Spiritualité Chrétienne

Spiritualité Chrétienne

Lettres de Saint François

Lettres de Saint François


Lettre à tous les fidèles


Adresse et but de la lettre


Au nom du Seigneur, Père, Fils et Saint-Esprit. Amen. A tous les chrétiens; religieux, clercs et laïcs, hommes et femmes, à tous les habitants du monde entier, le frère François, leur serviteur et leur sujet, hommage et respect, vraie paix du ciel et amour sincère dans le Seigneur. Puisque je suis le serviteur de tous, je suis tenu de me mettre au service de tous, et de me faire pour vous tous le ministre des paroles toutes parfumées de mon Seigneur. Or je constate qu'il m'est impossible, à cause des maladies et de la faiblesse de mon corps, d'aller vous visiter tous et chacun; c'est pourquoi j'ai eu l'idée de vous adresser la présente lettre et ce message, pour vous transmettre quand même les paroles de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est Parole du Père, et les paroles du Saint-Esprit, qui sont Esprit et Vie.


Le mystère rédempteur


L'incarnation


Ce Verbe du Père, si digne, si saint et si glorieux, le très haut Père du ciel annonça, par son saint ange Gabriel, qu'il viendrait dans le sein de la glorieuse Vierge Marie; et de fait il reçut vraiment, dans son sein, la chair de notre fragile humanité. Lui qui était riche plus que tout, il a voulu, avec la bienheureuse Vierge sa mère, choisir la pauvreté.

L'Eucharistie


A l'approche de sa Passion, il célébra la Pâque avec ses disciples: prenant le pain, il rendit grâces, le bénit et le rompit, et déclara: Prenez et mangez; ceci est mon corps. Et prenant le calice il dit: Ceci est mon sang, le sang de la nouvelle Alliance, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés.


L'offrande volontaire


Ensuite il pria son Père en disant: Père, si cela est possible, que ce calice s'éloigne de moi! Et il lui vint une sueur comme de gouttes de sang tombant jusqu'à terre. Cependant, il mit sa volonté dans la volonté de son Père, en disant: Père, que ta volonté soit faite; non pas comme je veux, mais comme toi tu veux.


La croix


Or, la volonté du Père fut que son Fils béni et glorieux, qu'il nous a donné et qui est né pour nous, s'offrit lui-même par son propre sang, en sacrifice et en victime sur l'autel de la croix; non pas pour lui-même, par qui tout a été fait, mais pour nos péchés, nous laissant un exemple afin que nous suivions ses traces. Il veut que tous nous soyons sauvés par lui, et que nous le recevions dans un coeur pur et un corps chaste. Malheureusement, il en est peu qui aient la volonté de le recevoir et d'être sauvés par lui, bien que son joug soit doux et son fardeau léger.


Les exigences de la vie chrétienne


Amour et adoration de Dieu


Ceux qui ne veulent pas goûter combien le Seigneur est doux, qui préfèrent les ténèbres à la lumière, et qui refusent d'observer les commandements de Dieu, ceux-là sont maudits; c'est d'eux qu'il est dit par le Prophète: Maudits soient ceux qui s'écartent de tes commandements! Mais, oh! qu'ils sont heureux et bénis, au contraire, ceux qui aiment Dieu et qui pratiquent ce que le Seigneur lui-même dit dans l'Evangile: Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur et de toute ton âme, et ton prochain comme toi-même. Aimons donc Dieu et adorons-le d'un coeur et d'un esprit purs, car c'est là ce qu'il requiert par-dessus tout quand il dit: Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité; tous ceux qui l'adorent doivent l'adorer dans l'Esprit de vérité. Adressons-lui louanges et prières jour et nuit en disant: " Notre Père qui es aux cieux! " car il nous faut toujours prier et ne cesser jamais.


Vie sacramentelle


Nous avons aussi l'obligation de confesser au prêtre tous nos péchés, et de recevoir le Corps et le Sang de notre Seigneur Jésus-Christ. Celui qui ne mange pas sa chair et ne boit pas son sang ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Mais il faut manger et boire dignement, car celui qui le reçoit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne discernant pas le Corps du Seigneur, c'est-à-dire ne le distinguant pas des autres nourritures. Faisons, en outre, des actes concrets de pénitence.


Amour du prochain


Puis, aimons notre prochain comme nous-mêmes. Et si quelqu'un ne veut pas ou ne peut pas aimer son prochain comme lui-même, qu'au moins il n'aille pas faire le mal, mais qu'il lui fasse du bien. Ceux qui ont été investis du pouvoir de juger autrui, qu'ils exercent leur charge de juge avec miséricorde, comme ils voudraient obtenir eux-mêmes miséricorde du Seigneur. Car il sera jugé sans miséricorde, celui qui n'aura pas lui-même exercé la miséricorde.


Aumône et jeûne


Ayons donc charité et humilité: faisons des aumônes car elles lavent les âmes des souillures de leurs péchés. En effet, tout ce que les hommes doivent laisser en quittant ce monde est à jamais perdu pour eux, tandis qu'ils emportent avec eux le prix de leur charité et les aumônes qu'ils ont faites: ils en recevront de Dieu la récompense et une juste rémunération. Nous devons aussi jeûner, nous abstenir des vices et des péchés, de l'excès du manger et du boire; et nous devons être catholiques.


Respect des églises et des prêtres


Nous devons aussi visiter fréquemment les églises, respecter et vénérer les clercs: non pas tellement à cause d'eux-mêmes, car ils peuvent être pécheurs, mais à cause de leur charge, et parce qu'ils sont les ministres du Corps et du Sang très saints de notre Seigneur Jésus-Christ, qu'ils sacrifient sur l'autel, qu'ils reçoivent eux-mêmes, et qu'ils distribuent aux autres. Sachons bien, tous, que nul ne peut être sauvé que par les saintes paroles et par le Sang de notre Seigneur Jésus-Christ, que les clercs prononcent, proclament et distribuent; c'est à eux seuls qu'il revient de les distribuer, et non à d'autres.


Exigences particulières pour les religieux


Pour les religieux, qui ont renoncé au monde, il y a une obligation spéciale de faire plus et mieux, mais sans omettre le reste. Nous devons avoir en haine nos corps, avec les vices et les péchés, parce qui le Seigneur dit dans l'Evangile: Tous les vices et péchés sortent du coeur. Nous devons aimer nos ennemis et faire du bien à ceux qui nous haïssent. Nous devons observer, outre les préceptes, les conseils de notre Seigneur Jésus-Christ. De plus, nous devons nous renoncer nous-mêmes et courber nos corps sous le joug de la servitude et de la sainte obéissance, comme chacun de nous l'a promis au Seigneur. Mais l'obéissance n'impose à personne d'obéir en matière de délit ou de péché. Celui à qui a été confiée l'autorité, et qui est considéré comme plus grand que ses frères, qu'il soit comme le plus petit et le serviteur des autres frères; il doit éprouver foncièrement et témoigner à chacun de ses frères autant de bonté qu'il voudrait s'en voir témoigner à lui-même s'il était à leur place. Loin de s'irriter lorsqu'un frère aura commis une faute, en toute patience et humilité il saura donner un avertissement et l'aider avec une affectueuse douceur. Nous ne devons être ni sages ni prudents selon la chair; nous devons plutôt être simples, humbles et purs. Ne ménageons à nos corps ni les affronts ni le mépris, parce que tous, par notre faute, nous sommes misérables, pourris et fétides: des vers, comme dit le Seigneur par le Prophète: Je suis un ver et non un homme, le mépris des hommes et le rebut du peuple. Jamais nous ne devons désirer d'être au-dessus des autres; mais nous devons plutôt être les serviteurs et les sujets de toute créature humaine à cause de Dieu.



Les merveilles de la vie chrétienne


Tous ceux et toutes celles qui agiront ainsi et qui persévéreront jusqu'à la fin, l'Esprit du Seigneur reposera sur eux et fera en eux son habitation et sa demeure, et ils seront les fils du Père céleste dont ils font les oeuvres; et ils sont époux, frères et mères de notre Seigneur Jésus-Christ. Ses époux lorsque, par l'Esprit-Saint, l'âme fidèle est unie à Jésus-Christ. Ses frères lorsque nous faisons la volonté de son Père qui est dans le ciel. Ses mères lorsque nous le portons dans notre coeur et dans notre corps par l'amour, par la loyauté et la pureté de notre conscience, et que nous l'enfantons par nos bonnes actions, qui doivent être pour autrui une lumière et un exemple. Oh! qu'il est glorieux et saint et grand d'avoir un Père dans les cieux! Oh! qu'il est saint et beau, magnifique et admirable, d'avoir dans les cieux un Epoux! Oh! que c'est chose sainte et chère, plaisante et humble, apaisante et douce, aimable et désirable plus que tout, d'avoir un tel frère et un tel fils, qui a donné sa vie pour ses brebis, et qui a prié son Père pour nous en disant: " Père saint, garde en ton nom ceux que tu m'as donnés. Père, tous ceux que tu m'as donnés en ce monde étaient à toi, et tu me les as donnés. Les paroles que tu m'as données, je les leur ai dites, et ils les ont reçues; ils ont vraiment cru que je suis sorti de toi, et ils ont reconnu que c'est toi qui m'as envoyé. Je prie pour eux, non pour le monde: bénis-les et sanctifie-les. Pour eux, moi-même, je me sanctifie, pour qu'ils soient sanctifiés tous ensemble, comme nous. Et je veux, Père, que là où je suis, eux aussi soient avec moi, pour qu'ils voient ma splendeur dans ton royaume. " Puisqu'il a tant souffert pour nous, puisqu'il nous a apporté et nous apportera encore tant de biens, que toute créature qui est dans le ciel et sur la terre, dans la mer et dans les abîmes, rende à Dieu louange, gloire, honneur et bénédiction, car c'est lui notre courage et notre force, puisqu'il est le seul bon, le seul très haut, le seul tout puissant, admirable, glorieux et le seul saint, lui qu'il faut louer et bénir dans les siècles infinis des siècles. Amen.


L'esclave du péché


Les dupes du démon


Au contraire, tous ceux qui ne vivent pas dans la pénitence; qui ne reçoivent pas le Corps et le Sang de notre Seigneur Jésus-Christ; qui s'adonnent aux vices et aux péchés; qui suivent leur pente vers le mal et leurs mauvais désirs; qui n'observent pas ce qu'ils ont promis d'observer; qui font de leur corps l'esclave du monde, des désirs charnels, des soucis et des agitations ambitieuses d'ici-bas: séduits par le diable dont ils sont les fils et dont ils accomplissent les oeuvres, ce sont des aveugles, car ils ne voient pas la vraie lumière notre Seigneur Jésus-Christ. Ils ne possèdent pas la sagesse spirituelle, puisqu'ils n'ont pas en eux le Fils de Dieu, qui est la vraie sagesse du Père. C'est d'eux qu'il est dit: Leur sagesse a été engloutie. Ils voient le mal, ils le reconnaissent comme tel, ils le font sciemment, et sciemment ils perdent leur âme. Mais prenez garde, aveugles: vous vous êtes laissé séduire par vos ennemis, qui sont la chair, le monde et le diable, parce qu'il est bien agréable pour le corps de commettre le péché, et très amer de servir Dieu, parce que tous les vices et péchés sortent et procèdent du coeur de l'homme, comme dit le Seigneur dans l'Evangile. Vous n'avez rien à vous, ni en ce monde ni en l'autre. Vous croyez que vous allez conserver longtemps les biens de ce monde qui ne sont que vanité; mais vous vous trompez, car viennent le jour et l'heure auxquels vous ne pensez pas, qui vous sont inconnus et que vous ignorez.


Illustration concrète: la mort du pécheur


Le corps s'affaiblit, la mort approche, parents et amis viennent dire: " Prends tes dispositions! " Et voilà sa femme et ses enfants, ses amis et ses proches qui font semblant de pleurer. Il regarde autour de lui, voit les siens en larmes et, se laissant aller à une émotion coupable, il pense en lui-même et dit: "Tant pis! Mon âme, mon corps et tous mes biens, je les remets entre vos mains". Vraiment cet homme est maudit, qui confie et remet son âme, son corps et tous ses biens en de telles mains. Aussi le Seigneur dit-il par le Prophète: Maudit soit l'homme qui se confie en l'homme. Aussitôt on fait venir un prêtre qui lui dit: - Veux-tu recevoir l'absolution de tes péchés? - Oui, répond-il. Veux-tu, dans la mesure où tu le peux, prendre sur ta fortune pour réparer tes fautes et restituer à ceux que tu as volés et trompés ? Non! - Et pourquoi non ? dit le prêtre. Parce que j'ai tout remis entre les mains de mes parents et amis.... Et il commence à perdre la parole. Ainsi meurt-il, le malheureux. Or, que tous le sachent bien; si un homme, - que ce soit ici ou là, aujourd'hui ou demain, de telle manière ou autrement, peu importe, - meurt en état de péché mortel, sans pénitence et sans réparation, alors qu'il avait la possibilité de réparer et qu'il ne l'a pas fait, le diable lui arrache l'âme du corps, lui causant tant d'angoisse et de tourment, que nul ne peut s'en faire une idée, sauf celui qui en est la victime. Talents, pourvoir et science, tout ce qu'il croyait avoir lui sera enlevé. Il le laisse à ses parents et amis qui emportent et se partagent ses biens, et qui disent ensuite: " Maudite soit son âme! Il aurait pu nous donner bien davantage, et amasser plus qu'il n'a amassé!" Le corps est la proie des vers; et ainsi perd-il son âme et son corps en ce monde qui passe si vite, et il ira en enfer où il sera tourmenté sans fin.


Conclusion


Pratiquer et diffuser la parole de Dieu


Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen. Moi, frère François, votre petit serviteur, je vous prie et supplie, dans l'amour qu'est Dieu, et avec la volonté de vous baiser les pieds, d'accueillir comme vous le devez, avec humilité et charité, ces paroles toutes parfumées de notre Seigneur Jésus-Christ, de les observer et de les mettre en pratique. Tous ceux et toutes celles qui accueilleront ces paroles avec bienveillance, qui les méditeront et en adresseront à d'autres des exemplaires, s'ils persévèrent jusqu'à la fin à en observer les enseignements, qu'ils soient bénis du Père, du Fils et du saint-Esprit. Amen.


Lettre à tous les clercs


Considérons attentivement, nous tous qui sommes clercs, le grand péché et l'ignorance dont certains se rendent coupables envers le Corps et le Sang très saints de notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi qu'envers les manuscrits portant ses divins Noms et ses saintes paroles en vertu desquelles son Corps est rendu présent. Son Corps, nous le savons, ne peut être rendu présent sans les paroles de la Consécration. En ce monde, en effet, nous ne possédons rien de visible ni de sensible du Très-Haut, si ce n'est son Corps et son Sang, ses Noms et ses paroles, par lesquels nus avons été créés, et par lesquels nous avons été rachetés de la mort à la vie. Il faudrait donc que tous les ministres de si saints mystères - surtout ceux qui s'en acquittent sans égards - réfléchissent sur le triste état des calices, des corporaux et des linges qui servent au sacrifice du Corps et du Sang de notre Seigneur Jésus-Christ. Il y en a beaucoup aussi qui laissent l'Eucharistie à l'abandon en des endroits malpropres, la transportent sans honneur, la reçoivent indignement, et la distribuent aux autres sans discernement. Quant aux textes comportant les Noms et les paroles du Seigneur, on va parfois jusqu'à les fouler aux pieds. C'est que l'homme animal ne perçoit pas les choses de Dieu. Et toutes ces profanations ne nous émeuvent pas de pitié, alors que le Seigneur pousse la bonté jusqu'à s'abandonner à nos mains, alors que chaque jour nous le tenons, et que nos lèvres le reçoivent ? Aurions-nous oublié que nous devons un jour tomber entre ses mains ? Corrigeons-nous donc, sans tarder et radicalement, de toutes ces fautes et de toutes les autres. Partout où le très saint Corps de notre Seigneur Jésus-Christ sera trouvé placé ou abandonné au mépris de toutes les lois, qu'on le retire de cet endroit pour le mettre en place d'honneur, où on le conservera bien gardé. De même, les manuscrits contenant les Noms et les paroles du Seigneur, partout où on les trouvera dans la malpropreté, on devra les recueillir et les ranger en un endroit décent. Nous savons que nous sommes tenus d'observer ces règles plus que tout, selon les préceptes du Seigneur et les lois de notre sainte Mère l'Eglise. Celui qui ne les observerait pas, qu'il sache qu'il devra en rendre compte au jour du Jugement devant notre Seigneur Jésus-Christ. Et celui qui fera copier cet écrit pour qu'il soit mieux mis en pratique, qu'il sache qu'il est béni du Seigneur.


Lettre à tout l'Ordre


Au nom de la souveraine Trinité et de la sainte Unité, Père, Fils et Saint-Esprit. Amen. A tous les frères, auxquels il doit grand amour et respect: au frère......, Ministre général de tout l'Ordre des Frères Mineurs, son seigneur, et aux autres Ministres généraux qui viendront après lui; à tous les ministres, custodes et prêtres de cette fraternité, qui sont humbles dans le Christ; à tous les frères simples et obéissants, des premiers arrivés aux derniers qui viendront, le frère François, homme fragile et méprisable, votre tout petit serviteur, salut en celui qui nous a rachetés et lavés par son sang précieux, en celui que vous devez adorer avec crainte et respect, prosternés jusqu'a terre dès que vous entendez son nom, en celui dont le nom est le Seigneur Jésus-Christ, Fils du Très-Haut, qui est béni dans tous les siècles. Ecoutez, fils du Seigneur, mes frères; prêtez l'oreille à mes paroles; tendez l'oreille de votre coeur et obéissez à la voix du Fils de Dieu. Gardez de tout votre coeur ses commandements et accomplissez parfaitement ses conseils. Proclamez qu'il est bon; tout ce que vous faites, faites-le à sa louange. Car s'il vous a envoyés dans le monde entier, c'est pour que, de parole et d'action, vous rendiez témoignage à sa parole et que vous fassiez savoir à tous qu'il n'y a de tout puissant que lui. Persévérez dans la discipline et dans la sainte obéissance: ce que vous lui avez promis, observez-le avec fidélité et générosité. Le Seigneur Dieu s'offre à nous comme à des fils. Je vous en prie donc instamment, vous tous mes frères, en vous baisant les pieds et avec tout l'amour dont je suis capable: témoignez tout le respect et tout l'honneur que vous pourrez au Corps et au Sang très saints de notre Seigneur Jésus-Christ, en qui tout ce qu'il y a dans le ciel et tout ce qu'il y a sur la terre a été pacifié et réconcilié au Dieu tout puissant. Je prie aussi dans le Seigneur tous mes frères prêtres, ceux qui sont, ceux qui seront, ceux qui désirent devenir prêtres du Très-Haut; lorsqu'ils veulent célébrer la messe, qu'ils soient purs, qu'ils accomplissent purement et avec respect le véritable sacrifice du Corps et du Sang très saints de notre Seigneur Jésus-Christ, dans une intention sainte et pure, et non en raison d'un intérêt matériel quelconque, ni par crainte ou amour de qui que ce soit, comme pour plaire aux hommes. Que vers Dieu, au contraire, se tende leur volonté, avec l'aide de la grâce, pour ne plaire qu'à lui seul, le souverain Seigneur. Car lui seul opère dans ce mystère comme il lui plaît. Il a dit lui-même: Faites ceci en mémoire de moi. Si quelqu'un agissait avec une autre intention que celle-là, il deviendrait un nouveau Judas, un traître, et se rendrait coupable envers le Corps et le Sang du Seigneur. Rappelez-vous, mes frères prêtres, ce qui est écrit de la loi de Moïse: celui qui la méprisait, même dans ses prescriptions matérielles, était sans aucune pitié puni de mort, en vertu d'une sentence du Seigneur. Combien plus grands et redoutables les supplices mérités par qui foule aux pieds le Fils de Dieu, par qui croit pouvoir souiller le sang de l'Alliance en laquelle il a été sanctifié, par qui outrage l'Esprit de grâce! On méprise, on souille, on foule aux pieds l'Agneau de Dieu quand, selon la parole de l'Apôtre, on ne sépare pas et on ne distingue pas des autres nourritures le pain sacré du Christ, ni des autres actions son sacrifice, et quand on le mange sans être en état de grâce; ou même quand on le mange en état de grâce, mais sans attention ni respect. Car le Seigneur dit par le Prophète: Maudit soit l'homme qui fraude dans l'accomplissement du sacrifice de Dieu! Les prêtres qui ne veulent pas admettre sincèrement cela dans leur coeur, le Seigneur les condamne lorsqu'il dit: Je maudirai vos bénédictions. Ecoutez, mes frères. Si la bienheureuse Vierge Marie est tellement honorée - et c'est justice - parce qu'elle a porté le Christ dans son sein très béni; si le Baptiste bienheureux a tremblé, n'osant même pas toucher la tête sacrée de son Dieu; si le tombeau dans lequel le corps du Christ a été couché pour quelque temps est entouré de vénération: comme il doit être saint, juste et digne, celui qui touche de ses mains, reçoit dans sa bouche et dans son coeur et donne aux autres en nourriture le Christ qui maintenant n'est plus mortel, mais éternellement vainqueur et glorieux, celui sur qui les anges désirent jeter les yeux. Voyez votre dignité, frères prêtres, et soyez saints parce qu'il est saint. Plus que tous, à cause de ce ministère, le Seigneur Dieu vous a honorés; plus que tous, vous aussi, aimez-le, révérez-le, honorez-le. Grande misère et misérable faiblesse si, le tenant ainsi présent entre vos mains, vous vous occupez de quelque autre chose au monde! Que tout homme craigne, que le monde entier tremble, et que le ciel exulte, quand le Christ, Fils du Dieu vivant, est sur l'autel entre les mains du prêtre! O admirable grandeur et stupéfiante bonté! O humilité sublime, ô humble sublimité! Le maître de l'univers, Dieu et Fils de Dieu, s'humilie pour notre salut, au point de se cacher sous une petite hostie de pain! Voyez, frères, l'humilité de Dieu, et faites-lui l'hommage de vos coeurs. Humiliez-vous, vous aussi, pour pouvoir être exaltés par lui. Ne gardez pour vous rien de vous, afin que vous reçoive tout entiers Celui qui se donne à vous tout entier. Je donne en outre cet avis et cette exhortation dans le Seigneur: dans les résidences où demeurent les frères, qu'on ne célèbre qu'une messe par jour selon le rite de la sainte Eglise. S'il s'y trouve plusieurs prêtres, que, par amour de la charité, ils se contentent d'assister à la messe célébrée par l'un d'eux. En effet, le Seigneur Jésus-Christ remplit tous ceux qui sont dignes de lui, absents aussi bien que présents. Il semble se trouver en de nombreux endroits: malgré cela il demeure indivisible et ne connait aucune espèce de morcellement; il est tout entier partout, et il agit comme il lui plaît, avec le Seigneur Dieu, Père et Esprit-Saint Paraclet, dans les siècles des siècles. Amen. Ensuite, puisque celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu, nous devons, nous qui sommes plus spécialement affectés au service des sacrements de Dieu, non seulement écouter et faire ce que Dieu dit, mais encore, pour nous pénétrer nous-mêmes de la grandeur de notre Créateur et lui témoigner notre soumission, veiller avec soin sur les vases sacrés et aussi sur les écrits et les livres liturgiques qui contiennent ses saintes paroles. Aussi j'avertis tous mes frères, et dans le Christ je les y engage: partout où ils trouveront des écrits contenant les paroles de Dieu, qu'ils les vénèrent de leur mieux. Pour autant que cela les concerne, si ces paroles ne sont pas conservées décemment, ou si elles gisent éparses en quelque lieu peu convenable, que les frères les recueillent et les rangent soigneusement, honorant dans ces textes le Seigneur qui les a proclamées. Car beaucoup de choses sont sanctifiées par les paroles de Dieu, et c'est la puissance des paroles du Christ qui accomplit le sacrement de l'autel. Et maintenant je confesse tous mes péchés au Seigneur Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit; à la bienheureuse Marie toujours vierge; à tous les saints dans le ciel ou sur la terre; au frère.... Ministre général de notre Ordre, qui est mon seigneur et auquel je dois le respect; à tous les prêtres de notre Ordre et à tous mes frères bénis; sur beaucoup de points j'ai péché par ma grande faute; spécialement j'ai manqué à la Règle que j'avais promis au Seigneur d'observer, et je n'ai pas dit l'Office comme la Règle le prescrit: soit par négligence, soit à l'occasion de mes maladies, soit parce que je suis ignorant et sans culture. C'est pourquoi je conjure de tout mon pouvoir le frère....., Ministre général, de faire observer la Règle inviolablement par tous; et je supplie les clercs de célébrer leur Office en présence de Dieu sans s'attacher à la mélodie de la voix mais à l'accord de l'esprit, en sorte que la voix soit d'accord avec l'esprit et l'esprit d'accord avec Dieu; qu'ils puissent, par leur pureté d'intention, plaire à Dieu, et non flatter les oreilles du peuple par la mollesse de leur chant. Pour moi, je promets d'observer tout cela fidèlement, dans la mesure où le Seigneur m'en donnera la grâce. Aux frères qui sont avec moi je transmettrai ces ordonnances afin qu'ils y soient fidèles, tant pour l'office que pour les autres observances régulières. Tous ceux des frères qui refuseront d'observer ces lois, je ne les tiens ni pour catholiques ni pour mes frères; je ne veux même ni les voir ni leur parler, tant qu'ils n'auront pas fait pénitence. J'en dis autant de tous ceux qui s'en vont errant à leur gré, au mépris de la discipline prévue par la Règle, car notre Seigneur Jésus-Christ a donné sa vie pour ne pas manquer à l'obéissance envers son Père très saint. Moi, frère François, homme inutile et indigne créature du Seigneur Dieu, je dis, par notre Seigneur Jésus-Christ au frère...., Ministre de notre Ordre, et à tous les Ministres généraux qui viendront après lui, ainsi qu'à tous les autres custodes et gardiens des frères, présents et à venir: que cet écrit, ils doivent le garder sur eux, le mettre en pratique et le conserver soigneusement. Je les supplie d'observer eux-mêmes avec soin son contenu, et de le faire observer avec application selon qu'il plaira au Dieu tout puissant, maintenant et toujours, tant que le monde durera. Bénis soyez-vous du Seigneur, vous qui observerez tout ce qui vient d'être dit, et que le Seigneur soit avec vous à jamais. Amen.


Oraison


Dieu tout puissant, éternel, juste et bon, par nous-mêmes nous ne sommes que pauvreté; mais toi, à cause de toi-même, donne-nous de faire ce que nous savons que tu veux, et de vouloir toujours ce qui te plaît; ainsi nous deviendrons capables, intérieurement purifiés, illuminés et embrasés par le feu du Saint-Esprit, de suivre les traces de ton Fils notre Seigneur Jésus-Christ, et, par ta seule grâce, de parvenir jusqu'à toi, Très-Haut, qui, en Trinité parfaite et très simple Unité, vis et règnes et reçois toute gloire, Dieu tout puissant dans tous les siècles des siècles. Amen.


Lettre à un ministre


Au frère N....., ministre: que le Seigneur te bénisse! Je vais t'expliquer comme je le puis ton cas de conscience. Des soucis ou des gens - frères et autres personnes - t'empêchent d'aimer le Seigneur Dieu ? Eh bien! Même si, en plus, ils allaient jusqu'à te battre, tu devrais tenir tout cela pour une grâce. Tu dois vouloir ta situation telle qu'elle est, et non pas la vouloir différente. Considère cela comme une vraie charge ou " obédience " que le Seigneur Dieu et moi nous t'imposons, car telle est, j'en suis certain, l'obéissance véritable. Aime ceux qui te causent des ennuis. N'exige pas d'eux, sauf si le Seigneur t'indique le contraire, un changement d'attitude à ton égard. C'est tels qu'ils sont que tu dois les aimer, sans même vouloir qu'ils soient (à ton égard) meilleurs chrétiens. Cela sera pour toi plus méritoire que la vie en ermitage. Voici à quoi je reconnaîtrai que tu aimes le Seigneur, et que tu m'aimes, moi, son serviteur et le tien: si n'importe quel frère au monde, après avoir péché autant qu'il est possible de pécher, peut rencontrer ton regard, demander ton pardon, et te quitter pardonné. S'il ne demande pas pardon, demande-lui, toi, s'il veut être pardonné. Et même si après cela il péchait encore mille fois contre toi, aime-le plus encore que tu m'aimes, et cela pour l'amener au Seigneur. Aie toujours pitié de ces malheureux. Et quand l'occasion s'en présentera, fais savoir aux gardiens ta ferme résolution d'agir ainsi. De tous les articles de la Règle qui traitent des péchés mortels, nous en ferons un seul, lors du chapitre de la Pentecôte, avec l'aide de Dieu et après avoir pris conseil des frères; article ainsi conçu: " Si un frère, à l'instigation de l'ennemi, commet un péché mortel, il sera tenu par obéissance de recourir à son gardien. Les frères qui connaîtraient sa faute ne lui feront ni affront ni reproche; ils lui témoigneront au contraire beaucoup de bonté et tiendront soigneusement caché le péché de leur frère: car ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. Ils seront tenus par obéissance de l'envoyer, accompagné, au custode. Et le custode agira envers lui avec autant de bonté qu'il en souhaiterait pour lui s'il était en un cas semblable. Si un frère tombe en quelque péché véniel, il se confessera à l'un de ses frères prêtres. S'il n'y a pas de prêtre, il se confessera à son frère, en attendant qu'il trouve un prêtre pour l'absoudre canoniquement comme il a été dit. Les frères ne pourront enjoindre d'autre pénitence que ceci: Va, et ne pèche plus! " Pour qu'on l'observe mieux, conserve avec toi cet écrit jusqu'au chapitre de la Pentecôte: tu y seras d'ailleurs avec tes frères. Sur ce point, et sur les autres qui sont moins détaillés dans la Règle, tu feras ajouter, avec l'aide du Seigneur Dieu, les précisions nécessaires.


Lettre aux chefs des peuples


A tous les podestats et consuls, juges et gouverneurs en tout lieu de l'univers, et à tous ceux auxquels cette lettre parviendra, le frère François, votre petit et méprisable serviteur dans le Seigneur Dieu, vous souhaite à tous salut et paix. Réfléchissez, et voyez que le jour de la mort est proche. Je vous en supplie donc, avec tout le respect dont je suis capable: que les affaires et les soucis de ce monde ne vous fassent pas oublier le Seigneur ni vous détourner de ses commandements; car tous ceux qui l'oublient et se détournent de ses commandements sont maudits, et lui-même à son tour les oubliera. Et quand viendra le jour de leur mort, tout ce qu'ils pensaient posséder leur sera enlevé. Plus ils furent savants et puissants en ce monde, plus ils auront de tourments à subir dans l'enfer. Aussi je vous conseille avec insistance, à vous mes seigneurs, de rejeter au second plan toute préoccupation et tout souci, et de recevoir volontiers le très saint Corps et le très saint Sang de notre Seigneur Jésus-Christ, en souvenir de lui. A l'intention du peuple qui vous est confié, rendez au Seigneur ce témoignage de vénération: chaque soir faites proclamer par un crieur public, ou avertissez par quelque autre signal que tout le peuple ait à rendre louange et grâces au Seigneur Dieu tout puissant. Si vous ne faites pas tout cela, sachez que vous devrez rendre compte au jour du Jugement devant le Seigneur votre Dieu Jésus-Christ. Ceux qui conserveront cet écrit et le mettront en pratique, qu'ils sachent qu'ils sont bénis du Seigneur.


Lettre à tous les custodes


A tous les custodes des Frères Mineurs auxquels parviendra cette lettre, le frère François, votre petit serviteur dans le Seigneur Dieu, vous salue au nom des nouveaux signes du ciel et de la terre (= l'Eucharistie) qui sont importants et précieux aux yeux de Dieu, mais que beaucoup de religieux et d'autres hommes dédaignent comme sans valeur. Je vous en prie, et avec d'autant plus d'insistance que la consigne ne vient pas de moi: lorsque vous le jugerez opportun et raisonnable, suppliez humblement les clercs de vénérer par-dessus tout le Corps et le Sang très saints de notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que les manuscrits contenant ses saints Noms et les paroles par lesquelles on consacre son Corps. Les calices, corporaux, ornements d'autel et tout ce qui sert au Saint Sacrifice, qu'ils les traitent aussi comme des objets très précieux. Si le très saint Corps du Seigneur se trouve quelque part misérablement logé, les clercs doivent, selon le commandement de l'Eglise, le mettre et le tenir sous clef en place d'honneur; ils doivent le porter avec grand respect, et l'administrer aux autres avec discernement. Les manuscrits contenant les Noms et les paroles du Seigneur, partout où on les trouvera dans la malpropreté on devra les recueillir et les ranger en un endroit décent. Dans toutes vos prédications, enseignez au peuple qu'il doit faire pénitence, et que nul ne peut être sauvé s'il ne reçoit le Corps et le Sang très saints du Seigneur. Lorsque le prêtre le consacre sur l'autel, ou lorsqu'il le transporte, que tout le monde se mette à genoux pour rendre louange, gloire et honneur au Seigneur Dieu vivant et vrai. Enseignez et prêchez à tous les peuples ce devoir de le louer pour que, à toute heure et au son des cloches, louanges et actions de grâces soient rendues toujours, par tout le peuple et sur toute la terre, au Dieu tout puissant. Tous mes frères custodes qui recevront cet écrit, le copieront pour eux et le conserveront sur eux; tous ceux qui prêcheront jusqu'à la fin tout ce qui est contenu dans cet écrit: qu'ils sachent qu'ils ont la bénédiction du Seigneur et la mienne. Qu'ils fassent cela en vertu et avec le mérite de la vraie et sainte obéissance. Amen.


Lettre à frère Léon


Frère Léon, ton frère François te souhaite salut et paix. Mon fils, je te parle comme une mère à son enfant. Tout ce que nous avons dit en route, je vais te le résumer en une phrase et un conseil. Et même si tu dois encore revenir me voir ensuite pour me demander conseil, je te donnerai encore ce conseil: Quelle que soit la manière qui te semblera la meilleure de plaire au Seigneur Dieu et de suivre ses traces et sa pauvreté, adopte-la, avec la bénédiction du Seigneur Dieu et ma permission. Mais si cela était nécessaire pour ton âme ou pour la consolation de ton coeur, et su tu désirais simplement, Léon, venir me voir, viens!


Lettre à saint Antoine de Padoue


Au frère Antoine, mon évêque, frère François, salut. Il me plaît que tu enseignes aux frères la sainte théologie, à condition qu'en te livrant à cette étude tu n'éteignes pas en toi l'esprit de prière et de dévotion, ainsi qu'il est marqué dans la Règle.

 



27/04/2009
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