Spiritualité Chrétienne

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Notre Dame de Garaison

Notre Dame de Garaison

Diocèse de Tarbes-Lourdes

Apparitions en 1520


« Dites, dites une oraison à la Vierge de Garaison ». (Hymne)

 

« O chapelle de Garaison tu as été des dernières que cette mère miséricordieuse a regardées dans notre France de son œil favorable, pour y graver les marques de sa main ouvrière de miracles. Mais quoique des dernières en élection, tu ne laisses pas d'être des premières en faveurs l'antiquité acquiert aux autres le bonheur d'avoir été plus tôt choisies, non l'honneur d'être plus chéries, et tu n'es pas moins avant dans ses bonnes grâces pour y être plus tard entrée » (Le Lys du Val, par Molinier, 1630).

 

A l'époque où j'écris, la distance a effacé les nuances d'ancienneté entre les sanctuaires de Lorette, de Montserrat, de Chartres, et aussi entre Bétharram et Garaison, chapelles presque aussi anciennes l'une que l'autre, et liées par plus d'un événement dans le cours de leur existence. Je quittai le chemin de fer sur la ligne de Pau à Toulouse, à Lannemezan, dans la matinée du 27 mai, avec l'intention d'aller par l'omnibus jusqu'à Garaison, qui en est éloigné de dix-sept kilomètres. Lannemezan est une petite ville tortueuse, au centre d'un pays agricole; elle est agréablement située à l'entrée du val d'Aure, et commande une vue magnifique des Pyrénées. C'était jour de marché; les rues étaient encombrées d'une population aux traits accentués, proprement vêtue, affairée et laborieuse. Ayant manqué l'heure de l'omnibus je parvins à avoir à rhô tel de France un assez misérable véhicule, tout à fait convenable d'ailleurs à mon caractère de pèlerin.


Pendant quelque temps, la route traverse un pays bien cultivé, entremêlé de bois mais en avançant le sol devient sablonneux et aride. Des plaines de fougères remplacent les champs de jeune maïs, et l'aspect général est celui des Landes. Enfin apparaît le poteau où se lisent ces mots bienvenus : « Route de Notre-Dame de Garaison ». A travers une belle futaie, le soleil envoyait ses derniers rayons. On descendit rapidement dans une tranquille vallée; les tours d'un ancien château apparaissaient au-dessus des arbres, abritées de chaque côté par des collines bien cultivées. A peu de distance du monastère est une auberge où le voyageur trouve un abri pour un prix très modique, mais aussi très peu confortable. C'est une ferme en ruines, dont l'escalier crie sous les pas, dont les planchers s'effondrent, et dont les immenses chambres sont garnies d'immenses lits qui pourraient contenir une caravane. Heureusement je fus le seul occupant. De là je me rendis au monastère, où je fus chaudement reçu par le révérend supérieur, père Peydessus. Il se dévoua tout à moi pendant l'après-midi, avec une cordialité et une bonté dont je garde un sensible souvenir. J'appris de sa bouche l'histoire et les traditions de ce lieu; nous restâmes, jusqu'à ce que l'ombre nous. eût enveloppés assis sur un banc, près de la lisière du bois en face du portail du couvent.

Dans cette profonde solitude, près de ce vénérable prêtre, supérieur de tous les missionnaires de l'Immaculée-Conception, je sentis con1bien est belle cette religion qui unit par le lien de la foi tous les catholiques, et en fait autant de frères, de quelque pays qu'ils viennent et quelque langue qu'ils parlent.


Quand j'entrai dans la cour silencieuse, un sentiment de profonde révérence me saisit. Devant mes yeux était la façade en marbre de la chapelle, délicatement sculptée, et ornée de statues de saints de chaque côté. Au-dessus de la porte est un bas-relief qui représente la bergère Anglèze de Sagazan et les circonstances de l'apparition dont elle fut gratifiée. Au-dessous est une statue de Notre-Dame, d'une remarquable beauté à ses pieds on lit cette légende : « Ici je répandrai mes dons. » Et au-dessus de sa tête ces mots : « Ecce Mater tua ». Sur la gauche de l'église, dans un enfoncement, est un petit autel élevé dans l'endroit même où la sainte Vierge est apparue à la bergère. Au-dessus est écrit « Fontaine de la bergère. Mater Pietatis, ora pro nobis ». Au pied de l'autel est un puits dont les eaux passent sous le maître-autel de l'église, et ces eaux ont la réputation de guérir miraculeusement plusieurs maladies. A gauche de l'église est l'ancien monastère, dont les longues arcades offrent une utile promenade pendant l'hiver à ses habitants. De l'autre côté de la vaste cour plantée d'acacias, une muraille inachevée sépare le couvent de la grande route. Dans une autre cour méridionale, une fontaine, encore nommée la Bergère, est surmontée d'une statue de Notre-Dame, en marbre blanc, érigée en 1630.


Rien n'est plus solennel et plus émouvant que l'aspect de l'église dès les premiers pas. Elle est sombre et faiblement éclairée comme celle de Bétharram. Un vestibule antique mène dans la nef les arcades sont basses et les piliers massifs, dans le style normand. Les murailles sont couvertes avec profusion de mosaïques et de tableaux. Autour du portique, on remarque une suite de petits tableaux très-curieux, qui représentent en détail les principaux miracles attribués à Notre-Dame de Garaison, et ce n'est pas un moindre miracle que leur préservation pendant la période révolutionnaire. Le maître-autel est simplement orné le retable n'est remarquable que par une statue de Notre-Dame-des-Douleurs, ayant son fils crucifié sur ses genoux. Ce groupe forme, en quelque sorte, les armoiries de Garaison; il est représenté sur les images que les pieux visiteurs emportent comme souvenir. Beaucoup de belles statues qui ornaient l'église ont été détruites pendant la Terreur. Une seule était si fortement scellée dans le bois, que les iconoclastes de 1793 ne sont pas parvenus à l'arracher de son piédestal elle représente le Sauveur enseignant ses disciples.


Un titre important, dont l'original, en parchemin, est conservé commence ainsi : « Le 13 février 1613, M. Pierre Geoffroy chapelain de l'église et chapelle de Notre-Dame de Garaison, a dit et déclaré que, depuis qu'il a eu l'administration et surintendance de la chapelle, il a reconnu si ouvertement, par tant de miracles qui se font en icelle, combien Dieu avait agréable de se servir de ce saint lieu, et que sa glorieuse mère y fût honorée, qu'il se tient obligé de contribuer en tout ce qui sera de son pouvoir à l'augmentation du culte et service divin de ladite chapelle et administration, de l'honneur et gloire de Notre-Dame, patronne d'icelle, et que, pour cet effet, il a jugé nécessaire d'établir à perpétuité, en ladite chapelle, certain nombre de prêtres capables, et de bonne vie, qui y résident continuellement, pour y faire le service requis et y recevoir les personnes dévotes qui à toute heure y abondent de toutes parts ».


Le père Poiré, dans la Triple Couronne de la sainte Vierge (1630), raconte ainsi l'origine de la dévotion à Garaison. « Il y a environ six vingts ans que les premiers fondements en furent jettés, et tient-on de père en fils que l'occasion en fut telle que je vais dire. Une petite fillette de douze ans, qui gardait les brebis dans une lande au milieu de laquelle la chapelle fut depuis bâtie, était assise près d'une fontaine, qui est aujourd'hui couverte d'une belle demi-voûte, joignant le pied du grand autel, quand la mère de Dieu lui apparut, et lui commanda de faire avertir par son père les consuls du Mont-Léon, ville située à une lieue de là, de bâtir une église à son honneur à l'endroit où elle lui parlait. La fille ne fut point si surprise qu'elle n'eut assez de courage pour lui dire que, très- volontiers, pourvu qu'elle voulut garder son pain et son sac, tandis qu'elle irait, en diligence, faire son message. La mère de bonté ayant accepté la condition, elle s'encourut à son père, et le bonhomme, non moins simple que sa fille, ayant cru d'abord à ce qu'elle lui disait, s'en alla faire la proposition aux consuls qui du premier coup le renvoyèrent bien loin. Sur ce rebut, il eut recours à sa fille, qui s'en était déjà retournée aux champs, et lui ayant raconté ce qui s'était passé, et la fille en ayant fait son rapport à la' Mère de Dieu, elle fut derechef chargée de la même commission. Mais la petite ne s'empressa pas tant à l'exécuter, qu'elle ne prit point le loisir d'aller visiter son sac et son pain pour en faire part à son père qui lui en avait demandé. Cependant le tout se gouvernait par une très particulière providence du Ciel, qui la voulait faire témoin et trompette tout ensemble, de la merveille qui était arrivée; car, au lieu d'une pièce de pain bis qu'elle avait laissé, elle y rencontra un beau pain blanc, qu'elle porta à son père, toute transportée d'aise, et le père droit aux consuls, sans y avoir touché. Le bruit du miracle s'étant épandu par toute la ville, le curé de Mont-Léon fit entendre aux consuls le danger qu'il y aurait de refuser l'honneur et la faveur que la reine du ciel présentait à leur ville. Ainsi, la résolution prise, il se transporta, avec toute la ville, pour arborer la croix au lieu où la Mère de Dieu s'était montrée à la fille, où par la contribution de personnes dévotes, fut, du commencement, bâtie une petite chapelle, et du depuis, une fort belle église. Les miracles qui y furent faits, et qui, du depuis, ont toujours continué, nommément aux personnes malades ou autrement incommodées en leurs corps, furent tels et en si grand nombre, qu'ils lui donnèrent le nom de Notre-Dame de Guérison, qu'en langage corrompu ils appellent Garaison ».


C'est ainsi qu'à l'époque de sa plus grande stérilité et dénùment de tout ce qui est nécessaire à l'existence, Dieu enrichit cette vallée, par l'entremise de sa sainte mère et la combla de ses faveurs les plus choisies. Le désert fut soudain peuplé, de riches moissons furent recueillies, d' innombrables pèlerins trouvèrent là un abri et la nourriture du corps et de l'âme.


Pierre Geoffroy, dont nous avons parlé plus haut, était un jeune homme de haute noblesse et de fortune. Ses parents désiraient fort qu'il se mariât. Entouré de toutes les séductions et de tous les plaisirs du monde, il écouta l'inspiration de la grâce qui l'attirait vers une plus sainte vocation. Il se fit prêtre. Son intelligence, son activité, lui valurent bientôt. la confiance de Mgr Léonard de Trappes, archevêque d'Auch, qui le chargea des affaires temporelles de son diocèse. En le parcourant, Geoffroy s'arrêta à Notre-Dame de Garaison, et fut frappé des avantages naturels qu'offrait ce lieu comme séjour de retraite. D'un côté enveloppé par d'immenses bois de l'autre séparé de la vie civilisée par les landes, où pouvait-on mieux se livrer à la contemplation ascétique? Par malheur, de tristes abus s'étaient déjà glissés dans l'accomplissement de ce pieux pèlerinage. Parmi la grande foule des pèlerins, se mêlaient une quantité de gens de toutes sortes qui en dénaturaient le caractère et s'y livraient à la boisson, aux danses et à toutes sortes de désordres. Ces abus déplorables furent extirpés, à force de vigilance et de zèle, par les prêtres qui y furent établis à demeure. Des règlements sévères furent donnés par Geoffroy, concernant « les cabaretiers, bouchers, merciers et autres commerçants qui fournissaient aux besoins des foules qui visitaient ce désert des landes »; et, ajoute la chronique, « le zèle et la diligence extirpèrent si bien ces abus, qu'il n'en reste plus depuis longtemps ni mémoire ni trace ». Ce fut alors que le pape Urbain VIII accorda une bulle approuvant la dévotion à Notre Dame de Garaison, et dans la même année Louis XIII lui octroya une patente de protection. La charte disait que « Garaison était, à cause de la piété du lieu, en la protection et sauvegarde du roi ».


Godefroy de Rochefort, appartenant à une- des plus nobles et des plus anciennes familles de France, ayant alors visité Garaison comme simple pèlerin, et y ayant fait une retraite sous la direction de Pierre Geoffroy, y reçut l'inspiration qui le détermina à se faire prêtre. Témoin oculaire de beaucoup de miracles, il composait et chantait des hymnes et cantiques en l'honneur de Notre-Dame et fut par ses lumières et son talent de prédication un des ornements les plus distingués de cette congrégation. Hubert Charpentier, qui fut ensuite le grand restaurateur de la dévotion à Notre-Dame de Bétharram, avait aidé considérablement Pierre Geoffroy dans ses réformes à Garaison. Tous ces pieux efforts réunis avaient obtenu une si grande gloire à ce lieu saint, qu'on l'avait surnommé « Le Lys des Pyrénées ».


La jeune bergère qui avait servi d'instrument à la miséricorde de Dieu, Anglèze de Sagazan était morte en 1589, la veille de la Nativité au monastère de Fabas âgée de plus de cent ans, âge qu'il n'est pas rare d'atteindre en ces pays de montagnes. La communauté qui l'avait recueillie étant pauvre, les autorités de Mont-Léon avaient subvenu à l'entretien de la bergère pendant les quarante-six ans qu'elle avait vécu comme religieuse professe, édifiant toute la communauté par la pureté et la sainteté de sa vie par son humilité profonde et sa douceur sans pareille. Jamais la plus légère impatience ou le plus fugitif ressentiment n'avaient altéré la paix de son âme. Elle ne parlait de l'apparition et des révélations dont Dieu l'avait gratifiée que sur l'ordre de ses supérieurs, imitant en cela sa divine patronne, qui loin de divulguer avec ostentation le grand mystère dont Dieu lui avait confié l'accomplissement, préférait le contempler silencieusement en elle, et l'adorer dans son cœur. Pendant plusieurs années, avec la permission de la supérieure, Anglèze visitait la chapelle de Garaison aux jours de grandes fêtes de Notre-Dame. « Plusieurs qui vivent encore », dit l'auteur du Lys du val cle Garaison (en 1630), et à qui j'ai parlé assurent avoir vu le peuple accourir à grandes foules pour la voir, et lui déchirer ses habits de sainteté, pour l'apparition de la Vierge qui avait donné l'origine à cette célèbre chapelle ». On raconte que sa cellule était souvent inondée d'une lumière céleste. Au moment de mourir, elle proclama de nouveau la vérité des faits miraculeux de sa vision et de ses révélations, sans jamais varier sur le moindre détail.


Lorsque le couvent fut détruit et pillé, en 1793, une dame pieuse, Mme Conchierallo, de Saint-Franjoie, près l'Isle-en-Dodon, dans le diocèse de Toulouse, parvint à cacher les restes de la sainte bergère. Au bout de quarante ans elle mourut, et les légua à sa fille, Mme Figarol. Cette pieuse dame offrit de les rendre à Garaison, et le 5 juin 1838 ces restes furent transportés au milieu d'une procession magnifique, et, aux acclamations du peuple, mis sous la garde du père supérieur. La tempête de la révolution avait sévi sur Garaison dans toute sa fureur; les prêtres bannis, les autels renversés, les vases sacrés, les lampes d'argent, les bijoux les riches ex-voto, emportés dans le pillage; les stalles admirablement sculptées, les statues remarquables livrées aux flammes les archives détruites, l'église et les biens vendus au profit de la nation, le couvent et la chapelle en ruines telle fut l'œuvre de 93, et cette stérile vallée, sur laquelle Marie avait répandu des grâces si abondantes redevint un affreux désert, visité rarement par quelques dévots pèlerins, qui venaient pleurer et prier à son autel abandonné. Cette tourmente avait à peine cessé, que déjà l'antique dévotion reprenait son cours, et les demandes réitérées du peuple ne tardèrent pas à obtenir le rétablissement on pèlerinage. Cette restauration fut célébrée avec toute la pompe que l'Église déploie aux grandes fêtes, en 1840. Une maison pour la résidence des missionnaires, et un asile pour les prêtres infirmes y furent adjoints. Ainsi, Garaison, sortant de ses ruines, et sous la direction des pères de l'Immaculée-Conception, a retrouvé toute son ancienne célébrité, et les dévots pèlerins y affiuent de tous les pays.


Notre saint-père Pie IX conféra une nouvelle gloire à la Notre Dame de Garaison, en permettant le couronnement public de la statue de la Vierge. Cette intéressante cérémonie eut lieu le dimanche 17 septembre, en 1864, et fut accomplie par l'archevêque de Toulouse, accompagné de l'archevêque d'Auch et de cinq évêques ceux de Tarbes, Bayonne, Pamiers, Soissons, et Aire. Cent prêtres furent occupés aux confessionnaux, à cette occasion, et douze mille personnes reçurent la sainte communion. La couronne fut placée sur la tête de la statue par les mains vénérables de l'évêque du diocèse, tandis que le chœur exécutait un admirable Te Deum après l'office. Au moment où la foule émue se répandait aux alentours de l'église un homme vêtu d'une longue robe de laine brune, à la barbe flottante, au visage inspiré, monta sur la margelle de la fontaine de marbre. C'était le père capucin Marie-Antoine, bien connu des fidèles. « Mes amis, s'écria-t-il d'une voix sonore et pathétique, chantons les louanges. de Marie ». Alors les hommes, les femmes, les soldats, les prêtres entonnèrent tous ensemble l'hymne à Notre-Dame de Garaison. Ensuite il cria « Vive Marie » et toute la foule répéta en choeur prolongé « Vive Marie ». Le père continua « Vive Pie IX ! Vivent nos seigneurs les évêques! Vive Notre-Dame de Garaison ! » et à chaque cri, la foule répondait avec acclamation et faisait retentir la vallée de ces mots anciens et touj ours nouveaux si chers à notre foi.

 

Toute l'histoire miraculeuse de Notre Dame de Garaison est écrite sous le portique de l'église, dans cette suite de tableaux dont j'ai fait mention. Ils sont précieux, surtout au point de vue de l'antiquité, et comme témoignage local de l' authenticité des miracles dont ils sont la naïve représentation. Les trois premières peintures représentent les trois apparitions de la sainte Vierge à Anglèze de Sagazan. Le n° 10 représente un huguenot, assisté de trois autres, s'efforçant de faire brûler l'image de Notre-Dame dans un brasier; mais le feu, dit la légende, refusa de consumer la statue, bien qu'elle fût de bois, et que le feu durât trois heures. On la retira intacte du brasier. Le n° 11 représente un marchand de Toulouse, en habit de pénitent, avec cet écriteau : « Contrition extraordinaire, en 1608 ». Le nombre 13 représente une jeune fille, sauvée au moment où elle se noyait. Peyronne Tajan, du village d'Arné, traversait sur une planche la rivière du Gers, enflée par de récentes pluies un coup de vent la précipita dans le torrent; mais, élevant ses mains jointes, elle invoqua l'assistance de Notre-Dame de Garaison, et la vague, qui allait l'engloutir, la déposa saine et sauve sur le rivage. Le n° 14 représente un vieux bahut, que le père d'Anglèze avait trouvé miraculeusement rempli de pain blanc en revenant de chez les consuls. Le n° 20 représente l'histoire d'une femme sauvée de la mort, au milieu des ruines causées par une avalanche. Cette fille, nommée Jeannette Marton ayant prié Notre-Dame de Garaison, au moment où la neige engloutissait toutes les habitations du village de Daulong dans la vallée d'Aure, fut retrouvée seule vivante sous les décombres, au bout de cinq jours. Le n° 22 représente un singulier événement. Un homme nommé Postal, de Toulouse, fut fait prisonnier par les huguenots, pendant les guerres de religion. On ne le mit pas à mort sur-le-champ. On ne lui demanda pas de rançon mais on résolut d'en faire un exemple en le pendant très-publiquement comme un malfaiteur. Le gibet fut érigé, la corde préparée, l'échelle dressée contre la potence. Le prisonnier monte sur l'échafaud, en invoquant la Vierge avec ferveur, tandis que sa mère, perdue dans la foule, faisait, en pleurant, un voeu à Notre-Dame de Garaison pour la délivrance de son fils. Ces deux prières réunies furent entendues la corde cassa, et le condamné tomba sur le sol sans aucun mal. L'exécuteur et les spectateurs attribuèrent cette circonstance à un hasard, le bourreau recommença l'opération. La corde se rompit encore. Comme les spectateurs étaient, pour la plupart, des huguenots, ils ne voulurent pas reconnaître en ceci un miracle, et vociférèrent contre l'exécuteur en l'accusant d'être le complice des catholiques. Pour la troisième fois, le noeud fatal fut attaché avec un redoublement de précaution par le bourreau tremblant mais la corde cassa encore, et la fureur du peuple se tourna contre l'exécuteur, qui fut chassé et poursuivi par les huguenots irrités. Alors un puissant personnage intervint et obtint d'emmener le condamné, qui fut accompagné en triomphe, par les catholiques, à Garaison, pour y offrir son action de grâces.


Un ancien auteur, l'ahbé Molinier, a écrit dans le « Lys du val », en 1630, que plusieurs des miracles survenus à Garaison pouvaient être attribués à la vertu de la fontaine miraculeuse : « Le pouvoir de guérir les maladies corporelles que la sainte Vierge a conféré aux eaux de la fontaine, à l'époque de son apparition, est un emblème des résultats merveilleux opérés par la grâce, en la guérison des âmes infirmes qui s'empressent ici pour y chercher un remède à leurs maux spirituels. La vertu de cette eau vient du ciel. C'est par l'intercession de Marie qu'elle est efficace, et que la grâce est donnée si abondamment aux âmes en cet endroit ». Et le pieux chroniqueur termine en comparant la statue qui domine la fontaine au serpent d'airain, dont la vue suffisait à guérir les plus affreuses morsures et à faire rentrer le courage dans les cœurs des Israélites.


Avant de terminer, racontons deux miracles plus récents. En 1844, Mme Ferdinande Guilhez de Paris, souffrait depuis quinze ans d'une maladie qui lui causait d'horribles tortures. Rien n'avait pu adoucir ses souffrances après avoir essayé de presque toutes les sources médicinales de France et de l'étranger, elle vint aux Pyrénées, et, ayant entendu parler des merveilleuses cures opérées à Notre Dame de Garaison, elle se sentit pénétrée de foi et s'y rendit en pèlerinage, accompagnée de son médecin. On la porta dans l'église, où elle se confessa. Le matin suivant, elle reçut la communion avec grande ferveur à ce moment même les douleurs et les convulsions cessèrent, et elle fut, depuis lors, en état d'accomplir tous ses devoirs d'intérieur avec l'activité et l'énergie qu'elle possédait avant sa maladie. Tout récemment, de nos jours, une noble famille du voisinage a suspendu un ex-voto, en reconnaissance d'une guérison miraculeusement opérée sur un de ses enfants par Notre-Dame de Garaison; la chaîne des grâces a donc été ininterrompue à travers les phases diverses de prospérités ou d'épreuves de ce lieu sanctifié. Je transcris ici le cantique dont les deux premiers vers m'ont servi d'épigraphe.


Notre Dame de Garaison


Dites, dites une oraison
A la Vierge de Garaison.
Vous qu'en ces lieux amène la souffrance,
Bons pèlerins,
Accablés de chagrins
Pour que vos coeurs s'ouvrent à l'espérance
Dans ce séjour,
Dites avec amour,
Dites dites une oraison
A la Vierge de Garaison.


De l'homme juste et de l'homme coupable,
Du haut des cieux,
Elle exauce les vœux;
Il lui suffit que l'on soit misérable,
Pour accueillir
Ceux qu'elle entend gémir.
Dites, dites une oraison
A la Vierge de Garaison.


Vous que chérit sa tendre bienveillance,
Petits enfants,
Offrez-lui votre encens;
En vous voyant elle sourit d'avance
Que votre cœur
La prie avec ferveur.
Dites, dites une oraison
A la Vierge de Garaison.

 

En vain sur nous se déchaîne l'orage,
En vain les airs
Sont sillonnés d'éclairs
Des aquilons elle apaise la rage,
Et sur les flots
Soutient les matelots.
Dites, dites une oraison
A la Vierge de Garaison.


Elle est pour nous la meilleure des mères,
Et dans ce lieu
Elle obtient tout de Dieu;
Pour qu'elle soit sensible à nos misères,
Qu'ici nos voix
L'implorent à la fois.
Dites, dites une oraison
A la Vierge de Garaison.


Prosternons-nous devant ses tabernacles,
Et ses faveurs
Pénètreront nos cœurs;
Le pèlerin, sauvé par ses miracles,
A Garaison
Devra sa guérison.
Dites, dites une oraison
A la Vierge de Garaison.


M. Dupaty


Un des derniers exercices auxquels j'assistai à Garaison m'impressionna beaucoup; ce furent, à la prière du soir, au séminaire les litanies chantées en choeur par toutes ces voix mâles et pures dans cette chapelle sonore consacrée par tant de merveilleuses faveurs. Le lendemain matin je les entendis chanter encore à la première messe, et leurs pieux accents retentissent encore à mon oreille au moment où j'écris. Je quittai le Lys du val avec un pieux regret. Le soleil levant éclairait, comme au jour où la lumière se fit à la voix du Créateur cette longue ligne de montagnes aux pics neigeux, qui s'étendait magnifiquement des hauteurs de Monné à l'orient resplendissant, jusqu'au pic de Gourcy, se perdant dans la brume, à l'ouest. Un tel voyage et un tel pèlerinage sont comme les pages d'or d'un vieux missel leur aspect et leur souvenir nous enlèvent de terre et nous transportent en paradis. Avec quelle oppression pénible je me retrouvai, en m'éloignant, dans le cercle inévitable des frivolités et des besoins de l'existence ! Puissent, du moins, les rayons dont ce pèlerinage a éclairé mon âme être moins fugitifs que ceux qui doraient, en ce moment, les cimes des Pyrénées !

 

Texte extrait du livre : « Les Sanctuaires des Pyrénées, Pèlerinage d'un Catholique Irlandais », de Lawlor Denys Shyne, Mame, Tours, 1875)

 

Bibliographie : « Le Lys du Val de Garaison », par Etienne Molinier. Garaison, 1861 (Cliquer sur le titre pour le consulter)

 

 



29/09/2011
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