Spiritualité Chrétienne

Spiritualité Chrétienne

Fête des Chaînes de Saint Pierre

Fête des Chaînes de Saint Pierre, Prince des Apôtres

ou Dédicace de Saint Pierre ès Lien

En 439

Fête le 1er août


 

L'Eglise a institué cette fête, non-seulement pour rendre grâces à Dieu de l'insigne faveur qu'il fit à l'assemblée des fidèles de Jérusalem, lorsqu'il leur rendit ce Prince des Apôtres, que lé roi Hérode, surnommé Agrippa, avait fait lier de deux chaînes, en attendant que la fête de Pâques fût passée pour le faire mourir; mais aussi afin d'honorer ces chaînes, avec lesquelles les membres précieux de ce grand Apôtre avaient été attachés. Elle sait bien que lui-même les estimait plus que tous les trésors du monde, et qu'il préférait la qualité de captif et d'enchaîné pour Jésus-Christ à celle de Prince de son peuple et de Chef de tous ses disciples.

 

Saint Luc rapporte, dans les Actes des Apôtres, que cet Hérode, neveu du second par son père, et petit-fils du premier, voulant gagner l'affection des Juifs, après avoir fait trancher la tête à saint Jacques le Majeur, frère de saint Jean l'Evangéliste, fit arrêter saint Pierre et l'envoya en prison, dans le dessein de le faire exécuter publiquement et devant une foule nombreuse assemblée à Jérusalem, aussitôt que la fête de Pâques serait passée. Craignant qu'il n'échappât à sa cruauté, il ne se contenta pas de le faire enfermer; il le fit lier avec deux chaînes aux murs de la prison où il était, et le donna en garde à des soldats qui en répondaient. Cependant les chrétiens de la ville et des environs sentirent vivement ce coup, et, sachant combien cet Apôtre était nécessaire à l'Eglise, qui, à peine naissante, se voyait exposée à de si terribles persécutions, ils envoyaient continuellement leurs voeux et leurs soupirs vers le ciel, suppliant leur souverain pasteur de ne pas permettre que son troupeau fût si tôt privé de celui qu'il lui avait donné pour son vicaire. Cette prière fut exaucée la nuit même où Pierre devait être exécuté, comme il dormait paisiblement dans ses chaînes, au milieu de deux soldats, outre les autres gardes qui étaient en faction devant la porte, l'ange du Seigneur descendit du ciel et remplit toute la prison d'une grande lumière; et, l'ayant trouvé endormi, il lui donna un coup sur le côté, et lui dit: « Levez-vous promptement ». En même temps, les chaînes lui tombèrent des mains, et il se leva. L'ange ajouta: « Prenez votre ceinture et chaussez-vous ». Il le fit. L'ange lui dit encore: « Mettez votre manteau et suivez-moi ». Il obéit et se mit à sa suite. Cependant il croyait que ce n'était qu'un songe, et ne pensait pas qu'on le délivrât effectivement. Mais lorsqu'ils eurent passé l'un et l'autre le premier et le second corps-de-garde, où l'on ne s'aperçut nullement qu'ils passaient, ils arrivèrent enfin à la porte qui conduisait à la ville et qui était une porte de fer, et, en même temps, cette porte s'ouvrit sans que personne y mît la main. L'ange s'avança jusqu'au bout de la rue, et puis s'évanouit et ne parut plus. Alors Pierre, étant revenu à lui, s'écria: « Je reconnais maintenant que Dieu a envoyé véritablement son ange et qu'il m'a délivré de la main d'Hérode et de toute l'attente du peuple juif ».

 

Tous les fidèles reçurent une joie incroyable de cette délivrance; ils en rendirent beaucoup d'actions de grâces à Dieu, et s'étant procuré les chaînes dont l'Apôtre avait été lié, ils les gardaient religieusement dans le trésor de l'église de Jérusalem, comme une très-précieuse relique. C'est pour ce grand bienfait que la fête d'aujourd'hui a été instituée. On y doit honorer les peines et les souffrances de saint Pierre, le calme et la tranquillité qu'il avait dans sa prison et sous ses liens, la constance et la joie avec lesquelles il attendait le coup de la mort, et l'égalité d'esprit qui parut en lui, tant dans l'humiliation de son emprisonnement que dans la gloire de sa délivrance. On doit aussi remercier Notre-Seigneur de la faveur qu'il a faite à son troupeau en lui rendant un si bon pasteur, des miracles qu'il a opérés pour le délivrer, et des grands fruits qu'il lui a fait produire depuis, tant parmi les Juifs que parmi les Gentils, pour le parfait établissement du Christianisme.

 

Saint Pierre eut encore d'autres liens que ceux dont il fut enchaîné à Jérusalem; car, étant venu à Rome pour y prêcher l'Evangile, et ayant gagné à Jésus-Christ un grand nombre de personnes des trois ordres qui composaient cette ville, nous voulons dire, des sénateurs, des chevaliers et des simples habitants, l'empereur Néron le fit saisir et commanda qu'il fût mis en prison et enchaîné. C'est de ces dernières chaînes que parlait saint Alexandre, pape et martyr, lorsque, voyant sainte Balbine porter un respect singulier aux chaînes dont il avait été lié, il l'exhorta à chercher plutôt les chaînes de l'apôtre saint Pierre ce qu'elle fit aussi avec beaucoup de succès et de consolations. Mais c'est à la fois de celles que l'Apôtre porta dans les prisons de Jérusalem, et de celles qu'il porta dans les prisons de Rome, que parle saint Augustin, lorsqu'il dit que « toutes les Eglises de Jésus-Christ en font beaucoup plus d'état que de l'or le plus pur et le plus précieux ». C'est encore sur ces chaînes que saint Jean Chrysostome, ou plutôt saint Procle, un de ses successeurs dans la chaire de Constantinople, a fait un beau discours, qui est rapporté par Siméon Métaphraste et par Surius au premier jour d'août, où il dit, entre autres choses, que « Pierre les regardait comme un ornement royal; qu'il s'en trouvait beaucoup mieux paré que des colliers de perles et des vêtements de pourpre et de soie, et qu'il avait une joie extraordinaire de s'en voir lié, parce qu'il savait que ces chaînes lui procureraient une couronne immortelle dans le ciel ».

 

Ce qui a donné occasion à cette fête, ce fut la dédicace d'une église sous le nom de Saint Pierre ès Liens, et les grands miracles qui se sont faits par leur moyen. Voici ce que nous en apprend l'Histoire Ecclésiastique. L'impératrice Eudoxie, femme de l'empereur Théodose le Jeune, était allée en Palestine visiter les saints lieux consacrés par les mystères de notre rédemption; Juvénal, patriarche de Jérusalem, lui fit présent des deux chaînes dont le Prince des Apôtres avait été lié dans la prison d'Hérode. Cette princesse les reçut avec un respect et une joie extraordinaire (439), puis, les considérant comme des reliques précieuses, elle en réserva une pour la ville de Constantinople, et elle envoya l'autre à sa fille Eudoxie, qui avait épousé, depuis deux ans, l'empereur Valentinien III. Eudoxie reçut avec une grande estime le présent de sa mère. Comme elle était à Rome, elle le porta au souverain Pontife, afin de lui faire part de sa joie. Le Pape, reconnaissant, voulut lui montrer, de son côté, les chaînes dont saint Pierre avait été lié à Rome. Il arriva alors un grand miracle ces deux chaînes, ayant été approchées l'une de l'autre, s'unirent d'elles-mêmes si parfaitement ensemble qu'elles ne parurent plus qu'une même chaîne forgée par un seul ouvrier. Eudoxie, admirant ce prodige, n'eut garde de redemander sa relique; mais, laissant toute cette longue chaîne à l'Eglise, elle fit bâtir un beau temple pour la placer et l'exposer à la vénération des fidèles. Ce temple fut d'abord appelé Eudoxie, du nom de sa fondatrice; mais depuis il a été appelé Saint-Pierre-ès-Liens, et c'est un titre de cardinal.

 

La chaîne qu'Eudoxie porta à Constantinople, fut aussi reçue avec toute sorte de vénération, et on y bâtit pareillement une église pour lui servir de sanctuaire. Ainsi, la dédicace de ces deux maisons de Dieu se fit presque en même temps; mais celle de l'église de Constantinople fut marquée au 16 janvier, tandis que celle de l'église de Rome fut mise au fer août. Par ce moyen, on abolit à Rome une fête du paganisme qui se faisait en ce même jour pour la dédicace du temple de Mars et pour la naissance de l'empereur Claude. Dieu a fait voir par des miracles insignes qu'il approuvait le culte de ces liens sacrés, et qu'ils étaient dignes de beaucoup de vénération car, en les touchant ou en se les faisant mettre sur la tête, on recevait la guérison de plusieurs maladies et du soulagement en de très-grands maux. Les Papes, lorsqu'ils voulaient faire un présent considérable, envoyaient un peu de la limure de ce précieux fer, comme nous l'apprennent plusieurs Epîtres de saint Grégoire le Grand. Quelquefois, ils envoyaient cette limure enchâssée dans une clef d'or ou d'argent ceux qui la recevaient avaient coutume de se la pendre au cou, pour se préserver, par la protection de saint Pierre, des accidents funestes de cette vie. C'est ainsi que le même saint Pontife en usa envers Childebert, roi de France, pour qui il avait beaucoup de respect et une affection singulière, comme on le voit dans l'Epître VI du livre V qu'il lui écrivit sur ce sujet. Dans l'Epître XXIII du livre suivant, qu'il adresse à Théotiste, très-noble patricienne, soeur de Maurice, empereur d'Orient, avec un semblable présent, il rapporte qu'un seigneur lombard s'étant moqué d'une de ces clefs, et ayant voulu la rompre pour en avoir l'or, il fut à l'heure même saisi du démon, qui le traita avec tant de fureur qu'il s'égorgea avec le couteau dont il voulait couper la clef, et mourut sur-le-champ. Saint Grégoire en envoya aussi à Anastase, patriarche d'Antioche, à Recarède, roi des Visigoths d'Espagne, et à d'autres personnages ecclésiastiques et laïques. Nous lisons aussi dans l'Histoire Ecclésiastique que plusieurs personnes de distinction ont demandé de ces limures au Pape, et que Justin 1er, empereur d'Orient, envoya des ambassadeurs au pape Hormisdas, pour obtenir de lui une parcelle des chaînes de saint Pierre comme la chose la plus précieuse qu'il pût demander, tant la vénération de ces reliques était alors répandue en tous lieux.

 

Le pape Vitalien, vers l'an 657, envoya une parcelle des saintes chaînes à la reine de l'Angleterre du Nord, épouse d'Oswin. Evald, archevêque de Vienne, reçut une parcelle de Vinculis Apostolorum du pape Constantin; saint Grégoire III envoya une clef avec la même relique à Charles Martel; saint Léon III fit le même don à Charlemagne; saint Grégoire VII à Acon, roi de Danemark, et ensuite à Alphonse, roi de Castille. Cependant, afin que les saintes chaînes ne fussent pas trop endommagées, les Papes cessèrent insensiblement d'en détacher des parcelles, et alors on se contenta de les laisser baiser, d'y faire toucher des objets de dévotion, et tout au plus de donner quelques morceaux des bandes de linge dont elles sont constamment enveloppées, lorsqu'elles ne sont pas exposées à la vénération des fidèles. C'est ce qui se fait encore de nos jours. Toutefois Benoît XIV, vers la moitié du siècle dernier, voulut renouveler l'ancien usage à l'égard de la cathédrale de Bologne, sa patrie, à laquelle il donna une clef d'or qui renfermait de la sainte limaille. D'après tout ce que nous venons de dire, on voit que les saintes chaînes ne sont plus entières. L'une d'elles se compose de vingt-huit anneaux, dont le dernier, en forme de S, soutient l'entrave qui serrait le cou de l'Apôtre. L'autre chaîne, réunie à la première par le prodige que nous avons raconté, est formée de cinq anneaux; quatre plus petits que les autres et le cinquième, en forme de S, auquel sont attachés un plus grand anneau rond et une barre de fer qui réunissent les deux chaînes. Il est probable que, dans la prison, cette barre de fer était soudée dans le mur d'un côté, et soutenait de l'autre la chaîne à laquelle se trouvait attaché le captif apostolique. Quelques-uns des anneaux, détachés à diverses époques des saints liens, ont été perdus dans les vicissitudes des temps. Il nous reste cependant une notice certaine de la plupart d'entre eux, puisque même de nos jours ils sont en vénération dans différents pays du monde, et à Rome même. En effet, l'insigne église de Sainte-Cécile, dans le Transtevère, possède sept anneaux, lesquels, d'après la tradition, furent envoyés par Adrien 1er, en 772, à Didier, roi des Lombards, lorsque le saint Pape cherchait à apaiser et à adoucir en faveur de l'Italie ce monarque déloyal et cruel. Le cardinal Sfondrati obtint du pape Clément VIII, vers l'an 1592, d'ôter ces anneaux de l'église dédiée au Prince des Apôtres sur le lac de Corne, où on les conservait, et il les transporta à Rome dans cette église de Sainte-Cécile. La ville d'Avignon, qui eut le bonheur de posséder pendant soixante-dix ans le Siège apostolique, eut cinq anneaux des saintes chaînes.

 

En l'année 949, un comte que l'empereur Othon le Grand chérissait fut possédé du démon d'une manière si violente qu'il se déchirait lui-même avec ses dents. L'empereur, ayant compassion de sa misère, le fit conduire au pape Jean XIII, pour lui faire faire les exorcismes; mais à peine lui eut-on mis au cou la chaîne de saint Pierre, que l'esprit malin, n'en pouvant souffrir la vertu, fut contraint de sortir de son corps en jetant des cris épouvantables. Théodoric, évêque de Metz, cousin germain de l'empereur, qui était présent à cette merveille, en fut si touché qu'il jeta aussitôt la main sur la chaîne, et protesta qu'il ne la lâcherait jamais que l'on ne lui en eût donné un anneau pour son église. L'empereur supplia le Pape de contenter la dévotion de Théodoric, qui apporta l'anneau qu'il avait obtenu dans sa ville de Metz, où il le plaça dans l'abbaye de Saint-Vincent, qu'il avait fait bâtir. Il y mit aussi des cheveux de saint Pierre, et beaucoup d'autres reliques qui lui furent données. On peut en voir le dénombrement dans Sigebert, religieux et maître des novices de ce monastère. Ces précieuses reliques ont disparu en 1793.

 

Il y avait encore à Rome une chaire de saint Paul. Selon le témoignage du même saint Grégoire, au livre III de son Registre, épître XXX, adressée à l'impératrice Constance, elle faisait beaucoup de guérisons surnaturelles. Mais l'Eglise a jugé à propos de ne faire la fête que des liens de saint Pierre, pour marquer sa prééminence au-dessus des autres Apôtres, et pour rappeler que c'est à lui principalement que la clef du royaume des cieux, avec le pouvoir de lier et de délier, a été donnée. Plusieurs saints docteurs ont parlé honorablement de ces liens sacrés. Parmi les sermons de saint Jean Chrysostome, on en trouve un sur ce sujet, que le cardinal Baronius estime être plutôt de saint Procle ou de saint Germain, ses successeurs. L'auteur y traite fort au long de l'emprisonnement de saint Pierre, des peines qu'il endura dans la prison par l'inhumanité des soldats qui le gardaient, de la gloire de sa délivrance et de l'utilité incomparable que toute l'Eglise en reçut. Il lui donna aussi d'excellentes épithètes, qui font voir l'éminence de sa dignité et les prérogatives de son siège. Il l'appelle la Bouche de Jésus-Christ et de ses confrères; l'Interprète des secrets de Dieu; le Maître des cieux et des fidèles, dont la doctrine est si sûre qu'on ne peut errer en la suivant; la Colonne d'Israël spirituel, la Solidité des Apôtres, l'Affermissement de ceux qui doutent, la Gloire de l'Eglise, l'Honneur des Disciples, l'Ornement et l'appui de ceux qui ont de véritables sentiments, la Réconciliation des pécheurs, le grand Miracle du monde, la Splendeur des théologiens, l'Esprit céleste et la très-pure Demeure de la très-sainte Trinité. Ce même Docteur compare ensuite les chaînes de notre saint Apôtre avec son ombre, et dit que, si elle avait tant de force que tous ceux sur qui elle passait étaient guéris, de quelque maladie qu'ils fussent affligés, ses chaînes, qui sont quelque chose de solide, et qui ont reçu une vertu particulière de la sainteté de ses membres et de la puissance de ses mains, ouvrières de tant de miracles, doivent être beaucoup plus salutaires. Saint Augustin, dans le Sermon XVIII des Saints, se sert aussi de la même comparaison. « Si l'ombre de Pierre, dit-il, a été si salutaire, combien plus le sera la chaîne dont son corps a été environné? Si la vaine apparence de son image a pu avoir la force de rendre la santé aux malades, quelle force n'auront donc pas des liens qui ont été imprimés sur ses membres sacrés ? Si saint Pierre a été si puissant avant son martyre, combien le doit-il être maintenant qu'il a triomphé de l'attaque des démons ? Puis il s'écrie: « O chaînes fortunées, qui de menottes et de ceps ont été changées en couronnes et en diadèmes, en faisant l'Apôtre martyr! O bienheureux liens, dont le captif a été traîné au supplice de la croix, non pas tant pour y être exécuté que pour y être consacré! »

 

Pendant les grandes calamités de Rome et de l'Église, les Papes font exposer les saintes Chaînes et on les transporte processionnellement dans d'autres basiliques, ainsi que cela a eu lieu à la fin du dernier siècle. Le pape Pie VI, de vénérable mémoire, en butte aux perfidies de la République française, ordonna que les saintes Chaînes avec l'image achéropite du Sauveur, et celle de la sainte Vierge qui est à Sainte-Marie in Porticu, fussent transportées, le 17 janvier 1798, à la basilique Vaticane et de là à Sainte-Marie-Majeure et à Saint-Jean de Latran, d'où elles furent reportées le 5 février à la basilique Eudoxienne, dans laquelle elles restèrent exposées pendant cinq jours à la vénération des fidèles. Une autre exposition solennelle des saintes Chaînes eut lieu dans le mois d'août de l'an 1814. En 1837, lorsque Rome, pour la première fois, fut envahie par le choléra, Grégoire XVI ordonna que les saintes Chaînes fussent exposées, ainsi que les autres reliques insignes, dans le but de préserver son peuple du fléau, et, si le choléra entra à Rome, il y fut de plus courte durée et moins meurtrier que dans les autres capitales de l'Europe. Notre saint pape Pie IX, qui est enchaîné aussi dans les liens de la persécution, porte une grande dévotion aux Chaînes de saint Pierre. Il les a fait mettre dans un magnifique reliquaire en métal doré, don de sa munificence apostolique. Ces vénérables reliques sont enfermées pendant l'année dans la sacristie Eudoxienne, au fond d'une armoire formée dans le mur. Cette armoire est fermée d'abord par un rideau de soie rouge, puis par une grille de métal doré, et enfin par une porte de bronze richement sculptée par le célèbre Pallajoli. Trois clefs ferment la porte de l'armoire, ainsi que de la grille, et ces clefs sont gardées par trois autorités différentes une par le souverain Pontife, l'autre par le cardinal titulaire de la Basilique, et la troisième par le Révérend Père Abbé des Chanoines Réguliers de Saint-Jean de Latran, qui desservent la Basilique.

 

On célèbre la fête des Chaînes de saint Pierre, ainsi que nous l'avons dit, le 1er août, jour anniversaire du prodige de la conjonction des deux Chaînes, comme de la dédicace de la basilique Eudoxienne. Les Papes, en établissant cette solennité, ont eu pour but accessoire de sanctifier par le culte du Prince des Apôtres les premières journées d'août, consacrées jadis par les païens à la mémoire d'Auguste et aux fêtes de la déesse Espérance. On expose les saintes Chaînes à. la vénération des fidèles plusieurs fois pendant l'année le 1er août, jour de la fête, et pendant toute l'octave, ensuite le cinquième jour après la fête de saint Pierre et de saint Paul, et le premier lundi de Carême. Ces jours-là un des Chanoines Réguliers, revêtu du surplis et de l'étole, présente les Chaînes à baiser aux fidèles, et, faisant toucher à leur cou le collier par lequel saint Pierre a été enchaîné, il prononce les paroles suivantes: « Que par l'intercession du bienheureux Pierre, apôtre, Dieu te délivre de tout mal. Ainsi soit-il. »

 

Après avoir parlé des Chaînes de saint Pierre, il nous reste à dire un mot de la confrérie récemment établie en leur honneur. En 1864, on vit arriver de France à Rome une quantité de chaînes de montre d'un nouveau genre, de jolie forme et qui se vendaient à vil prix. Elles portaient à l'une des extrémités un petit globe qui figurait un boulet de canon. Beaucoup de personnes, les jeunes gens surtout, en firent emplette et les portèrent sans scrupule, comme on porte tant d'autres objets de ce genre qui nous viennent de la mode ils étaient loin de se douter de ce qu'elles signifiaient. C'était un piège perfide que tendaient les révolutionnaires aux personnes honnêtes et aux gens de bien. Lorsque les émissaires du mal virent leurs chaînes suffisamment répandues, ils divulguèrent qu'elles étaient des symboles du prétendu « esclavage où gémissait Rome sous le joug de la papauté », et que le petit globe mystérieux représentait les bombes de l'assassin Orsini, le même qui conspira contre Napoléon III pour le forcer à faire l'unité italienne. Une semblable révélation, bien que faite à mi-voix, suffit pour que toute personne honnête jetât avec horreur ce signe séditieux, et on ne l'a plus vu porter, depuis, que par un petit nombre d'individus ouvertement attachés à la révolution.

 

Néanmoins, le but de la secte était atteint; on pouvait croire que les Romains partageaient ses aspirations perfides en acceptant ces fameuses chaînes, auxquelles, pour la première fois, on donna le nom de chaines d'Orsini. C'était là un impudent mensonge qui n'obtint aucun crédit et comme souvent le mal produit un bien, il fut la cause d'une belle pensée, qui peut être, avec l'aide de Dieu, produira quelques bons résultats. L'indignation suggéra à des jeunes Romains de prendre occasion de ce fait pour accroître la dévotion des fidèles envers l'un des plus vénérables monuments de la Rome Papale, c'est-à-dire de propager et de raviver plus que jamais le culte des Chaînes de saint Pierre en en faisant des fac similé pour servir de chaînes de montre. Ainsi les anciens chrétiens et les saintes femmes des premiers siècles aimaient à témoigner leur amour pour Notre-Seigneur, pour la sainte Vierge et les Saints en portant leurs images et leurs emblêmes sculptés sur des bagues, des pierres précieuses et d'autres ornements.

 

Le souverain Pontife bénit cette pensée et daigna accorder aussitôt les plus amples facilités pour examiner les saintes Chaînes et en prendre le dessin. On mit la main à l'oeuvre, et après avoir surmonté quelques obstacles, on parvint à obtenir un fac-similé exact et propre à former une chaîne de montre. Tandis que l'entreprise semblait avoir réussi, elle eut à subir, comme toutes les bonnes choses dans leur début, des luttes aussi inattendues qu'obstinées un instant elle fut sur le point d'être abandonnée. Toutefois, les Chaînes de saint Pierre ont modestement, mais fermement résisté à l'orage elles commencent à se répandre, elles sont recherchées par les personnes les plus distinguées, et les dames les plus nobles et les plus élégantes n'hésitent pas à témoigner de leur dévouement à saint Pierre et au Saint-Siège, en portant sur leurs riches vêtements la Chaîne de fer du premier Vicaire de Jésus-Christ.

 

La confrérie est placée sous le patronage de l'Immaculée Conception de la très-sainte Vierge Marie, et de saint Pierre, prince des Apôtres. Le but de la Confrérie est de propager autant qu'il est possible, et dans tous les lieux, le culte des Chaînes sacrées du Prince des Apôtres et le dévouement au Saint-Siège de prier, selon l'intention du souverain Pontife, pour les nécessités de la sainte Eglise romaine, la conversion des fidèles et des pécheurs et l'extirpation des hérésies et des blasphèmes. Chacun des membres devra se procurer un fac-similé en fer des Chaînes de saint Pierre ce fac-similé sera orné d'une petite croix semblable à celle qui servit au crucifiement du Prince des Apôtres.

 

Ce fac-similé devra avoir touché aux Chaînes sacrées de saint Pierre on y joindra une attestation imprimée, signée par le Très-Révérend Père Abbé de la Basilique Eudoxienne, et munie du timbre sec de la dite abbaye cet imprimé servira de certificat d'inscription. Chaque membre devra porter ce fac-similé sur ses habits, de la manière qu'il jugera la plus convenable. Pour éviter les contrefaçons et les abus, les fac-similé ne seront distribués que par les personnes dûment autorisées à cet effet.

 

Voici quelles sont les prières et pratiques pieuses à faire par les membres: 1° Réciter chaque jour, en quelque langue que ce soit et à l'intention indiquée à l'article 1, § 2, un Pater, un Ave et un Gloria, avec l'invocation Saint Pierre, priez pour nous. 2° S'approcher, partout où l'on pourra, des saints sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, les jours suivants Le 18 janvier, fête de la Chaire de saint Pierre à Rome; le 29 juin, fête du martyre de saint Pierre; le 1er août, fête de saint -Pierre-ès-Liens, jour choisi pour fête principale de la Confrérie. 3° Visiter, ces jours-là ou l'un des jours de l'Octave de saint Pierre, l'église dite Basilique Eudoxienne, élevée en l'honneur des Chaînes du Prince des Apôtres. 4° Pour les membres hors de Rome, visiter, comme ci-dessus, une église ou chapelle publique, dédiée à saint Pierre, s'il y en a une dans la localité qu'ils habitent sans cela, visiter chacun son église paroissiale. 5° A l'annonce du décès d'un membre, réciter pour le repos de son âme, le psaume De Profundis; ceux qui ignorent cette prière peuvent la remplacer par une autre. De nombreuses indulgences ont été accordées par Sa Sainteté Pie IX aux membres de la Confrérie.

 

La confrérie des Chaînes de Saint-Pierre a été inaugurée à Toulouse le 1er août 1870, dans l'église de Saint-Pierre. Monsieur le curé de cette paroisse est nommé directeur de cette afflhation, par lettre de Monseigneur l'archevêque, datée de Rome (pendant le concile) le 20 juin de la même année. Cette nomination a été confirmée le 14 juillet, par le Révérend Pure Abbé de la basilique de Saint-Pierre-és-Liens à Rome, président général de cette archiconfrérie. Un dépôt de petites Chaînes de Saint-Pierre venues de Rome et accompagnées chacune de son authentique, est établi dans la sacristie de la paroisse Saint-Pierre à Toulouse. Pour appartenir a la confrérie et jouir de ses priviléges, on doit porter sur soi une de ces petites chaînes et se faire inscrire au registre qui est ouvert dans la même église. Les fidèles peuvent apprendre, par tout ce que nous venons de dire, combien il est honorable de souffrir quelque chose pour Jésus-Christ car, bien qu'il n'y ait que les liens de saint Pierre qui soient honorés sur la terre d'une fête particulière, cette fête, néanmoins, nous fait connaître que toutes les peines que nous endurons patiemment en cette vie seront récompensées dans le ciel d'une gloire incomparable et qui ne finira jamais.


 

Texte extrait des Petits Bollandistes, volume 9



26/07/2010
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 669 autres membres