Spiritualité Chrétienne

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Bienheureuse Salomée de Cracovie

La Bienheureuse Salomée de Cracovie

Reine de Galicie, vierge, Religieuse de l'Ordre de Sainte Claire

1201-1268

Fête le 17 novembre

 

Dieu veut le salut de tous les hommes et les aime tous. Il semble, cependant, arrêter avec plus de complaisance et d'amour ses regards sur certaines familles, dans lesquelles on voit la bénédiction divine passer des pères aux enfants comme un glorieux héritage. Quelle est la cause de cette prédilection marquée du Tout-Puissant ? Seraient-ce la piété éminente, les fortes vertus d'un père et d'une mère, qui ont ainsi ouvert pour jamais à leurs descendants les sources d'une grâce plus victorieuse ? Il nous est bien permis de le penser. Parmi ces familles bénies de Dieu, apparaissent au premier rang les familles de deux saintes que nous fêtons dans ce mois, à peu de jours d'intervalle, et dont la glorieuse vie offre plus d'une similitude: la chère sainte Elisabeth de Hongrie, et la Bienheureuse Salomée de Pologne.

 

Toutes deux naquirent au commencement du treizième siècle. Elisabeth comptait parmi ses ancêtres trois rois honorés par l'Eglise d'un culte solennel: saint Etienne, saint Emeric et saint Ladislas. Salomée descendait de cette grande et forte race des princes de Pologne qui a donné au ciel saint Casimir et sainte Hedwige. Le frère de Salomée, Boleslas, mérita le glorieux surnom de Pudique, si rarement accordé aux princes par l'histoire inflexible, et il eut le bonheur d'avoir pour épouse la Bienheureuse Cunégonde. Elisabeth eut deux frères: l'aîné, Béla IV, roi de Hongrie, fut trouvé digne d'être le père de trois saintes: Cunégonde, que nous venons de nommer, Yolande et Marguerite, honorées, les deux premières dans l'Ordre de Saint-François, la troisième dans l'Ordre de Saint-Dominique. Le plus jeune des frères d'Elizabeth, Colman, roi de Galicie, fut, selon l'expression d'un historien, plus enivré encore du parfum qui s'exhalait de la vie de sa sœur; et c'est lui que Dieu choisit pour être l'époux de la Bienheureuse Salomée.

 

Cette illustre princesse naquit en l'année 1201. Elle était fille de Lescon, duc de Cracovie et de Sandomir. Dès sa première enfance, toute radieuse de beauté, d'innocence et de candeur, elle était l'orgueil de sa famille et l'ornement de la cour de Pologne. A peine avait-elle trois ans, que le roi de Hongrie, André II, père de Sainte Elisabeth, la demanda pour son plus jeune fils, le prince Colman, âgé de six ans. On les fiança, malgré leur jeunesse; et Salomée devant être, selon l'usage du temps, élevée avec son futur époux, tut arrachée aux caresses de ses augustes parents et conduite à la cour de Hongrie. Nous trouvons la même particularité dans la vie de sainte Elisabeth.

 

La petite princesse ne tarda pas à faire l'admiration de sa nouvelle famille par sa beauté, la vivacité de son esprit, l'amabilité de son caractère et la sagesse qui assaisonnait tous ses discours. Entre autres choses, elle apprenait le latin avec une facilité étonnante, et l'activité de sa mémoire était telle, qu'il lui suffisait d'entendre lire ou chanter une seule fois l'Evangile à la messe pour lé retenir et le traduire. Le jeune Colman, qui recevait les mêmes leçons, ne pouvait s'empêcher parfois de laisser paraître un peu de dépit lorsqu'il se voyait surpassé par sa petite fiancée. Salomée était douce dans ses paroles, pleine d'une tendre compassion pour les malheureux; elle aimait la solitude et le silence. La meilleure partie de son temps était pour Dieu et pour les pauvres; le reste était consacré aux bonnes lectures.

 

De bonne heure, elle fut inspirée de consacrer à Dieu sa virginité; mais, voyant trop de difficultés à faire accepter son projet à ceux qui avaient autorité sur elle, elle se confia avec un entier abandon à l'amoureuse providence de Dieu, tout en lui recommandant avec larmes le pieux dessein que la grâce avait inspiré à son jeune cœur. L'époque de ses noces arriva: Salomée avait alors treize ans ;,mais rien ne fut changé dans sa vie. Dieu donna à cette âme privilégiée la même force qu'il avait donnée autrefois à l'illustre vierge romaine, sainte Cécile; elle sut inspirer à Colman les mêmes pensées que Cécile avait inspirées à Valérien. Les deux jeunes époux, dès le premier jour de leur union, firent ensemble le vœu de virginité perpétuelle; et, pendant les douze années qu'ils vécurent ensemble, ils l'observèrent avec la plus scrupuleuse fidélité.

 

Salomée interrompait souvent le repos de ses nuits pendant de longues heures qu'elle donnait à la prière. Dans ses douces communications avec Dieu, elle éprouvait de si vifs transports, qu'il lui arrivait parfois de tomber en défaillance; et, le matin, on la trouvait étendue sans mouvement sur le parquet de son oratoire. Que ne méritait pas une âme si pure ? Une nuit qu'elle priait ainsi selon sa pieuse coutume, une voix céleste se fit entendre et lui dit: « Consummatum est, tout est consommé ». Et, en effet, le monde n'avait plus rien à prétendre sur ce cœur si intimement uni à Dieu. Remplie chaque jour d'un plus profond mépris pour le monde, la sainte ne songeait qu'à crucifier sa chair par des mortifications de tout genre. Ayant échangé la pourpre contre l'habit du Tiers-Ordre de Saint François, qu'elle reçut des mains de son confesseur le Père Adalbert, Frère Mineur, elle ne porta plus désormais que les livrées de la pauvreté et de la pénitence, sous lesquelles elle cachait un rude cilice. Ses fêtes et ses joies étaient de soulager les pauvres et de visiter les malades délaissés.

 

Un si éclatant mépris des vanités du siècle dans une princesse jeune et belle ne pouvait manquer d'être efficace. Une réforme générale s'introduisit à la cour i les plus nobles dames renoncèrent à la pompe des parures et au luxe des divertissements, pour s'adonner aux pratiques de la piété et aux œuvres de miséricorde. Ainsi l'exemple de notre sainte opéra en peu de temps ce que le zèle des plus éloquents prédicateurs n'avait pu amener. Devenue princesse souveraine par l'élection de son époux au trône de Galicie, la Bienheureuse ne changea rien à ses habitudes de simplicité et de piété. Elle profita au contraire de l'indépendance plus complète et des ressources plus abondantes que lui assurait sa position pour étendre et multiplier ses bonnes œuvres. Son noble époux, bien loin de s'opposer à ses intentions généreuses, les secondait de tout son pouvoir. Ces deux âmes, jeunes et pures comme deux lys, se soutenant l'une l'autre sous le regard de Dieu, embaumaient le ciel et la terre du parfum de leur vertu.

 

Après douze années d'une union plus angélique qu'humaine avec Salomée, le jeune roi Colman alla recevoir de Dieu la récompense due à sa chasteté et à son courage. Il mourut en 1225, en combattant glorieusement contre les Tartares pour la défense de sa patrie et de sa foi. Dès ce moment, Salomée résolut de se consacrer à Dieu dans la vie religieuse. Elle n'était cependant âgée que de vingt-cinq ans à peine. De nobles alliances pouvaient s'offrir à elle; mais que pouvait offrir le monde à cette âme uniquement éprise de Dieu ? Pour se préparera la grande action qu'elle projetait, elle fit deux parts de ses immenses richesses. L'une fut distribuée à ceux qui avaient le plus souffert di s malheurs de la guerre; l'autre fut consacrées réparer et orner les églises ruinées par les Tartares, et à construire des couvents de Franciscains et de Clarisses. Près de quinze ans s'écoulèrent en ces saintes occupations.

 

Enfin, la pieuse princesse avant mis la dernière main aux grandes œuvres qu'elle avait entreprises, entra, en 1240, au couvent de Zavichost, où la règle de Sainte-Claire élait observée dans toute sa pureté. Elle y reçut le voile des mains du bienheureux Prandotha, evêque de Cracovie, en présence du P. Raymond, provincial des Franciscains. Plus tard, le monastère de Zavichost étant continuellement menacé par les incursions des Tartares, la bienheureuse princesse le quitta, et vint s'éTablir avec sa communauté à Scalen, près de Cracovie, où le duc Boleslas, son frère, lui avait fait bâtir un monastère.

 

En revêtant l'habit religieux, Salomée ne se réserva rien de tout ce qu'elle avait possédé jusqu'alors. De plus, elle demanda comme une grâce la cellule la plus incommode et la plus pauvre du monastère, afin que sa demeure fût en tout conforme à la vie qu'elle désirait mener. Dans cette retraite que son cœur avait choisie, sa ferveur ne connut plus de bornes, et ses austérités effrayaient les plus courageuses. Jour et nuit, elle portail sous ses vêlements divers instruments de pénitence; ses jeûnes étaient continuels, et elle s'interdit pour toujours l'usage du vin, bien que la règle ne le défendît pas. Son lit n'était qu'une natte jetée sur de simples ais, et la durée de son sommeil ne dépassait jamais trois ou quatre heures. L'humilité, cette pierre de touche de toute véritable perfection, répondait aux autres vertus de Salomée. Ce n'était pas assez pour elle de s'être cachée au monde; il lui fallait encore taire oublier à ses sœurs qu'elle avait été reine. Jamais elle ne laissa à aucune autre le service des malades ou le soin de balayer le couvent. Ses mains royales se portaient avec un joyeux empressement aux offices les plus pénibles et les plus bas; et elle était si joyeuse et si fière de s'abaisser ainsi, que, malgré elle, dans les exercices de son humilité, elle apparaissait comme une reine; tandis que, partout ailleurs, rien ne la distinguait des autres religieuses.

 

La Bienheureuse passa vingt-huit années dans la pratique de l'humilité la plus profonde, de la pauvreté la plus absolue, de l'obéissance la plus entière, attendant patiemment qu'il plût à Dieu de la retirer de ce monde. Un samedi, veille de la fête de saint Martin, de l'année 1268, comme elle faisait son action de grâces après la sainte communion, l'auguste Marie, qu'elle avait toujours tant aimée, lui apparut et lui annonça la fin prochaine de son pèlerinage. A cette promesse, une joie indicible illumina les traits de Salomée, et les religieuses qui l'environnaient comprirent bien qu'il s'était passé quelque chose d'extraordinaire. Elles en demandèrent l'explication, et la Sainte ne leur cacha point la parole qui lui avait été dite. Elles refusèrent d'abord d'y croire: » Samedi prochain, leur dit Salomée, vous serez convaincues de la vérité ».

 

Le jour même, elle fut indisposée et s'alita, bien que la maladie ne parût que légère. Le jeudi suivant, appelant auprès de sa couche toutes les religieuses, elle les exhorta fortement à la charité fraternelle, et leur recommanda de garder toujours avec crainte et tremblement le précieux trésor de leur pureté. Puis, elle les invita à fuir comme la peste tous les vains bruits et les nouvelles du siècle: « Si vous vous conduisez d'après ces conseils, leur dit-elle, vous pourrez attendre en paix le prix de la béatitude éternelle; sinon, préparez-vous dès maintenant à de grandes tribulations ». Cependant, des miracles incontestables annonçaient la mort prochaine de la Bienheureuse. Un Frère Mineur, nommé Bogustas, passant près du monastère, aperçut comme deux colonnes de marbre blanc s'élevant de la chapelle jusqu'au séjour de la Majesté divine. Au milieu, la princesse montait doucement, environnée de lumière, tandis que des voix célestes chantaient avec une délicieuse harmonie: « Fronduit, floruit virga Aaron: elle s'est ornée de verdure, elle s'est couverte de fleurs, la verge d'Aaron ».

 

Un doux sourire apparaît sur les lèvres de la sainte mourante. « Qu'y a-t-il, ma mère, lui dit une sœur, et que voyez-vous qui puisse vous réjouir au milieu de tant de douleurs ? » « Ah! s'écria la Bienheureuse, j'aperçois la Mère des miséricordes, la Mère de mon Sauveur; elle vient visiter son humble servante ». Alors, réunissant tontes les forces de son corps affaibli, la malade ouvrit et tendit les bras comme pour embrasser la Reine des anges, et son âme innocente s'exhala dans ce doux et suprême transport. Au même instant, l'abbesse et toutes les sœurs virent sortir des lèvres entr'ouvertes de la Sainte une petite étoile très brillante qui s'éleva vers les cieux. C'était le samedi 17 novembre 1268. Salomée avait vécu soixante-sept ans, dont vingt-huit s'étaient écoulés dans la vie religieuse.

 

Dieu voulut aussitôt manifester par de nombreux miracles la sainteté de son épouse. Une jeune religieuse aveugle frotta de son voile les pieds de la sainte qui venait de mourir, et, se Tétant appliqué sur les yeux, elle recouvra immédiatement la vue. Le corps delà bienheureuse demeura pendant huit jours entiers au milieu du chœur des religieuses, exposé à la vénération des fidèles; et, pendant tout ce temps, bien loin de donner quelque marque de décomposition, il ne cessa d'exhaler un parfum suave qui remplissait délicieusement toute la chapelle. Il en découlait un baume mystérieux qui devint l'instrument d'une infinité de guérisons miraculeuses et de prodiges de tout genre. Le corps de la Sainte fut, selon ses désirs, enseveli dans l'église des Frères Mineurs de Cracovie, auprès des restes du roi Colman. Ainsi la tombe réunit ceux qui, pendant qu'ils vivaient, avaient été si unis dans la charité de Jésus-Christ. Le pape Clément X, informé de la haute sainteté de la Bienheureuse Salomée et des grands et nombreux miracles opérés par son intercession, autorisa solennellement le culte que les Polonais lui rendaient depuis quatre siècles, et permit à tout l'Ordre de Saint François de célébrer sa fête, sous le rit double, au jour anniversaire de sa mort.

 

Réflexions

 

La vertu qui brille plus spécialement dans la Bienheureuse Salomée est le détachement. Elle a méprisé les biens, les pompes, les joies, les vanités de ce monde. Elle s'est détachée de tout et d'elle-même, et dans ce détachement absolu elle a trouvé Dieu, et avec Dieu la félicité. « Rien, dit Saint Grégoire de Naziance, non, rien n'est comparable au bonheur de celui qui, dégagé des sens, libre des liens de la chair et du monde, ne tient plus aux choses humaines que par les seuls liens de la nécessité. Toute sa conversation est avec Dieu et avec lui-même. S'élevant au-dessus des objets sensibles, il ne vit que des divines clartés, qu'il conserve en soi toujours pures, toujours brillantes, sans aucun mélange des ombres de la terre. Réfléchissant, comme un miroir céleste, Dieu et ses divines perfections, sans cesse il ajoute à la lumière une lumière plus vive, jusqu'au moment où, ia vérité dissipant tous les nuages, il arrive à la source même de toute lumière, à l'éternelle fontaine de splendeur, fin bienheureuse de son être et son immortel ravissement ». Toute créature gémit, dit l'Apôtre; et de siècle en siècle, le monde entier le redit après lui. Que cherchons-nous donc dans les créatures ? Que leur demandons-nous, et que peuvent-elles nous donner ? Toujours agitées, pleines de trouble, ainsi que nous elles souhaitent le repos et ne le trouvent point. Comment la paix nous viendrait-elle du sein même de l'angoisse et des orages perpétuellement soulevés par les passions ? Cessons donc de nous abuser et de dire aux tempêtes: Calmez-moi. Le calme est en Dieu, et n'est que là; en lui seul est le repos, la paix, la joie, la consolation.

 

Bienheureuse Salomée, priez pour nous.

 

Texte extrait des Annales Franciscaines, volume 6, Paris, librairie de Poussielgue, 1869

 



12/08/2012
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