Spiritualité Chrétienne

Spiritualité Chrétienne

Le Serviteur de Dieu Philibert Vrau

 Le serviteur de Dieu Philibert Vrau

Le commis voyageur de Dieu

1829 - 1905


par Xavier THÉRY


Philibert Vrau (1829-1905) a fait l’objet de deux ouvrages. Le premier « les deux frères », a été publié vers 1910 par Monseigneur Louis Baunard. Le second, intitulé « le commis voyageur de Dieu » a été publié en 2002 et son tirage est presque épuisé. L’auteur, Xavier Théry, est également celui de la présente brochure. Celle-ci contient un très court résumé de la vie et de l’oeuvre de Philibert Vrau, quelques mots sur l’usine chrétienne et fait le point sur le procès de béatification en cours. Un site internet a été consacré à Philibert Vrau : wwwphilibert-vrau.com


La vie et l’œuvre de Philibert Vrau

Yves-Marie Hilaire, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Lille III, a résumé, de manière très vivante la vie de Philibert dans la préface qu’il a écrite pour le « commis voyageur de Dieu ». Voici ses propres termes :


« Philibert Vrau méritait d’être l’objet d’une nouvelle biographie car la personnalité de ce fondateur des facultés catholiques de Lille, éclairée par des sources nouvelles, demeure fort originale. Ce célibataire est membre d’une famille très unie qui le soutient toute sa vie dans ses multiples activités:


- C’est « un enfant de l’amour » dont les parents François- Philibert Vrau et Sophie Aubineau, mariés en 1827, font partie de la génération romantique. -

Les étapes de la vie d’industriel et d’homme d’oeuvres sont délimitées par l’existence de son père, chef d’entreprise, mort en 1870, (qui, en 1816, à 24 ans, a créé la fabrique de fils à coudre en lin) et par celle de sa mère décédée en 1888. (de 1870 à 1888, celle-ci a approuvé et appuyé les dons en argent de son fils Philibert)


- Les liens d’amitié avec sa soeur Marie, son beau-frère Camille Féron-Vrau, associé à son entreprise et à ses oeuvres, et son neveu Paul Féron-Vrau, l’héritier, s’avèrent essentiels pour saisir la fécondité de son action.


- Enfin les femmes de sa famille, sa mère Sophie Aubineau, sa sœur Marie et sa nièce par alliance Germaine Féron-Vrau, contribuent largement à assurer « le patronage », la direction morale de la firme Vrau.


Ce fils de famille lilloise est, comme beaucoup d’autres, d’abord un industriel et un homme d’affaires expérimenté qui hérite d’une maison de commerce dont la prospérité est due au fil à coudre en lin de la marque « Au Chinois » qu’il met au point en 1859 et répand pendant les dix années suivantes en décuplant sa production.


Ce laïc, après de solides études influencées par la pensée de Victor Cousin qui l’orientait vers le vrai et le bien, se convertit en 1854, choisit de vivre en homme de prière dans le célibat et fonde à Lille en 1857 l’Adoration Nocture du Saint-Sacrement qui comporte en 1887 dix huit sections d’une vingtaine de membres chacune. Projetant de faire de Lille une ville sainte, il encourage les oeuvres de piété et accueille la suggestion d’Emilie Tamisier en organisant en 1881 à Lille le premier congrès eucharistique international qui sera suivi de beaucoup d’autres dans le monde entier.

Associé à son beau-frère Camille Féron-Vrau, Philibert, vice-président de 1872 à 1886, puis président de 1886 à sa mort du conseil régional des conférences Saint-Vincent-de-Paul « organisation souche » par excellence, est un créateur inlassable d’oeuvres catholiques qu’il finance l’une après l’autre : patronages chrétiens, cercles catholiques d’ouvriers, congrès catholiques du Nord et du Pas-de-Calais, facultés catholiques de Lille, Institut catholique des Arts et Métiers, écoles primaires paroissiales, oeuvre des nouvelles églises de Lille, presse chrétienne. La fondation des facultés catholiques représente l’oeuvre la plus étonnante comme le constate le cardinal Régnier, archevêque de Cambrai : « L’existence de notre université ne tient encore qu’à un fil, mais ce fil est solide, c’est le fil Vrau ».


Après la mort de sa mère en 1888, Philibert Vrau devient un « commis-voyageur de Dieu », se déplaçant à travers la France pour développer la Sainte-Famille, oeuvre qui regroupe des militants chrétiens ardents dans la prière et désireux de susciter des oeuvres sociales dans le sillage de l’enseignement des papes Léon XIII et Pie X. Parmi les membres de la Sainte-Famille, relevons dans diverses régions le grand philosophe Maurice Blondel, l’historien journaliste Jean Guiraud, les fondateurs des Semaines Sociales Adéodat Boissard et Eugène Duthoit, l’abbé Desgranges, conférencier populaire, et l’abbé Rémond, futur évêque de Nice, protecteur des juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale.


Quel est donc le mystère de cet homme dont le rayonnement a été durable et dont le procès de béatification a été ouvert dès 1912, sept ans après sa mort, par l’archevêque de Cambrai ? Un personnage humble, modeste, frugal, peu doué pour la parole, vivant pauvrement, habillé de vêtements élimés, mais aussi un homme de contact et d’influence, un militant entreprenant, persévérant, combatif, d’une extraordinaire et discrète générosité et enfin un homme de prière et d’action épaulé par une famille unie dont la fécondité spirituelle demeure étonnante. »


L’usine chrétienne

Un aspect de l’action de Philibert Vrau mérite d’être souligné, c’est celui d’avoir avec sa famille développé à Lille une usine chrétienne de 600 personnes et cette action se continua de longues années après la mort de Philibert. Est-ce impensable aujourd’hui ? Certaines réalisations contemporaines dans des entreprises aux Etats-Unis suggèrent que non.


En 1876, les Vrau installèrent au milieu de leur usine une communauté de 5 à 6 religieuses de la Providence de Portieux avec un aumônier attitré. Il faut rappeler que le milieu ouvrier de Lille était en grande partie chrétien et que la main d’oeuvre de Vrau était essentiellement féminine. De plus Vrau recrutait ses jeunes ouvrières à l’âge de 12 à 14 ans à la sortie des écoles chrétiennes de la ville. Suivant les usages de l’époque, la plupart quittaient l’usine à la naissance de leur premier ou de leur deuxième enfant. Le renouvellement des ouvrières était donc rapide et l’influence des religieuses d’autant plus importante.


Présentes dans les ateliers, les soeurs entraînaient une courte prière au début et à la fin du travail mais n’intervenaient pas dans la production. Par ailleurs, elles organisaient des messes, des retraites, les Jubilés, des fêtes et beaucoup d’autres activités à caractère

religieux ou social. Une conséquence remarquable a été l’épanouissement en 50 ans de 85 vocations religieuses dans plus de 30 congrégations différentes. « Ce sont les meilleures qui s’en vont, disait le directeur à l’un des patrons » et il s’entendait répondre. « Cela nous sera rendu en grâces pour le ciel ». Le souci des patrons de préserver à l’intérieur de l’usine la foi et les habitudes religieuses de leur personnel apparaît comme l’expression de leurs convictions chrétiennes.


La fin de la vie de Philibert Vrau

Dès sa conversion à 24 ans, la vie de Philibert va s’orienter vers Dieu auquel il fera une place de plus en plus importante dans ses occupations journalières. Camille Féron-Vrau, ancien médecin, son ami, beau-frère, et associé, et Paul Féron-Vrau fils de ce dernier, et seul héritier,vont de plus en plus l’aider et même le suppléer dans l’entreprise. La fin de la vie de Philibert fut consacrée à des voyages épuisants, souvent la nuit et en troisième classe de chemin de fer, pour répandre l’oeuvre de la « Sainte-Famille » à travers toute la France. Pendant la période d’été, il créait de nouvelles conférences de Saint-Vincent-de-Paul en voyageant à travers le Nord et le Pas-de-Calais. Ajoutez pendant sa vie, une quinzaine de voyages à Rome : Philibert Vrau fut l’homme du chemin de fer. Actif jusqu’au bout, Philibert Vrau dut abréger un de ses voyages de prospection religieuse. Il rentra à Lille pour s’aliter et mourut deux mois après.

Son testament spirituel est court et très édifiant

« Je remercie Dieu de m’avoir permis de le connaître et de l’aimer. Je lui rends grâce pour tous ses bienfaits. Je meurs dans son amour et j’espère le bénir et le louer éternellement. Je le prie pour tous les hommes qui sont sur la terre et pour tous ceux qui y paraîtront jusqu’à la fin des siècles. Que la Sainte Eglise s’étende par tout l’univers et que le règne du Christ arrive. Amen. Amen. »


Le procès de béatification

Engagé dès 1912, ce fut une procédure commune à Philibert Vrau décédé en 1905 et Camille Féron-Vrau, son beau-frère, décédé en 1908. Philibert était entré dans l’affaire de son père, dès la fin de ses études. Camille, qui était sensiblement du même âge, avait fait les études de médecine et pratiqua la profession avant de rejoindre quinze ans plus tard l’entreprise familiale en plein développement. Ami depuis l’enfance, Camille seconda très efficacement Philibert et il en fut de même dans les activités religieuses où leurs opinions convergeaient.


Le procès de béatification des deux hommes franchit une étape importante quand le pape Pie XI apposa sa signature en février 1930 sur la conclusion favorable de la première phase du procès, dite procès diocésain. Après un deuxième interrogatoire d’un grand nombre de témoins, la procédure fut stoppée par la guerre de 1940-1945. La reprise du procès fut demandée en 1950 par Paul Féron-Vrau, fils de Camille, mais à l’époque où régnaient de très fortes tensions sociales dans la région, tensions perceptibles jusque dans l’Eglise, le Cardinal Liénart prit une position dilatoire qui conduisit non à la clôture, mais au report éventuel de la procédure à une date indéterminée. Il est bon de préciser que ces tensions sociales épargnèrent la Maison Vrau dont le climat social resta excellent, écartant jusqu’à la perspective d’une grève. Aujourd’hui l’industrie textile a, hélas ! presque disparu dans la région et la Maison Vrau en a subi les conséquences.


Xavier Théry, ancien Président Directeur Général des établissements Vrau de 1965 à 1985 a consacré sa retraite à écrire la longue histoire de l’entreprise Vrau. Acette occasion, il a rencontré à Rome un des prêtres rapporteurs à la Congrégation de la cause des Saints, laquelle conservait des archives importantes constituées pour le procès de béatification. Ce responsable évoqua la possibilité d’une reprise d’un procès qui serait bien reçu à Rome. Il précisa que la procédure avait changé et qu’elle devait être renouvelée. Les causes communes n’étant plus acceptées, il faillait choisir l’un des candidats et le deuxième pourrait être présenté après le succès du premier.


Xavier Théry se récria, en précisant qu’il faisait un simple travail d’historien. Plus tard, il réfléchit et pensa qu’il était bien placé pour demander la reprise du procès. Il lui apparut que Philibert étant la tête, tant dans l’entreprise que dans les oeuvres religieuses, son procès devrait être réouvert le premier. Avec l’encouragement de monseigneur Gérard Defois, évêque de Lille, Xavier Théry écrivit « le commis-voyageur de Dieu » pour compléter et adapter à notre temps la vie de Philibert Vrau.


Ce fut ensuite, avec l’accord de l’évêque, la constitution d’une Association de soutien composée d’une soixantaine de membres dont le président est l’abbé Bernard Podvin, ancien directeur du séminaire interdiocésain et vice-recteur de l’Université catholique de Lille. Les 4 et 5 mars 2005 s’est tenu à l’Université catholique un colloque universitaire sur Philibert Vrau qui a rassemblé une vingtaine d’historiens de l’Université d’Etat Lille III, de l’Université catholique et quelques spécialistes, et a connu un grand succès. Aujourd’hui l’action se poursuit par une exposition présentant dans les principales églises de Lille la vie et l’oeuvre de Philibert Vrau et la distribution d’images-souvenirs visant à de mander des grâces de miracles et par la publication de la présente brochure destinée à faire connaître plus largement Philibert Vrau à nos contemporains. La demande formelle de la reprise du procès appartient à Monseigneur l’évêque de Lille.


Quel exemple de chrétien nous laisse Philibert Vrau pour le 21e siècle ?

Le texte qui suit est largement emprunté à l’abbé Raymond Sansen, ancien doyen de la faculté des lettres de l’Université catholique de Lille, dans la conclusion qu’il a apportée au colloque des 4 et 5 mars 2005, sous le titre : « Philibert Vrau, le théoricien de l’action religieuse ».

Philibert Vrau était à la fois homme de prière et homme d’action


Homme de prière


C’étaient la messe et la sainte communion tous les jours. C’étaient, de nuit, de longues heures d’adoration. C’étaient des retraites spirituelles, au moins tous les ans. « Dieu doit être le mobile unique et exclusif de notre action. Les hommes d’action doivent être en même temps des hommes de prières. » Il n’agissait jamais sans avoir prié et pris conseil. Sa sœur Marie rapporte qu’« il faisait beaucoup prier pour obtenir la lumière quand il y avait une décision à prendre, mais quand la décision était arrêtée, il était très ferme dans la décision ».


Défenseur et amoureux de l’Eglise, il a montré une soumission totale au pape et aux évêques, et une très grande déférence visà-vis des prêtres. Cela ne l’a pas empêché de prendre beaucoup d’initiatives en matière religieuse.


Homme d’action


Il mettait en œuvre spontanément ou délibérément une théorie de l’action qu’il n’a jamais lui-même consignée par écrit. Pour agir utilement, il faut agir méthodiquement, plutôt que débattre d’idées, mener un seul projet à la fois et simplifier, toujours ramener à l’essentiel. L’action prouve l’existence et surtout l’authenticité de la conviction qui l’anime. Le chrétien ne peut rien faire pour Jésus-Christ sans un travail journalier et constant, mené avec sagesse, prudence et humilité. Il ne doit se laisser arrêter ni par les difficultés, ni par les contradictions et ne pas perdre son ressort avec le temps.


Il faut s’engager soi-même pour avoir le droit d’en appeler d’autres et bien choisir ses collaborateurs, en les mettant chacun à la place où il est le plus efficace. Il ne faut pas attendre de reconnaissance, mais en témoigner. Pour les réunions, la préparation est très importante, il faut envisager un seul projet à la fois et simplifier, toujours aller à l’essentiel. Il faut susciter des équipes pour travailler en association et des congrès, indispensables pour avancer dans le monde. Il faut envisager constamment l’avenir et savoir passer la main, si possible à plus jeune que soi. Son humilité lui permettait d’être entraîneur, sans se mettre en avant. Philibert Vrau avait une très grande compassion pour les pauvres et le souci de l’éducation chrétienne des enfants des familles pauvres. Il menait une vie simple et frugale pour partager avec eux.


Xavier Théry, Janvier 2006

Prière pour demander la glorification de Philibert Vrau


Très Sainte Trinité, pour l'Amour que Vous a prodigué Philibert Vrau, en particulier dans la Sainte Eucharistie, et pour le zèle qu'il a dépensé à Votre service, accordez-nous la grâce que nous demandons par son intercession.


Ceux qui obtiennent des grâces sont priés d'informer


Mr Xavier Théry

1030 rue d'Ypres

59118 Wanbrechies


Tel 03 20 78 83 49


www.philibert-vrau.com

 



14/11/2008
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 684 autres membres