Spiritualité Chrétienne

Spiritualité Chrétienne

Le Vénérable Georges Bellanger

 Le Vénérable Georges Bellanger

Prêtre esclave de Marie

1861-1902


Georges Bellanger naquit à Bourbourg (Nord), en France, le 24 mai 1861, fête de N.-D. Auxiliatrice. Il eut sept frères et soeurs dont Hélène, du Carmel de Saint-Omer, morte à Ciney (Belgique) en 1917 et Arthur, décédé jeune prêtre à l'orphelinat St-Joseph de Calais. Après ses études, interrompues par une coxalgie mortelle dont la Sainte Vierge le guérit miraculeusement, il fut successivement professeur au Petit Séminaire d'Arras, directeur de la Maison des Saints-Anges, aumônier militaire. Il entra ensuite dans la Congrégation des Frères de Saint Vincent de Paul, fondée par le Vén. Jean-Léon Le Prevost au milieu du XIXe siècle. Il fit profession le 2 juillet 1898 à La Salette du Haut-Vaugirard. Religieux, il exerça tour à tour les fonctions d'aumônier militaire, de missionnaire, de maître des novices. Un de ses biographes l'a surnommé le Saint de l’Ave Maria, parce que de pair avec un profond amour pour le Saint Sacrement, le rosaire fut le ressort de sa vie intérieure, son moyen d'apostolat par excellence auprès des soldats et des foules, sa méthode de direction comme maître des novices. Il commençait par faire « mordre» au rosaire, disait-il, et - allait ensuite jusqu'à ce « qu'on l'eut dans le sang », comme lui. Il mourut doucement le 16 août 1902, à l'âge de 41 ans. Le procès de béatification du père Bellanger est actuellement en cours. Plusieurs miracles sont attribués à son intercession.


Déjà à l'époque de sa formation cléricale, le pieux abbé écrivait : « Mes trois ou quatre rosaires bien dits chaque jour, mes quatre Angélus; l'Ave Maria avant toutes les actions même les plus insignifiantes en apparence, en me levant, en me couchant, en m'endormant, en entrant dans la maison, en montant l'escalier, en le descendant, dans tous les moments libres. » « Mes trois ou quatre rosaires bien dits, chaque jour ! » Sa plume doit faire erreur, se dit-on, il veut sans doute parler de trois ou quatre chapelets, ce qui serait déjà estimable ! Détrompez-vous, il a bien écrit. Et en certaines circonstances, par exemple à l'occasion d'une grande fête de la Sainte Vierge, il augmente même jusqu'à six ou sept rosaires. Il ne s'agit pas d'un débit automatique d'Ave Maria; il écrit expressément «trois ou quatre rosaires bien dits».


À l'âge de vingt-cinq ans, l'abbé Bellanger découvre le Traité de la Vraie dévotion à la Sainte Vierge, de saint Louis-Marie de Montfort. La lecture de ce petit livre change sa vie. Il se consacre à la Vierge selon la formule montfortaine : tout faire avec Marie, en Elle, par Elle et pour Elle. À Jésus par Marie. Bien des années plus tard, il peut réaliser son rêve et aller en pèlerinage au tombeau de saint Louis-Marie Grignion de Montfort, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée. Il en revient plein d'enthousiasme : « Qu'il (Montfort) avait bien compris le peuple ! Son rosaire, ses merveilleux cantiques pleins de doctrine, ses manifestations populaires, ses Calvaires, ses prédications si fortes et si simples, voilà bien ce dont le peuple a besoin. Si seulement nous savions rendre le rosaire intéressant ! » L’influence du Père Bellanger par l’Ave Maria s'exerça dès les premières années de son sacerdoce. Un jour, le supérieur du petit séminaire dont dépendait la Maison des Saints-Anges, traversait une cour de l'établissement avec un prêtre de ses amis. Et lui désignant l'abbé Bellanger : « Voyez-vous ce petit boiteux, dit-il, je ne le donnerais pas pour son pesant d'or. Il confesse la moitié de mes séminaristes, et vous ne soupçonneriez jamais le bien qu'il fait à ses pénitents. Aussi je lui en envoie le plus possible. Quand un élève s'adresse à lui je suis parfaitement tranquille, et n'ai à m'occuper de lui ni pour la conduite ni pour la direction. Si la maison va si bien, c'est à lui en grande partie que je l'attribue. » C'est qu'il ne vivait que d'union avec Dieu, d'amour de la Sainte Vierge et de sacrifices. Il passait chaque semaine une partie de la nuit du jeudi au vendredi devant le Saint Sacrement avec quelques soldats de bonne volonté. Il récitait tous les jours le rosaire en entier, et disait de nombreuses messes aux intentions de la Sainte Vierge. Et si nous voulons savoir d'où lui venait cet ascendant de jeune directeur sur les enfants, nous n'avons qu'à nous en rapporter à la réflexion d'un des élèves : «Maman, toutes les fois que je rencontre M. Bellanger, je regarde s'il a son chapelet à la main. Jusqu'ici je ne l'ai jamais vu sans cela !» Il disait : « Demandez que je devienne de plus en plus un spécialiste et que ma spé­cialité soit le saint Rosaire et l'Ave Maria.» Et encore : « Mon rosaire est mon thermomètre du point de vue spirituel, et je constate que le démon fait tout pour m'empêcher de réciter cette prière à laquelle est attaché, je le sens, mon salut éternel. » «Je ne sais plus qu'une chose, le rosaire. Laissons la dévotion du saint Rosaire nous envahir; faisons pour cela un bon repas de rosaire tous les jours. Mon dernier chapelet avant de m'endormir, c'est ma messe du soir.»


L'aumônier militaire


L’un des ministères les plus importants du Père Bellanger s'exerça auprès des soldats. En lisant la vie de ce saint prêtre, on est frappé d'étonnement devant les résultats extraordinaires qu'il obtint auprès de ses hommes de la garnison d'Arras, résultats qui l'émerveillaient lui-même. D'abord aumônier sans titre, c'est en 1890 que Mgr Dennel le nomme officiellement aumônier militaire et responsable des oeuvres militaires du diocèse. Le Père Bellanger inscrit sur ses cartes de visite et ses petits billets : «aumônier volontaire des soldats». Il tient à le spécifier. Car à l'opposé de nombreux prêtres qui refusaient ce ministère ou le quittaient après quelques mois, prétendant qu'il n'y avait rien à faire là, le Père Bellanger est tout heureux de se dévouer corps et âme auprès des soldats. Dès le début de son apostolat auprès d'eux, à l'approche de Noël 1886, il déclare à ses soldats : «Vous pourriez avoir pour vous entretenir, vous parler, bien des prêtres beaucoup plus savants, beaucoup plus saints que moi. Mais que vous puissiez avoir un prêtre qui vous aime davantage, permettez-moi de vous dire que je ne le pense pas... Je suis et je veux être de plus en plus pour vous comme un frère aîné... et quelque chose de plus parce que je suis prêtre : je vous aime en prêtre, c'est-à-dire comme celui en qui le bon Dieu a mis quelque chose de Son amour pour vous.» L’amour réel des personnes qui nous sont confiées est un facteur important dans l'apostolat.


« Plus que tout autre, le soldat a besoin du prêtre, disait M. Bellanger. Mais il est bon qu'il ait un prêtre, toujours le même, un prêtre spécial, qui connaisse toutes ses misères, toutes ses peines... Il est bon qu'il ait un prêtre que les visites, même inopportunes, même interminables, ne dérangent jamais. Que de fois une visite qui me faisait gémir intérieurement sur la perte de mon temps, s'est terminée par une bonne confession. Il faut encore au soldat un prêtre qui sache aller à sa recherche partout où il pourra le rencontrer : dans les églises, dans les salles d'hôpital, même au coin détourné d'une rue... « Près du prêtre s'occupant des soldats, il faut une œuvre, il faut une maison où ceux qu'il groupera peu à peu pourront se réfugier durant les heures de liberté, heures les plus dangereuses de toutes. Que l'œuvre soit modeste, cachée, non pas que l'on ait à craindre les autorités militaires, généralement très favorables aux prêtres qui s'occupent de soldats, mais plutôt les mauvais camarades qui, entrant comme des loups dans la bergerie, mettraient bien vite en fuite les timides agneaux. « Du reste la bonne Providence a en son pouvoir mille moyens de faire arriver au prêtre les soldats sur qui elle a des desseins de miséricorde, sans qu'il soit nécessaire de recourir au moyen de la publicité; nous l'avons constaté bien des fois dans notre oeuvre d'Arras. »


Le secret de la réussite


Comme dans toute œuvre divine, le secret de la réussite dans l'oeuvre militaire d'Arras se trouve dans la priorité que le Père Bellanger accordait aux moyens surnaturels. « Pour faire du bien dans une oeuvre, disait-il, il faut plonger jusqu'au cou dans le surnaturel ceux qui en font partie. Essentiellement : prière, confession, communion, prédication. Surnaturellement, quel est le tout premier habitant de ma famille, de ma paroisse, de ma société, de l'univers ?... Jésus au Saint Sacrement, Maître de la maison, personne vivante et agissante à qui il faut s'adresser à toute heure du jour...» « Le surnaturel n'éloigne pas les soldats, affirme l'aumônier. Je dirai même que c'est la seule chose qui les attire. » En effet, quel intérêt réel le prêtre ou le religieux présente-t-il s'il n'est porteur de transcendance et de divin ? M. Bellanger eut d'abord à coeur de communiquer aux âmes son amour et sa confiance sans borne envers la Vierge Marie. La prière mise à l'honneur, c'est le chapelet, le rosaire, l'Ave Maria : «Pour sauver le soldat, dit-il, je ne crois plus qu'à la Sainte verge et à Son rosaire.» «Le soldat fidèle à méditer l'amour de son Dieu dans le rosaire qu'il peut dire partout et toujours, fidèle à prier sa Mère du Ciel, sera toujours un apôtre; et il faut que le soldat soit un apôtre pour persévérer. Le soldat fidèle au sacrement de la Sainte Vierge, c'est-à-dire au rosaire, sera fidèle aux sacrements de Notre-Seigneur.» « Et la Sainte Vierge, cette bonne Mère à qui nous devons tout, comme ils L'aiment ! écrit encore le Père Bellanger. Presque tous ont leur chapelet. Ils le récitent partout. Il s'est même formé parmi eux une petite ligue qui consiste à réciter des Ave Maria dans les mille moments perdus de la journée pour la conversion des soldats. Le soir ils indiquent sur un petit carton le nombre d'Ave Maria récités, et à la fin du mois le carton est déposé aux pieds de Notre-Dame des Armées. Le bien qu'a déjà opéré cette petite ligue, qui comprend aussi nos anciens, est considérable. » « Chez nous, écrit le Père, nous avons presque tous les soirs de ces braves soldats qui vont dire le chapelet à genoux. J'en ai surpris un le disant les bras en croix. »


Un jour qu'il avait recommandé à ses soldats la conversion et le baptême d'un de leurs camarades, ils lui répondent en choeur : « Monsieur l'aumônier, cela vaut bien la peine qu'on passe la nuit à dire des rosaires...» « Depuis que j'aime le chapelet, déclare un de ses soldats, mes meilleures heures sont mes heures de garde. C'est tout le contraire d'autrefois. Mon fusil d'une main, mon chapelet de l'autre, je trouve les heures trop courtes. » Un autre lui dit : «Monsieur l'abbé, j'ai voulu savoir combien de chapelets il était possible de réciter pendant mes heures de garde de nuit. Devinez combien... Eh bien ! j'en ai récité vingt-quatre et je ne suis pas fâché de ma nuit.» «Il y a traits sur traits semblables dans ma vie d'aumônier,» dit le Père. Et pourtant, le milieu était loin d'être chrétien. Lors d'une Conférence au Congrès de St-Brieuc (1898), parlant des grâces qui pleuvent sur son oeuvre, le Père dit : «Le milieu sur lequel le saint Rosaire agit chez nous est aussi païen que possible. Les jeunes gens sans baptême et sans première communion sont nombreux, presque la totalité de ceux qui sont baptisés a abandonné tout devoir religieux. Eh bien ! les victoires de la Sainte Vierge sont tellement nombreuses qu'elles me feraient peur si je ne savais qu'il se sème quelques milliers d'Ave Maria chaque jour pour mes païens et quatre-vingts à cent mille Ave Maria à tous les mois.» Des élites émergent parmi ces hommes qui ont eu le privilège de rencontrer sur leur route un pasteur au cœur de feu. « Nos premiers soldats étaient très dévots au rosaire, rappellera plus tard l'abbé Bellanger. Parmi eux se trouvaient deux bons enfants de l'Orne et de la Mayenne (il s'agit des soldats Groiseaux et Joseph Piel), ils chapeletaient tout le temps. Je les appelais, à part moi, mes «deux saints de l'Ave Maria». C'était l'un d'eux qui donnait un jour ce mot d'ordre que j'ai redit des milliers de fois depuis : « Semons des Ave Maria, nous récolterons des soldats. » Ils ne se lassaient jamais de prier, ni de se sacrifier, ni de se donner pour leur Mère du Ciel. N'ayant qu'une passion : glorifier la Sainte Vierge et Lui donner les âmes de leurs camarades; leur vie n'était qu'une suite d'actes héroïques. « Tandis que le dimanche j'allais matin et soir à la chasse aux soldats dans les diverses églises de la ville, mes deux saints offraient sans interruption la prière toute puissante du rosaire et faisaient tomber dans les filets de la très Sainte Vierge les plus beaux gibiers du bon Dieu, je veux dire Ses meilleurs enfants. Durant des nuits entières, ils se réunissaient pour dire des rosaires, soit au pied de quelque tabernacle, soit dans les magasins militaires dont ils étaient les gardiens. Le rôle de gardiens les obligeaient à prendre leurs repas en particulier, ils en profitaient pour jeûner au pain et à l'eau chaque vendredi. Ils ne laissaient jamais s'écouler un jour sans faire la sainte Communion, tantôt le matin, tantôt à midi, quelques fois le soir. Toujours en quête de camarades à amener au prêtre et au Bon Dieu, leur vie n'était qu'un long acte de charité. Ils étaient dans notre Nazareth les grands auxiliaires de la Vierge Marie. Heureuses les œuvres qui ont des saints dans leurs fondations ! Nos deux saints furent pour beaucoup dans la grâce insigne qui devait être accordée à l'œuvre : l'entrée du Dieu de l'Eucharistie dans la maison. »


À Jésus-Eucharistie par Marie


Si le Père Bellanger insiste tant sur la dévotion à la Vierge Marie et la récitation de l'Ave Maria, c'est qu'il a compris que là se trouve la voie rapide menant à Jésus. Il veut gagner les âmes au Christ, particulièrement à Jésus-Eucharistie, et les amener à la fréquentation des sacrements. Et il sait d'expérience que le moyen infaillible, c'est de rapprocher les âmes de Marie, la Trésorière de toutes grâces. Pour M. Bellanger, une œuvre, c'est d'abord une chapelle et le tabernacle en est le cœur. Il veut que Notre-Seigneur ait la première place et, à cette fin, il obtient pour son Centre le privilège de garder le Saint Sacrement. «Il serait profondément édifiant, disait-il aux soldats, de vous voir tous vous diriger vers la chapelle quand vous entrerez dans cette maison, pour vous y agenouiller un instant seulement et dire un mot d'adoration et d'amour au bon Dieu. Je serais peiné d'avoir votre première poignée de main.» « Plus le soldat vit d'ordinaire terre à terre, dit-il, plus il est nécessaire de le plonger dans le surnaturel. Tout d'abord il vient au pied du Saint Sacrement comme l'homme de garde qui ne dit rien, qui ne fait rien, mais dont la tenue est correcte. Un peu à la fois son cœur s'échauffe sous les bienfaisants rayons du Soleil eucharistique et il finit par croire d'une foi pratique à la présence réelle de Notre-Seigneur. » Le rayonnement de Jésus-Hostie se fit bientôt sentir. «Tous les mercredis, écrit le Père à titre d'exemple, le Seigneur est adoré solennellement pendant une heure et, ce jour-là, les rangs sont trois ou quatre fois plus serrés qu'en temps ordinaire. C'est vraiment le Dieu de l'Eucharistie qui les attire.» « Un an environ après la fondation de l'oeuvre militaire, note l'aumônier, nous avions commencé à réciter solennellement le saint Rosaire chaque jeudi soir devant le Saint Sacrement exposé, mais bientôt s'ajouta l'adoration et le rosaire de toute une nuit, chaque semaine. De cinquante à soixante soldats venaient par groupes de quinze à vingt, dire le saint Rosaire à tour de rôle. » Des années plus tard, cette ferveur n'avait fait qu'augmenter. Le 11 février 1893, le Père confiait à un ancien soldat : « Nous avons dans l'œuvre actuellement un groupe de jeunes gens aimant véritablement le bon Dieu, notre petite association intime qui se compose de quarante braves des deux régiments. Toutes les semaines de dix à trente d'entre eux montent la garde aux pieds de Notre-Seigneur durant toute la nuit du dimanche au lundi et on termine par la Communion. De sorte que nos quarante associés passent en moyenne deux nuits d'adoration près de Notre-Seigneur chaque mois. » Quant à la confession, l'aumônier pourra dire : «Depuis un an, je compte un peu plus de cinq cents soldats s'étant approchés des sacrements dans l'œuvre militaire, je les ai confessés presque tous, je puis affirmer qu'il y a eu plus de trois cent cinquante retours, et de bien des années, dont trente premières communions...»


La sainte communion devint de plus en plus fréquente chez bon nombre d'entre eux. «La communion quotidienne, pour une très petite exception, écrit le Père Bellanger, la communion de tous les huit jours pour quelques-uns, de tous les quinze jours ou de tous les mois pour un nombre relativement considérable, et de ces communions à toute heure de la matinée, je devrais presque dire à toute heure de la journée, voilà ce dont je suis témoin depuis plus de deux ans.» «Pendant le seul mois de mars, saint Joseph s'est montré d'une manière admirable bon Père nourricier des soldats. Nous avons eu le bonheur de donner une centaine de fois le vrai Pain de Vie à tous ces pauvres affamés, bien qu'on fût à la veille de la Communion pascale.» Un autre grand moyen surnaturel reste la prédication. Pour prémunir ses jeunes contre les dangers dont ils sont menacés à la caserne, M. Bellanger veut éclairer et fortifier leur foi. Il veut former des apôtres et de bons citoyens chrétiens. Sa prédication est appréciée, sa parole est simple, facile. Il n'improvise pas. Il prépare soigneusement ses sermons, il les écrit. Souvent il s'installe devant le tabernacle, en pensant à ceux qu'il veut atteindre et qu'il recommande à Notre-Seigneur et à la Sainte Vierge. Non seulement il prêche le dimanche et les jours de fête, mais il sait organiser des retraites pour Noël, pour Pâques, pour les recrues et pour les partants. «Je suis débordé depuis quelque temps, écrit-il au Père Anizan, aussi je me prive du bonheur de vous écrire ou plutôt le bon Dieu m'en prive. Je vais commencer toute une série de retraites mercredi prochain. Demandez que je fasse aimer ma divine Mère... Je ne crains pas la fatigue, mais ferai-je l'œuvre du bon Dieu ? Je voudrais arriver à ce que ce ne soit plus moi qui prêche et qui agisse, mais la Sainte Verge.» Souvent l'aumônier se rendra à la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris avec un groupe ou l'autre de ses soldats, pour une retraite pèlerinage d'un jour ou deux, avec adoration diurne et nocturne, avec confessions et messes, pèlerinage au sanctuaire Notre-Dame des Victoires et un peu de repos.


L'image de Notre-Dame du Bon Conseil


À la rue des Écoles, première résidence de l'œuvre militaire, l'aumônier avait installé une statue de Notre-Dame des Armées. Lorsqu'il inaugure la nouvelle résidence sur la rue des Bouchers-de-Cité, en 1890, M. Bellanger remplace la statue par l'image de Notre-Dame du Bon Conseil. Cette image lui plaît beaucoup. « L’image de Notre-Dame du Bon Conseil m'a accompagné partout, dira-t-il en novembre 1897. Elle a été honorée et invoquée partout; elle a entendu toutes les confidences des pauvres âmes et que de fois j'ai senti son influence ! La Sainte Vierge en personne n'eût pas mieux fait. » En janvier 1898 il écrit : « Remarquons que N.-D. de Bon Conseil est avant tout la Vierge des conversions. Son titre l'indique : toute conversion en effet est une œuvre qui commence, se continue et s'achève sous l'influence des conseils divins obtenus par la fidèle épouse de l'Esprit de Conseil, et distribués par Elle à l'âme égarée qu'Elle veut ramener à Dieu. L’année qui vient de s'écouler a été une année de conversions comme pas une autre : baptêmes, seize premières communions, des retours au bon Dieu en nombre incalculable, sont la meilleure preuve que N.-D. de Bon Conseil est avant tout la Vierge des conversions... Que d'âmes le diront éternellement au ciel ! « Remarquons encore que l'image de N.-D. de Bon Conseil prêche par elle-même. Il est arrivé souvent qu'après un seul entretien avec cette divine Conseillère, des âmes pécheresses sont venues se jeter aux pieds du prêtre, affirmant que seule la Mère de Dieu, sans aucune influence humaine, les avait déterminées à faire cette démarche de laquelle dépendait peut-être leur salut éternel. «Elle m'a parlé, votre image, disait un jour, après l'exercice du mois de Marie, un jeune caporal qui venait de faire connaissance avec l'Oeuvre, aussi je vous demande de me préparer au baptême et à la première communion.» « Les soldats qui tous les jours se réunissent aux pieds de N.-D. du Bon Conseil l'appellent à juste titre ‘l'image miraculeuse de leur Mère du Ciel’. » Plus tard, le prédicateur de paroisse fut pareil à l'aumônier des soldats. « Quant à moi, dit-il, je ne pense plus qu'à la Sainte Vierge et à mon rosaire. La pensée de sauver les pauvres, les soldats et de réchauffer la dévotion des prêtres pour le saint Rosaire est chez moi une véritable obsession. J'en reviens toujours à mes livres du saint Rosaire. Après le saint Office (son bréviaire), je ne dis que le rosaire. Je voudrais le comprendre parfaitement, afin de le prêcher partout. Je voudrais devenir de plus en plus le dominicain du peuple. » Cette admirable prière était pour lui une mine inépuisable. Certains qui ne connurent le Père Bellanger que superficiellement l'accusèrent parfois, comme saint Louis-Marie de Montfort, d'honorer Marie aux dépens de ce qui est dû à Dieu. Mais comme Montfort aux Jansénistes, il savait leur répondre. C'est que, selon la belle parole de Mgr Pie, «la religion chrétienne n'est pas seulement la religion du Fils de Dieu, mais la religion du Fils de Dieu, fils de Marie». Et lorsqu'il honorait la Vierge, il ne voyait jamais la Mère de Dieu qu'avec Son divin Fils dans Ses bras. Marie était pour lui, comme pour Montfort, la voie rapide qui mène à Dieu. Du reste, à ses yeux, l'un des principaux moyens d'honorer Dieu était d'honorer Sa Mère. C'est pourquoi il faisait presque tous ses actes de dévotion envers la Sainte Verge en présence du Saint Sacrement. Souvent au moment de réciter le rosaire devant le tabernacle ouvert ou la sainte Hostie exposée, il disait : « Réjouissons le Cœur de Notre-Seigneur en saluant 150 fois Sa Mère, en répétant Son nom qui Lui est si cher. »


Maître des novices


La maladie obligea l'aumônier militaire à s'éloigner de son champ d'apostolat pour un certain temps, du moins c'est ce que le Père Bellanger croyait. Le médecin, pour sa part, avait compris que l'œuvre militaire «tuait» son aumônier. Comment pourrait-il raisonnablement reprendre le même ministère ? Pendant ce temps, à la Communauté, on se demande qui remplacera le maître des novices, le Père Jardin alors mourant. Le supérieur, le Père Alfred Leclerc réfléchit et cherche lui aussi qui pourrait prendre cette responsabilité. Et voici que sur son lit de mourant, le maître des novices suggère son remplaçant : « Je m'en irai content, dit-il, si vous donnez M. Bellanger au noviciat. » Sans attendre la vacance du poste, le Supérieur général s'empresse de sonder le terrain. À la réception de la lettre de son Supérieur, M. Bellanger éprouva un certain désarroi. Les saints ne sont pas des êtres insensibles... et de surcroît, la maladie avait diminué de beaucoup ses forces. Le 28 mars 1900, il écrit simplement au Père Leclerc : « Votre lettre m'a désolé, je n'ai pas cru devoir y répondre hier, tant ma pauvre tête et mon pauvre cœur étaient malades. J'ai préféré semer des Ave Maria et attendre que la nuit et surtout le Saint Sacrifice aient apporté conseil. Je ne vous parlerai pas, mon Père, du sacrifice qui va m'être imposé : un prêtre, un religieux surtout, n'a pas le droit de s'arrêter à ces sortes de considérations. Mais nos pauvres soldats qui perdent à tour de rôle tous les prêtres; mais toutes les œuvres de Messes, de prières, fondées pour l'armée dans notre diocèse, qui sont exposées à souffrir, peut-être à périr ! Sans doute un autre fera aussi bien que moi, mais quand je songe au nombre d'années qu'il faut pour gagner la confiance, j'ai peur que durant plusieurs années nos soldats, si délaissés, auront moins encore de secours surnaturels que par le passé. « Et puis, mon Père, songez donc à la responsabilité qui va peser sur moi ! Je ne connais pas bien, j'ai peur de ne pas avoir l'esprit de la congrégation et je devrais le donner aux autres. J'ai été un si pauvre religieux jusque aujourd'hui et je devrais faire des religieux ! De plus le maître des novices doit être si prudent, si doux, si humble et je sais par une expérience quotidienne que je suis tout à fait l'homme du premier mouvement. Je ne connais rien des habitudes du noviciat, j'y ai demeuré de cinq à six mois, mais presque toujours occupé à des ministères extérieurs. « Sans doute, bien cher et vénéré Père, votre affection et votre confiance m'attachent davantage encore, si possible, à vous et à la congrégation, mais je vous demande au nom de cette même affection de ne pas m'imposer la responsabilité de former des religieux et des prêtres. Vous ne tarderiez pas à regretter de m'avoir mis à la place du saint monsieur Jardin. La maladie que le Bon Dieu m'a envoyée m'a fait faire de sérieux retours sur moi-même et j'ai rencontré l'égoïsme à chaque page de ma vie passée. J'ai demandé à la Sainte Vierge de me rendre la santé pour que je puisse essayer de tout réparer. Si c'était possible, dans quelques semaines, je vous demanderais de rentrer au noviciat comme novice, afin de recommencer ma vie et d'en faire vraiment. une préparation à la mort... À Dieu, bien cher et vénéré Père. Bénissez-moi, priez pour moi plus que jamais, et quand vous aurez parlé, je vous obéirai comme à un père. »


Le 6 avril, le même Général revient sur le sujet dans une lettre à un autre confrère, le Père Alexandre Nunesvais : « J'ai fixé mon choix sur M. Bellanger, l'aumônier militaire d'Arras. Mais les difficultés sont grandes : l'évêque d'Arras, qui l'a en haute estime, a mis comme condition de son entrée qu'il demeurerait dans le diocèse. Sa poitrine a été fortement atteinte et quoi qu'il aille mieux, je ne crois pas qu'il puisse reprendre son ministère actif J'espère que cette considération décidera le consentement de l'évêque. Ce serait une faveur insigne pour notre congrégation. Notre frère fait l'impression d'un saint. » S'il a eu un moment de faiblesse et de frayeur face à la nouvelle charge qu'on lui a fait entre voir, le Père Bellanger se ressaisit bien vite et se déclare tout prêt à obéir; ce qui fut d'ailleurs toujours sa disposition profonde. En avril, il écrit : « La Sainte Vierge m'a fait retrouver le calme le plus complet. J'attends votre dernier mot dans la paix, et quand vous l'aurez dit, s'il contrarie toutes mes affections du passé, je compterai sur la Sainte Vierge et sur vous et irai de l'avant... Je me suis cru permis de vous faire à vous toutes mes objections, mais si je devais demeurer à Arras contre votre volonté, je serais à me demander à chaque instant si je fais encore la volonté de Dieu, par conséquent si je puis compter sur Sa grâce... « Je voudrais n'être pour rien dans la décision qui va être prise, afin de pouvoir dire au bon Dieu toutes les fois que je me trouverai dans la peine ou l'embarras, que le bon Dieu doit m'en tirer et me venir en aide... J'ai répondu de manière surtout à dégager ma conscience, et maintenant je suis prêt à tout ce que le bon Dieu demandera de moi. » Le premier acte du Père Bellanger à son entrée en charge au noviciat, étonna quelque peu ses nouveaux enfants : postulants et novices. « En abordant mon ministère parmi vous, dit-il, je commencerai par me démettre des fonctions que viennent de me confier mes supérieurs. Rassurez-vous, je ne prétends commettre aucun acte d'insubordination; au contraire, je ne fais que remettre choses et personnes à leur vraie place. » Alors se tournant vers l'image de Marie qui règne dans la salle du noviciat, le Père Maître explique : « Au début de ses fondations, sainte Thérèse avait coutume de mettre à la place de la prieure une statue de la très Sainte Vierge. Eh bien, moi, votre pauvre .maître en titre, je déclare que je dépose ma démission entre les mains de notre Mère du Ciel. C'est Elle qui sera maîtresse des novices et qui, de nous, fera des saints. » À l'Annonciation suivante, le 25 mars 1901, tout le noviciat passa la nuit devant le très Saint Sacrement exposé. À minuit le maître du noviciat entonna l'Angélus, puis chanta l'Évangile de l'Incarnation; et enfin renouvela officiellement la consécration de tout le noviciat à la Vierge Marie, dans les termes suivants : « Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère, moi, supérieur du noviciat, je me prosterne humblement à Vos pieds pour Vous offrir en solennel hommage cette maison commise à ma garde et Vous la consacrer. Daignez la choisir comme Votre lieu d'habitation préféré. Je Vous en remets les clés; elle ne reconnaîtra désormais d'autre souveraine que Vous. »


Quelques semaines plus tard, il écrit à son Supérieur général : «Je pense du noviciat qu'il est très beau et je crois pouvoir ajouter : bien bon. En tout cas, il renferme des âmes d'élite que vous connaissez mieux que moi. La bonne volonté ne laisse pas à désirer depuis mon arrivée et la charité non plus, surtout à mon endroit. Tous ces bons petits Frères sont remplis de délicatesse pour leur maître des novices, mieux portant que jamais en apparence, manquant cependant encore un peu de ses anciennes forces... Seulement, il ne suffit pas que celui sur qui repose la responsabilité du noviciat mange et boive bien, il faut avant tout qu'il soit un saint. Il veut le devenir ici où tout lui viendra en aide. Demandez à la Sainte Vierge qu'il ne mérite pas trop souvent le reproche de Notre-Seigneur à saint Pierre : « L'esprit est prompt mais la chair est faible » (Mat. 26.41). Pour la formation des novices, le Père Bellanger s'était fixé ce programme : «Donner à mes frères, les novices, l'amour de la Sainte Vierge et de Sa Congrégation.» Il insiste particulièrement sur les droits de Dieu. Les diverses révolutions sociales ont tenté d'affirmer l'autonomie de la raison face à la religion. Le Père-maître veut rendre à Dieu la place qui Lui est due dans le monde et dans la vie de chaque âme en particulier. Il travaille à déraciner l'égoïsme dans le coeur de ses jeunes, pour le remplacer par la recherche du bon plaisir de Dieu et du bien des âmes dans toute action à poser. «N'aurais-je fait qu'inculquer solidement à mes novices la notion de la gloire de Dieu et de Son souverain domaine, je croirais n'avoir pas perdu mon temps», rapporte l'abbé François Delame au Procès informatif en vue de la canonisation. L' adoration du très Saint Sacrement devient vite un point majeur de la formation. La chapelle ne reste jamais vide, sinon à l'heure des cours. On prend l'habitude de tourner vers le Tabernacle sa première et sa dernière pensée du jour. On se ménage quelques instants pour une petite visite au Dieu de l'Eucharistie à la fin des travaux, etc. On demande l'autorisation de passer du temps à la chapelle durant le jour et même durant la soirée ou la nuit. Comme la très Sainte Vierge est la Maîtresse officielle de formation, il est normal d'entendre Son «assistant» insister sur la dévotion mariale, en particulier par la consécration à la Sainte Mère et par la prière du rosaire.


Comme son fondateur, le Vén. Père Jean-Léon Le Prevost, le maître des novices veut former des religieux pleinement donnés. Il dit à l'un d'eux : « Vous avez bien tort de vous enfouir dans la vie religieuse, si vous ne voulez vivre qu'en demi religieux. Soyez tout d'une pièce ! » À cette fin, chaque matin une prière sera récitée pour conjurer la Sainte Vierge de vouloir bien écarter du noviciat tous ceux qui ne seraient pas plus tard de bons et vrais religieux. Il ne manque pas, non plus, d'insister sur la charité fraternelle : « Que votre oeil soit bon ! Vous ne pouvez connaître les intentions de vos camarades, de vos frères ! On ne peut vivre en communauté si la charité n'y règne pas. » Le Maître ne veut que des hommes de prière, d'humilité et de travail. Il veut faire d'eux des saints, des hommes mortifiés, capables de renoncement et de sacrifices. Il écrit au Père Anizan : «Au noviciat il y a d'excellents éléments de sainteté. Mais que j'ai peur d'arrêter les grâces de Dieu par ma froideur et mes difficultés ! N'importe !... Si du noviciat de cette année pouvaient sortir seulement quelques saints, et si tous les ans la Sainte Vierge nous accordait la même faveur, que d'ouvriers, que de soldats se convertiraient ensuite !» « Comme je sens la nécessité de faire du noviciat une pépinière de saints pour les oeuvres de l'avenir ! Je vais m'efforcer de me pénétrer davantage de l'esprit si surnaturel de notre saint Fondateur pour l'inspirer autour de moi. » Le formateur insiste sur les moyens surnaturels dans les oeuvres apostoliques et avant tout sur la prière, car c'est Dieu qui convertit et sanctifie les âmes. « N'ouvrons qu'une demi-heure plus tard à nos jeunes gens, s'il est nécessaire, afin de ne pas négliger nos exercices. » Le saint Maître des novices se dépense sans compter, désireux d'être «usé jusqu'à la corde» comme il disait, pour gagner des âmes à Dieu. Le mal de poitrine qu'il croyait avoir enrayé en 1899 avait repris du terrain à la faveur des multiples fatigues et pénitences qu'il s'imposait. En avril 1902, la marche devint plus difficile, la toux plus sèche et la poitrine haletante. Ses supérieurs tentèrent un nouvel et dernier effort pour le relever encore en l'envoyant dans sa famille pour lui procurer l'air du pays natal. C'était contre son gré, mais il se soumit par obéissance et bénit une dernière fois ses enfants agenouillés autour de lui et en larmes. Le lendemain de son arrivée à la maison paternelle il fut pris d'une hémorragie. Les efforts de la science pour conserver une vie précieuse n'eurent d'autre résultat que d'éprouver et d'élever cette âme déjà si pure et si abandonnée. Toute consolation spirituelle lui fut refusée : célébration de la messe, récitation du rosaire, visites au Saint Sacrement; et Dieu Lui-même le sevra de toutes douceurs intérieures.


Le 26 juillet la phtisie devint galopante. Le 16 août il recevait les derniers sacrements et renouvelait ses voeux, heureux de dire à tous : « Je meurs religieux, enfant de ma Congrégation». Après quelques instants de recueillement, il s'adresse à sa famille : Vous êtes tous là ?... J'accepte tout ce que le bon Dieu voudra, et je fais le sacrifice de ma vie pour que vous alliez tous au ciel. Vous savez que j'ai toujours beaucoup aimé la Sainte Vierge, eh bien, je vous recommande d'en faire autant et de dire votre chapelet tous les jours de votre vie...» Puis serrant son chapelet : « Je vais paraître devant le bon Dieu : une seule chose me rassure, ce sont mes Ave Maria. À ce moment, il n'y a que cela de vrai. » Plus tard, s'adressant à sa soeur qui lui avait promis de nombreuses messes à sa mort : «Merci, dit-il, mais surtout donne-les toutes à la Sainte Vierge. À toutes les personnes qui te parleront de moi, demande un chapelet pour honorer la Sainte Vierge et pour qu'Elle règne dans le monde. Promets-moi que depuis mon dernier soupir jusqu'à mon enterrement le rosaire sera récité sans arrêt autour de mon corps. Et quand je serai au cimetière, fais graver sur ma petite croix de bois ces simples mots : Ave Maria. Mais, après tout, ne fais rien sans en parler à mes supérieurs de peur qu'il y ait là prétention.» Vers 7 heures du soir, il balbutia encore ces quelques paroles : « Je ne sais bien tôt plus où je suis... Fiat, Marie, ma Mère. » Ce furent ses derniers mots. Le serviteur de Marie expira doucement, le lendemain de l'Assomption, un samedi, au son de l'Angélus du soir. II avait quarante et un ans. Dans le cimetière de Moulle se lisent sur une modeste croix ces deux simples mots : Ave Maria. Ils furent la devise de celui qui signait : Georges Bellanger, prêtre esclave de Marie.


Un moyen


Avant la récitation de son rosaire, M. Bellanger se posait cette triple question : Quelle est Celle à qui je me fie ? De qui dois-je me défier ? Qui Dieu me confie-t-il ?


Quelle est Celle à qui je me fie ?


À cette première question, les Mystères joyeux de son premier chapelet répondaient successivement: c'est la Mère de Dieu, la Toute-Puissante suppliante (Annonciation); c'est la Mère des hommes qu'Elle visite chaque jour par Ses grâces (Visitation); c'est la Reine du ciel et de la terre, du ciel représenté par Son Jésus dans Ses bras, de la terre représentée par les bergers et les Mages (Nativité); c'est la Mère très chaste et très obéissante (Présentation); c'est le refuge des pécheurs, Elle qui les cherche, comme autrefois Elle chercha Son divin Fils et qui les aide à retrouver Jésus (Recouvrement).


De qui dois-je me défier ?


À cette deuxième question, les Mystères douloureux répondaient l'un après l'autre : il faut me défier de la faiblesse de la chair (Agonie), de la propension de la nature aux péchés des sens (Flagellation), de la pente à l'orgueil (Couronnement d'épines), de l'inconstance et des chutes (Portement de croix), de l'indépendance (Crucifiement).


Qui Dieu me confie-t-Il ?


À cette dernière question, les Mystères glorieux répondaient à leur tour : Dieu me confie les pécheurs à ressusciter (Résurrection), les âmes du purgatoire pour leur ouvrir le ciel (Ascension), le peuple, pour lui préparer et lui obtenir des apôtres (Pentecôte), les agonisants pour les aider à entrer avec Marie dans le ciel (Assomption), le règne de Marie dans le monde (Couronnement de Marie).


Il faisait ainsi du rosaire une véritable école de spiritualité, capable de régler sa vie intérieure et d'inspirer son apostolat.


Revue Magnificat, mai 2004

 



27/10/2008
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