Spiritualité Chrétienne

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La Servante de Dieu Carmen de Sojo

La Servante de Dieu Carmen de Sojo

Tertiaire Carmélitaine

1856-1890

 

Carmen de Sojo n'avait que 15 ans et 4 mois quand, le 13 mai 1872, elle se tenait aux côtés du Docteur Georges Anguera, âgé de 31 ans. Ils s'étaient rencontrés à l'hospice des Petites Soeurs des Pauvres dans leur Reus natal (Catalogne). C'était dans la chapelle de ces Religieuses qu'ils se vouèrent fidélité jusqu'à la mort. L'après-midi de leur mariage se passa à nourrir les personnes âgées habitant à l'hospice de Marie.


 

L'enfance de Carmen

 

 

Carmen avait un lien avec le Carmel depuis le jour de sa naissance qui avait eu lieu le 15 octobre 1856, le jour de la fête de Sainte Thérèse d'Avila. Dans un pays où le nom est plus important que le jour anniversaire de la naissance, il n'est pas étonnant que Carmen ait développé une solide et tendre dévotion à la Vierge Marie sous le vocable de Notre-Dame du Mont Carmel. La mère de Carmen dirigeait énergiquement la maisonnée; elle le faisait d'une manière catholique traditionnelle. Des amis avaient remarqué que la méthode éducative de la mère était très stricte ; en outre, elle ne cachait pas ses préférences pour son fils Eusèbe, le frère unique de Carmen. Néanmoins, jusqu'à la fin de sa vie, Carmen eut une grande vénération pour sa mère comme l'attestent de nombreuses lettres... Le 15 avril 1867, Carmen fit sa première communion. Son père l'avait accompagnée à l'église pour cet événement et dans l'après-midi, sa mère l'avait emmenée à l'hospice pour servir les pauvres; elles étaient allées ensuite au Sanctuaire de Notre-Dame de la Miséricorde. Une telle leçon n'était pas perdue pour Carmen; la messe et la communion étaient le centre de sa vie, mais elle n'avait cependant pas une spiritualité uniquement verticale car elle était très attirée par l'humanité souffrante. Elle était membre du Tiers-Ordre séculier Carmélitain et servait également dans d'autres organisations charitables telle que la société de Saint Vincent de Paul.


 

Carmen l'épouse


 

Elle avait été formée par sa mère pour devenir une bonne maîtresse de maison. Bien qu'étant l'épouse d'un grand docteur de Barcelone et qu'elle eut des aides à domicile, elle considérait comme son devoir de tenir elle-même sa maison. Cependant, elle était bien souvent éprouvée; tout d'abord, son mari commençait tout juste sa carrière, sa clientèle était donc limitée; ensuite, il n'était pas un très bon administrateur, et oubliait bien souvent de réclamer les paiements à ses débiteurs ; enfin, il était extrêmement bon pour les pauvres et souvent il les soignait gratuitement. Cela entraînait donc des restrictions à la maison ce qui ne plaisait pas à la mère de Carmen qui ne se gênait pas pour le dire; Carmen, cependant, prenait tout le blâme pour elle-même et lavait ainsi son mari de toute faute! Carmen acceptait de grand coeur tout ce que Dieu lui envoyait, embrassant joyeusement les diverses croix qui entraient dans sa vie. Comme elle avait une vie spirituelle intense, certains disaient qu'elle avait raté sa vocation et qu'elle aurait dû se faire religieuse. Carmen n'était cependant pas d'accord. Elle avait une fois confié à Raymonde, son amie, qu'elle n'avait jamais réalisé ce que le mariage entraînait comme difficultés et elle se demandait si elle s'embarquerait de nouveau dans cette voie si elle avait à recommencer! Mais cela n'avait été qu'une réaction momentanée au milieu d'une situation familiale tendue. Sa certitude profonde était qu'elle pouvait et devait devenir sainte dans sa vie de mariage et la vie de famille. Elle était reconnaissante envers son mari qui partageait ses convictions religieuses et elle trouvait tout à fait normal de lui parler dans des lettres de leur idéal commun de devenir saints: «Monseigneur Casanas m'a dit qu'il avait reçu une lettre de toi hier et qu'il était très content de toi. Quelle joie que tu sois si bon et que l'évêque se charge de ta direction spirituelle! Je peux déjà te voir voler sur le chemin de la perfection jusqu'aux hauteurs célestes; c'est vrai n'est-ce pas que tu me tendras la main et que tu aideras ta pauvre épouse à atteindre ton niveau et à devenir sainte. Dis-moi quelque chose de ce que t'a dit l'évêque» (lettres de Carmen de Sojo transcrites par le Père Soler, O.Carm., et actuellement dans les archives du Postulateur Général du Carmel, IV 11 p. 26). Carmen était fréquemment séparée de son mari et cela durant de longues périodes, à cause de l'état précaire de sa santé. C'est une chance d'avoir les lettres qu'elle adressait à Georges; elle lui écrivait tous les jours et était déçue lorsqu'il ne répondait pas. Ses lettres étaient simples, affectueuses, pleines de détails sur la famille, sur elle-même et sur ses activités quotidiennes, choses qu'elle savait que son mari voulait connaître. Mais ce qui nous surprend, ce sont les expressions ardentes d'amour qu'elle lui écrivait! Il semble qu'elle cherchait tous les moyens pour lui dire combien elle l'aimait, et ce qu'elle désirait, c'était entendre la même chose venant de lui. Ces lettres sont la meilleure preuve que nous ayons que Carmen croyait vraiment que sa sainteté venait de son état de mariage et non pas malgré lui.


 

Séparations forcées

 

 

Une fois mariée, Carmen cherchait à exprimer toujours plus pleinement son amour à Georges. Elle avouait que l'amour est plus facile à expérimenter qu'à décrire. Elle ne pouvait s'arrêter de dire à son mari combien il lui manquait; même lorsqu'elle avait beaucoup de distractions, elle ressentait un immense vide en elle puisque son époux n'était pas à ses côtés. En août 1873, elle écrivait d'Espluga «Mon bien-aimé, j'ai reçu ta lettre que papa m'a envoyée. J'ai l'impression qu'il y a une année que je n'ai rien reçu de toi. Tu peux imaginer comme cela me semble long depuis que nous ne nous sommes pas vus; le jour est si long qu'il ne pourrait l'être davantage! Tu me manques, mon époux, et ainsi, tout me manque. Je trouve impossible de passer plus de temps sans toi. Viendras-tu dimanche? Adieu... celle qui t'aime à la folie») (lettre p. 12). Non seulement Carmen exprimait son besoin de la compagnie de Georges, mais elle voulait aussi les signes de son affection, ses baisers, ses embrassements. Comment l'âme ibérienne de Carmen pouvait-elle aimer son mari sinon passionnément? «Je t'aime tant que je ne peux rester ici sans toi. J'ai hâte que Pâques arrive pour que je puisse retourner auprès de toi. Sans toi je me sens seule et triste, j'ai besoin de ta compagnie. Quand je te vois j'ai besoin de t'embrasser. Mon bonheur consiste à être unie à toi. Tu es mon bonheur et mon tout. Quand tu me manques tout ce qui m'arrive n'est rien. Au revoir mon époux et mon bien-aimé. Aime-moi beaucoup comme je t'aime, passionnément» (Lettre p. 14). Comme nous le verrons plus loin, Carmen utilisait le même langage lorsqu'elle parlait à Jésus et se livrait à ses demandes aimantes, spécialement en le suivant sur la Croix. «Mon bonheur et mon tout...» La manière de Carmen d'aimer Jésus comme le centre de sa vie était de l'aimer à travers son mari. Elle croyait à sa vocation de mariage; montrer dans son amour conjugal un reflet de l'amour que le Christ avait pour son épouse l'Église.


 

Partages

 

 

Son amour pour son mari impliquait qu'elle partageait tout avec lui; cela signifiait, l'informer de tous les détails de sa convalescence ; elle s’efforçait constamment d’exprimer la place unique qu'il avait dans son coeur. Raymonde, son amie, rappelle les maladies physiques auxquelles Carmen faisait allusion dans ses lettres: «Quand elle se maria, elle souffrait d'un mal de coeur. Plus tard elle prit la tuberculose ; puis elle eut une maladie du foie qui la fit beaucoup souffrir. Quelques années avant sa mort, la tuberculose revint. Elle fut donc malade toute sa vie. Elle souffrit toutes ces épreuves avec patience et même avec joie. Quand elle eut sa première maladie de la poitrine, bien qu'elle ait été seule à cause du travail de son mari qui l’occupait beaucoup à l'extérieur, elle passait ses journées en priant et en chantant joyeusement, désireuse d'aller bientôt au Ciel. Elle souffrit aussi de la cécité.» Les lettres de Carmen et sa vie en général, ne trahissent pas l'étendue de ses souffrances physiques; elle était trop occupée à penser aux autres, à sa vocation dans sa vie, à son mari bien-aimé: « Quand tu m'écris, dis-moi tout; que tu m'aimes, que tu as beaucoup de visites, que tu es heureux ou triste; dis-moi tout ce qui arrive à la maison. Je ferai de même dans mes lettres. Je t'expliquerai tout afin que même si nous sommes séparés nous puissions lire mutuellement notre vie intérieure. Demain je t'écrirai une plus longue lettre. Ton épouse passionnée te laisse; elle est follement amoureuse de toi. Elle vit à peine quand tu es si loin et elle essaie d'aller mieux pour pouvoir retourner auprès de toi. Ecris-moi quelque chose au sujet de la politique pour papa» (Lettre p. 14).


 

Les enfants

 

 

Quand les enfants naquirent (cinq qui se suivirent rapidement après leurs quatre premières années de mariage qui furent stériles), Carmen racontait leur vie dans le moindre détail sachant que leur père médecin désirait avoir de leurs nouvelles. Elle commença une lettre par l'idéal spirituel vers lequel elle et son mari tendaient: « Que les flammes du Sacré-Coeur de Jésus envahissent nos coeurs et rayonnent de son amour divin... Mon cher Georges, hier j'ai reçu ta lettre de Reus dans laquelle tu me dis qu'à ton avis Eusèbe est sérieusement malade et que tu crois fermement que notre cher bienheureux Joseph Oriol le guérira. Tu me dis que papa n'a pas beaucoup la foi; si le Seigneur veut guérir Eusèbe il infusera la foi qu'il faut à papa. Les enfants vont bien. Oriol et Marie sont très contents. Tu trouveras Georges Marie différent, il est potelé et bruyant. Sa petite bouche ne s'arrête pas de bavarder. Il peut presque se tenir tout seul. Oriol et Marie Brigitte me disent qu'ils veulent te voir, que tu leur manques et que tu devrais leur apporter quelque chose, que maintenant ils prient bien. Je vais parfaitement bien. Je mange beaucoup et tu me verras grossie. Gloire à notre bienheureux Joseph Oriol, c'est lui qui nous a accordé cette grâce. Nous devons lui être reconnaissants. Prie Dieu pour ton épouse qui désire te voir ardemment et t'envoie tout son amour» (2 septembre 1884).


 

Carmen la mère

 

 

L'autre partie de son coeur était réservée à ses enfants: Joseph Oriol, Marie Brigitte, Georges Marie, Eusèbe (qui mourut après quelques mois alors que Carmen souffrait d'une cécité étrange) et Jean (qui demeura orphelin à l'âge de trois ans seulement.) Bien que la famille ait voulu mettre les enfants en nourrice, Carmen était résolue à nourrir tous ses enfants malgré sa faible santé. Son fils aîné qui sera avocat, qui était né le 7 octobre 1877 et qui avait 13 ans lorsqu'elle mourut, a laissé un témoignage précieux de l'influence qu’exerça sa maman sur lui, et de sa sainteté en général. «Je me souviens parfaitement que sa dévotion était solide et profonde bien qu'elle évitait volontairement les manifestations extérieures. Cela se voyait très spécialement dans l'église Saint Philippe Néri où elle avait l'habitude d'aller le matin quand sa santé le lui permettait. Son attitude recueillie, sérieuse après la communion ne s'est jamais effacée de ma mémoire.» Dans l'éducation des enfants, elle faisait attention à leur esprit, à leur intelligence et à leur corps: «Elle veillait sur notre pureté même dans les manifestations extérieures avec une délicatesse extrême. Elle prit en charge ma première éducation intellectuelle avec une telle assiduité que même quand elle était aveugle, je croyais qu'elle voyait parce qu'elle remarquait mes petits défauts; je ne pouvais rien lui cacher.» «Je ne peux me rappeler sans émotion que, durant les derniers jours de sa vie, avant d'être confinée dans son lit, elle nourrissait mon frère... tout en souffrant d'une dure toux (signe clair de la maladie dont elle allait mourir.) Elle ne manquait pas de me réveiller à six heures du matin, de préparer mon déjeuner et de contrôler mes leçons du jour. Elle restait à jeun si elle devait aller recevoir l'Eucharistie, ou elle prenait rapidement une tasse de café noir si elle devait le faire. Jusqu'à ce que son souffle ne le lui permette plus elle ne manquait pas de m'accompagner à l'école et de venir me chercher à la sortie. Afin de collaborer le mieux possible avec l'école elle apprenait les rudiments de la grammaire latine qu'elle a retenus assez bien, et un peu de grec.» Ce fils reconnaissant se souvient des cours de religion que lui donnait sa mère. Tout en enseignant à ses enfants le catéchisme et en leur donnant l'exemple des saints, Carmen « s'efforçait de corriger toute tendance sentimentale et les normes qu'elle tâchait d'inculquer à ses enfants, ou du moins à moi, peuvent être résumées comme suit: nous devons tout confier à Dieu avec grande générosité, joie et simplicité. Les moyens pour le faire sont d'abord l'accomplissement de son devoir avec un engagement total, et ensuite la mortification constante que personne ne doit voir. J'en vins à la conclusion que ma mère pratiquait sans cesse un grand nombre de mortifications; j'en ai eu la preuve après sa mort puisque je ne sais plus comment, j'ai découvert diverses disciplines et vêtements de crin.»


 

Le but d'une mère

 

 

Carmen avait reçu une formation stricte dans sa propre famille et était persuadée qu'il ne fallait pas trop gâter les enfants. Pour les préparer à la vie dans le monde réel, aussi bien que dans le monde spirituel, elle les guidait activement à rechercher le bien et à éviter le mal. Elle était convaincue de la validité de la formation qu'elle avait reçue de sa propre mère; l'amour maternel est souvent bien plus manifesté par la fermeté et la correction. Raymonde, la compagne de Carmen témoigna: «Durant les derniers jours de sa vie elle semblait absorbée et unie à Dieu, pénétrée de la pensée de l'Eternité; mais sereine et calme. Elle s'occupa de ses enfants comme si elle devait vivre encore longtemps. Ainsi, par exemple, je la trouvais en train de réprimander son aîné pour une négligence dans ses études. Je remarquais la grande fatigue que cela lui causait, et je lui dis que maintenant c'était à d'autres à faire cela. Énergiquement elle me répondit qu'elle voulait remplir ses devoirs jusqu'à la mort même si cet effort devait lui coûter la vie.» Raymonde explique encore: «Elle avait fait le voeu de s'abstenir de tout plaisir légitime et de toute satisfaction ; elle demandait à Dieu de la laisser souffrir toutes les infirmités et souffrances qui pourraient affecter ses enfants, de la laisser souffrir à leur place.» Ce voeu date du 28 janvier 1860: «A partir de ce moment, je fais le voeu non seulement de refuser tout plaisir légitime, mais aussi de chercher et choisir intérieurement et extérieurement ce qui m'humilie et me déplaît afin d'expier pour mes nombreux manques, pour ceux des grands pécheurs!»


 

Partager la passion du Christ

 

 

Le voeu de Carmen ne s'appliquait pas seulement à son attitude vis-à-vis de ses enfants, mais à beaucoup d'autres aspects de sa vie quotidienne. Il est important de noter la place que son Père spirituel donna à ce voeu; quand il commença à diriger cette personne dont la vie spirituelle était déjà avancée, il chercha prudemment des signes que Carmen était sur le bon chemin et qu'elle ne se trompait pas elle-même ni les autres. Il trouva le moyen le plus commun pour l'éprouver: l'humiliation. Carmen prit son voeu très au sérieux; elle cherchait les moyens pour apparaître insignifiante aux yeux des autres. «Elle savait cacher les vertus qu'elle pratiquait et spécialement les grâces et les charismes que le Seigneur avait déversés en elle. Elle acceptait toujours l'opinion des autres; elle s'humiliait devant les autres jusqu'à être prise pour la personne la plus insignifiante et la plus ordinaire.» «Elle était si indifférente et morte à elle-même, dit un témoin, qu'elle pouvait accepter calmement et froidement avec une grâce égale, à la fois les personnes qui disaient du bien d'elle et celles qui en disaient du mal.» Dans de nombreuses manifestations, elle nous rappelle la Petite Thérèse de Lisieux! Après tout, elles vivaient à la même époque! Une fois, deux femmes qui voulaient se moquer de Carmen le firent en français; elles ne réalisaient pas que Carmen comprenait cette langue. Quand elles partirent et dirent au revoir, Carmen ne montra pas qu'elle avait compris tout ce qu'elles avaient dit. Carmen comprenait que la meilleure manière de souffrir avec le Christ était d'accepter les événements déplaisants de la vie quotidienne. Dans le tréfonds de sa vie conjugale, familiale et sociale, elle trouvait de très nombreuses occasions pour mettre en pratique son voeu.


 

Consécration dans le mariage

 

 

Comme cela arrive aux grandes âmes, Carmen voulait renforcer son désir d'offrir un coeur pur au Seigneur à travers l'amour qu'elle montrait à son mari et à ses enfants. Elle et son mari signèrent tous les deux une consécration que Carmen offrit afin de solenniser leur engagement mutuel dans un amour sponsal pur vécu selon le plan de Dieu. «Très aimé Jésus, à travers votre bonté et votre grâce, je me consacre totalement à vous, exclusivement, et pour toujours...mon coeur, mon corps, mes sens et ma force... Mon bien-aimé Jésus, accepte ma consécration que je vous offre par ma Mère la Vierge Marie, par le bienheureux Joseph Oriol et par mon Ange gardien. Je prie pour mourir mille morts plutôt que de violer ne serait-ce qu'une minute, cette consécration qui est faite par la plus misérable de vos créatures» (le 7 septembre 1881).


 

Souci des autres

 

 

Cette consécration prise littéralement par Carmen, la rendit de plus en plus sensible aux besoins, spécialement aux besoins spirituels des autres; non pas “des autres” dans un sens vague, mais de chaque personne concrète comme par exemple son frère Eusèbe qui avait été préféré à elle par ses parents. Malgré son éducation chrétienne, Eusèbe grandit et ne sut pas résister à la tentation de la vie mondaine et cela l'éloigna des chemins du Seigneur. Carmen intervint à la fois par la prière et les conseils fraternels. Elle ne connut pas la paix tant qu'il ne revint dans la voie de Dieu. Cela se réalisa au moment où il était sur son lit de mort; ce qui arriva à l'âge prématuré de 26 ans! Par son travail dans l'Église, Carmen eut la possibilité d'atteindre ceux qui sont les plus pauvres spirituellement. «La servante de Dieu en vint à connaître une jeune fille qui s'était laissée séduire par un homme... Elle tâcha de l'amener au repentir, ce qui arriva; elle l'amena même à fréquenter les Sacrements. La jeune fille l'assura qu'elle s'occuperait de son bébé et réparerait sa faute par une vie vertueuse et honnête. Quand Carmen savait qu'une personne s'égarait, elle faisait sur elle-même des pénitences et des mortifications. » Cette dernière déclaration éclaircit la recherche de souffrance de Carmen; elle n'avait pas une tendance masochiste, mais elle avait la compréhension profonde de la dimension sacrificielle de l'amour, comme elle est comprise par ceux qui ont marché sur le Calvaire avec Jésus au cours des siècles.


 

Carmélite

 

 

L'affinité de Carmen pour la Carmélite Sainte Madeleine de Pazzi est manifeste; la devise de cette dernière était: souffrir et mourir. Carmen aimait trop pour vouloir être libérée de ce monde d'ici-bas. Elle aimait les autres jusqu'au point de vouloir être privée de la douceur de l'union avec Jésus si elle pouvait souffrir à leur place et ainsi les ramener à la source de leur bonheur, Jésus le Seigneur. Son désir fut exaucé. Tout en continuant à accomplir fidèlement ses devoirs familiaux, elle était affligée de tous côtés! «La souffrance que je sens me tue... comment expliquer ce que je souffre? Je ne sais pas, c'est une lutte terrible! Depuis un certain temps: sécheresse, amertume intérieure, solitude... De terribles tentations m'assaillent; elles brisent mon coeur, je suis ballottée par de furieuses luttes et je ne sais plus que dire. Pour vous donner une idée, il me semble que toutes les fautes du monde pèsent sur moi et broient mon âme. Chaque jour je suis plus convaincue que la croix est sans prix. J'essaie de tout cacher, mais parfois les autres s'en aperçoivent.» C'était son but: ne pas permettre que son offrande sacrificielle d'elle-même pèse sur les autres, spécialement sur ses plus proches; cacher à la fois ses souffrances et ses actes de charité pour qu'ils soient pour Jésus seul.


 

Le Sacré-Coeur

 

 

Carmen était conduite par la plus chrétienne des certitudes: plus nous approchons du Sacré-Coeur de Jésus, plus nous serons conformes aux actions de ce Coeur. Ceux qui sont le plus proches du Sacré-Coeur seront ceux qui seront les plus proches de leurs frères. Elle écrivit à son directeur:«Quand je pense à la manière dont le Seigneur monta le Calvaire, vous ne pouvez imaginer l'effet que cela produit en moi! Ce n'est pas facile de m'expliquer; Notre Seigneur écrasé par la croix, couvert de sang... et moi, avec mes bras croisés qui ne ferais rien pour mon Bien-Aimé Seigneur? C'est impossible, mon Père! Je ne peux pas résister! Je suis plongée dans le confort et cependant je suis une âme misérable, et là c'est mon Jésus qui souffre pour moi. Je ne peux pas vous dire le besoin que j'éprouve de souffrir en toutes les façons possibles.» Seul Celui qui a apprécié ce que cela a coûté à Jésus de nous aimer et de nous sauver, peut comprendre le désir de Carmen de souffrir... Sa souffrance comprenait sa cécité inexpliquée qui l'affligea pendant de nombreuses années pendant lesquelles elle accomplissait ses devoirs familiaux le mieux qu'elle pouvait. Une de ses plus grandes épreuves fut la mort de son quatrième fils en mars 1887. «Au revoir, mon enfant. Nous nous reverrons au Ciel.» Plus tard parlant à ses amis, Carmen avoua l'angoisse qu'elle put cacher aux autres : « Si je n'avais pas été aveugle, j'aurais pu mieux assister mon bébé et peut-être qu'il ne serait pas mort.»


 

Satan n'est pas content

 

 

Étant donné l'abandon total de Carmen aux demandes d'amour de Jésus, il n'est pas étonnant que le démon ait manifesté son opposition! Carmen fut attaquée dans plusieurs domaines délicats; elle eut à endurer les plus affreuses et dégradantes tentations, celles qui l'humiliaient le plus et l'usaient physiquement, les tentations contre la pureté. Elle qui était une épouse très fidèle fut accusée par quelqu'un vêtu comme un prêtre d'avoir eu un enfant avec lui... Elle veillait sans cesse à se conformer aux désirs de son mari; cependant, elle devait accepter ses plaintes lorsque l'argent disparaissait sans explications... Que d'efforts ne fit-elle pas pour être bonne avec sa mère qui la traitait durement ! La vie de Carmen est remplie d'épreuves de cette sorte !


 

L'abandon de Carmen à l'Amour

 

 

Quel est le secret de Carmen? Comment a-t-elle pu accepter d'immenses souffrances comme un élément positif de son odyssée spirituelle? Elle donna elle-même la réponse: elle croyait à l'amour de Jésus pour elle, pour chacun. «Pourrais-je aimer mon Dieu autant qu'Il est digne que je L'aime? Plus je L'aime, plus je souffre. Plus je souffre, plus je L'aime. Je voudrais être complètement détachée de tout; j'aime tout en mon Bien-Aimé Jésus, je ne désire que Lui, je pense que je trouve tout en Lui: Georges, mes enfants, ma famille, je les aime tous en mon Seigneur.» Carmen était arrivée à une expérience mystique qui assure que l'Amour du Seigneur est l'essence de tout ce que l'on est et de tout ce que l'on a. L'amour non payé de retour est une des plus lourdes croix pour un être humain! Carmen cependant ne s'est pas appesantie sur l'amour qu'elle donnait sans recevoir de réponse, mais sur l'Amour de Jésus qu'elle voyait négligé et même rejeté. Elle voulait souffrir pour montrer à Jésus qu'il y avait quelqu'un qui, ayant expérimenté les immenses vagues de son amour, lui était reconnaissante et se sentait comblée par ses dons immérités! Comme d'autres mystiques de la passion de Jésus, Carmen n'avait qu'un désir: apaiser les souffrances de Jésus. «Il y a des moments où il me semble que je ne peux plus continuer! Mon coeur éclate en voyant mon Bien-Aimé Sauveur souffrir; je voudrais souffrir pour lui et mourir, afin de retirer la croix de ses épaules et la couronne d'épines de sa tête... Je souffre parce que je souffre trop peu et parce que je suis incapable d'aider mon Bien-Aimé Jésus à porter sa croix.» L'indifférence de tant de gens brisait la sensibilité de Carmen; écrivant à son directeur spirituel, elle s'exclamait: «Mon coeur est broyé quand je vois comment le monde agit.» Dans la tradition des mystiques chrétiens, Carmen fit le voeu de partager les souffrances du Seigneur. Son voeu courageux fait en 1884 peut nous sembler exagéré à nous qui sommes appelés à suivre d'autres chemins; mais Carmen le vécut dans le contexte de son style de vie familiale et sociale. «Mon Jésus je m'offre comme une victime en expiation pour les nombreux péchés qui sont commis et pour la grande indifférence de la part de ceux qui devraient vous aider. Oui mon bien-aimé Jésus, du plus profond de mon coeur, je me consacre pleinement et exclusivement à vous, cloué sur la croix; je ne désire rien pour moi-même, excepté le martyre, les souffrances sans nombre, être abandonnée, méprisée, moquée et aussi, ce qui me fait le plus souffrir, la désolation intérieure, la sécheresse, la solitude... Je vois très bien que, misérable que je suis, je ne peux pas vivre cela, mais avec vous, Mon Dieu, que je ne perçois pas à un niveau sensible, je peux faire tout cela...»


 

De la Croix à la Résurrection

 

 

Carmen savait bien que la Passion et la mort de Jésus l'ont conduit à la Résurrection et qu'Il vit les mêmes réalités dans les siens; le mot final n'est pas souffrance, mais Vie et Amour. Carmen rapporta explicitement à son Père spirituel qu'elle désirait ajouter une autre dimension aux interventions de Jésus dans sa vie. Comme tant de membres du Carmel, elle désirait chanter la Miséricorde du Seigneur à son égard. Elle reconnaissait que la plus pure et meilleure forme de l'Amour se trouve dans le Sacré-Coeur de Jésus qui aime à l'infini et dont les bien-aimés s'écrient: «Assez Seigneur, je suis trop misérable et faible pour porter la force et la grandeur de ton amour...» « Comme c'est agréable, comme c'est beau, comme c'est céleste d'être avec Jésus, ma Vie, l'Etre de mon être, la joie incomparable de mon âme ! L'amour s'étend, l'amour grandit, il semble qu'il éclatera; il me blesse, il me semble que je suis malade d'aimer; réellement je le suis. Je sens que c'est Jésus mon Amour qui me donne cette maladie. Comme Jésus, mon Amour est bon, grand, miséricordieux! Oui, je vous aime, ma vie, mon amour! Oui, je suis vôtre; Bien-Aimé époux de mon âme! Viens mon amour; je désire t'aimer davantage toujours, mon Jésus.» Réalisant combien elle était faible, Carmen demandait à la Sainte Vierge Marie, sa Mère bien-aimée, de lui prêter son Coeur afin de pouvoir répondre à la délicatesse et à l'immensité de l'Amour de Jésus: «Vierge Marie, ma très douce Mère, donne-moi ton Coeur avec lequel je veux aimer Jésus.»


 

Le témoignage final

 

 

Cette tertiaire Carmélitaine montre comment les hauteurs du Carmel où l'on trouve le Christ peuvent être atteintes dans n'importe quel état de vie où l'on est appelé en suivant les pas du Divin Maître et les inspirations de l'Esprit de Jésus. Sur son lit de mort, Carmen put simplement dire à sa mère et à son mari: «Je suis très calme et je me sens heureuse parce que j'ai accompli tous les sacrifices que le Seigneur m'a demandés...» Son mari fidèle et aimant l'assista jusqu'à la fin. C'était après minuit, le 16 août 1890 que Carmen l'appela : « Maintenant je meurs.» La réaction du mari fut significative : «Portes-tu ton Scapulaire ? » ... Carmen répondit simplement : « Oui » et mourut.


 

Texte extrait du site www.carm-fr.org

 



03/09/2010
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