Spiritualité Chrétienne

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Bienheureux Nikolaus Gross

Bienheureux Nikolaus Gross

Martyr du Nazisme

1898-1945

Fête le 23 janvier

 

Nikolaus Gross, un homme comme nous, de par son origine et sa classe sociale, est né le 30/9/1898, fils d´un forgeron de mine, à Niederwenigern, petit village situé près de la ville d´Essen en Allemagne. A Niederwenigern, il fréquenta l´école primaire catholique de 1905 à 1912, travailla ensuite dans un laminoir; puis comme hercheur, plus tard comme abatteur dans une mine de charbon; il travailla donc au fond, pendant cinq ans. Dans le peu de temps libre dont il disposait, il suivit intensément des cours de formation continue. En 1917, il adhéra au « Gewerkverein christlicher Bergarbeiter » (Syndicat des mineurs chrétiens); en 1918 au parti politique « Zentrumspartei » et en 1919 au « Antonius-Knappenverein » (KAB: Mouvement des ouvriers catholiques) de Niederwenigern. Agé seulement de 22 ans, il devint secrétaire responsable de la jeunesse dans le syndicat chrétien des mineurs et un an plus tard, il devint rédacteur-adjoint du journal « Bergknappe « . Ses activités syndicalistes le conduisirent encore à Waldenburg en Silésie, ensuite à Zwickau, et de nouveau dans la Ruhr, à Bottrop. Entre temps, il s´était marié avec Elisabeth Koch de Niederwenigern qui, au cours de longues et heureuses années de mariage, mit au monde sept enfants. Sa famille, il l´aimait par dessus tout et il était un père modèle, conscient de sa responsabilité pour l´éducation et la transmission de la foi. Il prenait très au sérieux cette mission: nous pouvons nous en rendre compte par ce qu'il a écrit. Ainsi dans la brochure « Sieben um einen Tisch » (Sept autour d´une table): « Sans cesse, nos soucis profonds se concentrent sur les Sept, qui devront devenir des êtres actifs, droits et d´une grande force d´âme ».

 

Malgré cet amour profond pour sa famille, Gross ne se retire pas dans l´idylle familiale. Il reste vigilant face aux grands problèmes de société – précisément parce qu'il se sent responsable de la famille. Le travail et l´engagement dans la société, voilà pour lui le lieu où il pourra réaliser sa mission de chrétien. Dans sa « Glaubenslehre » (Doctrine de la foi) de 1943, il écrit: « La plupart des grandes réalisations naissent de l´accomplissement de nos devoirs journaliers dans les petites choses du quotidien – notre amour se vouant toujours tout particulièrement aux pauvres et aux malades ».

 

Au début de l´année 1927, il devient rédacteur-adjoint du « Westdeutsche Arbeiterzeitung » (Journal ouvrier ouest-allemand), l´organe de presse de la KAB. Très rapidement, il en devient rédacteur en chef. Dans cette fonction, il sait donner une orientation aux ouvriers catholiques pour de nombreuses questions relatives à la société et au monde du travail; et ici, on constate toujours que, pour lui, les défis politiques comportent une exigence morale et que sans l´effort moral, les devoirs sociaux ne pourront pas être accomplis. Le rédacteur devient ici un messager témoignant de sa foi. Lorsque – en tant que rédacteur précisément – il déménage en 1929 dans la Maison Ketteler à Cologne, il a déjà un jugement clair sur le national-socialisme naissant. Partant de l´idée forte de l´évêque Ketteler selon laquelle la réforme d´une réalité sociétale ne pouvait se faire sans une réforme des pensées, Gross voit dans le succès nazi dans la société allemande « une immaturité politique » et « un manque de capacité de jugement ». Dès cette époque, il qualifie les nazis « d´ennemis mortels de l´Etat actuel ». En tant que rédacteur de l´organe de presse de la KAB, il écrivait le 14 septembre 1930: « Ouvriers catholiques, nous refusons avec vigueur et sans équivoque le national-socialisme non seulement pour des raisons politiques et économiques mais aussi – et c´est décisif – à partir de notre attitude religieuse et culturelle ».

 

Peu de mois seulement après la prise du pouvoir par Hitler en 1933, le chef du « Deutsche Arbeitsfront « , Robert Ley, déclara « hostile à l´Etat » l´organe de presse de la KAB. Par la suite, Gross essaya de préserver le journal de son anéantissement, mais sans faire de concessions au niveau du contenu: il optait pour la technique de l´écriture entre les lignes, compréhensible pour les initiés. En novembre 1938, le journal, rebaptisé entre temps « Kettelerwacht », fut définitivement interdit. Gross, qui avait dû travailler dur pour obtenir sa qualification, n´était pas un grand orateur. Mais il parlait avec insistance, chaleur et conviction. Son adhésion à la résistance en Allemagne naquit de sa solide foi catholique. Pour lui, c´était clair: il fallait « obéir plus à Dieu qu'aux hommes. Lorsqu'on exige de nous quelque chose qui va à l´encontre de Dieu ou de la foi, nous n'avons pas seulement le droit, mais nous avons le devoir de refuser l´obéissance (envers les hommes) ». Tels sont les termes de Gross en 1943 dans sa « Glaubenslehre ». Il se rendait de plus en plus compte que cette situation était atteinte avec l'Allemagne sous le régime d´Hitler. Les réflexions communes, Gross les fixa dans deux écrits qui plus tard tombèrent entre les mains de la Gestapo: « Die großen Aufgaben » (« Les grandes tâches ») et « Ist Deutschland verloren, » (« L'Allemagne est-elle perdue? »). Ils contribuèrent à son arrestation. A partir de 1940, Gross fut soumis à des interrogatoires et des perquisitions. Après l´interdiction du journal associatif de la KAB, il édita une série de petits écrits, afin d´affermir la foi et la conscience des ouvriers.

 

En ce qui concerne les motifs incitant des hommes comme Nikolaus Gross à agir ainsi, nous trouvons une réponse dans les mémoires d´un aumônier pour hommes, bien connu, le prélat Caspar Schulte de Paderborn, aujourd´hui décédé. Celui-ci écrit: « Dans mes multiples entretiens, surtout avec Nikolaus Gross et l´aumônier associatif Otto Müller, j´ai appris à connaître et admirer la grandeur morale de ces hommes. Ils ne sont pas allés à la mort en trébuchant: ils poursuivaient leur chemin, prêts aussi à accepter une mort cruelle pour la liberté. La veille de l´attentat, je dis à Nikolaus Gross: « Monsieur Gross, rappelez-vous que vous avez sept enfants. Moi, je n´ai pas de famille dont je sois responsable. Il y va de votre vie ». A cela, Gross me donna cette réponse vraiment noble: « Si nous n´engageons pas aujourd'hui notre vie, comment pourrions-nous un jour faire face à Dieu et à notre peuple ». Dans une brochure de 1943, Gross fait presque une prophétie: « Quelquefois mon cœur devient lourd et la tâche me semble insoluble, lorsque je vois mon imperfection et mon insuffisance face à la grandeur du devoir et au poids de la responsabilité. Lorsqu'une génération doit payer sa courte vie au prix le plus élevé, à savoir la mort, nous cherchons en vain la réponse en nous-mêmes. Nous la trouvons seulement auprès de celui dans la main duquel nous sommes en sûreté, dans la vie et dans la mort. Jamais nous ne savons quels problèmes se poseront à la force et à la puissance de notre âme... Les chemins des hommes sont obscurs, mais même les ténèbres ne sont pas sans lumière. L´espérance et la foi, qui nous devancent toujours, pressentent, par delà les ténèbres, le début d´une aube nouvelle. Si nous savons que le meilleur en nous, à savoir l´âme, est immortel, alors nous savons aussi que nous nous reverrons ». Quel témoignage sur la conscience de la responsabilité, sur le sens de la réalité, sur l´assurance dans la foi! Des signes de lumière pour notre chemin en un temps où semblent se perdre ces trois attitudes fondamentales. Pour Gross, la confiance en Dieu était le fondement où il ne chancelait pas.

 

Après l´attentat manqué du 20 juillet 1944, les événements se précipitèrent. Gross, qui n´avait pas personnellement pris part à sa préparation et exécution, fut arrêté le 12 août 1944 vers midi dans son appartement et transporté tout d´abord dans la prison de Ravensbrück et ensuite dans la prison-bagne de Berlin-Tegel. Deux fois, son épouse Elisabeth lui rendit visite à Berlin. Elle rapporta qu´il avait des traces nettes de torture sur les mains et les bras. Ses lettres de prison témoignent d´une façon impressionnante que pour Nikolaus Gross, la prière inlassable était la source de sa force dans cette situation difficile et finalement sans issue. Dans presque aucune des lettres, il n´omet de demander à son épouse et à ses enfants de prier sans cesse, tout comme lui-même priera également jour après jour pour sa famille. Dans la prière, il se sent en union avec sa famille et en même temps dans un échange vivant avec Dieu. Dans ses lettres, Nikolaus Gross montre sans cesse qu'il sait son destin et celui de sa famille entièrement entre les mains de Dieu.

 

Le 15 janvier 1945, le président de la Cour populaire de justice, Roland Freisler, le condamna à mort. Voici les mots de conclusion de celui-ci, dûment enregistrés, et à vrai dire la seule justification de la sentence: « Il nageait dans la trahison, il devra donc s´y noyer! » Les nazis ne faisaient pas de martyrs. Ils n´accordaient pas de tombe au pendu. Ces adeptes du mensonge et de la haine ne connaissaient que l´anéantissement brutal. Mais le témoignage de la vérité et de la foi ne peut pas être anéanti! Il continue à vivre dans ceux qui nous ont lumineusement devancés. L´aumônier de prison Buchholz qui, à partir d´une cachette, bénit le condamné en ses derniers pas, rapporta ensuite: « A la bénédiction, Gross inclina la tête en silence. Son visage semble déjà illuminé de la gloire dans laquelle il s´apprête à entrer ». Les autorités de l´époque lui refusèrent un enterrement chrétien. Son cadavre fut brûlé et sa cendre éparpillée sur les champs d´épandage.

 

Nickolaus Gross été béatifié le 7 octobre 2001 à Rome par le Bienheureux Jean Paul II. 



30/04/2012
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