Spiritualité Chrétienne

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Les Martyrs de Thibirine

 Les 7 Martyrs de Tibhirine

Frère Christian et ses compagnons

+ 21mai 1996

Fête le 21 mai


Les Frères Luc, Christophe, Célestin, Bruno, Philippe, Jean-Pierre, Jean de la Croix, Michel et Christian, que l’on connaît plus communément sous le nom de Martyrs de Tibhirine, ont donné leur vie pour et au Nom du Seigneur. A l’heure où l’on parle de la menace Islamiste, et où leur cause de Béatification est en cours, Retour sur leur témoignage de sang.


Le 21mai 1996, en Algérie, sept moines Cisterciens du Monastère de Tibhirine sont enlevés par des inconnus et assassinés. Ilôt pacifique selon la tradition Cistercienne, dans une région marquée par la violence, la communauté monastique de Tibhirine se savait menacée. Mais les liens de solidarité avec la population locale et l’amour de la terre Algérienne avaient été les plus forts : unanimes les moines avaient décidés de rester. Ce choix généreux avait un prix : celui du témoignage chrétiens, jusqu’au don de leur vie.


Les veilleurs de l’Atlas


Pour décrire le témoignage chrétien des sept moines de Tibhirine assassinés vers le 21 mai 1996, il est important de bien connaître l’enracinement de cette communauté dans la société Algérienne, et pour cela il faut revenir un peu en arrière.


En 1962, à la fin de la Guerre d’Algérie, l’Eglise d’Algérie, composée en très grande partie de Français ou de « Pieds Noirs » a été réduite à un tout petit reste, à cause de l’exode massif de ces deux groupes vers la France. Les conversions au christianisme étaient devenues à peu près impossibles. Un recrutement local devenant exclu, on pouvait se poser des questions sur l’opportunité de maintenir en Algérie u e communauté désormais très réduite en nombre et qui ne pouvait plus se recruter sur place. La communauté a pourtant été maintenue et son témoignage a trouvé son épanouissement dans la mort de sept de ses membres en 1996. Cette mort a été unanimement pleurée par la population locale, qui est entièrement musulmane.


Le Moine vient au Monastère pour servir Dieu, en vivant aussi profondément que possible, dans le cadre du Cloître, cette union personnelle avec Dieu à laquelle tout être humain est appelé. Comment chacun des sept Frères a vécu au plus profond de son cœur cette union mystique, est le secret du Seigneur.


Riches en drame


L’un d’entre eux, cependant, doué de talent de poéte et mystique dans l’âme, nous a permis d’entrevoir ce dialogue intérieur. C’est le Frère Christophe. Ses poèmes, mais surtout son Journal des dernières années nous montrent comment tous les événements durant ces trois années riches en drames se transformaient en prière et en jaillissement d’amour embrasé : « Oh si mourir pouvait arrêter et empêcher la mort de tant d’autres encore, oh alors volontiers, comme on dit avec plaisir : oui, je suis volontaire. » (le 20 décembre 1994).


Cette relation mystique avec Dieu, ces Frères ne l’ont pas vécue comme des individus isolés mais comme communauté. Leur témoignage fut un témoignage communautaire – celui d’une communauté qui comprenait, outre les sept Frères mis à mort, deux autres qui ont échappé à l’enlèvement et à l’exécution, ainsi que ceux qui vivaient alors dans le prieuré dépendant du Monastère de Tibhirine situé au Maroc. Il s’agissait d’une communauté Chrétienne authentique : un groupe de personnes, normalement très différentes les unes des autres, et que le Seigneur s’est réunies afin d’en faire le sacrement de Sa Miséricordieuse Présence. Communauté vivante, il étaient arrivés, surtout au cours des trois dernières années, non seulement à une très grande communion entre eux, mais aussi à une parfaite unanimité dans les décisions engageant leur vie – unanimité qui ne pouvait trouver sa racine que dans la profonde vie de prière de chacun d’entre eux. Le Frère Bruno, fils de militaire ayant fait son service en Algérie ; Frère Célestin, ancien éducateur pour les jeunes de la rue et le Frère Paul, ancien plombier et ancien Vice-Préfet de Haute Savoie apportaient chacun à la Communauté une grande richesse de Don de soi et d’esprit communautaire. La personne qui a concouru le plus à créer ces liens est sans doute le Frère Luc, dont la vie mériterait d’être écrite, tant elle est riche et édifiante et aussi très exemplaire. Frère Christophe, dont la dimension mystique a déjà été relatée, était aussi, puisqu’il était poéte, un homme d’une très grande sensibilité. Comme il était responsable des ouvriers et avait des contacts avec la famille du gardien, en particulier, il avait des relations d’amitié très belle et très forte avec tous.


Le Frère Christian était, au moment de la consommation communautaire de leur témoignage, le Prieur de la Communauté de Tibhirine. Trajectoire toute spéciale que celle de sa vocation. De famille de militaires, il avait passé son enfance en Algérie , où sa mère l’a formé à un très profond respect à l’égard des Algériens. Il est ensuite revenu en Algérie durant la guerre, comme jeune officier. D’abord Prêtre séculier dans le Diocèse de Paris, il a senti l’appel à la vie contemplative et choisit le Monastère de Notre Dame de l’Atlas à Thibirine. Ayant développé une grande connaissance très approfondie et aussi un grand amour très respectueux pour l’Islam, il s’est impliqué et a profondément impliqué sa Communauté dans le dialogue interreligieux.


En 1993, au moment où le procéssus électoral est arrêté en Algérie et où le pays bascule dans une spirale de violence dont il n’a pas encore réussi à se libérer, les étrangers sont sommés de quitter le pays sous peine de se faire éliminer. Comme beaucoup d’autres, les Frères de Thibirine se son posés la question : « Faut-il partir ? » C’est ainsi qu’il décident de rester.


En europe, certains ont alors dit que l’on comprenait que des « missionnaires » demeurent pour continuer leur « postolat », mais pas des Moines qui, de toute façon, peuvent mener leur vie de prière n’importe où… C’était ne rien comprendre à leur vie. La vie contemplative ne peut pas se vivre dans l’abstrait. Elle est toujours incarnée, enracinée dans un lieu et dans un contexte culturel bien concrets. Les Frères de Tibhirine ne désiraient aucunement le martyre, ils n’étaient abolument pas « illuminés ». S’ils ont choisi de rester c’est parce que c’était, pour eux, une exigence de fidélité, et cela à plusieurs niveaux.


Direction de Médéa


Avec soin, ils obnt analysé la situation politique du pays, non pas pour réagir politiquement, mais pour pouvoir donner une réponse évangélique à cette situation. « La violence me tue, je dois trouver quelque part un appui pour ne pas me laisse emporter par ces flus de mort », écrivait le Frère Christophe, le 11 juillet 1995.


Dans la Récollection donnée à un groupe de laïcs à Alger le 8 mars 1996, le Frère Christian commentait avec force le précepte des Saintes Ecritures : « Tu ne tuera pas », et il l’appliquait à toutes les situations du pays et terminait par une série de phrases lapidaires : « Ne pas tuer le temps… Ne pas tuer la confiance… Ne pas tuer la mort… Ne pas tuer le Pays… Ne pas tuer le Musulman… Ne pas tuer l’Eglise… » Deux semaines après lui et ses Frères sont ennlevés et deux mois plus tard, ils sont victimes de cette violence.


Lorsque, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 un groupe d’hommes armés se présentent au Monastère et les ammènent en direction de Médéas, aux yeux de ceux qui ont pu les voir traverser le village encadrés d’hommes armés, ils avaient l’air de suivre des terroristes. En réalité, ils suivaient le Christ. Aucun ne désirait le martyre. Ils aimaient la vie et redoutaient la mort.


Mais ils l’avaient consciemment et explicitement acceptée. Dans une lettre circulaire du 21 novembre 1995, ils avaient écrit : « La mort brutale – de l’un de nous, ou de tous à la fois – ne serait qu’une conséquence de ce choix de vie à la suite du Christ. » S’il fallait mourir, ils voulaient bien le faire ! Le vieux Frère Luc, qui avait depuis longtemps demandé que l’on chante à ses funérailles la chanson d’Edith Piaf « Non je ne regrette rien », fit la prière universelle de l’Eucharistie, le 31 décembre 1994 – donc quelques jours après la visite dramatique de la nuit de Noël : « Seigneur, fais-nous la grâce de mourir sans haine au cœur/ » L’inspiration de cette belle prière a été reprise dans le Testament de Frère Christian – document bien connu, qui restera sans doute l’une des plus belles pages de la littérature chrétienne du 20e siècle. Ce texte n’esprime d’ailleurs pas seulement ses sentiments mais ceux de tous les Frères. En réalité, à partir d’une première mouture rédigée le 1er décembre 1993, il fut terminé le 1er janvier 1994. Entre ces deux dates, le Frère Christian le retravailla et l’affina avec la participation de toute la Communauté. Christian rammène ensemble la Théologie Biblique et patristique du rétablissement de la ressemblance Divine et la préoccupation qu’il partageait avec Monseigneur Claverie et qu’il puisait dans le message de Jésus : celle du respect des différences. Il disait d’ailleurs peu de temps avant sa mort qu’un des motifs de demeurer sur place, en tant que Chrétien et Européen, était d’affirmer le droit du « petit peuple » local à sa propre différence.


La communion des Moines de Tibhirine avec le peuple Algérien continue au-delà de leur mort. Les sept longs cerceuils que les cadets de l’Armée Algérienne portèrent – apparemment avec effort – dans la Basilique Notre Dame d’Afrique le jour des funérailles, ne contenaient en réalité chacun qu’une tête. Leurs corps, qui n’ont pas été retrouvés, restent enfous anonymement dans la terre d’Algérie, en un endroit inconnu – du moins officiellement – avec des miliers d’autres victimes tout aussi anonymes de la même violence contre laquelle leur vie était une protestation évangélique.


Normes en vigueur


Le pardon donné d’avance par le Frère Christophe et par tous ses Frères à ceux qui pourraient les mettre à mort, aussi bien que celui donné à l’Ordre Cistercien et à l’Eglise d’Algérie au moment des funérailles ne doit pas être conçu comme une acceptation tacite et tranquille de la violence dont ces témoins de la Foi furent victimes. Ce pardon ne dispense personne de faire la lumière sur toutes les circonstances de cette tragédie.


Un procès de Canonisation en bonne et due forme qui, selon les normes en vigueur de la Congrégation pour les Causes des Saints, supposeraient une connaissance approfondie et minutieuse des circonstances de leur mort et des motifs de leurs agrresseurs s’avérerait probablement impossible dans les circonstances présentes.


En effet, aucune enquête judiciaire n’a permis de déterminer avec certitude comment se sotn passés les faits, ainsi que l’identité des assassins et de leurs mandants ni d’affirmer avec certitude dans quelle mesure mles motifs de ceux-ci étaient explicitement religieux. Cela reste secondaire. Cependant, ils ont tout été témoins et Martyrs par leur vie avant de l’être par leur mort ; et leur mort, à n’en pas douter, a été une conséquence de ce qu’ils avaient vécu. Elle a été provoquée par une attitude évangélique dans des situations de violence lucidement perçues et analysées à la lumière de la Foi. Si une lecture purement politique de leur vie et de leur mort serait une erreur manifeste, une lecture purement spirituelle qui ignorerait le courage et la lucidité avec lesquels ils se sont impliqués dans des situations concrètes, ne serait pas seulement naïve, elle viderait le sens de leur message.


Texte extrait de « Histoire du Christianisme » N° 17 d’août 2003


Bibliographie


Sur la situation de l’Eglise d’Algérie, après la Guerre d’Algérie, et les origines du Monastère de Tibirine : «  Notre Dame de l’Atlas », de Claude Mouton, aux Ed. Publication M.C. (B.P. 25, F-85 290 Saint Laurent sur Sèvre), paru en 1985


Sur les Moines de Tibhirine : « Aime jusqu’au bout du feu », Poèmes de Frère Christophe, aux Editions Monté Cristo, Annecy, 1997; « Le souffle du don, Journal de Frère Christophe, Moine de Tibhirine » Aux Ed. Bayard/ Centurion, 1999; « Sept vies pour Dieu et l’Algérie », aux Editions Bayard/Centurion, 1996.


Prière pour obtenir la glorification des Moines Martyrs de Tibhirine


Seigneur notre Dieu, nous Te rendons grâce pour les Frères Martyrs de Tibhirine, pour leur vie fidèle à Toi, qui est notre Lumière, notre Vie et notre Père. Nous Te rendons grâce pour leur témoignage de sang, nous rappelant la Parole de Ton Divin Fils : « Qui perd sa vie à cause de Moi, la retrouvera », mais encore : « Ce lui qui veut Me suivre, qu’il quitte ses parents, ses amis, et ses biens, qu’il porte sa Croix », ou enfion : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ». Par leur intercession, nous T’en supplions, donne à Ton Eglise, et plus spécialement aux Eglises de France et d’Algérie, de saints pasteurs et de nombreuses vocations. Accorde aussi à ces pays respectifs, la grâce d’une grand unité des cœurs et le Don de Ta Paix.


Nous Te demandons enfin, si telle est Ta Volonté, de bien vouloir exaucer les prières que nous Te présentons par leur intercession en nous accordant les grâces suivantes, et ce, en preuve de la grâce dont Frère Christian et ses compagnons jouissent auprès de Toi, dans le but qu’ils soient élevés au rang des Saints de Ton Eglise. Nous Te le demandons, par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.



22/10/2007
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