement à sa présence et à son renom. Toujours est-il qu’il a restauré cet antique sanctuaire tombé quasiment dans l’oubli : Il y a restauré le chemin de croix, en y construisant des chapelles, dans la Chapelle Miraculeuse l’on peut voir encore une troublante statue du Christ portant sa croix au visage expressif, unique vestige de l’ancien chemin de Croix, mais aussi, Michel Garicoïts a restauré et rebâti la chapelle, y a fait installer une statue exécutée par une grand artiste, il a assuré la survie du sanctuaire et son nom est désormais étroitement lié a celui de Notre Dame du Beau Rameau ( Beth arram en béarnais veut dire Beau-Rameau).

 

Le sanctuaire de Betharram

 

Le sanctuaire de Betharram doit ses origines à plusieurs légendes circulant à son sujet : une fille de Lestelle se noyant dans le gave fut sauvé par une Belle Dame lui apparaissant et lui tendant une branche de rameau, d’ou beau rameau, donc Betharram, mais il y a deux autres vocables aussi : Notre Dame de l’Etoile (Lestelle) à la suite de la découverte d’une statue de Marie sur les bords du Gave, qui fut conduite en l’église de Lestelle et qui revint à chaque fois miraculeusement à sa place, chapelle fut construite au lieu de la découverte. On vénère toujours cette statuette dans la Chapelle de Betharram. Puis le troisième vocable est Notre Dame du Calvaire, en mémoire du miracle d’une se trouvant sur le chemin de croix qui en pleine nuit s’illumina et étant tombée à terre se releva miraculeusement sans aucune aide humaine. Le chemin de Croix de Betharram est une étape obligatoire quand on vient se recueillir en la chapelle miraculeuse, après s’être abreuvé à la source se trouvant à l’entrée de la chapelle.

 

Il n’est donc pas étonnant que Michel ait été consulté à la suite des premières apparitions de Lourdes, en 1858, et l’Evêque de Tarbes lui envoya Bernadette pour qu’il juge de la personnalité de la jeune fille. Nous ne savons pas grand-chose de cette entrevue entre les deux saints touchés par le mystère d’une Foi exceptionnelle, mais Michel Garicoïts a simplement dit qu’il avait reconnu la trace de Dieu sur le visage de la petite bergère bigourdane. D’ailleurs, le chapelet qu’avait Bernadette durant les apparitions, provenait de Betharram.

 

Les Betharramites à travers le monde

 

Lorsque le gouvernement argentin commence à faire appel à l’immigration européenne, en 1852, le Père Garicoïts envisage d’y envoyer des ecclésiastiques de son groupe. Il faut, dit-il, « sauvegarder la foi de ces déracinés ». Un premier contingent de 8 Prêtres débarquera en Argentine, en septembre 1856, au service des bergers Basques émigrés dans la Pampa et, deux ans plus tard, un collège ouvrira ses portes à Buenos Aires. Cette première mission a tellement marqué l’histoire religieuse de l’Argentine qu’aujourd’hui encore les Prêtres issus de Betharram y sont surnommés « los Bascos ».

 

Mais tout cela n’était pas sans réticences de la part des autorités diocésaines car l’Evêque, Monseigneur Lacroix, souhaitait en priorité que Lestelle-Betharram devienne un centre de stage pour les Prêtres destinés qui diocése. Le Père Garicoïts voyait au-delà. Ainsi, ses dernières années furent à la fois sereines et douloureuses à cause de ces incompréhensions. Michel Garicoïts ne connut pas de son vivant la reconnaissance officielle de son groupe de Prêtre par le Saint Siège alors qu’il souhaitait fonder une véritable Congrégation dont la constitution aurait été déposée à Rome. Cet événement surviendra seulement en 1875 avec la naissance de la « Congrégation des Prêtres du Sacré Cœur de Jésus ».

 

La dernière année de sa vie, en 1863, le Père Garicoïts commence à payer physiquement des années de travail harassant. Il est encore jeune (70 ans) mais il mène une vie inhumaine en mangeant peu et ne dormant que quatre heures par nuit. De plus, il s’infligerait, selon la rumeur, de sévères pénitences physiques. Tout cela en continuant à diriger des confessions, à veiller de près à ses écoles et à suivre le développement de ses fondations à l’étranger. Il meurt d’une angine de poitrine à l’aube de l’Ascension, le 14 mai 1863.

 

Malgré des avis unanimes en sa faveur, la sainteté de Michel Garicoïts. Dans un premier temps, le Vatican reconnaît en 1916 « l’héroïcité des vertus du Vénérable Michel Garicoïts » tandis que les avocats de son procès en canonisation collectent des miracles attestés. Pour décréter un état de sainteté dans l’Eglise Catholique, il faut en effet prouver à l’actif de l’intéressé au moins deux faits miraculeux. Deux guérisons obtenues sur son tombeau suffisent à côté de multiples témoignages de lévitation, pour que le 6 juillet 1947, Pie XII introduise Michel Garicoïts dans le corps des Saints de l’Eglise. 

 

De nos jours (1995), un italien assure l’héritage de Saint Michel Garicoïts, le Père Francesco Radaelli, en résidence à Rome. Ce supérieur des Bétharramites commande environ 400 religieux, dont une soixantaine en formation. Le noviciat d’une année, s’effectue à Tilhac en Gironde puis les vœux temporaires durent trois ans. La France seule compte 120 religieux dont la moitié exerce à l’étranger car les Bétharramites ont gardé intacte leur vocation pédagogique. Les collèges argentins, brésiliens uruguayens de l’ordre forment toujours l’élite de ces pays. Et, même s’ils ont dû les fermer, ils évoquent avec fierté les établissements qu’ils ont dirigés en Palestine ou au Maroc. Leurs œuvres missionnaires perdurent également en Asie et en Afrique. Le vœu de Saint Michel Garicoïts, qui dut s’obstiner contre son Evêque, continue donc de se réaliser.

 

D’après « Saints, sources et Sanctuaires du Pays Basque » d’Olivier de Marliave aux Editions Aubéron / L’Horizon Chimérique.

 

Pour approfondir

Site de la Congrégation du Sacré Cœur de Bétharram

www.betharram.net

 

Dernière mise à jour de la page, le 18 juillet 2011



15/10/2007
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