Spiritualité Chrétienne

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Saint Maurice Duault

Saint Maurice Duault

Abbé et fondateur de l'Abbaye de Carnoët

1113/15-1191

Fête le 29 septembre


Loudéac est une petite ville de Bretagne et du diocèse de Saint-Brieuc, à laquelle est joint un territoire étendu. C'est sur ce territoire, dans un village situé près de la rivière d'Oust, que naquit Saint Maurice, sous le règne de Louis le Gros, c'est-à-dire vers l'an 1117. Son nom de famille était Duault. Ses parents, qui étaient pieux, mais peu riches, le firent néanmoins étudier, d'abord à Loudéac, suivant la tradition du pays, qui désigne encore une maison de la place publique comme celle dans laquelle il allait à l'école. Il s'appliqua aux lettres avec tant de succès, qu'il mérita de recevoir la qualité de maître. Mais le malheur de tant d'autres, qui, trop enflés de leur science, étaient tombés dans le précipice, et s'étaient perdus, lui fit préférer l'humilité à l'élévation. Il renonça donc, non seulement aux avantages que pouvait lui procurer la science, et à tous les biens temporels qu'il possédait déjà, mais à sa volonté propre; et se dérobant au monde et à ses amis, il alla prendre l'habit de l'ordre de Cîteaux, dans l'abbaye de Langonnet, fondée quelques années auparavant, sur tes confins du diocèse de Quimper, par le duc Conan III surnommé le Gros. Là, s'appliquant uniquement à plaire à Dieu seul, il allia la simplicité de la colombe avec la prudence du serpent, et une humble modestie avec la discrétion qui régnait dans toute sa conduite.


Il n'y avait pas encore trois ans que Maurice pratiquait les lois de son institut, lorsque son rare mérite engagea la communauté de Langonnet à le choisir pour abbé. Elevé à cette dignité, il fit voir encore plus d'humilité et de discrétion qu'il n'en avait eu jusqu'alors. Il y joignit la patience dans la pauvreté, la constance et la tranquillité dans les peines qu'il eut à souffrir, tant au dedans qu'au dehors. L'Esprit saint qui habitait en lui fortifiait l'homme intérieur contre tout ce qui aurait pu troubler sa paix. Sa prudence, bien connue dans la province, fut cause qu'on le choisit en 1161 pour un des arbitres qui jugèrent un différend survenu entre les chanoines de la cathédrale de Nantes et les Bénédictins de l'abbaye de Quimperlé, au sujet de la collégiale de Notre-Dame de Nantes. Ce vertueux supérieur gouverna avec sagesse l'abbaye pendant trente ans, après lesquels, ne voulant plus s'occuper que de la contemplation, il demanda et obtint un successeur.


Conan IV, surnommé le Petit, duc de Bretagne et comte de Richement, fils de Berthe, héritière du duché, et d'Alain le Noir, comte de Richement, attiré par la réputation de l'homme de Dieu, allait souvent le voir, écoutait ses saintes instructions, et suivait ses conseils en beaucoup de choses. Ce fut à sa considération, et par son avis, que le duc fonda, dans le même diocèse de Quimper, une nouvelle abbaye de l'ordre de Cîteaux, dans la forêt de Carnoët, et la paroisse de Clohar, vers l'embouchure de la rivière d'Ellé. Ce lieu était affreux et n'offrait d'autre aspect que celui d'une vaste solitude. Les rats y étaient en si grande abondance que c'était pour ce pays une calamité. Saint Maurice, chargé par Conan d'établir cette maison, y mena néanmoins douze religieux de Langonnet auxquels se joignirent bientôt de nouveaux sujets, et devint leur abbé. Le duc mourut, avant d'avoir pu mettre la dernière main à son ouvrage; la patience et l'industrie de Maurice achevèrent le reste; et la duchesse Constance, fille de Conan, continua de favoriser la nouvelle abbaye avec autant de bonté que son père. On rapporte quelques miracles .du saint abbé, tels que celui du vin formé surnaturellement dans des vases vides, au moment où il en manquait pour la célébration de la messe. Il gouverna l'abbaye de Carnoët pendant quinze ans; une fièvre continue dont il fut attaqué vint terminer sa sainte carrière et le délivra de ce corps mortel le 5 octobre de l'an 1191. Il mourut entre les bras de ses frères, à l'âge d'environ soixante-quatorze ans, après avoir reçu les sacrements de l'Eglise, et fut enterré dans son monastère, qui a depuis porté son nom, et s'est appelé, jusqu'à sa suppression, l'abbaye de Saint-Maurice.


La bulle d'Honorius III, donnée l'an 1225, en faveur de cette abbaye, ne la nomme que Notre-Dame de Carnoët; mais des titres des années 1211, 1213, 1220, la nomment l'abbaye de Saint-Maurice. Une partie de l'église de cette maison subsiste encore et possède une portion considérable des reliques du saint abbé, qui furent levées de terre deux ans après sa mort. Elles sont dans Une châsse de bois peint divisée en deux parties. Dans la partie inférieure se trouvent les deux tibias placés sur un coussin de damas rouge; dans la partie supérieure on voit le crâne également sur un coussin de la même étoffe. La châsse est posée sur une table de marbre blanc. La révolution a respecté ces précieux restes et on les voit encore tels qu'ils étaient avant la destruction de l'abbaye. La paroisse de Loudéac possède une belle chapelle dédiée à Saint Maurice, située dans le village même où il prit naissance et qui porte aujourd'hui son nom. On y conserve quelques reliques du saint dans un bras de bois argenté et dans une petite châsse faite en forme d'église. Il paraît que cette chapelle a été autrefois un lieu de dévotion, car on y gardait, il n'y a pas encore longtemps, la copie d'un bref d'indulgences accordées par le pape Sixte IV.


Le culte de Saint Maurice est ancien en Bretagne; mais il ne paraît pas qu'il y ait été très répandu. Peu de temps après la mort de ce serviteur de Dieu, le chapitre de Quimper demanda sa canonisation au saint Siège, et ne put l'obtenir. Cependant, sous le pape Honorius III, des miracles ayant été opérés par l'intercession du saint, ce pontife nomma des juges pour en informer; mais leurs procédures s'étant trouvées irrégulières, il s'en plaignit, et la cause resta suspendue. Elle n'a jamais été reprise; néanmoins le culte décerné d'avance à Saint Maurice subsista toujours en Bretagne. Au commencement du XVIIIe siècle, le pape Clément XI permit à l'ordre de Cîteaux d'en célébrer la fête du rite double majeur, et Benoît XIV, qui n'avait donné à Maurice que le titre de vénérable, dans son ouvrage de la Béatification des serviteurs de Dieu, fit, postérieurement à la publication de cet ouvrage, insérer au 13 octobre le nom du saint abbé dans le Martyrologe cistercien, avec un éloge conçu en ces termes: « Au diocèse de Quimper, en Bretagne, Saint Maurice, abbé de l'ordre de Cîteaux, de la sainteté et de la gloire duquel on a plusieurs preuves éclatantes ». Ce Martyrologe indique sa fête au 13 octobre, et c'est aussi au même jour que les Bollandistes ont placé sa Vie. Le diocèse de Saint-Brieuc l'honore d'un culte public le 5 octobre depuis 1783, et celui de Quimper depuis 1833. L'ancien calendrier de l'abbaye de Saint Méen marque aussi la fête de Saint Maurice au 5 octobre, et sert à suppléer un mot essentiel qui manque dans le manuscrit original de la Vie de ce saint, qui est celui de nonas. Il y est dit que S. Maurice décéda m octobris. En substituant nonas, on se trouve d'accord avec le calendrier de Saint Méen. L'église paroissiale de Loudéac a, de temps immémorial, Saint Maurice pour second patron. On y voit sa statue en marbre blanc; il est très-vénéré dans cette paroisse.


Quoique Saint Maurice eût pu par son mérite briller dans le monde, il n'en a pas recherché le vain éclat. Au contraire, il a mené ici-bas une vie obscure qui offre souvent plus de solides douceurs que celle que l'on trouve au milieu des honneurs du siècle; parce que notre véritable bonheur ne dépend pas des hommes, mais de Dieu et de nous-mêmes; il ne consiste pas dans la vue et dans la possession des objets extérieurs, ni dans la dissipation, mais dans le calme intérieur qui naît d'une conscience pure et que goûte un cœur uni à son Créateur. La demeure de l'âme, c'est son fond, sa conscience. Elle y habite tant qu'elle y est retenue par le recueillement qui la fait retirer sans cesse en elle-même avec Jésus Christ, comme un enfant dans la maison de son père. Elle en sort et s'exile elle-même comme l'enfant prodigue par ses infidélités et son libertinage. Elle voudrait bien quelquefois y rentrer, étant lassée de ses égarements; mais elle trouve sa conscience fermée, et comme devenue toute stupide parle commerce des créatures. Elle demeure errante et vagabonde dans un pays étranger, comme un exilé qui est banni de la cour de son prince, dans l'ennui et dans une tristesse continuelle. Le sarment, après qu'on l'a coupé et jeté dehors, se dessèche étant exposé au grand air, au soleil, au vent. Ainsi l'âme dissipée devient tout aride et desséchée, sans goût pour les choses de Dieu.


Texte extrait de « Vies des Saints de Bretagne », de Guy-Alexis Lobineau, volume II




28/02/2010
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