Spiritualité Chrétienne

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Le Serviteur de Dieu Marie Antoine de Lavaur 04

 Le Père Marie Antoine de Lavaur

Le combat de l'amour

1825-1907


Première partie

La conquête des cœurs par la Croix


« Georges, le roi d'Angleterre, reçoit le grand navigateur Brand qui vient de faire le tour du monde. Dis-moi mon ami, qu'as-tu vu? Qu'as-tu ? Sire, j'ai vu? - Sire, j'ai vu Dieu partout! Dieu Créateur de toute chose, Dieu par Son Église répandue aux quatre coins du monde ». Et le Père de conclure: « Cependant que sont tous les mondes de la Création et tous les astres qui roulent dans l'espace, en comparaison de l'Église ? Ce n'est que de la poussière d'or, dont Dieu en se jouant a parsemé les cieux! »


Le Père Marie-Antoine aimait a raconter cette anecdote. Sa passion pour le Christ n'avait d'égale que sa passion pour l'Église du Christ. Dieu a voulu ce mystère incommensurable: Son Fils unique prenant notre humanité pour nous appeler à participer à Sa Divinité. Par notre Baptême, nous appartenons à l'Église, l'Église Corps du Christ dans chacun de ses membres. L'amour que nous portons à Dieu Créateur et Sauveur, l'amour que nous portons à Son Église, l'amour que nous portons aux autres hommes appelés – tout homme est appelé – à participer à Son Corps mystique, ne font qu'un, et c'est l'Amour de Dieu, l'Amour que Dieu nous donne pour le porter aux autres. Le Père Marie-Antoine, qui ne doutait de rien, avait une Foi immense, qui le plaçait tellement près de Dieu, jusque dans son intimité – c'est la Foi seule, et non quelques mérites problématique, qui rapproche de Dieu – qu'il en recevait une surabondance d'amour rejaillissant avec force autour de lui. Sa Foi est la racine de l'espérance qu'il semait partout où il passait, lors de ses homélies qui soulevaient des foules considérables dans le secret du confessionnal où l'attendaient de longues files d'attentes d'hommes autant que de femmes, en participant à la soupe des pauvres dans son Couvent de Toulouse, en venant au secours du terrible isolement des pauvres Curés de la campagne («  Si le sel de la terre s'affaiblit, avec quoi salera-t-on? »), ou devenu le seul moine en France à demeurer dans son Couvent de Toulouse après les persécutions de 1903.


Le Père Marie-Antoine, géant au cœur tendre dans sa bure usée, barbe généreuse, sourire joyeux, pieds nus dans ses sandales par tous les temps, était missionnaire Capucin jusqu'à la moelle des os et durant cinquante ans. Son nom était Léon Clergue. Il est né à Lavaur, est devenu Prêtre au Séminaire de Toulouse. Vicaire à Saint Gaudens, c'est là qu'il entend l'appel: « Tu seras Capucin! » Cela se passe en 1850, et c'est aux pieds de Notre Dame de Garaison, l'antichambre de Lourdes, qu'il fera sa veillée d'arme; aux pieds de Notre Dame de la Garde qu'à 32 ans il confiera la mission reçue de ses Supérieurs: fonder un grand Couvent de Frères Mineurs Capucins à Toulouse, sans le moindre sou en poche. Et c'est aux pieds de Notre Dame de Lourdes qu'il « l'aidera à faire ses miracles », comme on le chuchotait. Dans l'amour de Dieu, par la Mère de Dieu.


Foi, amour et fidélité dans l'Église du Christ, voilà bien en trois mots le Père Marie Antoine de Lavaur, missionnaire Capucin comme il signait, et celui qu'on a appelé de son vivant « le Saint de Toulouse ».


Il est vrai qu'il est né dans une famille où l'on ne plaisante pas avec ces choses-là. A sa naissance, quand on a demandé à son père quel serait son nom, François à répondu celui-ci. Le nom réservé de génération en génération aux aînés de la famille Clergue. Et il s'appellera Léon. Mais il n'y a personne dans la famille qui porte ce nom, c'est le prénom de son père qu'il doit porter. Justement. Il s'appellera Léon, qui est le nom de son vrai père. Ne savez-vous pas que son vrai père, en Jésus-Christ, c'est le Pape, Sa Sainteté Léon XIII?


« Moi je pense toujours à toi », lui souffle Jésus


Ce qui n'empêche pas le jeune Léon, entré au Séminaire de Toulouse, d'oublier un jour – il doit avoir douze ans – la soutane qu'il porte avec fierté depuis sa première communion. Il marche seul en pleine rue. L'absence de ses parents, de Célestin, son plus jeune frère de deux années, de Marie, la petite sœur qu'il aime tendrement, elle a eu quatre enfants en février; pèse lourd sur son jeune cœur. Un gros chagrin qui finit par déborder. Je m'ennuie de vous, je vous en prie, venez me chercher, je veux rentrer à la maison, a-t-il envie de crier. Et de sangloter de plus belle. Et puis une pensée lui traverse l'esprit, comme une lumière qui l'éclairera tout au long de sa vie: « Tes parents, pour autant qu'ils t'aiment, ne pensent peut-être pas à toi en ce moment-ci. Tandis que Moi, Je pense toujours à toi ». A partir ce ce jour, racontera-t-il, je ne pleurai plus, et je sus que je penserai à Lui. Ce qui ne l'empêchera pas de vouer un véritable culte de tendresse et de pieuse vénération à ses parents. Ils ont une place d'honneur sur son bureau, deux petites photographies qu'il baise avec amour. Une tendresse qui n'a d'égale que celle qu'il porte à sa ville natale, Lavaur, « ma ville, le val d'or, où l'on voit l'or de nos moissons, le vert de nos vignes et de nos bois, l'azur d'un ciel clément, le reliquaire de mon plus doux trésor, l'écrin de ma plus riche perle... » Aussi est-ce à Lavaur, sur la colline de Pech, qu'il réalisera, à la fin de sa vie, son rêve d'enfant et de religieux: la Chapelle Notre Dame de Consolation, non sans d'énormes difficultés, en ces temps difficiles pour l'Église. Et c'est là, dans une minuscule cellule dans le clocher, qu'il se préparera, sous le Manteau de Marie, au grand passage.


A Saint Gaudens, une centaine de kilomètres au sud de Toulouse, on peut dire que son ministère de Vicaire « tout feu tout flamme » fait époque. On le voit chaque jour dans les rues ou les campagnes, parlant aux passants, entrant dans les maisons, surtout chez les pauvres. Saint Gaudens est une pauvre ville, tout se voit et se dit, ses dévotions, sa ferveur à l'autel et devant le tabernacle sont vite remarquées. Sa Charité devant les misères aussi. Surtout après ce dimanche, quelques semaines après son arrivée, où il doit aller administrer une jeune Espagnole qui va mourir. La famille est si pauvre que la pauvre enfant est couchée à terre sur un peu de paille. C'est plus que Léon n'en peut supporter. Rentrant chez lui, il enlève son matelas de son lit et le lui porte sur ses épaules. Son père venu le voir s'en apercevra, fera livrer un autre matelas qui connaîtra le même sort.


Fidélité, c'est bien ce qui le liera toujours à Saint Gaudens qui l'accueillera plus tard en missionnaire. La première fois, il leur dira du haut de la chaire, les larmes aux yeux: « Cet étranger d'hier, il ne l'est plus aujourd'hui n'est-ce pas? Vous le revoyez avec la joie de votre cœur et lui vous connaît, il vous aime, et il vous revoit avec toute la joie de son cœur. Plus je vous ai connus, plus je vous ai aimés, et je n'ai cessé de vous aimer. Mon cœur n'a pas changé. Et que venait faire alors, au milieu de vous ce jeune étranger? Il arrivait à Saint Gaudens pour prouver à Dieu son amour et le lui prouver de tout son cœur, en soignant et en aimant les âmes, et les plus pauvres ».


« Il faut quitter tout pour trouver tout »


Au noviciat des Frères Mineurs Capucins, à Marseille, Léon devient le Père Marie-Antoine. C'est là qu'il va connaître son plein épanouissement, c'est là que Dieu l'attendait. Le 13 juin 1855, Fête de Saint Antoine de Padoue, il revêt la bure et perd jusqu'à son nom – « Je suis heureux: il faut quitter tout pour trouver tout. Seigneur Jésus, ce matin, Tu m'as demandé si je voulais consentir à être crucifié pour toi, toute ma vie, à souffrir, être méprisé, à mourir pour toi. Et je T'ai répondu: Tu sais bien que je ne puis ni le vouloir, ni le pouvoir, si Tu ne me l'as accordé. Eh bien! Jésus, je ne désire qu'une chose pour moi. Je Te demande la grâce de faire comprendre ce bonheur à beaucoup d'autres. »


Un an plus tard, devenu Frère Mineur Capucin, ses Supérieurs font de lui un prédicateur qui fait la conquête des marchandes de la halle, des ouvriers de la cité de La Ciotat. Avec cette Foi qui fait bouger les montagnes, il entraîne tout sur son passage, le bourgeois ruiné qui allait se jeter à la mer, ou les pauvres, saltimbanques, marchands ambulants, qu'il rencontre sur sa route... des dizaines et des dizaines de kilomètres d'un pas alerte, porté par les « petits chevaux de Saint François ». Il les entraîne tous, de tout son amour, vers l'Amour de Dieu. Le Père Marie-Antoine prend l'Evangile à la lettre. Il ne doute ni de sa vérité ni de son efficacité. Il ne doute de rien. Cette Foi, il la porte dans sa parole, dans son comportement. Elle fait partie de lui. Rien que sa présence est une prédication. C'est sa Foi qui rend son amour des hommes si fort, elle est la racine de l'espérance qu'il sème partout où il passe. Le Cardinal Vivès, son contemporain, dira de lui: « Je n'ai jamais et autant qu'en sa présence, eu l'impression du surnaturel. Il en est tout pétri dans ses paroles, ses actions, son attitude. Du moindre contact avec son âme, ce surnaturel jaillit, comme jaillit l'étincelle d'un contact électrique. »


Et des contacts, il en eût par milliers durant ses cinquante ans d'apostolat, plus de quatre cent missions répertoriées dans le Sud de la France, de La Rochelle à Notre Dame du Laus, sans oublier Rome ou Jérusalem, à l'occasion du Congrès International des Tertiaires en 1900 où il a été désigné pour prononcer le discours d'ouverture à Saint André della Valle, en Italie, ou pour le 1er Pèlerinage National en Terre Sainte qu'il anima comme seul il savait faire. Cela se passait en 1882 et ils étaient mille cent pèlerins! Missions en tout genre jusqu'au fin fond des Pyrénées, qui toujours se terminent à la gloire de son Dieu, mais où souvent, rien n'est gagné quand il apparaît, seul ou avec un autre Frère Capucin, au détour d'un chemin, par tous les temps. « Vous avez fait un miracle chez nous, lui écrit le Curé de Gondrin, dans le Gers, dans les âmes évangélisées, le sixième sens qui leur manquait: le cœur pour les choses de Dieu. »


Il savait lire dans les consciences et l'on repartait en paix, heureux d'avoir été deviné


Dans toutes ses missions, le jeudi est consacré aux enfants. Il invente de délicieux contes de fées, comme celui de la petite voiture en or qui mène Henri au Paradis... chute aussi émouvante qu'inattendue. Ou de cette de Jésus, mendiant du Divin Amour, une petite besace autour du cou, qui vient frapper à la porte d'Antoine, un enfant comme lui, « Je veux ton cœur ». Et le futur Saint Antoine de Padoue lui a donné son cœur. Des générations de missionnaires Capucins ont utilisés ces trois sermons qu'il faisait prêcher du hait de la chaire par des enfants devant toutes les familles de la paroisse rassemblées.


Aux hommes aussi il sait parler, qui remplissent les églises dans les cérémonies qui leur sont réservées après le travail. Ses sermons, pourtant du haut de la chaire, tournent au dialogue sur les difficultés de la vie quotidienne, pimenté d'anecdotes et d'histoires joyeuses les disposant à entendre de « dures et utiles vérités ». Ils recherchent le secret du confessionnal et le défilé est permanent partout où il passe. Avec eux, le Père ne s'embarrasse pas de formalités, abrège tout en pénétrant au fond de leur consciences. Il vient à bout, en quelques instant, d'une confession compliquée, et cela se dit. Et le pénitent, heureux d'avoir été deviné, repart en paix.


La Confession pour le Père n'est pas une culpabilisation organisée et institutionnelle. Elle n'est pas seulement la recherche de l'Amour Miséricordieux d'un Dieu prompt à pardonner. Elle est surtout le désir éperdu de se débarrasser d'un poids, d'une souillure, qui fait toujours souffrir, soi-même, les autres, Dieu. Comme lorsque l'on revient de voyage, avide d'un bon bain. Et c'est une démarche d'humilité. Le spectacle d'une âme en recherche de paix, consciente ou inconsciente, est une véritable torture qu'il lui faut faire cesser sur l'instant. Des confessions, il en entend partout, dans un escalier ou derrière un autel, aux champs ou dans un tramway, dans le bureau du chef de gare de Lourdes ou dans un entrepôt au milieu des colis... « J'en ai tant porté que mes épaules sont courbées. » Il reçut de Dieu la grâce de convertir les pécheurs les plus invétérés et de redonner un sens à leur vie.


Sa Foi est un mouvement jaillissant de vie qui se donne à chaque seconde


Le plus pauvre des pauvres Capucins, le Père Marie Antoine est parfaitement à l'aise avec les humbles et les pauvres. Des foules l'attendent à son Couvent de Toulouse quand il rentre de mission. Eux, sentent bien qu'ils sont aimés et respectés par cet homme de Dieu, si grand dans sa Foi, et qui projette, avec leurs misères bien accrochées à leur dos, dans une espérance dont ils ne savent pas bien de quoi elle est faite, mais assurée puisque le Père la partage. Ils viennent à lui avec une confiance sans limites. Encouragés et consolés par le seul espoir tangible de le voir aujourd'hui, demain, dans quinze jours. Il y a là quelque chose d'incroyable, ou simplement peut-être de divin. Que peut-il faire pour eux? Leur dire quelques paroles, leur donner quelques misérables pièces de monnaie, une introduction dans le meilleur des cas. Et cependant, ils s'en vont content, et reviennent, même quand il a dû les rudoyer, même quand ils ne demandent rien, simplement pour repartir plus légers, ou plus fiers d'eux-mêmes.


Nous avons le témoignage touchant des Clarisses de Millau. Cela se passe en 1879, à l'occasion d'une mission dans cette ville. Le père vient parfois, à leur demande, célébrer la Messe dans leur couvent. Un jour, alors qu'elles lui servent au parloir un déjeuner après la Messe, un pauvre se présente, le Père le devine au premier bruit qu'il fait avant même qu'il se fasse annoncer et aussitôt, volant vers lui, il lui apporte tout ce qui est sur la table. Il lui parle, rapporte une religieuse, qui écoute sans être vue, comme à une frère bien-aimé, lui demandant son nom et l'appelant ensuite familièrement dans la conversation de ce nom que le vieillard, seul et inconnu en ce monde, n'a sans doute pas entendu depuis longtemps: « Allons Irénée, prenez cela, mangez-le, et priez bien le Bon Dieu, Irénée, Irénée, que Dieu vous garde! »


Sa Foi était un mouvement jaillissant de vie qui se donne à chacun, pour que chacun, dans une foule de milliers de personnes, monte toujours plus haut, dans l'amour, dans l'Esprit. « Sa voix profonde, extraordinairement puissante, remplit facilement tout l'édifice, si vaste est-il. Tout à tour douce et caressante, éblouissante et terrible comme une armée rangée en bataille. Ici en cascades, plus loin en jets de lumière et de flamme. Il manie les patois locaux et un langage populaire parsemé de familiarités étranges, d'où jaillit un inénarrable humour. Avec lui, on ne sait où on va, on se laisse emporter. C'est le « triomphe de l'éloquence des saints », lit-on dans les Annales de Lourdes. « Voilà comment nous devrions prêcher », s'écriera le célèbre Jacques Monsabré, prédicateur Dominicain des Carêmes de Notre Dame de Paris de 1873 à 1890.


« Il faut beaucoup prier pour faire beaucoup prier »


« Chaque mission, écrit le Père Marie Antoine, est un poème divin dont les anges seuls peuvent chanter la mélodie » et une pluie de grâces pour les paroisses. Ses combats à son vieil ennemi, le Mal, qui fait si mal aux hommes, il les confie tous à Marie, il lui offre après chaque journée de labeurs qui lui laissent seulement deux à trois heures de sommeil dans la nuit. Elle sont rares les paroisses du Midi, et d'ailleurs qui n'ont pas le souvenir de son passage – lui disait: « la marque du Règne de Dieu » – : une croix sur la colline, un carrefour de chemins ou sur la place publique...


« L'affaiblissement de l'esprit de piété et de prière a été et continue d'être la cause capitale de toutes nos ruines morales. Jésus Christ a établi la prière comme le fondement vital du Christianisme: c'est la sève de l'arbre Divin. Dès que la sève s'arrête, l'arbre meurt. Priez dit-il, priez sans cesse: sans Moi, vous ne pouvez rien. Demandez tout, Je vous donnerai tout. Le prêtre est tout-puissant dans la prière. Qu'il renouvelle dans son peuple l'esprit de la prière, et il renouvellera sa paroisse. » et de donner l'exemple du Saint Curé d'Ars.


A son couvent, le missionnaire prie beaucoup. Il est de tous les religieux le plus occupé, le plus déranger, et celui qui reçoit le plus long temps de prière. Après avoir fait avec ses Frères, dans la chapelle, la prière méditation commune et psalmodié Prime et Tierce, il retarde souvent, jusqu'à huit heures, la célébration de la Messe, pour se préparer à loisir. Il y reviendra encore dans la journée, pour psalmodier à voix basse, en solitaire, son Office près du chœur. Dormant peu, le signal de l'Office de minuit le surprend presque toujours avant qu'il ait songé à regagner sa cellule, où il a déjà bien travaillé à sa correspondance quand il rejoint ses Frères pour Matines. Sa prière à son Dieu, il la prolonge, loin de ce monde, dont il connaît toutes les aspérités, les secousses, les éclats, et se trouve devant le Saint Sacrement le matin, bien avant la communauté.


Humble cependant, toujours fidèle à son vœu d'obéissance, si bien que l'un de ses Supérieurs témoignera, résumant bien sa situation dans la Communauté: « Le Père Marie Antoine a le cœur visiblement tout embrasé de l'Amour de Dieu. Constamment hors du couvent pour les besoins de son ministère, il ne perd jamais l'esprit de Dieu, et sa ferveur ne subit aucune atteinte. Ayant constaté cela, j'ai compris que mon devoir de Supérieur était de l'aider dans sa mission auprès des âmes, en lui laissant une liberté entière ». Les vertus de l'obéissance, de l'humilité, dont il savait mieux que personne qu'elles sont l'antidote de l'orgueil, cette tentation au cœur de tout homme depuis que le monde est monde, qui aurait pu l'atteindre dans son ascension, jeune encore, vers une popularité vertigineuse que Dieu voulait.


Deuxième partie

Le Résistant, sous la bannière de Marie


Les chemins de Bernadette Soubirous et du Père Marie Antoine se croisent début juillet 1858, avant la dernière apparition. Le Capucin vient à Lourdes pour la première fois, avec le désire de rencontrer Bernadette, cette petite fille de France, de nos montagnes pyrénéennes, choisie par Marie. La Vierge s'est réellement montrée à cette enfant privilégiée. Le Père Marie Antoine est un des premiers à le croire. Il est prévu qu'elle vienne à la Messe qu'il célèbre, très ému, en la présence de cette petite fille pieuse et candide comme un ange, si pauvre, si chétive: Dieu choisit en ce monde ce qui est faible, pour confondre ce qui est fort. Et il lui donne la Communion.


Ce même jour, il lui est permis de l'interroger longuement. Le Père Marie Antoine demande à Bernadette de faire devant lui les gestes qu'avait faits la Sainte Vierge en prononçant: « Je suis l'Immaculée Conception ». Bernadette se recueille immédiatement et lui dit: « Elle a fait ainsi ». Au même moment, sa physionomie prend une expression si ravissante, que le souvenir ne s'effacera jamais de sa mémoire. « Comme la Sainte Vierge, elle étend d'abord ses mains, puis elle les lève à hauteur des épaules, et enfin les joint sur sa poitrine et regardant le Ciel elle me dit: « c'est en ce moment que la Sainte Vierge a prononcé ces mots: je suis l'Immaculée Conception. » Cette seule évocation, et le Père est comme en présence lui-même de cette vision du Ciel. Bernadette est transfigurée, quelque chose de surnaturel passe sur son visage, son œil plonge dans l'infini! Profondément émus, ils gardent tous deux un instant de silence. « Chère enfant, que vous êtes heureuse! » Bernadette incline modestement la tête. « Oh! Mon Père, qu'elle est belle, la Sainte Vierge! Qu'Elle est belle! Toutes les statues, toutes les dames de la terre ne sont rien près d'Elle! »


Marie est là, visible encore, on y respire le parfum qu'Elle a laissé dans cette vallée, dans cette Grotte, sur ces collines. Il lui semble la revoir encore et entendre Sa voix. Ce qui frappe le plus le Père Marie Antoine dans la narration que lui a faite Bernadette, c'est la demande formelle de la Vierge qu'on vienne en procession à la Grotte. Un tel désir trouve écho dans son âme d'apôtre.


Le grand ouvrier de Notre Dame de Lourdes


Il est bien décidé à les lui amener, les pèlerins qu'Elle attend. Le premier grand pèlerinage régional, celui de Tarbes est mené par le Père Marie Antoine. Suivi par une multitude d'autres jusqu'aux derniers jours de sa vie. Quand il n'est pas à Lourdes, il est en mission, des missions qui se succèdent à un rythme effarant. Et où il parle, sans se lasser, de l'Amour de Dieu qui a pris, pour les hommes de ce temps et de tous les temps à venir, les traits de Notre Dame de Lourdes: « En Marie, Dieu et l'homme se sont rencontrés pour se donner le baiser du saint et éternel amour ».


Et pour ces pèlerins venus bientôt du monde entier, malgré les travaux de la saison, la misère de beaucoup de famille, il façonne Lourdes, en y introduisant presque toute sa liturgie spéciale et populaire: la procession aux flambeaux dès 1863, qu'il a inaugurée à Rocamadour, la procession du Saint Sacrement et la prière nocturne el 1886, année des 13 miracles du pèlerinage du Quercy qu'il anime, la procession des malades...


C'est à son initiative que sont réalisés le Chemin de Croix en 1886 et les calvaires autour des sanctuaires, les grottes des Espèlugues, dédiées à Notre Dame des Douleurs et Sainte Marie Madeleine en 1887. Le Père Marie Antoine est chez lui à Lourdes, à l'extrême de la pauvreté matérielle et des grâces du Ciel. Il est devenu le prédicateur, le confesseur, le convertisseur le plus populaire, le grand ouvrier de Notre Dame de Lourdes qui aide la Vierge à faire ses miracles », « vivant à Lourdes dans une perpétuelle extase comme on doit vivre au Ciel ».


Pour le Père Marie Antoine, c'est sûr, le 19e siècle est le grand siècle de Notre Dame sur cette terre de France qu'il aime passionnément. Dieu protège la Fille aînée de l'Église, la couvre de grâces, par Sa Mère qu'Il nous envoie, porteuse de Messages, et de Bénédictions, à Paris Rue du Bac, à La Salette, à Lourdes, à Pontmain, à Pellevoisin. Dans Sa Miséricorde, c'est là Sa réponse à contre-courant au monde, notre monde, qui ne jure depuis un siècle que par la science devenue l'idole de notre société, le démontré, le prouvé devenus sa bible. Non seulement au 18e siècle avec les encyclopédistes, Diderot, D'Alembert, Voltaire... Ce siècle des lumières aboutissant à la Révolution Française à qui l'on doit la Déclaration des Droits de l'Homme, mais aussi et surtout la Terreur, mais encore, et plus que jamais, dans les années 1820 avec Michelet, Quinet, Littré, Larousse, Renan, Flaubert, et Berthelot, Auguste Comte...


Et, dans ce courant contre lequel rien ne semble pouvoir résister, voici que la Vierge Marie s'impose au monde par la proclamation d'un Dogme de l'Église, puis par 18 apparitions à une petite bergère pyrénéenne. Une Vierge, Immaculée à jamais, qui a conçu, par un formidable élan d'amour du Dieu Créateur pour Sa Création, le Fils de l'Homme, à la fois vrai Dieu et vrai Homme! Comme un point sur le i, dans ce courant hostile qui paraît irrésistible, voici qu'il y a le Rocher de Lourdes, les miracles de Lourdes! Une réponse en action que Dieu adresse au monde, la plus irrationnelle, la plus surnaturelle qui soit.


Et, à Lourdes, un Capucin qui semble être le confident de la Sainte Vierge, l'ouvrier de Ses Miséricordes. Il prie avec tant de ferveur devant le Rocher béni que beaucoup seront convaincus qu'il y voit Marie, comme Bernadette autrefois. Le Père Marie Antoine aide la Sainte Vierge à faire ses miracles, dit-on. Avec une confiance incroyable, des pèlerins du monde entier vont recourir à lui pour forcer la main , en quelque sorte, à la Bonne Mère. Le Capucin sera toujours prêt à prier et à faire prier, il sait par expérience la force de la prière sur la souffrance, il sera trop long d'énumérer les guérisons obtenues du vivant du Père Marie Antoine. Au milieu d'un monde qui se donne pour tout horizon un modèle de vie qui trouverait sa force dans la loi et non dans la Foi, un modèle de vie et de société sans Dieu, il y a Lourdes et la foi du charbonnier d'un pauvre Capucin qui va soulever les acclamations de la foule, arracher à Dieu les miracles qui déchaînent les foules, les plongent dans les eaux de la pénitence, les jettent aux pieds de Marie! Intouchable de son vivant, glorieux dans la mort, on s'acharnera, du dehors et du dedans, à tuer jusqu'à sa mémoire même.


Le Christianisme est mort, vive la science, notre seule religion!


Depuis le Second Empire, les progrès des sciences sont extraordinaires. « L'accroissement des sciences est infini », écrit Taine, « on ne peut prévoir qu'il arrivera un temps où les sciences règneront en souveraines sur toute la pensée comme sur l'action des hommes ». Ce que Renan dit autrement avec son « La science est une religion ». Quant à l'ancienne religion, Berthelot écrit à Renan: « Il est désormais pour moi aussi évident que le jour que le Christianisme est mort, et bien mort, et qu'on n'en saurait plus rien faire qui vaille ».


La guerre de 1870 laisse la France exsangue, l'effondrement moral est sensible. Commence alors, sous la 3e République, la déchristianisation systématique du pays, aboutissement politique du processus intellectuel. La Croix sera bannie des institutions, des édifices publics, les religieuses renvoyées des hôpitaux, la République construit son école sans Dieu. « Qui tient les écoles de France, tient la France », déclare le fondateur de la Ligue de l'Enseignement Jean Macé. « Fous que vous êtes, leur répond le Père Marie Antoine, vous voulez tuer Dieu! Tuer Dieu, ce que personne, depuis le début des temps, n'aurait jamais osé imaginer sans trembler... ne savez-vous pas que la nature à horreur du vide? D'autres idoles le remplaceront, le pouvoir, l'argent, le sexe, bien plus exigeantes. Et alors, elle sera belle, votre liberté! »


Première étape: un certain 29 mars 1880, de simples décrets ordonnent la dispersion des Ordres religieux, à commencer par les Jésuites. Pour beaucoup, c'est l'exil.


Le 3 novembre 1880, à cinq heures vingt, deux Brigades de gendarmerie se présentent à l'entrée extérieure du Couvent des Capucins de Toulouse, au moment précis où le Père Marie Antoine referme la porte derrière le Saint Sacrement. La police arrive dans trois voitures de place. Elle est commandée par le Commissaire Central Carton, et le Commissaire de quartier Dalous, en gants gris clair. Après les sommations, bien inutiles, le premier coup de hache est donné, suivi d'autres. A l'intérieur, les moines rejoignent leurs cellules. « Ne dites pas: Je viens ici au nom de la Loi, car la Loi se dresse ici devant vous, dans sa majesté inviolable, et elle vous dit: arrête, malheureux! Que fais-tu? Tu foules aux pieds tous les droits à la fois, tu violes toutes les lois Divines et humaines, en profanant la sainte demeure des religieux, et en violant le domicile d'un citoyen Français. Je vous arrête devant cette porte de clôture, elle est sacrée! Si je suis religieux ou non, le Gouvernement n'a aucun droit de s'en occuper, c'est du for intérieur. Ceci se passe entre Dieu et moi. Vous foulez aux pieds la liberté sacrée de la conscience, et le doit sacré de la propriété. Par les lois actuelles, tous les religieux sont entrés dans le droit commun. Personne ne peut nous obliger à en demander d'avantage, mais aussi personne ne peut nous en donner moins, ni nous enlever une parcelle. C'est au nom de ces droits que je vous arrête, persistez-vous à forcer nos portes? Répondez.


« Messieurs les témoins, recueillons-nous. C'est une question de vie ou de mort pour la société. Nous défendons ici le doit de propriété, qui est le corps de la société. Nous défendons le droit de la conscience, qui en est l'âme. Nous résistons à l'acte arbitraire du Gouvernement de notre pays. Cependant, nous ne sommes pas des insurgés, nous sommes les défenseurs du droit, et par conséquent de Dieu, en qui sont tous les droits, en dehors duquel aucun droit n'existe. Sachez le bien, Monsieur le commissaire, cette sainte cause de Dieu et du droit, nous, religieux, nous la défendrons jusqu'aux cachots, jusqu'aux dernières limites. »


Mais la hache a fait don oeuvre, une brèche est pratiquée, par laquelle passent, sans fierté aucune, les deux commissaires. Ils sont maîtres de la place. Avec d'énormes marteaux, des ciseaux, des scies, de grosses barres de fer, les serruriers devront ouvrir les cellules des moines une à une.


Le dernier des moines


Un décret n'a pas suffi à envoyer hors de France ses 60 000 religieux et religieuses? Eh bien, ils feront une loi, la loi du 1er juillet 1901, qui entre en application en 1903.


Tous les couvents de France sont mis sous scellés, et livrés aux liquidateurs. Sauf le Couvent des Capucins de Toulouse, vidé cependant de tout mobilier et objet. Seule une statue de Marie demeure, une Vierge monumentale qui domine toujours le chœur de la Chapelle dépouillée: la notoriété du Père Marie Antoine auprès du peuple, et sa force de résistance, lui évitent l'expulsion. On a un très beau récit du Père Marie Antoine célébrant, avec quelque profondeur, mais aussi quel amour pour Jésus Hostie, sa Messe dans la Chapelle nue et devant quelques fidèles bravant l'interdiction. Le Saint de Toulouse, épaules de plus en plus courbées (« J'en ai tant porté que mes épaules en sont courbées ») par les souffrances qu'il épousait à la première rencontre, au premier regard, va finir ses jours avec son fidèle compagnon, le Frère Rufin, devenu à peu près aveugle avec l'âge, dans le vaste couvent désaffecté et glacial.


Et c'est dans son Couvent qu'il rend son âme à Dieu, le 7 février 1907. Son âme s'est envolée, tout droit, de la pauvre cellule. Il a comme un sourire aux lèvres. Mon fardeau est léger, lui avait murmuré Jésus. Parole Divine, Parole vivante, don parmi les dons, en forme de sourire joyeux, inébranlable, constant. En tout cas, c'est ce sourire seul que voit le Frère Rufin, qui croise les mains du Père sur le Rosaire de sa vie. Il ferme ses paupières et l'étend, bien droit sur sa planche, habillé de sa bure de vieux Capucin usé. Et le Frère Rufin sort. La petite cloche du Couvent se met à tinter. Un tintement lent, triste comme une pluie givrée qui s'égoutte dans les feuillées.


La nouvelle prend l'allure d'un deuil général, un grand élan d'amour et de Foi d'un autre âge passe sur la ville. Des milliers et des milliers de fidèles défilent devant lui, dans la Chapelle du Couvent. On se presse autour de son corps, comme on accourait autour de sa chaire à Toulouse, à Lourdes, à Jérusalem où à Rome. « Bon Père Antoine, ne nous oubliez pas, maintenant que vous êtes près du Bon Dieu ». Et de lui rappeler leurs soucis, leurs épreuves, leurs ennuis. C'est sûr, il a été trop bon sur terre – toujours le mot qui console, le geste qui soulage – pour ne pas continuer à l'être au Ciel. Pour les pauvres, les malheureux, il avait le bras long, le Père Marie Antoine.


Le dimanche, jour des obsèques, la circulation est suspendue, même pour les omnibus et les tramways s'arrêtent, paralysés. Comment évaluer la foule en rangs serrés, celle qui suit, et celle qui attend, le long des rues et des places. A quarante, à cinquante mille personnes, ont dit les journaux, peut être soixante mille personne, avance l'Express. Il est là, le peuple de Toulouse, de tous âges, de tous milieux. Obstinément là. « Jamais comme aujourd'hui, l'on a senti – rare moment de grâce, indéfinissable, fait de silences intérieurs mystérieux par leur concomitance – jamais comme aujourd'hui, l'on a senti ce que peut être l'âme de Toulouse, émue, frémissante, capable de rendre en un instant tout l'amour dont un doux religieux a brûlé pour elle. » Et l'Express conclut, en en faisant le compte rendu le lendemain, « On a tout fait pour étouffer dans le cœur du peuple toute notion de surnaturel. Vain triomphe! Une fois encore, il triomphe sans que rien puisse comprimer son élan. Triomphera-t-il toujours? L'âme populaire a frémi et des milliers d'hommes et de femmes, d'enfants, ont décerné à ce pauvre, à cet humble, à ce vieillard si complètement dénué de tout ce qui vaut ici bas, nous dit-on, la peine de vivre, des obsèques telles qu'aucun personnage illustre de notre temps n'en a jamais obtenues. Le bon Père Marie Antoine n'avait pourtant rien, lui, qui pût forcer l'attention des masses et les entraîner dans les rues de Toulouse, derrière son cercueil, porté à bras comme celui d'un triomphateur. Il n'avait que son froc, sa cordelière et sa croix de bois ».


Après une immense dévotion, une cause « ensablée »


Le Père Marie Antoine de Lavaur a été l'objet après sa mort d'une immense dévotion populaire. La presse Catholique de tous les pays l'a honoré. Par Lourdes, le monde entier le connaissait. En quelques jours, 40 000 portraits s'envolent, photos, cartes postales, images de tous format. Des milliers d'exemplaires de sa vie sont diffusés, pour tous c'est une révélation. Cet engouement durera jusqu'à la guerre. Vénération, enthousiasme, on le prie, on lui demande des prodiges: et ils ont lieu, si l'on en croit la masse de témoignages. Sa tombe devient lieu de pèlerinage. Une simple Chapelle où vont s'entasser lettres, photographies, fleurs, ex-voto qui envahissent tout.


Le procès de Béatification est introduit à Rome par le Cardinal Saliège, archevêque de Toulouse et Monseigneur Cezerac, Archevêque d'Albi, en 1928. Un tribunal est nommé, les différents procès de l'ordinaire en vue de sa Béatification, sont déposés le 26 novembre 1932 à la Sacrée Congrégation des Rites qui fait examiner les écrits du Père. Le décret sur ses écrits est publié le 28 mai 1941. Le Père Marie Antoine prend le titre de Serviteur de Dieu.


Entre temps, une nouvelle étape a été franchie. Le jeudi 14 novembre 1935 à 15 heures, il est procédé, dans la plus stricte intimité, à l'exhumation et la reconnaissance du corps du Père Marie Antoine. Le procès verbal d'exhumation permet d'apprendre que son corps est retrouvé momifié, mais intact. Comme deux taches blanches, ces pieds qu'il ne ménagea pas et qui étaient en bien mauvais état à sa mort, sont parfaitement conservés, ainsi que la bure, la corde et l'étole violette. Le Bulletin Municipal de la Ville de Toulouse lui consacre à la rubrique « les Hommes Illustres de Toulouse », 15 pages et de nombreuses photos. Avec un sous titre: Le plus grand moine du siècle. Aujourd'hui encore, dans la chapelle latérale de Saint Antoine de Padoue où le Père Marie Antoine repose, il y a presque toujours des fleurs fraîches, et la flamme d'une bougie sur le tombeau du « Saint de Toulouse », dans l'église devenue propriété des Frères Carmes, avec le Couvent, depuis 1999.


La Cause est reprise le 20 août 1948 et, en 1954, de nouvelles pièces du procès sont déposées à la Sacrée Congrégation des Rites. Le 25 janvier 1967, la Congrégation ouvre à nouveau le dossier. Depuis, c'est le silence. 1968 est passé par là...


L'on parle aujourd'hui avec insistance d'une possible reprise du procès de Béatification. Une association pour la Mémoire du Père Marie Antoine a été créée à Toulouse, les témoignages de grâces obtenues par son intercession, les adhésions arrivent de tous les coins de France, de la Suisse, du Canada... Un historien a été nommé conjointement par l‘Archevêque de Toulouse et le Provincial des Capucins de France avec la volonté de rouvrir le dossier.


Chaque Saint, choisit d'être distingué, l'est en fonction du message dont il est porteur pour la société contemporaine. 1900, 1930, 1960, 2007 ne présentent pas le même contexte de société. D'un au côté, chacun est nécessairement fils de son temps, et ces circonstances de son temps. La biographie publiée à l'occasion du centenaire de sa mort, constitue un élément de sa réponse. La réputation du Saint de Toulouse, Lourdes, Lavaur et d'ailleurs, s'est maintenue d'elle-même comme un flambeau dont la flamme ne saurait d'éteindre, au contraire, toute prête à s'embraser en embrasant le monde. Car la Création aspire de toutes ses forces à voir la révélation des fils de Dieu. (Ro. 8, 19).


Le monde aujourd'hui a grand besoin de Saints comme le Père Marie Antoine de Lavaur. C'est le moment. Notre société cherche, comme jamais, ses repères, ses valeurs. Nul ne sait plus à quel Saint se vouer, justement. Il est bon de se souvenir, quand il ne reste, par exemple, que 4,5 % des Français à se dire Chrétiens pratiquants, que les racines de l'Europe sont Chrétiennes. C'est donc un message d'espérance, il n'y a rien d'irréversible. Car ce que l'homme a défait, l'homme peut le refaire, et c'est le moment.


Texte de Madame Jacqueline Baylé, Présidence de l'Association pour la Mémoire du Père Marie Antoine, paru dans les Stella Maris, numéros 449 et 450 d'août et septembre 2008.


Bibliographie

« Le Saint de Toulouse s'en est allé... » de Jacqueline Baylé, aux Ed. du Carmel.

Prière pour demander la béatification du Père Marie-Antoine


"Seigneur, Tu aimes manifester Ta puissance et Ta miséricorde par l'appel d'apôtres consacrés totalement à Ton Royaume. Daigne glorifier le Père Marie-Antoine, ce fils de Saint-François qui, durant plus de cinquante ans, Te fit connaître et aimer, surtout des pauvres et des éprouvés, annonça Ton message de conversion et se dépensa sans compter au service de Ton Eglise. Amen."


Vu et approuvé, Toulouse, le 8 Décembre 1968, Père J. Chansou, Vicaire Général.

 

Pour approfondir

Site de l'Association pour la Mémoire du Père Marie Antoine de Lavaur

//a.p.m.a.free.fr

 



22/01/2009
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