Spiritualité Chrétienne

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Le Serviteur de Dieu Marie-Joseph Lagrange 2

 La Bible résiste-t-elle face à la critique scientifique?

 

Le Père Marie-Joseph Lagrange, fondateur de l’École Biblique de Jérusalem


Pour la béatification du Père Lagrange

 


En posant la première pierre de l’École biblique de Jérusalem le 5 juin 1891, le père Lagrange avait con. é cette fondation à l’intercession de Notre-Dame de Lourdes. Il avait gravé aussi sur cette première pierre sa prière à Notre-Dame du Rosaire, patronne de l’École biblique. L’Ordre des Frères Prêcheurs et le diocèse de Fréjus-Toulon oeuvrent officiellement en faveur de la béatification du père Lagrange. En ce Pèlerinage du Rosaire 2005, il a paru bon d’associer les malades, les hospitaliers et les pèlerins à cette démarche. Il est bien connu que les Dominicains pratiquent rarement le culte de la personnalité. A la mort de saint Dominique lui-même, les frères n’avaient pas investi leurs forces dans la canonisation de leur fondateur mais dans la prédication de la résurrection de Jésus-Christ. Pourquoi alors attirer votre attention sur l’enjeu d’une telle béatification ? Ne vaut-il mieux pas s’efforcer de vivre la sainteté aujourd’hui plutôt que de se souvenir de celle d’hier ? En son temps, le père Lagrange a su relever le défi difficile de la critique scientifique de la Bible. L’exemple de son aventure spirituelle et de son œuvre d’exégète s’est avéré fécond pour ceux qui connaissent des doutes et des épreuves. Au couvent de Toulouse, le père Bernard Montagnes a travaillé pendant plusieurs années pour nous offrir une biographie critique dont vous trouverez des citations dans cette brochure. Le père Lagrange a été salué comme un « nouveau saint Jérôme » pour la qualité et l’ampleur de ses études bibliques. Le philosophe et académicien Jean Guitton, élève du père Lagrange à Jérusalem, invité par le pape Paul VI au concile Vatican II, insistait sur la nécessité de mettre sur les autels le fondateur de l’École biblique qui avait su réconcilier la foi catholique et la critique textuelle de la Bible. À quoi bon se plaindre sans cesse du manque de foi de nos contemporains ? La foi ne vient-elle pas de l’écoute de la Parole de Dieu prise au sérieux ? Aujourd’hui encore des philosophes français agnostiques qui promeuvent l’enseignement du fait religieux dans notre société se tournent vers l’École biblique de Jérusalem pour y étudier l’histoire des textes dans leur contexte. Mais ce ne sont pas uniquement les intellectuels qui se disent touchés par l’exemple du père Lagrange. Des familles angoissées par la maladie grave de l’un de leurs proches, des couples en difficulté et des parents inquiets de l’athéisme de leurs enfants témoignent aussi des grâces reçues par l’intercession du père Lagrange. À l’heure actuelle il manque la reconnaissance officielle d’un miracle pour parvenir à la béatification. Nous vous invitons à vous confier à la prière du serviteur de Dieu, le père Lagrange, et à demander au Seigneur sa glorification.

 

Fr. Manuel Rivero o.p.

Vice-postulateur de la cause de canonisation du père Lagrange


Biographie

 

Albert Lagrange est né à Bourg-en-Bresse le 7 mars 1855, fête de saint Thomas d’Aquin. Après avoir été élève au petit séminaire d’Autun, il entreprend des études de droit jusqu’à l’obtention du doctorat. Ses confrères l’élisent secrétaire de la conférence des avocats de Paris. Mais ce jeune juriste sent l’appel au sacerdoce. Il entre au séminaire de Saint-Sulpice à Issy-les-Moulineaux. Attiré par l’idéal de saint Dominique, il prend l’habit dominicain pour la province de Toulouse, le 5 octobre 1879 à Saint-Maximin, en Provence, des mains du prieur provincial Hyacinthe-Marie Cormier. En 1880, au moment où les religieux font l’objet d’un décret d’expulsion, le Fr. Lagrange part en exil au couvent de Salamanque en Espagne. Il gardera de ces années passées en Castille le souvenir d’une vie religieuse et contemplative ainsi que la dévotion à sainte Thérèse d’Avila, vénérée à Alba de Tormes où il se rendait en pèlerinage. Le 22 décembre 1883, il est ordonné prêtre à Zamora. En 1886, l’occasion lui est donnée de revenir en France, dans la ville de Toulouse, où il enseignera et prêchera l’Évangile. Après avoir réalisé des études d’orientalisme à l’Université de Vienne, le Fr. Lagrange est envoyé à Jérusalem avec la mission de fonder une école d’Écriture sainte. Il consacrera toute sa vie à l’étude des langues orientales (l’assyrien, l’égyptien, l’arabe, l’hébreu talmudique), à l’enseignement de l’exégèse et à la recherche biblique. Ses ouvrages La méthode historique et L’Évangile de Jésus-Christ ainsi que la Revue biblique fondée par lui et éditée encore aujourd’hui ont connu une grande diffusion. Ils font partie du patrimoine culturel des prêtres et des laïcs. Il faut dire que le père Lagrange a relevé un grand défi : celui de la critique rationaliste et moderniste de la Bible. Les observations des rationalistes comme Renan ou Loisy faisaient perdre l’équilibre à beaucoup de chrétiens. Il fallait prendre le taureau par les cornes. Le père Lagrange étudia la critique textuelle et la critique littéraire, l’archéologie, la géographie palestinienne, la topographie etc. Il tenait à la pédagogie pratique de type expérimental. Aussi se déplaçait-il sur le terrain où le peuple de Dieu a vécu les grands événements de l’Histoire du salut. Disciple de saint Thomas d’Aquin, il ne redoutait point les découvertes scientifiques sachant que « la Vérité rend libre » (Jean 8, 32). Malgré son érudition, l’étude du pére Lagrange n’était pas une approche sèche ni rébarbative. Tout en insistant sur « l’humble sens littéral » des Écritures, par rapport aux interprétations fantaisistes, ses études bibliques se caractérisent par leur fraîcheur et leur lumière. Sa recherche s’épanouissait dans une connaissance de Dieu savoureuse, personnelle et vivifiante. C’est le 10 mars 1938 qu’il passa de ce monde au Père à Saint-Maximin (Var). Sa dépouille fut ensevelie dans le cimetière conventuel. En novembre 1967 elle fut transportée et inhumée dans la basilique de Saint-Étienne de Jérusalem où elle repose aujourd’hui.


La spiritualité mariale

 

Le père Lagrange était un homme fervent, c’est-à-dire, un homme dont la prière était feu. Il confiait toutes ses entreprises à la prière de la Vierge Marie qui était vraiment sa Mère spirituelle. Il n’est donc pas étonnant de voir cité dans l’avant-propos de son Commentaire de l’Évangile de saint Jean ce beau texte d’Origène : « Osons le dire, les Évangiles sont la part choisie parmi les autres : nul ne peut en acquérir l’esprit s’il n’a pas reposé sur la poitrine de Jésus et s’il n’a pas reçu, de Jésus, Marie pour sa Mère. Le nom de Marie cependant ranime la confiance. C’est par elle que nous implorons la lumière surnaturelle nécessaire à l’intelligence, quelle qu’elle soit, d’un livre si chargé de sens divin. » En parlant de l’influence de Marie dans l’éducation de Jésus enfant, il écrivait : «S’il était permis de pousser jusque-là l’analyse de son développement humain, on dirait qu’il y a eu en Jésus, comme en d’autres, quelque chose de l’influence de sa Mère. Sa grâce, sa finesse exquise, sa douceur indulgente, n’appartiennent qu’à lui. Mais c’est bien par là que se distinguent ceux qui ont senti souvent leur cœur comme détrempé par la tendresse maternelle, leur esprit affiné par les causeries avec la femme vénérée et tendrement aimée qui se plaisait à les initier aux nuances les plus délicates de la vie. » Le père Lagrange insistait aussi sur la participation de la Vierge Marie au salut accompli par son Fils : « Notre piété envers Marie voit aussi, dans l’attitude de celle qui se tenait au pied de la croix, un indice de la place qu’elle occupe dans notre rédemption. Elle compatissait aux souffrances de son Fils, elle compatissait à nos maux, elle souffrait avec Lui, sans rien ajouter à ses mérites infinis, mais y joignant les siens, en s’associant à l’œuvre de celui qu’elle avait donné au monde pour le sauver, non moins participante de son œuvre à sa mort qu’à sa naissance. » Marqué dès sa naissance par la dévotion mariale de sa maman, qui mourra tertiaire dominicaine, il a écrit dans son Journal spirituel : « Je suis né le 7 mars, jour de la saint Thomas; j’ai été baptisé le 12, fête de saint Grégoire et, selon l’usage, sans doute consacré à Marie à l’autel de la Vierge noire. Je me trouvais donc, dès le début sous la protection de saint Joseph. Ma mère m’a mis en vœu pendant trois ans, me faisant porter le bleu et le blanc en l’honneur de Marie. Quelle douce pensée, et n’est-ce pas l’origine de sa tendresse pour moi ! Mes parents m’ont amené en pèlerinage à Ars, le saint curé m’a béni, et peut-être guéri d’une fatigue d’entrailles. » « À 9 ans et demi j’entrai au séminaire d’Autun. De bonne heure on me mit au catéchisme de première communion. J’aimais à réciter l’office de la Sainte Vierge. Ma mère, qui ne put assister à ma première communion, m’envoya une lettre touchante pour m’enseigner le sacrifice. Ma contrition était si grande que mes camarades prétendirent avoir entendu mes accusations. Le soir, nous nous consacrâmes à Marie, auprès du bassin, au pied de sa statue aujourd’hui enlevée. J’étais sincère en me donnant à elle, mais elle a été plus fidèle que moi. » Au moment de sa recherche de vocation, la Vierge Marie touche aussi son cœur : « Pendant les vacances, j’allai à Ars avec ma mère, et je fus bien touché. Je demandai à sainte Philomène de mourir dans l’Ordre de saint Dominique, fut-ce martyr, et je demandai un signe sensible de ma vocation sacerdotale : si Paul se confessait avant de partir pour l’Algérie, où nous devions aller voir mon frère pour lui faire des adieux au monde. À Aix, où je le fus trouver, il temporisa. Nous partîmes pour Marseille ; je crus tout inutile, lorsqu’il me mena de lui-même dans l’église des dominicains. Ce signe me fut si clair, que je restai abîmé dans le bas de l’église, jusqu’à ce qu’il vînt me tirer de cette prière. Quelque temps auparavant, à Paray-le-Monial, Notre Seigneur m’avait prodigué toutes les douceurs de son amour. » (Journal spirituel) Lors de la fondation de l’École biblique, il choisira le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, comme fête de l’École: « Messe de l’Immaculée Conception. Abandon sans réserve de l’École entre les mains de Marie Immaculée : elle lui est dédiée, c’est son œuvre. Le mois du Rosaire nous a toujours été propice. » (Père Lagrange, le 27 septembre 1898).


Le rosaire

 

En s’adressant aux laïcs dominicains en 1936, le père Lagrange enseignait ceci : « Le Rosaire est un résumé de l’Évangile, nous orientant vers la fin que nous fait espérer l’Incarnation et la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ. Mais alors le Rosaire supplée à la lecture de l’Écriture, et la rend inutile ? Disons plutôt qu’il la fait désirer, qu’il nous la rend même nécessaire si nous voulons réellement avoir devant les yeux les mystères que nous devons méditer. »


La vocation dominicaine

 

En découvrant l’appel à la vie dominicaine, il exulte de bonheur : « Il me semblait marcher en pleine lumière, comme si Dieu me montrait la voie en forme de flamme ardente. » (Souvenirs personnels) « Depuis que j’avais lu les Conférences de Notre-Dame et la Vie de saint Dominique, l’idéal dominicain dominait de haut ma pensée. Je m’étais donné à saint Dominique moins après la lecture de l’œuvre de Lacordaire, que pour avoir été séduit par la radieuse image du saint empruntée au Couronnement de la Vierge par le bienheureux Angelico de Fiesole. Je ne doutais pas de l’exactitude de ce portrait : et c’était bien, en effet, ce qu’on peut imaginer de la vision aimante d’une âme pure. Longtemps avant d’entrer dans son Ordre, j’étais son fils, je le priais chaque jour. » (Souvenirs personnels) « Je dis ma première messe le dimanche 23 à l’autel du Saint-Rosaire, avec la joie ineffable de donner la communion à ma mère et à ma sœur Thérèse. » (Souvenirs personnels) « Par suite des circonstances, j’ai dû aller chercher l’ordination à Zamora, et j’étais si épuisé par le voyage, peut-être un peu par l’émotion, que je demeurai comme insensible. Mais lorsque j’arrivai dans la nuit au couvent de Salamanque, et que je vis la porte de ma cellule enguirlandée de feuillages – on le faisait pour tous – néanmoins je fus si touché de cette charité fraternelle qu’en. n je pleurai de douces larmes. »


L’étude de la Bible

 

« Je crois avoir donné des marques d’une vraie passion pour l’étude, mais je déclare que je ne la comprends pas, dans notre Ordre, sans le chant d’une bonne partie de l’office, comme repos et comme lumière ! […] L’étude de l’Écriture sainte sans un grand esprit de foi est fort périlleuse, comme le prouvent de nombreuses apostasies, et je ne me soucierais pas de travailler pour arriver à ce résultat pour moi ou pour les autres. » (Lettre du père Lagrange au père Paul Meunier, supérieur de la maison Saint- Etienne à Jérusalem). « Car ce que j’admire le plus dans la doctrine catholique, c’est qu’elle est à la fois immuable et progressive. Pour l’esprit ce n’est pas une borne, c’est une règle. Elle s’impose à lui, mais elle sollicite son activité. Les grandes intelligences peuvent se livrer à loisir à leur passion dominante, le progrès dans la lumière. La vérité révélée ne se transforme pas, elle grandit. C’est un progrès parce que les acquisitions nouvelles se font sans rien enlever aux trésors du passé. Aussi l’histoire de l’exégèse est-elle la plus belle des histoires littéraires. » « Qu’il y ait une question biblique pour les hommes d’Église comme il y a une question sociale pour les hommes d’État, c’est ce qu’il est difficile de ne pas reconnaître […] Et cette question biblique comporte une solution scientifique […] mais il y a le devoir de demander à la science la réponse aux questions que la science soulève. » « Je suis trop passionnément attaché à l’Église romaine pour ne pas espérer que nous sortirons de la situation d’infériorité intellectuelle où nous sommes sur certains points. » « Nous ne voudrions pas que des âmes se perdent pour refuser leur adhésion à ce que l’Église ne leur demande pas de croire», conclut le père Lagrange en 1897, à la fin d’un article sur le récit de la chute dans la Genèse. « L’un des besoins les plus urgents de l’Église à cette heure […] c’est de former des exégètes versés dans la science théologique en même temps que dans toutes les disciplines adjacentes qui peuvent aider à comprendre l’Écriture sainte en tant qu’œuvre divine et humaine. Le chapitre général d’Avila en 1895 a approuvé la fondation faite à Jérusalem par notre prédécesseur d’une École biblique jointe à l’étude de saint Thomas. La vraie raison pour laquelle on lit peu l’Écriture, c’est qu’elle est en réalité difficile à entendre. » La vie du père Lagrange se manifeste unifiée par la foi : « J’aime entendre l’Évangile chanté par le diacre à l’ambon, au milieu des nuages d’encens : les paroles pénètrent alors mon âme plus profondément que lorsque je les retrouve dans une discussion de revue. » En tant que dominicain, le père Lagrange vit son enseignement comme une prédication en vue du salut des âmes : « Je suis convaincu qu’il y a une campagne à continuer, où il y aura beaucoup d’ennuis à endurer, de préjugés à vaincre, d’attaques à supporter patiemment. Mais alors pourquoi ne pas demeurer tranquille dans les voies frayées ? Parce que je suis passionnément épris de l’honneur de l’Église et qu’il me semble que cela va au bien des âmes. » « Il ne suffit pas de rendre la critique responsable de tout mal. Seule la critique peut combattre la critique. »


La fondation de l’École Biblique de Jérusalem

 

« C’est sous la protection de saint Étienne, qui résuma dans son magnifique discours tout l’Ancien Testament, de celui dont la prière a obtenu la conversion de saint Paul et sous la protection de saint Thomas d’Aquin que la nouvelle École d’Écriture sainte sera fondée. »


Les épreuves

 

Le père Lagrange s’est heurté à la méfiance et à la condamnation. Ses découvertes faisaient peur à certains responsables de la hiérarchie romaine. Il ne fut à aucun moment un marginal. Il fit toujours preuve d’obéissance à l’égard de la « Sainte Mère Église », comme il aimait dire. Son attachement à l’Église n’ira pas sans souffrances. Aussi s’était-il exclamé : « Celui qui n’a pas souffert pour l’Église ne sait pas ce qu’est aimer l’Église. » « Une expérience déjà longue m’a convaincu qu’il ne faut point laisser mettre en suspicion ni l’orthodoxie ni l’honnêteté. Il y a lieu, le plus souvent, de répondre pour défendre son honneur de chrétien et sa loyauté. » « Je suis un peu surpris que vous paraissiez me croire capable de faire imprimer ma Genèse sans votre permission. Grâce à Dieu, une pareille pensée est loin de moi. Je sens douloureusement notre infériorité dans les études critiques, mais je sais très bien qu’on ne remédie à rien dans l’Église en dehors de l’obéissance. » (Marie-Joseph Lagrange au maître de l’Ordre André Frühwirth, 6 février 1899). « J’ai lu avec la plus grande attention la belle lettre du père Lagrange et vous aurez la bonté de lui répondre que j’étais bien assuré de ses sentiments et que je le félicite pour sa pleine soumission. » (Le pape Pie X au maître de l’Ordre H.M. Cormier, 16 août 1912). Lors de ses adieux à l’École biblique de Jérusalem le 3 septembre 1912 : « Pas d’amertume et point de défaillance ! Aucun soldat digne de ce nom ne discute l’ordre qui le jette au combat, encore moins peut-il fléchir ou déserter. Ma prière et mon cœur vous sont acquis, mais n’escomptez plus mon aide, sentant assez vous-mêmes que je ne pourrai sans déloyauté vous l’accorder, même indirectement et sans paraître. Si Dieu veut que cette œuvre vive, c’est lui qui la fera vivre comme par le passé ; mais vous ne méritez son assistance qu’à la condition de rester courageux, enthousiastes, surtout vrais religieux et fils soumis d’esprit et de cœur à l’Ordre et à l’Église. » Le pape Benoît XV lui manifeste sa sympathie : « Mon Révérend Père, En réponse à votre lettre du 6, je vous propose de m’envoyer le père Lagrange aujourd’hui à 4 heures : je me rappelle l’avoir connu autrefois, mais je serai charmé de le recevoir aujourd’hui. Merci des magnifiques photographies du collège Angelico et que, par l’intercession de saint Dominique, le Seigneur nous comble tous de ses grâces. Le 8 janvier 1915. Benedictus P.P. XV » (Lettre de Benoît XV au Père Hyacinthe-Marie Cormier. Vatican, 8 janvier 1915)


Son humilité

 

« Il faut constater en moi ce défaut des vieillards : l’irascibilité. On se croit intelligent, et la comparaison poursuivie durant ma longue vie enracine ce contentement de soi. On a incontestablement acquis de l’expérience. Alors on juge avec dureté : c’est idiot, quel crétin ! Défaut où les jeunes ne tombent pas de la même manière : leur présomption est moins obstinée. Il faut lutter, se montrer doux, et surtout l’être. D’autre part la vie, en effet, enseigne l’indulgence ; surtout une vie comme la mienne. Que serais-je, ô mon Jésus, si vous n’aviez pas pris le soin de m’humilier ! »


Son testament spirituel

 

« Ave Maria ! Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! […] Je déclare devant Dieu que mon intention est de mourir dans la sainte Église catholique, à laquelle j’ai toujours appartenu de cœur et d’âme depuis mon baptême, et de mourir fidèle à mes vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, dans l’Ordre de saint Dominique. Je me recommande pour cela à mon bon Sauveur Jésus, et auprès de sa très Sainte Mère, toujours si bonne pour moi. […] Je déclare aussi, de la manière la plus expresse, que je soumets au jugement du siège apostolique tout ce que j’ai écrit. […] Je veux dire encore une fois, je suis fils de Marie : Tuus sum ego, salvum me fac ! (Jérusalem, couvent Saint Etienne, premier martyr, le 14 décembre 1914.)


La mort du Père Lagrange

 

Lettre d’un dominicain (non identifié) au père Buzy, supérieur général des Pères de Bétharram. Saint-Maximin, 17 mars 1938. « Mon Très Révérend Père, Nous avons été très touchés des affectueuses condoléances que vous avez voulu nous offrir à l’occasion de la mort du père Lagrange. C’est bien volontiers que je vous communique quelques détails sur sa fin, en m’excusant seulement de ne pas vous les avoir transmis plus tôt, mais j’ai été occupé jusqu’ici par mes cours. Voici : le père Lagrange était rentré de Montpellier le mardi gras 1er mars au soir, après un séjour d’un peu plus d’une semaine, séjour de détente, mais où il trouva néanmoins le moyen de donner cinq causeries. A son retour, il était enrhumé, quelque peu fatigué, mais sans que rien ne pût alors laisser prévoir un dénouement prochain. Le vendredi 4, il nous donna son cours sur saint Jean, comme de coutume. Le Père avait bien voulu assurer depuis la rentrée d’octobre deux cours réguliers, un le mercredi sur la Genèse, l’autre le vendredi sur saint Jean. Nous traitions alors la Passion selon saint Jean et selon les Synoptiques. Le samedi 5, le Père ne se leva pas pour la messe qu’il célébrait chaque matin à 6 heures dans la cellule du père Lacordaire. C’est à partir de ce jour que la fièvre apparut et qu’il s’alita pour ne plus se relever. Il a succombé à une grippe qui a évolué en congestion pulmonaire. Outre le bel exemple d’une vie qui fut laborieuse et active jusqu’au bout, sa dernière maladie a été pour nous un sujet d’édification, par la docilité qu’il montra aux moindres ordonnances du médecin, la piété qu’il ne cessa de manifester ; la nuit, il réclamait dès les premières heures du jour la sainte communion, et l’un des frères qui le soignait l’a entendu dire : « Je ne vais plus pouvoir dire la messe… Jésus est le Maître ». Le mercredi soir, après qu’il se fut confessé, tandis que son confesseur lui parlait de la Très Sainte Vierge, sa face s’illumina d’un sourire. Après avoir reçu l’extrême-onction, comme le docteur lui demandait comment il se sentait, le Père faisant allusion à l’extrême onction qu’il venait de recevoir devant toute la communauté rassemblée autour de lui : « Ils sont tous venus comme si j’allais trépasser ». Peut-être à ce moment se faisait-il encore quelque illusion sur l’imminence de la fin, mais quand le docteur reprit que nous avions été bien inquiets, jetant alors un regard sur le médecin, et se rendant alors très bien compte de la gravité de l’heure, il prononça avec un grand calme ces paroles : « Je m’abandonne à Dieu ». Il a rendu le dernier soupir le jeudi matin, après le chant du Salve Regina, juste au moment où nous étions de nouveau tous réunis autour de lui pour le transitus animae (le passage de l’âme). »


Jean-Paul II loue le Père Lagrange

 

S’adressant aux membres de l’Académie pontificale des sciences le 31 octobre 1992, le pape Jean Paul II a comparé la crise provoquée par la condamnation de Galilée à celle qui occasionna le désaveu du père Lagrange : « En vertu de sa mission propre, l’Église a le devoir d’être attentive aux incidences pastorales de sa parole. Qu’il soit clair, avant tout, que cette parole doit correspondre à la vérité. Mais il s’agit de savoir comment prendre en considération une donnée scientifique nouvelle quand elle semble contredire des vérités de foi. Le jugement pastoral que demandait la théorie copernicienne était difficile à porter dans la mesure où le géocentrisme semblait faire partie de l’enseignement lui-même de l’Écriture. Il aurait fallu tout ensemble vaincre des habitudes de pensée et inventer une pédagogie capable d’éclairer le peuple de Dieu. Disons, d’une manière générale, que le pasteur doit se montrer prêt à une authentique audace, évitant le double écueil de l’attitude timorée et du jugement précipité, qui l’un et l’autre peuvent faire beaucoup de mal. Une crise analogue à celle dont nous parlons peut être ici évoquée. Au siècle passé et au début du nôtre, le progrès des sciences historiques a permis d’acquérir de nouvelles connaissances sur la Bible et le milieu biblique. Le contexte rationaliste dans lequel, le plus souvent, les acquis étaient présentés, a pu sembler les rendre ruineux pour la foi chrétienne. Certains, dans le souci de défendre la foi, ont pensé qu’il fallait rejeter des conclusions historiques, sérieusement établies. Ce fut là une décision précipitée et malheureuse. L’œuvre d’un pionnier comme le père Lagrange aura été de savoir opérer les discernements nécessaires sur la base de critères sûrs. »

Prière pour obtenir la Glorification du Frère Marie-Joseph Lagrange et pour obtenir des grâces par son intercession


Père saint, tu as mis en ton serviteur le frère Marie-Joseph Lagrange, le désir de la vérité et un goût passionné pour la Parole de Dieu. À la lumière de la Loi de Moïse, des prophètes et des psaumes, il a scruté le mystère de Jésus-Christ et son cœur est devenu brûlant. Avec la Vierge Marie, il a médité l’Évangile dans la prière du rosaire. Il a voué son existence à l’étude scientifique de la Bible dans l’harmonie évangélique de la foi et de la raison afin de sauver les âmes perturbées par la critique scientifique. Ceux qui l’ont connu ont témoigné de sa foi rayonnante et de son exemplaire obéissance dans les épreuves. Nous te prions, Père, de hâter le jour où l’Église reconnaîtra publiquement la sainteté de sa vie, afin que son exemple bienfaisant entraîne nos frères à croire en la Parole de Dieu. Que l’intercession du frère Marie-Joseph Lagrange nous obtienne les grâces dont nous avons besoin. Nous te le demandons, Père, au nom de ton Fils Jésus-Christ, dans la communion du Saint- Esprit, un seul Dieu vivant pour les siècles des siècles. Amen.

Pour approfondir

 

Site de l'Ecole Biblique de Jérusalem

//ebaf.edu/index.php

 

Archives de la Revue du Rosaire (très nombreux articles)

www.rosaire.org/Liste.php?critere=revros

 

Site des Dominicains de Nice

www.dominicain.net

 

Voir aussi

//spiritualitechretienne.blog4ever.com/blog/lirarticle-83937-492501.html

//imagessaintes.canalblog.com/archives/2009/02/05/12383336.html




05/02/2009
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